Histoire de l'arrivée de la série en France
Préambule

Au moment où nous rédigeons ces informations, nous disposons d'un faible nombre de "preuves matérielles" (contrats, lettres, etc.) permettant de corroborer les informations données plus bas, nous disposons essentiellement d'ouvrages accessibles à tous (et ne contenant pas de preuves non plus), d'articles de presse divers et de témoignages sérieux (voir Remerciements).
Nous voulons mettre en évidence les rôles complémentaires des uns et des autres, donc nous faisons volontairement abstraction des polémiques qui entourent cette histoire et qui la ternissent inutilement. Nous voulons aussi montrer que l'arrivée de la série en France est une histoire complexe, faite de "hasards", de convictions personnelles, de sensibilités différentes, d'affinités et réseaux d'influence... qui en font une véritable épopée !
Chaque acteur commercial de cette histoire, en constatant l'immense succès de la série auprès des enfants que nous étions, a naturellement cherché à orienter l'histoire en sa faveur et avec les moyens dont il disposait. Nous ne jugeons pas cela, nous aurions sans doute fait pareil à leur place.
Nous laissons aux chercheurs-auteurs actuels et futurs le soin de faire la lumière sur l'histoire et de préciser les mérites des uns et des autres, avec des documents inédits à ce jour.
Découvreurs de la série au Japon
Bruno-René Huchez (également connu sous le pseudonyme Huber Chonzu), alors salarié de la société japonaise d’import-export Marubeni (service Recherche et Développement), découvre la série UFO Robot Grendizer produite par Tōei Animation d’après une œuvre de Gō Nagai, diffusée au Japon de 1975 à 1977 lors d’un voyage d’affaires à Tokyo vers l’automne 1975. En attendant un appel téléphonique dans sa chambre d’hôtel, il tombe par hasard sur l’anime à la télévision et en est immédiatement convaincu du potentiel européen[1],[2],[3]. Huchez joue ensuite le rôle d’intermédiaire pour Marubeni et Tōei, faisant venir des bobines à Paris.
Jacques WILLEMONT découvre des séries de robots géants (dont Mazinger Z) à Tokyo en août 1976. Il assiste à une rediffusion de Mazinger Z et demande à en intégrer un extrait dans son film "Un homme pas millions" (NHK) et à vendre la série en Europe à son retour en France. Bruno René HUCHEZ est à l'époque salarié de la société Marubeni, il gère un premier contrat liant Marubeni (pour Tōei) à la société ADITEC des époux WILLEMONT.
Jacques WILLEMONT frappe le premier à la porte d'Antenne 2 où il dit avoir rencontré Patrice Laffont. Jacques Willemont qui a découvert les séries à robots de Tōei Animation en 1976 se rend au Mifed n° 35 de Milan du 16 au 23 avril 1977, pour tenter de vendre ses films et "les séries Mazinger".
La société Marubeni, entreprise d'import-export de produits divers, représentée par son vice-président Takao Matsumoto et son assistant Bruno-René HUCHEZ. C'est elle qui importe des séries (on ignore lesquelles) à Paris à partir de 1976, voire avant cela.
Takao Matsumoto est une figure clé de la distribution de l'animation japonaise en Europe et en France dans les années 1970 et 1980. Représentant de Toei Animation (Toei Dōga) et travaillant au sein de la société de négoce Marubeni, il a agi comme le représentant commercial clé de la Toei pour le marché européen et français. Pionnier de l'importation d'anime, c'est lui qui négociait et vendait les licences des séries d'animation emblématiques de la Toei à destination des diffuseurs et distributeurs français. Il a joué un rôle déterminant dans la vente des droits de séries cultes comme Goldorak (UFO Robot Grendizer) en France, collaborant avec des acteurs majeurs de l'époque comme Bruno-René Huchez, Jacques Canestrier ou la société Eole Financière. En résumé, il est considéré comme l'un des « hommes de l'ombre » qui ont permis l'arrivée et la popularisation des séries Toei en Europe.
Jacques Canestrier, producteur et distributeur via sa société Pictural Films (créée vers 1976), entre en contact avec Tōei Animation et acquiert un lot de dessins animés japonais, dont Grendizer. Il collabore avec Huchez (qui quitte Marubeni pour créer IDD/IDDH en 1977). Canestrier préfère Grendizer à Mazinger Z, qu’il juge plus froid et violent[4],[5].
