C'était en 1977.
Mes parents venaient de s'abonner à la télédistribution (à «Coditel», comme on l'appelait alors) et je faisais connaissance avec les chaînes françaises. Et c'est à cette époque que j'ai découvert cette série télévisée, pour laquelle j'ai eu un véritable coup de foudre.
Pour rappel, Cosmos 1999, ça racontait l'histoire des 300 occupants de la base lunaire Alpha, vivant d'incroyables aventures après que notre satellite a été éjecté de son orbite et est parti vers une longue errance à travers l'espace.
C'est peu dire que j'ai adoré cette série, j'en étais réellement gaga !
Je ne l'aurais ratée pour rien au monde, je découpais le moindre article qui en parlait, j'oserais même dire que je ne regardais plus la Lune de la même manière...
J'ai eu le plaisir de la revoir en 1980, à l'occasion d'une rediffusion. Même enthousiasme, et même gros pincement au cœur quand arrivait le 24e épisode, qui marquait la fin de la série, bien qu'il n'y ait pas de réelle conclusion.
Mais, peu après...
Un jour, j'ai eu la surprise de tomber par hasard, sur BBC, sur un épisode de Cosmos 1999 - en VO, bien sûr - que je ne connaissais pas ! Et cet épisode avait en plus quelque chose de «bizarre» : les personnages n'étaient plus tout à fait les mêmes, les costumes avaient changé, et même le ton me paraissait un peu différent et semblait tirer davantage vers la comédie. Ça m'a bien évidemment laissé fort perplexe, puis je n'y ai plus pensé et les choses en sont restées là.
C'est bien des années après que j'ai su qu'il existait une deuxième saison et, en 1994, j'ai loué à la médiathèque l'intégrale de la série en VHS. J'ai d'abord revu la première saison avec un immense plaisir, appréciant avec un regard adulte ses réelles et nombreuses qualités, et redécouvrant certains épisodes que j'avais un peu oubliés. Puis, j'ai abordé avec curiosité cette deuxième saison dont je ne savais pratiquement rien et là... putain, la douche froide !
Une merde, une incommensurable merde !!! Et un incroyable massacre !
Des personnages de premier plan avaient disparu sans raison, d'autres surgis de nulle part les avaient remplacés. Tout comme les costumes si caractéristiques, le décor avait lui aussi changé : le vaste poste de commandement, blanc et majestueux avec l'Ordinateur trônant au sommet d'un petit escalier, avait fait place à une minable petite salle aux consoles banales et aux couleurs criardes.
Et puis il y avait ce nouveau protagoniste, une extraterrestre capable de se transformer en n'importe quel animal, réel ou imaginaire. Ridicule, tristement ridicule (et navrant pour la très belle Catherine Shell qui interprétait ce personnage).
Enfin, last but not least, LES MONSTRES ! La deuxième saison de Cosmos 1999 est un long et pathétique défilé de gros monstres en latex ou en fourrure synthétique, tous plus grotesques les uns que les autres et qu'on croirait sortis du bestiaire de
1, rue Sésame.
Finie, la science-fiction mature teintée de petites questions philosophiques, l'heure était à présent aux grenouilles cornues, aux céphalopodes gluants et aux gorilles à poils longs...
Des lectures ultérieures m'apprendront que cette boucherie est l'œuvre d'un producteur nommé Fred Freiberger. Ce connard avait en fait été appelé pour rendre la série (à laquelle on reprochait des scénarii trop élaborés et un ton jugé, paraît-il, trop austère) plus «attrayante» et de l'orienter davantage vers l'action, l'humour et le soap opera. Bref, d'américaniser cette série britannique et de l'adapter aux goûts du public US.
Résultat : un ratage absolu, un gâchis monumental, une dénaturation complète de la série qui, bien évidemment, ne connaîtra jamais de saison 3. Belle réussite, Mister Freiberger !
Pour mémoire, ce même Freiberger avait déjà accompli un exploit similaire quelques années plus tôt sur Star Trek, qu'il avait aussi été chargé d'«améliorer». Bilan : après une 3e saison marquée elle aussi par l'inclusion de moult monstres de carnaval, la série a rendu l'âme, alors qu'elle était initialement prévue pour cinq saisons.
Ces deux hauts faits vaudront d'ailleurs au sieur Freiberger le doux surnom de «fossoyeur de la SF». Les gens sont médisants, tout de même...