La conception de la série
En 1974, 5 mois après le lancement de la série Getta Robo (nouveau concept de robot géant imaginé par Dynamic Planning toujours à la demande de Tôei), Great Mazinger prend la suite de Mazinger Z. Cette 2ème série ne rencontre pas le succès escompté auprès du public, un peu parce que c'est une suite dénuée de substance, très répétitive, au ton plus léger, beaucoup parce que Kôji / Alcor, héros national au Japon à cette époque, n’y apparaît pas. Ses taux d’audience sont jugés insatisfaisants. Le "bol d'air", le grand succès de la Toei en 1974, c'est Getta Robo et pas Great Mazinger...
En outre, la concurrence se fait désormais sentir en matière de robots géants inspirés du style Nagai. La série Raydeen (Yûcha Raidîn), qui présente le premier robot géant transformable en vaisseau, superbe graphiquement, et qui s'appuie sur un scénario assez sympathique, est un grand succès qui surclasse et éclipse le successeur de Mazinger Z

Autre problème : plastiquement, Great Mazinger n'est qu'une trop faible évolution de Mazinger Z. Certes plus grand et plus anguleux, il partage néanmoins des traits identiques et son armement est très proche. Bien plus qu'une similitude, c'est un clonage bon marché. Les jouets qui le reproduisent ne sont guère appétants et Popy/Bandaï, sponsor et principal financier de la série, doit certainement s'en plaindre.
Ci contre, Mazinger Z, à gauche, et Great Mazinger, à droite.
Les premières tensions se font jour et l'arrêt de Great Mazinger est donc décidé.
La mise en chantier d'un nouveau feuilleton débute et Gô Nagai, à qui l'on demande une idée originale de robot, remanie alors son God Mazinger, un projet qui a quelques mois et qui a peut-être déjà été refusée l'année précédente pour remplacer Mazinger Z (l'idée de départ combinerait un Big Mazinger Z piloté par Alcor et un God Mazinger piloté par un nouveau personnage flanqué d'une équipe d'assistants). Dans sa toute nouvelle mouture, ce synopsis prendrait la suite directe de Great Mazinger dès octobre, avec Alcor comme héros principal.
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Résumé de God Mazinger version 1975
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Grace au carton de Getta Robo, qui présente des machines d'une laideur à faire peur mais des héros au charisme exceptionnel, La Toei Animation semble enfin comprendre que l'ingrédient magique d'une série de ce type, ce n'est pas le robot, mais son pilote.

Du coté de Popy/bandai, la pression est grande. Peu impressionné par les ventes des figurines de Great Mazinger, le géant du jouet veut pouvoir lancer une nouvelle gamme qui ressemble à Mazinger Z sans trop s'en rapprocher. Il insiste sur la pluralité afin de pouvoir sortir des gammes étendues ce que le concept de Getta Robo permet totalement, malgré une esthétique assez défaillante. Il produit aussi les figurines de Raydeen, dont il ne peut en revanche que se satisfaire de la beauté. Le petit jouet transformable qu'il en a conçu plait beaucoup et il veut reproduire ce grand succès.
(Le logo de la firme MATTEL apparaît, puisque c'est elle qui a distribué aux États-Unis, mais également en France et en Italie cette gamme. Les blister à fenêtres sont une idée de Mattel, puisqu'au Japon les jouets étaient distribués dans des boîtes fermées)
Il y a donc convergence d’intérêt, les deux compagnies, sans doute sans bien le réaliser ni se le dire, ont besoin d'une œuvre assez proche des Mazinger mais dont le robot ne soit PAS un Mazinger, l'un pour faire de l'audience avec un produit frais, l'autre pour produire des jouets appétissants et transformables ou emboitables, ce que Raydeen permet, pas les Mazinger ni les Getta robo.

