Gō Nagai

Kiyoshi "Gô" Nagai est né le 6 septembre 1945 à Wajima, au Japon, soit un mois après l’explosion de la bombe atomique lancée par les États-Unis sur Hiroshima. Il compte parmi les premiers mangakas, avec le célèbre Ishinomori, son mentor, à tirer parti d’une « synergie efficace entre mangas, dessins animés et produits dérivés ».
Parcours
Influences et thèmes
Mangaka inspiré, influencé par la figure majeure qu’est alors Osamu Tezuka, il accorde, sur le plan moral, une place centrale à la dualité et à la dénonciation des horreurs de la guerre. Son rapport à ce thème diffère toutefois de celui de Tezuka : si ce dernier évite de montrer le sang, Nagai le considère comme un « symbole de vie et de mort indispensable ».
Œuvres et notoriété
Il est surtout connu pour le caractère provocateur, sombre, parfois violent et érotique de ses nombreuses œuvres, qui font de lui un artiste à la fois célèbre et controversé, à commencer par son École impudique (1968), son premier grand succès… explosif !En Europe, il est d’abord connu grâce à Goldorak, puis pour ses autres œuvres relevant du genre des robots géants : Mazinger Z, Great Mazinger, UFO Robo Grendizer, Kotetsu Jeeg, Getter Robo, God Mazinger, Groizer X (« Bomber X », ici en tant que scénariste)…Pourtant, même si Mazinger Z — le « premier-né », dont le héros n’est autre que « notre Alcor » — occupe une place particulière dans son cœur et dans celui de la jeunesse japonaise de l’époque, son répertoire dépasse largement la saga des robots géants : on lui doit des œuvres telles que Devilman, Cutie Honey, Violence Jack… pour n’en citer que quelques-unes parmi bien d’autres, hélas encore méconnues en France.
On le connaît en France d’abord pour Goldorak (Mazinger Z ayant été diffusé ultérieurement, contrairement au Japon). Un amalgame est alors établi entre Goldorak la machine et Goldorak la série, afin de simplifier une création très complexe (comme le montrera une triste affaire judiciaire née sur le territoire français à partir de 2005, suite à la mise sur le marché français de DVD par la société Déclic Images).
Création de structures professionnelles
En 1969, Gô Nagai crée l’atelier de création Dynamic Productions, puis, en 1974, en complément et avec son associé Ken Ishikawa, le studio Dynamic Planning, qui collabore étroitement avec Toei Animation et des sponsors tels que le fabricant de produits dérivés Popy (racheté par Bandai en 1980), la chaîne Net ou l’agence de publicité Asatsu…
Relations avec Toei Animation
Les relations entre Gô Nagai (et sa société Dynamic Planning) et Toei Animation débutent sous de bons auspices dans les années 1970, avec la production successive de Mazinger Z (1972), Great Mazinger (1974) et UFO Robo Grendizer (Goldorak, 1975). Ces collaborations reposent sur une synergie entre le mangaka, le studio d’animation et les fabricants de jouets (notamment Popy), permettant une exploitation croisée des mangas, des séries animées et des produits dérivés.Dès le milieu des années 1970, cependant, des tensions apparaissent, principalement liées à la gestion des droits d’exploitation à l’étranger. Nagai et Dynamic contestent le partage insuffisant (voire l’absence de versement) des revenus générés par les diffusions et les produits dérivés de Mazinger Z et de Grendizer hors du Japon. Ces différends coïncident avec l’arrivée de la concurrence sur le genre des robots géants, notamment avec la série Raideen en 1975.
La rupture autour de Gaiking
La dégradation des relations culmine en 1976 avec la production de Daikū Maryū Gaiking (Gaiking). Cette série constitue le premier anime de super robot « original » de Toei Animation, conçu sans manga préexistant de Nagai comme base, contrairement aux productions précédentes. Toei attribue officiellement la création originale à Kunio Nakatani (pseudonyme de Mitsuru Kaneko), Akio Sugino et Dan Kobayashi. Dynamic Planning apparaît néanmoins dans les crédits d’ouverture des vingt-deux premiers épisodes pour la collaboration sur certains dessins des « Black Monsters » (monstres noirs). Dynamic aurait également proposé un design pour le robot Gaiking, mais Toei retient celui de Dan Kobayashi, membre de son propre staff[1],[2]. La collaboration cesse à partir de l’épisode 23. Gô Nagai n’est plus crédité, ce qui est interprété comme un signe de la mésentente croissante. Lors du Napoli Comicon de 2007, interrogé sur Gaiking, Nagai déclare que la question soulève d’anciens et complexes problèmes avec Toei Animation, et qu’il se sent désormais détaché de cette œuvre, ne la considérant plus comme sienne en raison des choix opérés par le studio.[3].
Cette rupture conduit Nagai et Dynamic à collaborer avec d’autres studios, tels que Knack, pendant une dizaine d’années.
