La conception de la série : Différence entre versions
(Page créée avec « Pendant ce temps, Great Mazinger, qui a pris la suite de [https://fr.wikipedia.org/wiki/Mazinger_Z Mazinger Z] depuis un peu moins d’un an, ne rencontre pas le succès... ») |
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| − | + | ==Avant propos== | |
| + | L'industrie de l'animation pour la télévision au Japon est un business comme les autres, le but final est de faire de l'argent. Certains feuilletons sont des adaptations de très grands succès de la bande dessinée locale, comme Albator ou Dragon Ball, ou de romans mondialement célèbres, comme Pinocchio, Heidi et Capitaine Flam. | ||
| − | + | Parfois, en revanche, des histoires sont créées spécialement pour le petit écran, surtout dans le domaine de la science fiction, naturellement la branche phare de cette industrie. Bien peu de robots géants ont eu une première vie en manga, ils sont pour la plupart nés sur celluloïds et leur adaptation en bande dessinée n'est donc qu'un produit dérivé, même si elle démarre en même temps. | |
| − | + | Dans ce pays, aucune série ne peut voir le jour, nous parlons bien sûr toujours de robots géants, sans le financement d'un fabricant de jouets qui, en échange de son sponsoring, se voit accorder l'exclusivité de la commercialisation de figurines. C'est LA qu'il y a matière à vraiment gagner de l'argent et le "Sponsor" est donc de fait tout puissant. Le Studio d'animation, bien que fournisseur de l’œuvre, n'a donc pas vraiment les mains libres et reste tributaire de son mécène dont les "souhaits" ne peuvent pas trop être discutés. Dans ce sens, nous verrons que le peu de malléabilité de Go Nagai perturbera beaucoup le développement et l'évolution de Goldorak et donc les relations entre La Tôei et son commanditaire. | |
| − | + | L'autre patron-payeur, c'est la chaine de TV qui achète la série pour remplir ses plages horaires. A moins d'une audience catastrophique, ce qui dépend de beaucoup de choses, notamment du créneau horaire et ce qui se trouve en concurrence directe sur les autres stations, elle n'a pas beaucoup de poids, elle reste un client qui n'est que rarement plaintif. | |
| − | + | == Un univers des robots géants à diversifier == | |
| − | + | '''[https://fr.wikipedia.org/wiki/Mazinger_Z ''Mazinger Z'']''', série où apparait pour la première fois Alcor, fut diffusée au Japon de décembre 1972 à aout 1974, renouvelant totalement un genre proche de la désuétude et lui donnant une deuxième vie. | |
| − | + | Pourtant, après 92 épisodes, la série s’est arrêtée alors que l'audience demeurait d'une constance tout à fait honorable, impliquant que les spectateurs ne s'en lassaient absolument pas. | |
| − | + | Des tensions, difficilement quantifiables, vont apparaitre à cette occasion entre la Tôei et Dynamic, la société de Go Nagai, bien que l'arrêt de la série soit en fait une demande de Popy, filiale de Bandaï, le surpuissant fabricant de jouets et principal sponsor du studio d'animation. | |
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| + | [[Fichier:mztoy.jpg|center|link=]] | ||
| − | + | En effet, depuis avril 73 et la sortie des premières figurines, les diverses reproductions du robot trônaient sur l'étagère de presque tous les petits japonais, la gamme ayant pendant longtemps été numéro un des ventes. Tous ceux qui en voulait une l'avaient désormais, les ventes baissaient donc naturellement et il fallait trouver quelque chose d'autre à leur faire acheter en masse. Ce motif purement mercantile a sonné le glas de cette série révolutionnaire. Tôei, financièrement dépendante du fabricant de jouets, ne pouvait pas dire non. Quand à Dynamic, il est tout à fait possible que la société n'ait même pas été consultée. | |
| − | + | Au Japon, quand le studio d'animation arrête une série à succès, l’éditeur du manga qui l'adapte en stoppe la publication presque immédiatement. Dynamic produisait alors, ce qui en dit long sur la popularité du dessin animé, au moins cinq versions publiées dans autant de magazines différents et Go Nagaï gagnait ainsi beaucoup d'argent. Ces versions furent toutes très vite arrêtées après la diffusion du dernier épisode du feuilleton. | |
| − | + | Est-il possible que l'homme se soit senti abusé ou lésé ? C'est encore une fois envisageable, lui qui, avec le '''[https://fr.wikipedia.org/wiki/Getter_Robo ''Getta Robo'']''' (nouveau concept de robot géant imaginé par Dynamic Planning toujours à la demande de Tôei), venait d'offrir au studio un autre grand succès dont les reproductions en jouet de Popy s'arrachaient. Mais, n'ayant pas son mot à dire, il ne put que s'incliner et dire adieu à Mazinger Z ! | |
| + | La mise en chantier d'un nouveau feuilleton a donc été programmée et une seule chose a transpiré jusqu'à nous des réunions préparatoires : les histoires proposées par Go Nagai ont été refusées par trois fois et seul le graphisme du futur robot a été retenu par la Tôei. | ||
| − | '''[ | + | Peu motivé et sans doute froissé, il a jeté les bases d'un nouveau God Mazinger dont le nom ne lui survivra même pas et qui deviendra '''[https://fr.wikipedia.org/wiki/Great_Mazinger ''Great Mazinger'']''', un récit à la trame très simpliste dont Alcor sera absent. Pourquoi cette absence ? Avec le recul, elle nous semble incompréhensible alors que le pilote était le grand héros des trois propositions originales de Nagaï. Cependant, notre ami et contributeur LVD nous a soufflé depuis le Japon qu'en général, pour les concepteurs de ces séries, un nouveau robot voulait dire également un nouveau pilote. |
| + | Il est évident que trois refus en si peu de temps auxquels il faut ajouter l'incroyable arrêt de sa poule aux œufs d'or, cela n'a guère plu à l'auteur. | ||
| − | + | Avec Mazinger Z et Devilman, son chef d’œuvre absolu, Nagaï est devenu en deux ans une immense star du manga, gagnant le respect d'une profession qu'il y a peu ne voyait en lui qu'un petit auteur aux succès irrévérencieux et vulgaires. Son nouveau statut, peut-être aussi son nouvel égo, ne lui permettent plus de ravaler sa fierté comme auparavant. | |
| − | UEDS a | + | [[Fichier:junior.jpg|left|link=]] |