En effet, les vaisseaux qui, dans Getta Robo, s'assemblent selon diverses combinaisons pour former trois robots différents le font selon des techniques absolument irréalistes et impossibles à reproduire par l'industrie du jouet.
La physionomie du robot à concevoir semble donc se dessiner selon un cahier des charges de plus en plus précis :
-Beauté plastique
-Proximité relative avec les Mazinger
-Transformation ou assemblage reproductible en jouet
Pour plus d'information sur le sujet, voir Le graphisme de GOLDORAK.
Scénaristiquement, puisque l'on tend à s'éloigner des Mazinger, pourquoi donc maintenir cette résolution à faire revenir Alcor dans la future série? Parce que l'autre chose qui a "tué" Great Mazinger, pour la Tôei, c'est l'absence complète de ce personnage tout au long du feuilleton, absence dont elle seule responsable. Or, quand on tient un héros national, qui plus est dont les fans souffrent de l'absence, on en profite! Popy/Bandaï, pour qui le nom de Gô Nagai est une valeur sûre, le lui rappelle sûrement avec insistance, à cette époque où le remplaçant de Great Mazinger n'est pas encore défini.
Compte tenu de tout cela, le studio ne se montre pas impressionné par la proposition de Nagai, qui met à nouveau aux prises Alcor et le Docteur Hell. Il souhaite explorer d'autres options. Comme nous l'expliquerons mieux dans Les sources d'inspiration de la série, ce que produit Dynamic n'est pas très original. Alors si en plus les robots proposés sont soit laids soit peu originaux, le risque de froisser Popy/Bandai est grand et, cela, la Tôei ne peut pas se le permettre.
Pour présenter une trame beaucoup plus dense et beaucoup moins primaire, ses scénaristes tiennent à développer la profondeur de UEDS qui a eu un très beau succès critique et dont l'histoire est vraiment originale et rafraichissante. De plus, le thème des OVNIs, vraiment très populaire à cette époque au Japon, est encore très peu exploité dans les séries télévisées.
God Mazinger est donc refusé et le court métrage UEDS se voit décliné en série, comme la Toei le prévoyait en cas de succès de ce dernier. Ce sera notre Goldorak.
Très rapidement, la pré-production de Goldorak débute et, dès le départ cette fois, Go Nagai est chargé de concevoir le graphisme du robot titre (ce qu'il fait avec Ken Ishikawa) sur les "souhaits" de Popy/Bandai qui juge son trait indispensable. Pour UEDS, le concept robot+soucoupe venait de Dan Kobayashi de la Tôei. Nagai l'avait perfectionné en cours de route et le directeur artistique Tadanao Tsuji l'avait finalisé.
L'inclusion d'Alcor, alors qu'il n'était pas au scénario d'UEDS, a-t-elle d'emblée été demandée à Nagai? Nous ne le savons pas, nous pensons juste que Popy/bandaï y pousse fortement. L'approbation du mangaka est donc indispensable et la Toei doit négocier cet ajout avec lui.
Nagai n’est vraiment pas emballé par l’idée de réutiliser son personnage-star dans ce monde étranger dont il n'est pas l'auteur et qui a supplanté SA suite. Alors il va faire chèrement payer son aval, ce qui au final façonnera grandement la série.
Pour permettre l'utilisation du fils Kabuto (Kôji/Alcor) dans Goldorak, Gô Nagai demande et obtient, très probablement et entre autres, un droit de regard sur le scénario et la propriété des personnages, nouveaux ou anciens, qui y apparaîtront, y compris Actarus, dont il n’est pas le créateur (personnage créé par Tôei pour UEDS).
Nagai regrette probablement d'avoir accepté l'introduction d'Alcor et désire certainement limiter les références directes aux deux séries Mazinger. Au vu du résultat, il se servira donc certainement lourdement de ce droit de regard, presque un droit de véto, ce qui n'a pas du faire très plaisir à la Tôei.
Même s'il n’empêchera pas deux aventures d’accueillir le Béliorak et ses pilotes, il s'opposera fermement au retour de Sayaka Yumi aux commandes du Fossoirak. Ce sera donc un personnage original, Phénicia, qui existe depuis peu dans le manga et qui est introduite dans le 49e épisode (design de Shingo Araki et de Michi Himeno), qui prendra sa place dans le cockpit de l'aéronef.
Cette réaction est sujette à de multiples interrogations car, dans les deux versions du manga qu'il scénarise pendant que la série est diffusée, les références à Mazinger et les apparitions des deux robots titres seront plutôt nombreuses. Ce comportement n'a pu que déplaire à la Toei, frustrée de n'avoir pas plus d'apparitions des Mazinger et de leurs personnages dans la série, afin de booster l'audience. Tout ceci demeure de l'ordre de la supposition même si tout va dans ce sens.
La série est mise en chantier à la fin de l'été 1975, pour 3 saisons, avec un budget bien supérieur à ce que l'on accorde habituellement aux feuilletons de robots géants. Les plus grands noms de la profession sont aux manettes, notamment de très talentueux chara-designers qui vont grandement embellir l’apparence des personnages de UEDS.
La qualité de l'animation, pour l'époque et pour un dessin animé télévisé, possède une si grande fluidité qu'elle restera sans égal pendant plusieurs années. Les producteurs s'attendent à un grand succès et de nombreuses licences pour la commercialisation de produits dérivés sont délivrées, une incroyable quantité et variété d'objets se trouvant déjà en cours de conception avant même le premier épisode.
Pour surfer sur la popularité des OVNIs très forte en cette période, le nom du robot, Grendizer en VO, se voit accompagné des mots UFO ROBO, soit "robot OVNI", dans le titre du feuilleton, afin de bien insister sur la présence d'extra-terrestres et de soucoupes volantes dans celui-ci.
La série est lancée en fanfare, la plupart des magazines spécialisés dans l'animation et le manga annoncent "le grand retour d'Alcor" et GOLDORAK se retrouve sur la plupart des couvertures.
Pendant ce temps, une fin de Great Mazinger, où pour faire plaisir aux fans et peut-être les préparer à Goldorak, le futur pilote de l'OVTerre reviendra aux commandes de son robot-star, est alors vite bricolée (l'ennemi n'est pas totalement éliminé).
Nous sommes le 5 octobre 1975 en début de soirée, c'est un dimanche et il ne fait pas froid, l'aventure peut commencer...

Interview des auteurs et sa traduction française sur le forum
L'ouvrage Gô Nagai, Mangaka de légende de Jérôme WICKY, paru en juillet 2017 aux éditions Fantask, nous livre une belle épopée de l'auteur de GOLDORAK et de précieux détails qui concernent la genèse de la série et des mangas (notamment pages 125 à 136).
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