La conception de la série

De Wikirak

Pendant ce temps, Great Mazinger, qui a pris la suite de Mazinger Z depuis un peu moins d’un an, ne rencontre pas le succès escompté auprès du public, un peu parce que c'est une suite dénuée de substance, très répétitive, au ton plus léger, un peu parce que Alcor, héros national au Japon à cette époque, n’y apparaît pas. Ses taux d’audience sont jugés insatisfaisants.

Autre problème, plastiquement, Great Mazinger n'est qu'une trop faible évolution de Mazinger Z. Certes plus grand et plus anguleux, il partage néanmoins des traits identiques et son armement est très proche. Bien plus qu'une similitude, c'est un clonage bon marché, les jouets qui le reproduisent ne sont guère appétant et Popy/bandaï, sponsor et principal financier de la série, doit certainement s'en plaindre. En outre, la concurrence se fait désormais sentir en matière de robots géants inspirés du style Nagai. La série Raydeen, qui présente le premier robot géant transformable en vaisseau, superbe graphiquement au passage, et qui s'appuie sur un scénario assez sympathique, est un grand succès qui surclasse et éclipse Great Mazinger. Les premières tensions se font jour.

L'arrêt de la série est donc unilatéralement décidé et la mise en chantier d'un nouveau feuilleton, toujours se déroulant de l'univers Mazinger se voit programmé pour octobre.

Gô Nagai, à qui l'on demande une idée originale, remanie God Mazinger, un projet déjà refusé l'année précédente pour remplacer Mazinger Z. Dans sa nouvelle mouture, il devient la suite directe de Great Mazinger, avec Alcor comme héros principal.

--- Résumé de God Mazinger version 1975 ---

La Toei Animation veut effectivement une histoire qui se déroule dans le même univers pour qu'Alcor, dont l'absence est pour eux le principal échec de Great Mazinger, puisse être présent dans chaque épisode. Mais sans doute lassée d'à nouveau présenter la lutte d'un Mazinger contre le Dr Hell, elle explore d'autres options. Pour présenter une trame moins légère et beaucoup moins primaire, elle favorise la romance introduite dans UEDS qui a eu un très beau succès critique et dont l'histoire est vraiment originale. God Mazinger est donc refusé et le court métrage devient une série, notre Goldorak.

Une fin de Great Mazinger est vite bricolée (l'ennemi n'est pas totalement éliminé) et, pour faire plaisir aux fans, le futur pilote de l'OVTerre revient dans les derniers épisodes aux commandes de son robot-star.

Bien évidemment, la présence d'Alcor dans Goldorak oblige la compagnie à obtenir l'accord de son créateur et donc de négocier avec lui.

Nagaï n’est vraiment pas emballé par l’idée de réutiliser son Alcor dans ce monde étranger, ni d'inclure celui-ci dans la continuité des aventures des Mazinger. Il doit également être froissé que SA suite ai été refusée au profit d'une histoire dont il n'est pas l'auteur. Alors il va faire chèrement payer son aval.

Pour autoriser l'utilisation du fils Kabuto, il demande et obtient, entre autre, un droit de regard sur le scénario et la propriété de tous les personnages, nouveaux ou anciens, qui y apparaitront, y compris Actarus qui n'est sans doute pas à l'origine sa création dans UEDS.

Même si personne ne lui a vraiment forcé la main, Nagai semble contrarié d'avoir accepté l'introduction d'Alcor et désire limiter les références directes aux deux premiers volets de la trilogie, il se servira donc lourdement de ce droit de regard, presque un droit de véto, ce qui n'a pas du faire très plaisir à la Toei. Même s'il n’empêchera pas deux aventures d’accueillir le Béliorak et ses pilotes, il s'opposera fermement au retour de Sayaka Yumi aux commandes du Fossoirak. Ce sera donc un personnage original, Phénicia, qui existe depuis peu dans le manga et qui est introduite dans le 49e épisode (design de Shingo Araki et de Michi Himeno), qui prendra sa place dans le cockpit de l'aéronef. Cette réaction est sujette à de multiples interrogations car, dans les deux versions du manga qu'il scénarise pendant que la série est diffusée, les références à Mazinger et les apparitions des deux robots titres seront plutôt nombreuses. Ce comportement n'a pu que déplaire à la Toei, frustrée de n'avoir pas plus d'apparitions des Mazinger et de leurs personnages dans la série, afin de booster l'audience.

La série est mise en chantier à la fin de l'été 1975, pour 3 saisons, avec un budget bien supérieur à ce que l'on accorde habituellement aux feuilletons de robots géants. Les plus grands noms de la profession sont aux manettes.

La qualité de l'animation, pour l'époque et pour un dessin animé télévisé, possède une si grande fluidité qu'elle restera sans égal pendant plusieurs années. Les producteurs s'attendent à un grand succès et de nombreuses licences pour la commercialisation de produits dérivés sont délivrées, une incroyable quantité et variété d'objets se trouvant déjà en court de conception avant même le premier épisode.

La série est lancée en fanfare, la plupart des magazines spécialisés dans l'animation et le manga annoncent "le grand retour d'Alcor" et GOLDORAK se retrouve sur la plupart des couvertures.

Nous sommes le 5 octobre 1975, c'est un dimanche, nous sommes en début de soirée, l'aventure peut commencer...

Interview des auteurs et sa traduction française sur le forum


L'ouvrage Gô Nagai, Mangaka de légende de Jérôme WICKY, paru en juillet 2017 aux éditions Fantask, nous livre une belle épopée de l'auteur de GOLDORAK et de précieux détails qui concernent la genèse de la série et des mangas (notamment pages 125 à 136).