Découvreur de la série en France
Gérard CALVET, réalisateur et producteur d'émissions pour la jeunesse à Antenne 2 et son supérieur Guy MAXENCE, directeur des programmes Jeunesse, en avril 1977 via le MIPTV de Cannes. Guy MAXENCE[6], Françoise RAYMOND et Gérard CALVET visionnent les séries à Paris chez Marubeni ensuite et choisissent Grendizer et Candy parmi d'autres[7].
Acheteurs de la série
Acheteur des 52 premiers épisodes
Antenne 2 achète la série via Armand JAMMOT. L'achat est validé en juin 1977. Grendizer est alors destinée à être diffusée dans l'émission réalisée par Gérard CALVET et Guy LOPEZ, "Dorothée et ses amis" (précurseur de RécréA2), après doublage qui débute rapidement. 52 épisodes valent pour l'année 1978 complète.
Le contrat est conclu auprès de la société Pictural Films de Jacques Canestrier (qui existe depuis 1976), détentrice des droits avec son associée IDD que Bruno René HUCHEZ crée en 1977 (il quitte Marubeni, dont Tōei se désolidarise suite à une sombre affaire). Tōei aurait demandé à IDD/IDN de convenir d'une telle coopération avec Pictural Films, qui, contrairement à IDD de M. Huchez, maîtrise le domaine de la distribution et du merchandising : Jacques CANESTRIER a un passé à l'ORTF et il bénéficie du soutien des japonais, comme autrefois ADITEC ayant dû cesser ses activités.
Acheteur des 22 derniers épisodes
Le premier décembre 1977, Maurice Ulrich était devenu le nouveau président d'Antenne 2 en remplacement de Marcel Julian. Il a quitté cette fonction en juin 1981. Il est responsable de l'achat des 22 derniers épisodes. La totalité des 74 épisodes est alors diffusée en 1979 et début 1980.
Distributeurs de la série
A partir de l'été 1977, Jacques CANESTRIER, gérant de Pictural Films. Il bénéficie d'une clause de vente aux pays européens comme l'Italie, en plus des pays francophones. La distribution inclut doublage et merchandising. Nous ignorons tout des termes du contrat qui lie IDD à Pictural Films. Antenne 2 achètera à Jacques CANESTRIER les 22 derniers épisodes en 1979.
Jacques CANESTRIER participe au MIFED de Milan à l'automne 1977 et au MIPTV de Cannes au printemps 1978. Il fait procéder au doublage de la série dès 1977. Un remaniement managérial se produit fin 1977 à Antenne 2 et l'équipe Jeunesse est modifiée ; l'Unité Jeunesse&Famille d'Antenne 2 naît en 1978. Jacqueline JOUBERT, qui dirige désormais cette unité, découvre Goldorak dans ses cartons. Jacques Canestrier devra batailler 6 mois auprès d'elle pour que Goldorak, dont les droits et l'adaptation ont été payés (opération blanche pour Pictural Films), soit diffusé afin que Pictural Films puisse encaisser des recettes (de merchandising uniquement).
Diffuseurs de la série
Jacqueline JOUBERT, responsable de la toute nouvelle Unité Jeunesse & Famille (jusqu'en 1988). Elle a succédé à Guy Maxence fin 1977 ou début 1978, au moment du changement d'organigramme de la chaîne. Elle est salariée de l'ORTF depuis 1972 ; en février 1974 elle réorganise les programmes pour enfants et de 1975 à 1977 elle dirige l'Unité Variétés d'Antenne2.
Lorsqu’elle découvre la série déjà acquise dans les « cartons » d’Antenne 2 (après le départ de Guy Maxence), elle aurait déclaré à Jacques Canestrier : « Jacques (Canestrier), je suis affolée, je découvre une horreur qui s’appelle Goldorak. Candy, ça pourrait passer à la rigueur. (...) Mais quelle horreur ! Moi en charge des programmes Jeunesse, jamais je ne passerai Goldorak à l'antenne ! »
Cette citation illustre son aversion initiale pour le style et la violence perçue de l’anime japonais. Elle programme néanmoins la série en été 1978 (période de faible audience attendue) car le contrat était déjà signé.
