Les valeurs dans Goldorak

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Les valeurs dans Goldorak sont essentiellement celles de ses héros. Ce sont celles que ses créateurs semblent partager et souhaitent promouvoir et à ce titre ce sont celles de la série. Goldorak véhicule un message éducatif destiné à la jeunesse. Les valeurs de la séries incluent l'amour de la paix et le courage, l'altruisme et l'écologie, l'humilité et l'amitié, qui ne se comprennent à chaque fois que liées entre elles. Ces valeurs ne sont pas principalement enseignées par des discours mais par le comportement de ses héros, au premier rang desquels figurent Actarus, Procyon et Alcor. La série Goldorak a une composante éthique forte.

Les valeurs sont des principes moraux qui guident nos comportements et nos décisions, influencés par la culture, la religion et l'éducation. Elles incluent en général l'honnêteté, l'intégrité, le respect et la justice, et servent de fondation pour vivre en harmonie avec soi-même et les autres. Ce n'est pas tant la liste des valeurs qui permet de prévoir le comportement d'un individu ou d'un groupe que leur articulation entre elles et leur hiérarchisation qui définit alors un système éthique. C'est pourquoi certaines valeurs ne se comprennent que rapportées à une autre, d'où les associations en doublet de valeurs faites dans les paragraphes suivants.

Amour de la paix et courage

Actarus désigne une primevère comme le symbole du vrai courage. Cette image symbolise la dimension éthique et écologique de la série.
  • Dans la guerre, la guerre est montrée sans complaisance mais sans occultation non plus. Les souffrances, les blessures, les morts notamment des innocents et des enfants sont clairement désignées. Dans l'épisode 9 par exemple, on voit les forces de Véga tirer sur une école et massacrer les enfants. La jeunesse doit connaître le monde tel qu'il est non pour accepter et banaliser le mal mais pour ne pas l'ignorer afin de mieux le combattre. Trente ans seulement après Hiroshima et Nagasaki, dans le contexte de la crainte d'une nouvelle guerre nucléaire, le Japon est pleinement conscient des risque que font peser sur l'humanité et sur lui en particulier les risques de guerre. La haine de la guerre et de ses conséquences est manifeste.
  • La violence n'est pas proposée comme remède à la violence, au moins tant qu'il est possible de l'éviter. Il faut résister autant que faire se peut à la tentation d'y recourit. L'épisode 22, dans lequel Actarus refuse de se battre contre Banta qu'il pourrait très facilement vaincre par refus de cautionner que la violence montre que la violence n'est pas un jeu mais au contraire doit être repoussé autant que possible ; Actarus explique au jeune Mizar et à travers ce dernier à tous les enfants qui regardent Goldorak que le courage ne consiste pas dans la violence mais dans la patience ; il donne en exemple une fleur qui a résisté dans le froid avant d'éclore. La VF précise et affirme : « se battre sans raison n'est pas une preuve de courage[1] ». Dans l'épisode 22, il est clairement dit que le vrai courage, c'est aussi de refuser de se battre. Le courage est donc une valeur fondatrice, incarnée par Actarus, exilé mélancolique qui assume son devoir malgré le traumatisme de la destruction d’Euphor. Il affronte non seulement des ennemis supérieurs en nombre, mais aussi ses propres démons (culpabilité, solitude). Des épisodes montrent son courage moral : il refuse la vengeance aveugle et cherche parfois des alternatives au combat. Alcor, plus impulsif, incarne un courage fougueux et loyal, souvent prêt à risquer sa vie pour ses amis[2].
  • Cependant, Goldorak n’est pas un appel à la non-violence absolue mais un plaidoyer pour un pacifisme pragmatique : la guerre n’est légitime que comme réponse à une agression impitoyable. Actarus et le professeur Procyon incarnent des civilisations euphorienne ou terriennes pacifiques, tournées vers la science et l’harmonie, brutalement anéantie ou menacée par Véga. Mais le courage précédemment évoqué, doit être associé à la lucidité face aux conséquences désastreuses qu'emporterait un pacifisme radical et irréfléchi. Face au Mal, la raison commande parfois de surmonter ses répugnances.
    • « Cela me répugne de tuer[3] » dit Actarus dans l'épisode 34.
    • Le professeur Procyon regrette de transformer son centre de recherches en base de combat, y voyant une trahison de ses idéaux éthiques scientifiques. Mais face à l'agression implacable, il n'a le choix et affirme dans l'épisode 42 : « Je deviendrai un guerrier muré dans une forteresse mais je n’étais pas voué à ce destin et c’est très dur de tuer un rêve. que d'assumer de devenir un guerrier muré dans sa forteresse[4]. »