L’épilogue juridique sur les droits de Goldorak et Mazinger
Le conflit s’élargit aux droits internationaux de Mazinger Z et de Grendizer (Goldorak). Nagai poursuit Toei en justice pour non-paiement ou partage insuffisant des royalties liées aux exploitations étrangères. La bataille judiciaire dure plus de dix ans. Un accord ou une transaction intervient vers 1986, Toei versant des royalties à Nagai.[4],[5]. En France, la question des droits reste complexe. La cession des droits de diffusion à Bruno René Huchez s’effectue sans l’accord de Nagai, qui ne perçoit alors aucune rétribution malgré son crédit d’auteur. Plus tard, l’édition de DVD par Déclic Images à partir de 2005, réalisée sans autorisation, aboutit à un procès intenté par Toei Animation ; la société est condamnée à verser plusieurs millions d’euros pour contrefaçon de droits d’auteur et de marque. L’édition officielle de l’intégrale en DVD au Japon en 2004, puis les sorties autorisées en France (notamment chez AB Vidéo en 2013), marquent une clarification progressive de la situation[6]. Ces blocages juridiques, combinés à la complexité de la « parentalité » de la série, expliquent en partie les réticences des studios d’animation à relancer durablement l’univers de Goldorak, pourtant très apprécié des fans européens et québécois.
Développement récents et apaisement
Les relations s’améliorent progressivement à partir des années 1990-2000. Les crédits modernes adoptent souvent la formule « © Go Nagai / Dynamic Planning Inc., Toei Animation ». En 2017, la présentation au Festival d’Annecy du making-of et du film Mazinger Z Infinity (sorti en 2018), avec la participation de Gô Nagai et de producteurs de Dynamic Planning, témoigne d’une collaboration renouvelée[7]. Des accords de licence internationaux récents, notamment avec Manga Productions (Arabie saoudite) pour Grendizer dans le Moyen-Orient (2022) ou avec DeAPlaneta Entertainment pour divers territoires (2026), confirment une coexistence claire des droits entre Dynamic Planning et Toei Animation, permettant de nouveaux projets autour de l’univers Mazinger/Grendizer[8],[9]
Rôle dans la création de Goldorak
Gô Nagai a créé avec Ken Ishikawa la machine Goldorak et il est le père de « l’univers Mazinger », qui sert de base à la série Goldorak voulue par Toei sous la pression de Popy/Bandai. Il n’est cependant ni le concepteur, ni le scénariste, ni le character-designer, ni le producteur de la série, qui demeure « la nébuleuse Toei Animation ». Il peut néanmoins revendiquer une part importante de sa « paternité ».Le contexte dans lequel est conçue la série Goldorak, la complexité de sa « parentalité » et les blocages juridiques liés à la question des droits expliquent sans aucun doute les réticences (voire les blocages) des studios d’animation à donner un nouvel élan à un univers pourtant chéri des fans européens et québécois. Peut-être ces derniers ont-ils un rôle à jouer pour voir émerger un projet dans leur sens ?
Voir aussi Les Mangas.
Référence incontournable : Gô Nagai, Mangaka de légende, de Jérôme Wicky, paru en juillet 2017 aux éditions Fantask, livre une belle épopée de l’auteur de Goldorak et de précieux détails sur la genèse de la série et des mangas (notamment pages 125 à 136).Koakeu - De Mazinger Z à GOLDORAK
Dynamic

Fondation et premiers pas
Créée par le mangaka Gô Nagai en 1974, la compagnie Dynamic Planning est l’un des premiers studios japonais à exporter des dessins animés à l’international.En 1969, le mangaka, bien entouré, crée d’abord Dynamic Productions, afin de mieux protéger et défendre ses intérêts financiers d’auteur à succès. Le choix du mot « Dynamic » provient de « Dynamic Three », un dérivé des Trois Mousquetaires dessiné par Ishinomori, mentor de Gô Nagai. Mais Gô Nagai est alors considéré par les « grands » comme un débutant, et cette société est d’abord mal vue par les éditeurs.Malgré ses détracteurs, il pourra, grâce à Dynamic Productions, se concentrer sur la création et devenir l’un des mangakas qui laisseront une trace dans l’histoire.=== Succès avec Mazinger Z === En 1972, l’alliance entre Dynamic Productions, Toei et le fabricant de jouets Popy (sponsor) porte Mazinger Z, qui connaît un succès phénoménal (équivalent à celui rencontré par Goldorak en France) et transforme alors l’image de mangaka impudique et décrié qui collait jusque-là à la peau de Gô Nagai.=== Création de Goldorak === En 1975, après le succès de Uchu Enbai Daisenso (voir La genèse), Gô Nagai crée le design de GOLDORAK avec son comparse de Dynamic Planning, le mangaka Ken Ishikawa : Gô Nagai conçoit le design de la tête et du corps, Ken Ishikawa celui des jambes et des ornements rouges en pointe des poings. Les créateurs reprennent les couleurs des Mazingers.