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| + | En septembre 1974, 5 mois après le lancement de Getta Robo, Great Mazinger prend donc la suite de Mazinger Z à la télévision. Cette deuxième série ne rencontre pas le succès escompté auprès du public, un peu parce que c'est une suite dénuée de substance, très répétitive, au ton plus léger, beaucoup parce que Kôji / [[Alcor]], héros national au Japon à cette époque, n’y apparaît pas et se voit remplacé par un jeune homme trop parfait, trop rigide auquel personne finalement d'autre qu'un militaire ne peut s'identifier. En revanche on y trouve un corbeau qui parle et Shiro, le petit frère de Koji, se voit vite doté de son propre robot de combat. "Robot Junior", dont l'apparence est calquée sur la panoplie d'un joueur de baseball (batte comprise) et dont le visage expressif, surtout pour les grimaces, est aussi risible que celui d'un Boss Robot ("[[Béliorak]]" dans Goldorak) qui lui se retrouve omniprésent du premier au dernier épisode. Au final, les nombreux effets comiques tranchent beaucoup trop avec la rigidité glaciale du nouveau héros. | ||
| + | [[Fichier:crow.jpg|right|link=]] | ||
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| + | Dans l'ensemble, la série est correcte, le savoir-faire de la Tôei et de Dynamic est indiscutable. Cependant, à cause de la logique commerciale qui a orienté sa conception, Great Mazinger est passé à côté d'une certaine qualité alors qu'il avait à priori toutes les cartes en main. Aussi, pour le spectateur de l'époque, le feuilleton reste avant tout un Mazinger "sans Koji", ils s'en plaignent, ce qui pèsera lourdement dans la conception de Grendizer. | ||
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| + | Bien que la série ait eu ses fans et soit toujours bien présente à l'esprit des quinquagénaires japonais, le "bol d'air", le grand succès de la Tôei en 1974, c'est néanmoins Getta Robo et pas Great Mazinger. Car Great Mazinger reste "une suite", ce qui sera aussi le cas de Goldorak, avec tout ce qu'il y a de commercial et de manque de fraicheur qui est attaché à ce mot. | ||
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| + | En outre, la concurrence se fait désormais sentir en matière de robots géants inspirés du style Nagai. La série '''[https://fr.wikipedia.org/wiki/Y%C5%ABsha_Raideen ''Raydeen'']''' (Yuusha Raydeen), issue d'un studio rival de Tôei et qui présente le premier robot géant transformable en vaisseau, superbe graphiquement, et qui s'appuie sur un scénario assez sympathique, est un joli succès et, malgré une audience qui serait tout juste correcte pour un robot Tôei/Dynamic, elle porte de l'ombre au successeur de Mazinger Z dès avril 75. | ||
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| + | Même si sa durée n'est pas réellement définie, Great Mazinger n'est pas prévu pour survivre à 1975, et l'on songe dès le printemps à le remplacer par autre chose. Naturellement, la Toei se tourne vers Go Nagai, | ||
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| + | == Une pression des fabricants de produits dérivés == | ||
| + | [[Fichier:Mzgm.jpg|left|link=]] | ||
| + | Pour Popy, le problème de Great Mazinger est ailleurs : plastiquement, il n'est qu'une trop faible évolution de Mazinger Z. Beaucoup plus grand (alors que ses reproductions en jouets auront la même taille) et plus anguleux, il partage néanmoins des traits identiques et son armement est très proche. | ||
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| + | [[Fichier:Popym.jpg|right|link=]] Bien plus qu'une similitude, c'est un clonage bon marché. Les jouets qui le reproduisent ne sont certainement pas originaux et se montrent peu appétants pour le petit japonais qui a déjà ses figurines Mazinger Z sur son étagère. | ||
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| + | Les reproductions de Great Mazinger se vendent donc mal. | ||
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| + | De nouvelles tensions se font jour et l'arrêt de Great Mazinger est donc décidé. | ||
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| + | La mise en chantier d'un nouveau feuilleton débute et [[Gô Nagai]], à qui l'on demande une idée originale de robot, remanie encore son God Mazinger, le projet déjà refusé par trois fois l'année précédente pour remplacer Mazinger Z : l'idée de départ combinerait un super Mazinger Z piloté par Alcor et un "God Mazinger" piloté par un nouveau personnage flanqué d'une équipe d'assistants. Dans sa toute nouvelle mouture, ce synopsis prendrait la suite directe de Great Mazinger dès octobre, avec Alcor comme héros principal. | ||
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| + | '''[[Résumé de God Mazinger version 1975]]''' | ||
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| + | Grace au "carton" de ''Getta Robo'', qui présente des machines d'une laideur à faire peur mais des héros au charisme exceptionnel, La [[Toei Animation]] semble enfin comprendre que l'ingrédient magique d'une série de ce type, ce n'est pas le robot, mais son pilote. | ||
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| + | [[Fichier:RaydeenBoxFront.jpg|200px|thumb|right|Le Shogun Warrior de Raydeen]] | ||
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| + | Du coté de Popy, la pression est grande. Peu impressionné par les ventes des figurines de Great Mazinger, le géant du jouet veut pouvoir lancer une nouvelle gamme qui ressemble à Mazinger Z sans trop s'en rapprocher. Il insiste sur la pluralité afin de pouvoir sortir des gammes étendues ce que le concept de Getta Robo permet totalement, malgré une esthétique assez défaillante. Il produit aussi les figurines de Raydeen, dont il ne peut en revanche que se satisfaire de la beauté. Le petit jouet transformable qu'il en a conçu plait beaucoup, malgré la passable audience du feuilleton, et il veut reproduire ce grand succès<ref>Le logo de la firme MATTEL apparaît, puisque c'est elle qui a distribué aux États-Unis, mais également en France et en Italie cette gamme. Les blister à fenêtres sont une idée de Mattel, puisqu'au Japon les jouets étaient distribués dans des boîtes fermées.</ref>. | ||
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| + | Il y a donc convergence d’intérêt, les deux compagnies, sans doute sans bien le réaliser ni se le dire, ont besoin d'une œuvre assez proche des Mazinger mais dont le robot ne soit PAS un Mazinger, l'une pour faire de l'audience avec un produit frais, l'autre pour produire des jouets attractifs et transformables ou emboitables, ce que Raydeen permet, pas les Mazinger ni les Getta robo. | ||
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| + | [[Fichier:G123.jpg|200px|thumb|right|Les trois Getta robo]] | ||
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| + | En effet, les vaisseaux qui, dans Getta Robo, s'assemblent selon diverses combinaisons pour former trois robots différents le font selon des techniques absolument irréalistes et impossibles à reproduire par l'industrie du jouet. Donc d'un coté, Popy peut proposer trois vaisseaux et trois robots<ref>Sans compter les machines annexes.</ref> pour ce seul feuilleton, mais d'un autre coté, elle ne peux présenter des figurines vraiment belles. | ||