Face à l’engouement immédiat (été pluvieux, enfants devant la télé), elle reconnaît l’ampleur du phénomène : « Dès le mois d’août, nous avons su que Goldorak faisait un tabac… Nous recevions 2 000 lettres par jour, les enfants écrivaient au personnage[8]. »
Cette déclaration montre qu’elle a pris acte du succès auprès du public enfantin (confirmé aussi par Télé 7 jours du 13 janvier 1979 sur le volume de courrier reçu par Récré A2). Elle accepte alors l’achat de 26 épisodes supplémentaires[9].
En tant que responsable de l’unité jeunesse, elle participe à la décision de retirer le générique de fin « Va combattre ton ennemi » (paroles de Pierre Delanoë) en raison de la phrase « Tu vas sauver notre race », jugée potentiellement raciste [10].
Dans un entretien télévisé du 17 octobre 1979, elle défendra néanmoins la série expliquant notamment qu'un éducateur d'enfants handicapés lui avait écrit pour lui expliquer que Goldorak les rassurait en leur donnant le sentiment qu'il les protégeait[11]. Elle défend ses choix de programmation : elle explique sélectionner avec attention les contenus, rejette l’idée de diffuser Spectreman (qu’elle qualifie d’« horrible ») en remplacement de Goldorak, et annonce préférer Albator (qu’elle présente comme plus doux/romantique dans le contexte de l’entretien). Elle positionne la télévision jeunesse comme un espace de création et de responsabilité.
Selon un mémoire universitaire[12], elle s’oppose à une rediffusion qu’elle juge trop violente, avant de céder à la demande des enfants : la série revient dans Récré A2 le 6 janvier 1982[13].
Doublage de la série
La Société INTERFILMS, dirigée par Jean-Pierre STEIMER son PDG double 52 épisodes en 1977-1978, puis 22 épisodes en 1979. Le doublage est financé par Pictural Films. Le directeur de plateau de doublage est Michel GATINEAU, associé à Jane VAL. Voir aussi L'équipe de doublage.
Liens externes
Une interview de Jacques CANESTRIER
Le livre de Bruno René HUCHEZ (Huber CHONZU) publié à compte d'auteur, d'abord intitulé Le Nebari puis paru sous le titre de Il était une fois... GOLDORAK.
Les programmes Jeunesse en 1978
Notes
- ↑ https://fr.wikipedia.org/wiki/Bruno-Ren%C3%A9_Huchez
- ↑ https://www.premiere.fr/Series/Bruno-Rene-Huchez-l-homme-qui-a-importe-Goldorak-en-France-est-mort
- ↑ https://www.lesoir.be/459928/article/2022-08-16/les-heros-de-notre-enfance-la-fulgurante-metamorphose-de-goldorak-en-personnage
- ↑ https://playeronemangashow.wordpress.com/invites/jacques-canestrier/
- ↑ https://myanimelist.net/people/56438/Jacques_Canestrier
- ↑ Guy Maxence a été directeur des programmes Jeunesse à Antenne 2 dans les années 1970. Il a soutenu l’acquisition de séries japonaises et a cru en Goldorak dès 1977. Il a été remplacé par Jacqueline Joubert à la tête de l’Unité Jeunesse & Famille fin 1977-début 1978.
- ↑ https://journals.openedition.org/rfsic/8124
- ↑ https://www.telecablesat.fr/actus/10945/news-tv/goldorak-retour-vers-le-futur.html
- ↑ https://lepointdujour.fr/nostalgie/8252-goldorak-recre-a2-polemique-violence/ – s’appuyant sur un mémoire universitaire de 2017 basé sur les archives de l’INA).
- ↑ https://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticle=1000190385.html ; https://www.programme-tv.net/news/series-tv/397714-goldorak-pourquoi-le-premier-generique-a-fait-scandale-a-son-arrivee-en-france-en-1978/ ; Jacques Canestrier a confirmé le « tollé » interne à la chaîne, dans lequel Joubert était impliquée.
- ↑ https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/cpb79053792/jacqueline-joubert
- ↑ Céline Epalle, 2017, Enssib, archives INA.
- ↑ https://lepointdujour.fr/nostalgie/8252-goldorak-recre-a2-polemique-violence/