Développement international
En 1994, une division internationale est créée, mais Dynamic Planning, bien implantée en Italie, ne l’est toujours pas en France à ce jour.Source : Jérôme Wicky, auteur de Gô Nagai, mangaka de légende, 2017.Dynamic Planning - le site officielDétails sur Ken Ishikawa
Goldorak dans l’univers de Gô Nagai
Origines commerciales

En 1975, Goldorak est créé pour un besoin commercial : remplacer Great Mazinger, dont les ventes de jouets ne sont pas satisfaisantes pour leur fabricant, Popy, qui possède la licence. Le respect d’une œuvre, ou plutôt de deux œuvres existantes, n’est pas pris en compte face à l’impératif de succès dicté par les sponsors, que l’on peut réduire à la surpuissante entreprise citée ci-dessus.
Son attitude dans le processus créatif (ordres déguisés en souhaits) fera de la série ce qu’elle est : un UEDS s’étant vu allègrement transformé en une série mettant en vedette une sorte de Mazinger extraterrestre, introduite de force dans la continuité des deux feuilletons dont elle doit prendre la suite à l’antenne.
Question de la filiation
Mais alors, de qui Goldorak est-il l’« enfant » ?En 1975, la question ne se pose pas : Goldorak est, pour le meilleur et hélas pour le pire, la suite de Great Mazinger, elle-même suite de Mazinger Z.Ce sentiment de trilogie sera volontairement ou involontairement entretenu par Toei, Bandai et Nagai, indépendamment les uns des autres ou en commun, pour des opérations commerciales pendant près de quarante ans, comme la Mazinger Bible, un ouvrage de plus de 500 pages (couverture ci-contre).
Position de Gô Nagai
Nagai, bien qu’ayant abondamment exploité ce sentiment de trilogie à des fins commerciales, n’a jamais vraiment apprécié, par l’introduction d’Alcor, de faire partager à leur Goldorak la même continuité que ses Mazinger. Dans son remake Grendizer Giga de 2015, il a, sur le tard, éliminé tout lien et rapproché plutôt ce nouvel univers de celui de Cutey Honey.
Dans son œuvre-fleuve Violence Jack, qui s’étale sur près de vingt ans (1973-1990) et comporte plus de quarante volumes, il fait revenir quasiment tous ses personnages par l’intermédiaire de sosies, mais on n’y trouve pas le moindre Duke Fleed. Ce n’est que quelque temps après, alors que le personnage semble définitivement banni, qu’on assiste à sa réutilisation dans Mazin Saga, premier d’une longue série de remakes de Mazinger Z. Comme dans ses réapparitions ultérieures, le Prince ne semble plus exister ici que pour sauver Koji au moment où tout paraît perdu, et une aura de mystère assez inquiétante l’entoure invariablement.
Le film de 2017 et les débats
En 2017, le film Mazinger Z Infinity, dans la continuité des deux séries Mazinger, peut aussi bien passer pour un quatrième volet de la saga des Kabuto que prendre la place de Goldorak — dont les aventures sont éludées mais non forcément exclues — en troisième position. En effet, ce film se déroule dix ans après Great Mazinger, donc probablement quelques années après Goldorak. L’avènement de ce long-métrage a provoqué une césure parmi les fans. Chez eux, chez nous donc, deux opinions coexistent désormais globalement : celle selon laquelle Goldorak constitue le troisième volet de la saga Mazinger ; celle selon laquelle Goldorak n’est pas le troisième volet de la saga Mazinger, celui-ci étant le film de 2017, notre série constituant alors son propre monde, son propre univers, tout en partageant une continuité commune par la présence de quelques personnages issus de Mazinger Z et de Great Mazinger.
Où que se trouve la vérité — car chaque camp fait preuve d’une intime conviction absolue —, cette question n’est somme toute pas bien importante, et les échanges restent courtois, contrairement à certains forums où les fans s’écharpent volontiers.
Pour les sociétés concernées, cette question de filiation n’a en revanche aucune importance : c’est l’opportunité commerciale qui décide, selon les cas, si Goldorak appartient ou non à la famille des Mazinger.
Notes
- ↑ https://tvtropes.org/pmwiki/pmwiki.php/Anime/Gaiking Gaiking (Anime) – TV Tropes]
- ↑ Dino Mech Gaiking – Wikipedia
- ↑ Goldorak – Gô Nagai, père de Goldorak ? – Presses universitaires François-Rabelais
- ↑ Grendizer – Wikipedia
- ↑ Goldorak – Gô Nagai, père de Goldorak ?
- ↑ Goldorak – Gô Nagai, père de Goldorak ?
- ↑ Plans For New "Mazinger Z" Anime Movie Revealed – Crunchyroll
- ↑ Saudi Animation Company Manga To License 'Grendizer' – Variety
- ↑ Deaplaneta Entertainment takes on Grendizer Licensing