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| + | La physionomie du robot à concevoir semble donc se dessiner selon un cahier des charges de plus en plus précis, toujours sous l'impulsion du sponsor : | ||
| + | *Beauté plastique ; | ||
| + | *Proximité relative avec les Mazinger ; | ||
| + | *Transformation ou assemblage reproductible en jouet. | ||
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| + | Pour plus d'information sur le sujet, voir [[Le graphisme de GOLDORAK]]. | ||
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| + | NOTE IMPORTANTE : Les débuts de ce partenariat tripartite, qui dure donc depuis Mazinger Z, ont peut-être donné lieu à des tâtonnements, mais au moment où la conception de notre série débute, les choses sont désormais contractuellement figées : Dynamic fournit des dessins et des croquis, la Toei les lui achète et Poppy peut en disposer au cas où pour toute création de produit dérivé. | ||
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| + | == Un nouveau thème : l'agression extraterrestre == | ||
| + | Compte tenu de tout cela, le studio ne se montre pas impressionné par la proposition de Nagai, qui met à nouveau aux prises Alcor et le Docteur Hell. Il souhaite explorer d'autres options. Comme nous l'expliquerons mieux dans [[Les sources d'inspiration de la série]], ce que produit Dynamic depuis deux ans est assez redondant. Alors si en plus les robots proposés sont soit laids, soit peu originaux, le risque de froisser Popy est grand et, cela, la Tôei ne peut pas se le permettre. D'autant que celui-ci sponsorise désormais des séries des studios concurrents, ce qui, en raison de la puissance de communication du fabricant de jouets, les expose d'avantage au public et fait de l'ombre aux productions maison. | ||
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| + | Pour présenter une trame beaucoup plus dense et beaucoup moins primaire, l'équipe de production pense à un projet sur lequel elle travaille déjà : '''ENBAN ROBO GATTAIGER''', adaptation en série de [[UEDS]], qui n'est pas encore sorti. | ||
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| + | Dans ce projet pour la télévision, est développée la profondeur de [[UEDS]] dont l'histoire est vraiment originale et rafraichissante. De plus, le thème des OVNIs, très populaire à cette époque au Japon, est encore très peu exploité dans les séries télévisées. | ||
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| + | God Mazinger est donc refusé et ENBAN ROBO GATTAIGER prendra la suite de Great MAzinger. | ||
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| + | Toutefois, Alcor sera de la partie et cela, ni la Toei ni Dynamic ne l'avaient envisagé. | ||
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| + | == L'introduction d'Alcor et le lien avec les Mazinger, un sujet épineux == | ||
| + | [[Fichier:alcor01.jpg|right|link=]]Scénaristiquement, puisque l'on reprend une histoire complètement déconnectée de la continuité "Mazinger", la résolution d'y introduire le jeune homme peut sembler contradictoire. | ||
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| + | La présence d'Alcor (Koji Kabuto, 兜甲児) dans UFO Robo Grendizer (Goldorak / Grendizer) a été imposée par la chaîne de télévision Fuji TV qui veut un "Mazinger 3". | ||
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| + | Plus précisément, c'est une demande expresse de son responsable de l’époque, Bessho Kōji (別所孝治), une condition sine qua non pour laisser ENBAN ROBO GATTAIGER prendre la suite de Great Mazinger. | ||
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| + | La raison avancée était que Koji était extrêmement populaire en tant que héros de Mazinger Z, sa faible présence dans Great Mazinger faisait l'objet de regret : la chaîne voulait un personnage récurrent connu pour fidéliser le public et rattacher la nouvelle série à l’univers Mazinger déjà établi<ref>« Édition spéciale de magazine TV : Mazinger Z Œuvres complètes » Kodansha, 15 janvier 1988. ISBN 4-06-178407-2, p. 190 ; https://ja.wikipedia.org/wiki/UFO%E3%83%AD%E3%83%9C_%E3%82%B0%E3%83%AC%E3%83%B3%E3%83%80%E3%82%A4%E3%82%B6%E3%83%BC</ref> ; ceci entraîna des réaction négatives dans l'équipe de production<ref>LP Record « Série Édition Collector d’Anime UFO Robo Grendizer - Enregistrement de la bataille de la mort de Duke Fried » CZ-7158, Nippon Columbia, décembre 1981, notes de pochette « Nostalgique Memories Toei Video Producer Toshio Katsuta » ; « Great Mazinger DVD-BOX » Toei Video Co., Ltd., DSTD02225, 21 mai 2003, livret p. 3 ; Grendizer DVD Box 2, livret p.7 → Interview Katsuta (« Oui, c’est vrai [que ça vient de Bessho]. Je m’y suis fortement opposé en disant : “Comment peut-on gérer deux protagonistes ?” et Uehara aussi était contre… ») ; Grendizer DVD Box 1, livret p.10 → Interview Tadaaki Kikuchi (菊池忠昭, Dynamic Planning) (« M. Bessho de Fuji TV était inquiet… “Mazinger marche bien, prenons une assurance.” » ; 永井豪TVアニメ大全』 (Go Nagai TV Anime Daizen / Encyclopédie complète des anime TV de Go Nagai), éditeur : 不知火プロ (Shiranui Pro, collectif de compilation spécialisé dans les archives anime), Maison d’édition : 双葉社 (Futabasha), date de publication : 25 mars 2003, ISBN : 4-575-29531-0, p. 45. Le même livre est la référence unique pour l’anecdote complémentaire des fans de Koji qui ont envoyé des lames de rasoir en signe de protestation (« 勝田稔男らが後年の壇上で明かしたところ » = révélé plus tard sur scène / lors d’un panel).</ref>. | ||
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| + | Popy continuera ainsi à travailler avec Gô Nagai, dont le nom est gage de qualité et de succès et à exploiter la lucrative licence Mazinger, sur laquelle elle a déjà tout pouvoir, plutôt que de négocier un nouveau contrat de sponsoring sur une aventure dont le sort est hypothétique. Cette nouvelle histoire devant prendre le créneau horaire des deux précédents dessins animés, l'option de faire une suite semble finalement être de l’intérêt de tous. | ||
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| + | Mais cette inclusion nécessite l'approbation du mangaka et la Tôei doit négocier cet ajout avec lui. Nagai n’est pas convaincu par cette proposition mais c'est une exigence de la chaîne, et il accepte. | ||