Amour de la nature et altruisme

  • Le Professeur Procyon incarne une sagesse qui sait se départir des excès de l'idéalisme. De fait, c'est une sagesse fondée sur la bienveillance et la lucidité ; ce sont les qualités d'un chef qui est guidé par sa raison et pas seulement ses émotions. Son comportement se traduit par une écoute et un souci attentif d'autrui.
  • Cette bienveillance et cette lucidité se retrouvent chez Actarus même si la personnalité de ce dernier, profondément traumatisé par son passé, ne sont pas associés au calme et à l'équanimité de son père adoptif.
  • Ensemble, ils partagent toutefois un fond éthique commun témoignant d'une profonde élévation de l'âme, dégagée des sentiments bas qui affectent trop souvent les êtres humains. Actarus et Procyon sont des hommes de bonne volonté : ils désirent le bien d'autrui. Cet altruisme se traduit différemment chez les deux hommes : si Actarus, semble particulièrement sensible à la défense de la nature, à l'amour des oiseaux et des fleurs[5], chez Procyon, c'est l'amour du progrès et de la science qui semblent avoir dominer pendant longtemps son existence. Découvrir les mystères paraît avoir été son idéal pendant longtemps. Mais il a bien fallu reconnaître que le progrès technique ne garantissait pas le progrès moral et l'expérience de la guerre avec Véga a réorienté sa vision de la vie.
  • On voit ici qu'Actarus est le personnage le plus en phase avec les valeurs des créateurs de la série : car son amour de la Terre est un amour de sa nature et de son environnement qu'il convient de protéger ; cet amour est visiblement aussi celui des créateurs du programme. En effet, Il ne se passe guère d'épisode, sans que de façon implicité, la beauté de la nature ne soit mise en avant d'une façon ou d'une autre : les fleurs, les animaux, les oiseaux, le cycle des saisons, les couchers de soleil sont autant d'occasion pour les dessinateurs d'exprimer cet attachement à ce qu'il convient de défendre contre les envahisseurs.
  • L'écologie dans Goldorak ne prend pas de forme politique mais constitue un des fondements spirituels de la série mais pas seulement pour des raisons esthétiques ou sentimentales. La nature doit être défendue pour sa beauté mais aussi pour des raisons de survie : son exploitation brutale à des fins énergétiques est décrite comme intrinsèquement mauvaise. Les épisodes 51 et 52 constituent à cet égard l'acmé d'une mise en garde aux jeunes générations : dans le 51, la VO indique la « pollution végatronienne » et la « surexploitation minière » sont à l'origine d'une catastrophe qui menace la planète Véga[6] ; dans le 52, la VF précise qu'Harmonia, satellite de Stykadès dont le sous-sol regorge de minerais radio-actifs abusivement exploités par les forces de Véga, voit ses gisements exploser les uns après les autres, jusqu'à sa propre explosion : les retombées radioactives atteignent Stykadès qui deviendra une planète morte[7]. Dans les deux cas, on enseigne que la survie de l'humanité est liée à la protection de l'environnement et au refus d'une exploitation forcée des ressources de l'univers.

Amitié et humilité

  • Alcor est un autre personnage qui exprime l'humilité en acceptant d'être "relégué derrière Actarus" alors que ses aventures avec Mazinger Z ont fait de lui un héros. Il témoigne tout au long de la série d'un courage et de qualités exceptionnelles qui pourraient le conduire à tomber dans une rivalité mauvaise, jalouse et haineuse ; mais si une certaine rivalité existe au départ, elle ne s'associe pas à des sentiments bas et finit par disparaître absorbée par une très forte amitié qui prendra souvent des accès presque fraternels.
  • Cette transformation n'est possible qu'à cause de l'humilité d'Alcor, d'autant plus louable qu'il est doté de très grandes qualités, lui permet de construire cette camaraderie avec le prince d'Eurphor. L'amitié entre Actarus et Alcor a pour condition l'humilité de ce dernier et pour conséquence la résilience du premier. En effet, cette amitié aidera clairement Actarus à se guérir progressivement de ses tourments. La résilience d'Actarus, gravement traumatisé par son passé, ne serait pas possible sans cette amitié qui elle-même ne pourrait pas naître sans l'humilité d'Alcor. Cette humilité n'est pas une fausse modestie qui serait hypocrite ni une sous-estimation de sa valeur ; cette modestie est une vertu pratique et une disposition comportementale, qui consiste à mettre de côté son ego et ses désirs de façon concrète ; en l'occurrence, elle consiste à renoncer à l'idée d'être le premier.
  • En ce sens, Koji Kabuto ne subit pas un abaissement dans la série par rapport à son rôle dans les séries précédentes : non seulement car aucune de ses qualités de combattants ne disparaît, mais éthiquement il s'élève au-dessus encore de ce qu'il était. Les victoires qu'on remporte sur son ego sont les plus dures et la série témoigne du cercle vertueux qu'enclenche cette victoire car elle contribue clairement à l'apaisement et guérison psychologique d'Actarus au départ torturé, ombrageux, arrogant et vite violent.
  • Grâce à l'amitié d'Alcor, Actarus est moins un étranger traumatisé par une guerre sans merci en plus d'être un "prince déchu". Il a certes été accueilli par des terriens, soigné par eux qui lui ont offert la possibilité de débuter une nouvelle vie paisible sur Terre en laissant de côté le passé. Mais l'arrivée Alcor, qui deviendra comme un jeune frère pour le prince qui n'en a pas, lui permet de passer une étape supplémentaire et nécessaire dans l'acquisition de la sérénité. Sans Alcor, la résilience d'Actarus eût été moins parfaite.