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| + | Nous ignorons bien évidemment ce qui a été demandé et concédé lors de ces tractations mais des évènements ultérieurs nous laissent convaincus que, pour permettre l'utilisation du fils Kabuto dans Goldorak, Gô Nagai obtient un droit de regard sur le scénario et la propriété des machines et des personnages, nouveaux ou anciens, qui y apparaîtront, y compris Actarus, dont il n’est pas le créateur<ref>Personnage créé par Tôei pour [[UEDS]].</ref>. De par ces octrois, Le mangaka devient de fait l'auteur légal de Goldorak et de récents échanges de courriels avec le Japon l'ont confirmé : Ainsi si de son coté Nagai peut faire ce qu'il veut avec tout personnage ou toute machine issue de cette série, la Tôei a en revanche besoin de son accord pour la moindre opération commerciale la concernant. | ||
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| + | Maintenant que sa présence est acquise, se pose la question de la place d'Alcor dans la série qui étend UEDS et où le premier rôle ne peux lui être attribué, celui-ci dépeignant un extraterrestre. Il sera donc son partenaire, une "guest star" permanente, un second rôle. Mais Actarus étant doté de capacités physiques exceptionnelles et, pour ne pas faire de l'ombre au Prince, Alcor se voyant lui doté de moyens de combat ridicules, l'ancien pilote de Mazinger Z souffrira sans aucun doute de la comparaison. Les producteurs ont semble-t-il totalement sous-estimé l'importance de ce fait et n'ont pas relevé l'évidence de son impact négatif auprès des téléspectateurs. Mais y avait-il vraiment moyen de faire mieux? Cela fait désormais bien des décennies que les fans en discutent et aucune proposition vraiment satisfaisante n'est encore apparue. | ||
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| + | Nagai, pour d'autres raisons, n'est pas très à l'aise avec cette introduction et désire certainement limiter les références directes aux deux séries Mazinger. Au vu du résultat, il se sera servi lourdement de ce droit de regard, presque un droit de véto, ce qui n'a pas du faire très plaisir à la Tôei. | ||
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| + | Même s'il n’empêchera pas deux aventures d’accueillir le [[Béliorak]] et ses pilotes, il s'opposera fermement au retour de Sayaka Yumi aux commandes du Fossoirak. Ce sera donc un personnage original, [[Phénicia]], qui existe depuis peu dans la version manga de Gosaku Ôta et qui est introduite dans le 49e épisode, qui prendra sa place dans le cockpit de l'aéronef. | ||
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| + | Cette réaction est sujette à de multiples interrogations car, dans [[Les mangas concomitants à la série]] produits par Dynamic, pour au moins deux versions, les références à Mazinger et les apparitions des deux robots titres et d'autres personnages en étant issus seront plutôt nombreuses. Ce comportement n'a pu que déplaire à la Tôei, frustrée de n'avoir pas plus d'apparitions des Mazinger et de leurs personnages dans la série, qu'il voit comme des vecteurs d'appel. Tout ceci demeure de l'ordre de la supposition même si tout va dans ce sens. | ||
| + | |||
| + | == ENBAN ROBO GATTAIGER devient UFO ROBO GRENDIZER, la série prend forme == | ||
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| + | [[Fichier:GR1.jpg|right|link=]] | ||
| + | Mais nous n'en sommes pas encore là. Très rapidement, la pré-production de Goldorak débute et, cette fois-ci, c'est Dynamic est chargée de reprendre totalement le graphisme du robot titre, un travail dont s'occupent Go Nagaï et Ken Ishikawa. Pour [[UEDS]], le concept robot et soucoupe provenait de Dan Kobayashi, par la suite le directeur artistique Tadanao Tsuji l'avait entièrement modifié et finalisé. | ||
| + | |||
| + | A partir du moment où Dynamic est conviée au projet, c’est contractuellement elle qui doit fournir les dessins des croquis des machines, et pas seulement de GOLDORAK, mais '''de toutes les machines''' que [[les scénaristes]] inventent. La Toei les achète et Popy peut en disposer si une idée de jouet particulier lui vient en tête. Dans ce cas-là, le fabricant versera des droits aux deux compagnies, sur le chiffre d'affaire ou uniquement s'il y a des bénéfices, c'est à préciser. | ||
| + | |||
| + | Le nouveau robot est nommé '''GRENDIZER''', d'après un projet avorté de Dynamic (par "avorté", il faut comprendre "refusé") : | ||
| + | |||
| + | En 1972 ou peut-être 73, la date exacte n'ayant pas été retrouvée, Go Nagai et Ken Ishikawa avaient fait les premières ébauches d'une animation nommée "Plus Power!! Grendizer". Sur la couverture du dossier de présentation, nous trouvons pour le mot "Grendizer" une police de caractères absolument identique à celle du logo de notre future série. | ||
| + | |||
| + | Dans cette ébauche, Le héros se nommait Takeru Fubuki. Il pilotait une moto appelée Dizerd 7000 et qui pouvait envoyer une armure alors revêtue par son pilote, qui prenait alors le nom de Grendizer. L’idée de la moto sera reprise pour un tokusatsu répondant au nom d'Astekaizer en 1976. | ||
| + | |||
| + | Qui de la Toei ou de Dynamic a décidé de ce changement et pourquoi? Nous l'ignorons. | ||
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| + | '''La série doit associer Les plus grands noms de la profession, notamment de très talentueux chara-designers qui vont grandement embellir l’apparence des personnages de UEDS.''' | ||
| + | |||
| + | La qualité de l'animation, pour l'époque et pour un dessin animé télévisé, possède une si grande fluidité qu'elle restera sans égal pendant plusieurs années. Les producteurs s'attendent à un grand succès et de nombreuses licences pour la commercialisation de produits dérivés sont délivrées, une incroyable quantité et variété d'objets se trouvant déjà en cours de conception avant même le premier épisode. | ||
| + | |||
| + | Pour surfer sur la popularité des OVNIs très forte en cette période, le nom du robot, Grendizer en VO, se voit accompagné des mots UFO ROBO, soit "robot OVNI", dans le titre du feuilleton, afin de bien insister sur la présence d'extra-terrestres et de soucoupes volantes dans celui-ci. | ||
| + | |||
| + | [[Fichier:GR2.jpg|right|link=]]D'ailleurs, le fait que toutes ces fantastiques technologies apparaissant dans Goldorak soient d'origine extraterrestre crédibilise involontairement ce que nous voyons à l'écran, renforçant grandement le sentiment de réalisme. Sentiment de réalisme qui faisait défaut aux autres séries de robots géants de cette période où ces sciences purement terriennes étaient parfois millénaires. | ||
| + | |||
| + | La série est lancée en fanfare, la plupart des magazines spécialisés dans l'animation et le manga annoncent "le grand retour d'Alcor" et GOLDORAK se retrouve sur la plupart des couvertures. | ||
| + | |||
| + | Pendant ce temps, une fin de Great Mazinger, où pour faire plaisir aux fans et peut-être les préparer à Goldorak, le futur pilote de l'[[OVTerre]] reviendra aux commandes de son robot-star, est alors vite bricolée (l'ennemi n'est pas totalement éliminé). | ||
| + | |||
| + | '''Nous sommes le 5 octobre 1975 en début de soirée, au Japon. C'est un dimanche et il ne fait pas froid. Sur la chaîne Fuji TV, l'aventure peut commencer...''' | ||
| + | |||
| + | [[Fichier:UFO.jpg|center|link=]] | ||
| + | |||
| + | ==Références== | ||
| + | *'''[http://joe7.blogfree.net/?t=5410957 ''Interview des auteurs'']''' et sa '''[http://www.goldorakgo.com/forums/viewtopic.php?f=1&t=3536&start=105 ''traduction française sur le forum'']''' | ||
| + | *'''[http://www.goldorakgo.com/forums/viewtopic.php?f=17&t=4975 L'ouvrage ''Gô Nagai, Mangaka de légende'']''' de Jérôme WICKY, paru en juillet 2017 aux éditions Fantask, nous livre une belle épopée de l'auteur de GOLDORAK et de précieux détails qui concernent la genèse de la série et des mangas (notamment pages 125 à 136). | ||
| + | |||
| + | Un merci particulier à nos amis et contributeurs LVD qui, du Japon, nous a trouvé l'origine du nom GRENDIZER, et Osvaldo Mercuri qui, de l'Italie, nous a appris le nom du projet original Enban Robo Gattaiger. | ||
| + | |||
| + | ==Notes== | ||
| + | |||
| + | [[Catégorie:Histoire de la série]] | ||
Version actuelle datée du 6 juin 2026 à 20:11

Sommaire
- 1 Avant propos
- 2 Un univers des robots géants à diversifier
- 3 Une pression des fabricants de produits dérivés
- 4 Un nouveau thème : l'agression extraterrestre
- 5 L'introduction d'Alcor et le lien avec les Mazinger, un sujet épineux
- 6 ENBAN ROBO GATTAIGER devient UFO ROBO GRENDIZER, la série prend forme
- 7 Références
- 8 Notes
Avant propos
L'industrie de l'animation pour la télévision au Japon est un business comme les autres, le but final est de faire de l'argent. Certains feuilletons sont des adaptations de très grands succès de la bande dessinée locale, comme Albator ou Dragon Ball, ou de romans mondialement célèbres, comme Pinocchio, Heidi et Capitaine Flam.
Parfois, en revanche, des histoires sont créées spécialement pour le petit écran, surtout dans le domaine de la science fiction, naturellement la branche phare de cette industrie. Bien peu de robots géants ont eu une première vie en manga, ils sont pour la plupart nés sur celluloïds et leur adaptation en bande dessinée n'est donc qu'un produit dérivé, même si elle démarre en même temps.
Dans ce pays, aucune série ne peut voir le jour, nous parlons bien sûr toujours de robots géants, sans le financement d'un fabricant de jouets qui, en échange de son sponsoring, se voit accorder l'exclusivité de la commercialisation de figurines. C'est LA qu'il y a matière à vraiment gagner de l'argent et le "Sponsor" est donc de fait tout puissant. Le Studio d'animation, bien que fournisseur de l’œuvre, n'a donc pas vraiment les mains libres et reste tributaire de son mécène dont les "souhaits" ne peuvent pas trop être discutés. Dans ce sens, nous verrons que le peu de malléabilité de Go Nagai perturbera beaucoup le développement et l'évolution de Goldorak et donc les relations entre La Tôei et son commanditaire.
L'autre patron-payeur, c'est la chaine de TV qui achète la série pour remplir ses plages horaires. A moins d'une audience catastrophique, ce qui dépend de beaucoup de choses, notamment du créneau horaire et ce qui se trouve en concurrence directe sur les autres stations, elle n'a pas beaucoup de poids, elle reste un client qui n'est que rarement plaintif.
Un univers des robots géants à diversifier
Mazinger Z, série où apparait pour la première fois Alcor, fut diffusée au Japon de décembre 1972 à aout 1974, renouvelant totalement un genre proche de la désuétude et lui donnant une deuxième vie.
Pourtant, après 92 épisodes, la série s’est arrêtée alors que l'audience demeurait d'une constance tout à fait honorable, impliquant que les spectateurs ne s'en lassaient absolument pas.
Des tensions, difficilement quantifiables, vont apparaitre à cette occasion entre la Tôei et Dynamic, la société de Go Nagai, bien que l'arrêt de la série soit en fait une demande de Popy, filiale de Bandaï, le surpuissant fabricant de jouets et principal sponsor du studio d'animation.

En effet, depuis avril 73 et la sortie des premières figurines, les diverses reproductions du robot trônaient sur l'étagère de presque tous les petits japonais, la gamme ayant pendant longtemps été numéro un des ventes. Tous ceux qui en voulait une l'avaient désormais, les ventes baissaient donc naturellement et il fallait trouver quelque chose d'autre à leur faire acheter en masse. Ce motif purement mercantile a sonné le glas de cette série révolutionnaire. Tôei, financièrement dépendante du fabricant de jouets, ne pouvait pas dire non. Quand à Dynamic, il est tout à fait possible que la société n'ait même pas été consultée.
Au Japon, quand le studio d'animation arrête une série à succès, l’éditeur du manga qui l'adapte en stoppe la publication presque immédiatement. Dynamic produisait alors, ce qui en dit long sur la popularité du dessin animé, au moins cinq versions publiées dans autant de magazines différents et Go Nagaï gagnait ainsi beaucoup d'argent. Ces versions furent toutes très vite arrêtées après la diffusion du dernier épisode du feuilleton.
Est-il possible que l'homme se soit senti abusé ou lésé ? C'est encore une fois envisageable, lui qui, avec le Getta Robo (nouveau concept de robot géant imaginé par Dynamic Planning toujours à la demande de Tôei), venait d'offrir au studio un autre grand succès dont les reproductions en jouet de Popy s'arrachaient. Mais, n'ayant pas son mot à dire, il ne put que s'incliner et dire adieu à Mazinger Z !
La mise en chantier d'un nouveau feuilleton a donc été programmée et une seule chose a transpiré jusqu'à nous des réunions préparatoires : les histoires proposées par Go Nagai ont été refusées par trois fois et seul le graphisme du futur robot a été retenu par la Tôei.
Peu motivé et sans doute froissé, il a jeté les bases d'un nouveau God Mazinger dont le nom ne lui survivra même pas et qui deviendra Great Mazinger, un récit à la trame très simpliste dont Alcor sera absent. Pourquoi cette absence ? Avec le recul, elle nous semble incompréhensible alors que le pilote était le grand héros des trois propositions originales de Nagaï. Cependant, notre ami et contributeur LVD nous a soufflé depuis le Japon qu'en général, pour les concepteurs de ces séries, un nouveau robot voulait dire également un nouveau pilote.
Il est évident que trois refus en si peu de temps auxquels il faut ajouter l'incroyable arrêt de sa poule aux œufs d'or, cela n'a guère plu à l'auteur.
Avec Mazinger Z et Devilman, son chef d’œuvre absolu, Nagaï est devenu en deux ans une immense star du manga, gagnant le respect d'une profession qu'il y a peu ne voyait en lui qu'un petit auteur aux succès irrévérencieux et vulgaires. Son nouveau statut, peut-être aussi son nouvel égo, ne lui permettent plus de ravaler sa fierté comme auparavant.

En septembre 1974, 5 mois après le lancement de Getta Robo, Great Mazinger prend donc la suite de Mazinger Z à la télévision. Cette deuxième série ne rencontre pas le succès escompté auprès du public, un peu parce que c'est une suite dénuée de substance, très répétitive, au ton plus léger, beaucoup parce que Kôji / Alcor, héros national au Japon à cette époque, n’y apparaît pas et se voit remplacé par un jeune homme trop parfait, trop rigide auquel personne finalement d'autre qu'un militaire ne peut s'identifier. En revanche on y trouve un corbeau qui parle et Shiro, le petit frère de Koji, se voit vite doté de son propre robot de combat. "Robot Junior", dont l'apparence est calquée sur la panoplie d'un joueur de baseball (batte comprise) et dont le visage expressif, surtout pour les grimaces, est aussi risible que celui d'un Boss Robot ("Béliorak" dans Goldorak) qui lui se retrouve omniprésent du premier au dernier épisode. Au final, les nombreux effets comiques tranchent beaucoup trop avec la rigidité glaciale du nouveau héros.

Dans l'ensemble, la série est correcte, le savoir-faire de la Tôei et de Dynamic est indiscutable. Cependant, à cause de la logique commerciale qui a orienté sa conception, Great Mazinger est passé à côté d'une certaine qualité alors qu'il avait à priori toutes les cartes en main. Aussi, pour le spectateur de l'époque, le feuilleton reste avant tout un Mazinger "sans Koji", ils s'en plaignent, ce qui pèsera lourdement dans la conception de Grendizer.
Bien que la série ait eu ses fans et soit toujours bien présente à l'esprit des quinquagénaires japonais, le "bol d'air", le grand succès de la Tôei en 1974, c'est néanmoins Getta Robo et pas Great Mazinger. Car Great Mazinger reste "une suite", ce qui sera aussi le cas de Goldorak, avec tout ce qu'il y a de commercial et de manque de fraicheur qui est attaché à ce mot.
En outre, la concurrence se fait désormais sentir en matière de robots géants inspirés du style Nagai. La série Raydeen (Yuusha Raydeen), issue d'un studio rival de Tôei et qui présente le premier robot géant transformable en vaisseau, superbe graphiquement, et qui s'appuie sur un scénario assez sympathique, est un joli succès et, malgré une audience qui serait tout juste correcte pour un robot Tôei/Dynamic, elle porte de l'ombre au successeur de Mazinger Z dès avril 75.
Même si sa durée n'est pas réellement définie, Great Mazinger n'est pas prévu pour survivre à 1975, et l'on songe dès le printemps à le remplacer par autre chose. Naturellement, la Toei se tourne vers Go Nagai,
Une pression des fabricants de produits dérivés

Pour Popy, le problème de Great Mazinger est ailleurs : plastiquement, il n'est qu'une trop faible évolution de Mazinger Z. Beaucoup plus grand (alors que ses reproductions en jouets auront la même taille) et plus anguleux, il partage néanmoins des traits identiques et son armement est très proche.

Bien plus qu'une similitude, c'est un clonage bon marché. Les jouets qui le reproduisent ne sont certainement pas originaux et se montrent peu appétants pour le petit japonais qui a déjà ses figurines Mazinger Z sur son étagère.
Les reproductions de Great Mazinger se vendent donc mal.
De nouvelles tensions se font jour et l'arrêt de Great Mazinger est donc décidé.
La mise en chantier d'un nouveau feuilleton débute et Gô Nagai, à qui l'on demande une idée originale de robot, remanie encore son God Mazinger, le projet déjà refusé par trois fois l'année précédente pour remplacer Mazinger Z : l'idée de départ combinerait un super Mazinger Z piloté par Alcor et un "God Mazinger" piloté par un nouveau personnage flanqué d'une équipe d'assistants. Dans sa toute nouvelle mouture, ce synopsis prendrait la suite directe de Great Mazinger dès octobre, avec Alcor comme héros principal.
Résumé de God Mazinger version 1975
Grace au "carton" de Getta Robo, qui présente des machines d'une laideur à faire peur mais des héros au charisme exceptionnel, La Toei Animation semble enfin comprendre que l'ingrédient magique d'une série de ce type, ce n'est pas le robot, mais son pilote.
Du coté de Popy, la pression est grande. Peu impressionné par les ventes des figurines de Great Mazinger, le géant du jouet veut pouvoir lancer une nouvelle gamme qui ressemble à Mazinger Z sans trop s'en rapprocher. Il insiste sur la pluralité afin de pouvoir sortir des gammes étendues ce que le concept de Getta Robo permet totalement, malgré une esthétique assez défaillante. Il produit aussi les figurines de Raydeen, dont il ne peut en revanche que se satisfaire de la beauté. Le petit jouet transformable qu'il en a conçu plait beaucoup, malgré la passable audience du feuilleton, et il veut reproduire ce grand succès[1].
Il y a donc convergence d’intérêt, les deux compagnies, sans doute sans bien le réaliser ni se le dire, ont besoin d'une œuvre assez proche des Mazinger mais dont le robot ne soit PAS un Mazinger, l'une pour faire de l'audience avec un produit frais, l'autre pour produire des jouets attractifs et transformables ou emboitables, ce que Raydeen permet, pas les Mazinger ni les Getta robo.
En effet, les vaisseaux qui, dans Getta Robo, s'assemblent selon diverses combinaisons pour former trois robots différents le font selon des techniques absolument irréalistes et impossibles à reproduire par l'industrie du jouet. Donc d'un coté, Popy peut proposer trois vaisseaux et trois robots[2] pour ce seul feuilleton, mais d'un autre coté, elle ne peux présenter des figurines vraiment belles.
La physionomie du robot à concevoir semble donc se dessiner selon un cahier des charges de plus en plus précis, toujours sous l'impulsion du sponsor :
- Beauté plastique ;
- Proximité relative avec les Mazinger ;
- Transformation ou assemblage reproductible en jouet.
Pour plus d'information sur le sujet, voir Le graphisme de GOLDORAK.
NOTE IMPORTANTE : Les débuts de ce partenariat tripartite, qui dure donc depuis Mazinger Z, ont peut-être donné lieu à des tâtonnements, mais au moment où la conception de notre série débute, les choses sont désormais contractuellement figées : Dynamic fournit des dessins et des croquis, la Toei les lui achète et Poppy peut en disposer au cas où pour toute création de produit dérivé.
Un nouveau thème : l'agression extraterrestre
Compte tenu de tout cela, le studio ne se montre pas impressionné par la proposition de Nagai, qui met à nouveau aux prises Alcor et le Docteur Hell. Il souhaite explorer d'autres options. Comme nous l'expliquerons mieux dans Les sources d'inspiration de la série, ce que produit Dynamic depuis deux ans est assez redondant. Alors si en plus les robots proposés sont soit laids, soit peu originaux, le risque de froisser Popy est grand et, cela, la Tôei ne peut pas se le permettre. D'autant que celui-ci sponsorise désormais des séries des studios concurrents, ce qui, en raison de la puissance de communication du fabricant de jouets, les expose d'avantage au public et fait de l'ombre aux productions maison.
Pour présenter une trame beaucoup plus dense et beaucoup moins primaire, l'équipe de production pense à un projet sur lequel elle travaille déjà : ENBAN ROBO GATTAIGER, adaptation en série de UEDS, qui n'est pas encore sorti.
Dans ce projet pour la télévision, est développée la profondeur de UEDS dont l'histoire est vraiment originale et rafraichissante. De plus, le thème des OVNIs, très populaire à cette époque au Japon, est encore très peu exploité dans les séries télévisées.
God Mazinger est donc refusé et ENBAN ROBO GATTAIGER prendra la suite de Great MAzinger.
Toutefois, Alcor sera de la partie et cela, ni la Toei ni Dynamic ne l'avaient envisagé.
L'introduction d'Alcor et le lien avec les Mazinger, un sujet épineux

Scénaristiquement, puisque l'on reprend une histoire complètement déconnectée de la continuité "Mazinger", la résolution d'y introduire le jeune homme peut sembler contradictoire.
La présence d'Alcor (Koji Kabuto, 兜甲児) dans UFO Robo Grendizer (Goldorak / Grendizer) a été imposée par la chaîne de télévision Fuji TV qui veut un "Mazinger 3".
Plus précisément, c'est une demande expresse de son responsable de l’époque, Bessho Kōji (別所孝治), une condition sine qua non pour laisser ENBAN ROBO GATTAIGER prendre la suite de Great Mazinger.
La raison avancée était que Koji était extrêmement populaire en tant que héros de Mazinger Z, sa faible présence dans Great Mazinger faisait l'objet de regret : la chaîne voulait un personnage récurrent connu pour fidéliser le public et rattacher la nouvelle série à l’univers Mazinger déjà établi[3] ; ceci entraîna des réaction négatives dans l'équipe de production[4].
Popy continuera ainsi à travailler avec Gô Nagai, dont le nom est gage de qualité et de succès et à exploiter la lucrative licence Mazinger, sur laquelle elle a déjà tout pouvoir, plutôt que de négocier un nouveau contrat de sponsoring sur une aventure dont le sort est hypothétique. Cette nouvelle histoire devant prendre le créneau horaire des deux précédents dessins animés, l'option de faire une suite semble finalement être de l’intérêt de tous.
Mais cette inclusion nécessite l'approbation du mangaka et la Tôei doit négocier cet ajout avec lui. Nagai n’est pas convaincu par cette proposition mais c'est une exigence de la chaîne, et il accepte.
Nous ignorons bien évidemment ce qui a été demandé et concédé lors de ces tractations mais des évènements ultérieurs nous laissent convaincus que, pour permettre l'utilisation du fils Kabuto dans Goldorak, Gô Nagai obtient un droit de regard sur le scénario et la propriété des machines et des personnages, nouveaux ou anciens, qui y apparaîtront, y compris Actarus, dont il n’est pas le créateur[5]. De par ces octrois, Le mangaka devient de fait l'auteur légal de Goldorak et de récents échanges de courriels avec le Japon l'ont confirmé : Ainsi si de son coté Nagai peut faire ce qu'il veut avec tout personnage ou toute machine issue de cette série, la Tôei a en revanche besoin de son accord pour la moindre opération commerciale la concernant.
Maintenant que sa présence est acquise, se pose la question de la place d'Alcor dans la série qui étend UEDS et où le premier rôle ne peux lui être attribué, celui-ci dépeignant un extraterrestre. Il sera donc son partenaire, une "guest star" permanente, un second rôle. Mais Actarus étant doté de capacités physiques exceptionnelles et, pour ne pas faire de l'ombre au Prince, Alcor se voyant lui doté de moyens de combat ridicules, l'ancien pilote de Mazinger Z souffrira sans aucun doute de la comparaison. Les producteurs ont semble-t-il totalement sous-estimé l'importance de ce fait et n'ont pas relevé l'évidence de son impact négatif auprès des téléspectateurs. Mais y avait-il vraiment moyen de faire mieux? Cela fait désormais bien des décennies que les fans en discutent et aucune proposition vraiment satisfaisante n'est encore apparue.
Nagai, pour d'autres raisons, n'est pas très à l'aise avec cette introduction et désire certainement limiter les références directes aux deux séries Mazinger. Au vu du résultat, il se sera servi lourdement de ce droit de regard, presque un droit de véto, ce qui n'a pas du faire très plaisir à la Tôei.
Même s'il n’empêchera pas deux aventures d’accueillir le Béliorak et ses pilotes, il s'opposera fermement au retour de Sayaka Yumi aux commandes du Fossoirak. Ce sera donc un personnage original, Phénicia, qui existe depuis peu dans la version manga de Gosaku Ôta et qui est introduite dans le 49e épisode, qui prendra sa place dans le cockpit de l'aéronef.
Cette réaction est sujette à de multiples interrogations car, dans Les mangas concomitants à la série produits par Dynamic, pour au moins deux versions, les références à Mazinger et les apparitions des deux robots titres et d'autres personnages en étant issus seront plutôt nombreuses. Ce comportement n'a pu que déplaire à la Tôei, frustrée de n'avoir pas plus d'apparitions des Mazinger et de leurs personnages dans la série, qu'il voit comme des vecteurs d'appel. Tout ceci demeure de l'ordre de la supposition même si tout va dans ce sens.
ENBAN ROBO GATTAIGER devient UFO ROBO GRENDIZER, la série prend forme

Mais nous n'en sommes pas encore là. Très rapidement, la pré-production de Goldorak débute et, cette fois-ci, c'est Dynamic est chargée de reprendre totalement le graphisme du robot titre, un travail dont s'occupent Go Nagaï et Ken Ishikawa. Pour UEDS, le concept robot et soucoupe provenait de Dan Kobayashi, par la suite le directeur artistique Tadanao Tsuji l'avait entièrement modifié et finalisé.
A partir du moment où Dynamic est conviée au projet, c’est contractuellement elle qui doit fournir les dessins des croquis des machines, et pas seulement de GOLDORAK, mais de toutes les machines que les scénaristes inventent. La Toei les achète et Popy peut en disposer si une idée de jouet particulier lui vient en tête. Dans ce cas-là, le fabricant versera des droits aux deux compagnies, sur le chiffre d'affaire ou uniquement s'il y a des bénéfices, c'est à préciser.
Le nouveau robot est nommé GRENDIZER, d'après un projet avorté de Dynamic (par "avorté", il faut comprendre "refusé") :
En 1972 ou peut-être 73, la date exacte n'ayant pas été retrouvée, Go Nagai et Ken Ishikawa avaient fait les premières ébauches d'une animation nommée "Plus Power!! Grendizer". Sur la couverture du dossier de présentation, nous trouvons pour le mot "Grendizer" une police de caractères absolument identique à celle du logo de notre future série.
Dans cette ébauche, Le héros se nommait Takeru Fubuki. Il pilotait une moto appelée Dizerd 7000 et qui pouvait envoyer une armure alors revêtue par son pilote, qui prenait alors le nom de Grendizer. L’idée de la moto sera reprise pour un tokusatsu répondant au nom d'Astekaizer en 1976.
Qui de la Toei ou de Dynamic a décidé de ce changement et pourquoi? Nous l'ignorons.
La série doit associer Les plus grands noms de la profession, notamment de très talentueux chara-designers qui vont grandement embellir l’apparence des personnages de UEDS.
La qualité de l'animation, pour l'époque et pour un dessin animé télévisé, possède une si grande fluidité qu'elle restera sans égal pendant plusieurs années. Les producteurs s'attendent à un grand succès et de nombreuses licences pour la commercialisation de produits dérivés sont délivrées, une incroyable quantité et variété d'objets se trouvant déjà en cours de conception avant même le premier épisode.
Pour surfer sur la popularité des OVNIs très forte en cette période, le nom du robot, Grendizer en VO, se voit accompagné des mots UFO ROBO, soit "robot OVNI", dans le titre du feuilleton, afin de bien insister sur la présence d'extra-terrestres et de soucoupes volantes dans celui-ci.

D'ailleurs, le fait que toutes ces fantastiques technologies apparaissant dans Goldorak soient d'origine extraterrestre crédibilise involontairement ce que nous voyons à l'écran, renforçant grandement le sentiment de réalisme. Sentiment de réalisme qui faisait défaut aux autres séries de robots géants de cette période où ces sciences purement terriennes étaient parfois millénaires.
La série est lancée en fanfare, la plupart des magazines spécialisés dans l'animation et le manga annoncent "le grand retour d'Alcor" et GOLDORAK se retrouve sur la plupart des couvertures.
Pendant ce temps, une fin de Great Mazinger, où pour faire plaisir aux fans et peut-être les préparer à Goldorak, le futur pilote de l'OVTerre reviendra aux commandes de son robot-star, est alors vite bricolée (l'ennemi n'est pas totalement éliminé).
Nous sommes le 5 octobre 1975 en début de soirée, au Japon. C'est un dimanche et il ne fait pas froid. Sur la chaîne Fuji TV, l'aventure peut commencer...

Références
- Interview des auteurs et sa traduction française sur le forum
- L'ouvrage Gô Nagai, Mangaka de légende de Jérôme WICKY, paru en juillet 2017 aux éditions Fantask, nous livre une belle épopée de l'auteur de GOLDORAK et de précieux détails qui concernent la genèse de la série et des mangas (notamment pages 125 à 136).
Un merci particulier à nos amis et contributeurs LVD qui, du Japon, nous a trouvé l'origine du nom GRENDIZER, et Osvaldo Mercuri qui, de l'Italie, nous a appris le nom du projet original Enban Robo Gattaiger.
Notes
- ↑ Le logo de la firme MATTEL apparaît, puisque c'est elle qui a distribué aux États-Unis, mais également en France et en Italie cette gamme. Les blister à fenêtres sont une idée de Mattel, puisqu'au Japon les jouets étaient distribués dans des boîtes fermées.
- ↑ Sans compter les machines annexes.
- ↑ « Édition spéciale de magazine TV : Mazinger Z Œuvres complètes » Kodansha, 15 janvier 1988. ISBN 4-06-178407-2, p. 190 ; https://ja.wikipedia.org/wiki/UFO%E3%83%AD%E3%83%9C_%E3%82%B0%E3%83%AC%E3%83%B3%E3%83%80%E3%82%A4%E3%82%B6%E3%83%BC
- ↑ LP Record « Série Édition Collector d’Anime UFO Robo Grendizer - Enregistrement de la bataille de la mort de Duke Fried » CZ-7158, Nippon Columbia, décembre 1981, notes de pochette « Nostalgique Memories Toei Video Producer Toshio Katsuta » ; « Great Mazinger DVD-BOX » Toei Video Co., Ltd., DSTD02225, 21 mai 2003, livret p. 3 ; Grendizer DVD Box 2, livret p.7 → Interview Katsuta (« Oui, c’est vrai [que ça vient de Bessho]. Je m’y suis fortement opposé en disant : “Comment peut-on gérer deux protagonistes ?” et Uehara aussi était contre… ») ; Grendizer DVD Box 1, livret p.10 → Interview Tadaaki Kikuchi (菊池忠昭, Dynamic Planning) (« M. Bessho de Fuji TV était inquiet… “Mazinger marche bien, prenons une assurance.” » ; 永井豪TVアニメ大全』 (Go Nagai TV Anime Daizen / Encyclopédie complète des anime TV de Go Nagai), éditeur : 不知火プロ (Shiranui Pro, collectif de compilation spécialisé dans les archives anime), Maison d’édition : 双葉社 (Futabasha), date de publication : 25 mars 2003, ISBN : 4-575-29531-0, p. 45. Le même livre est la référence unique pour l’anecdote complémentaire des fans de Koji qui ont envoyé des lames de rasoir en signe de protestation (« 勝田稔男らが後年の壇上で明かしたところ » = révélé plus tard sur scène / lors d’un panel).
- ↑ Personnage créé par Tôei pour UEDS.