Les forces de Véga et les valeurs

  • Les forces de Véga semblent manquer de système de valeurs éthiques. Celle qui pourrait à la rigueur être mise en avant chez elles est la loyauté ; il est demandé à se soldats de mourir pour leur cause ; Hydargos ordonne à Eurydie et Horos à Astrida de se sacrifier dans des missions suicides ; le fils d'Horos a intériorisé cette dimension sacrificielle et donne sa vie sans qu'on lui ait demandé, s'attirant les félicitations posthumes de Véga.
  • Mais la jalousie et la trahison rongent le camp de Véga et hormis le fils d'Horos qui veut être loyal et Minos qui préfère mourir que trahir, les forces de Véga ne valorisent pas d'autres valeurs spécifiques que l'obéissance.

Conclusion

  • Dans le Roman Album[8], le producteur Toshio Katsuta parle de la popularité de Goldorak et affirme que la force motrice de la série, et donc son principe actif et unificateur est l'amour ; il lie ce sujet à une réflexion sur l'écologie : « Avec le recul, cette œuvre apparaît comme l'un des précurseurs de la vague OVNI, mais la fondation dramatique reposait sur des valeurs comme l'humanisme et l'avenir. Il y avait aussi une intention précise : la nature belle est détruite peu à peu — maisons qui poussent, sites touristiques qui prolifèrent — et nous voulions la faire ressortir en contraste absolu avec la science-fiction et le mécanisme. Grendizer a été une série d'une popularité remarquable, et j'entends encore souvent son nom aujourd'hui. (...) Et puis Grendizer est souvent cité, souvent analysé pour sa force motrice qu'est l'amour — dans son sens le plus large. Qu'il devienne un objet de réflexion pour les gens — il n'y a pas de plus grande joie pour moi. »
  • L'amour est donc le principe explicatif général de Goldorak, décliné dans différentes formes : amour de la paix, de la nature, amitié. La négation de ce principe est la cause de la violence et de la souffrance qui ne sont en rien glorifiées et banalisées par la série ; la série assume exprime aussi que l'amour porté aux victimes justifie de recourir à la force pour les protéger les victimes ; la force devient dès lors une expression de l'amour.

Notes

  1. Voir le texte de l'épisode 34 : https://www.goldorakgo.com/wiki/index.php/Texte_34. VF : Actarus : Mizar, approche. Regarde cette fleur. Tu vois, cette fleur est la première du printemps. Elle patiente dans le froid jusqu’à ce qu’elle puisse éclore. Et c’est ça le vrai courage, une longue patience. Tu dois comprendre cela ? Se battre sans raison n’est pas une preuve de vaillance. / VO : Gorô-kun, viens voir, s’il te plait. Regarde. C’est une primevère. Elle a tenu bon sous la neige et a fini par fleurir. Quand on parle de courage, on peut citer cette fleur en exemple.
  2. Le Monde, « Goldorak, héraut du manga », Frédéric Potet, le 8 août 2013.
  3. https://www.goldorakgo.com/wiki/index.php/Texte_34
  4. https://www.goldorakgo.com/wiki/index.php/Texte_42
  5. Les paroles du premier générique français d'ouverture citent cet amour et la version japonaise du générique de clôture dit même que Duke Fleed donnerait sa vie pour une fleur.
  6. https://www.goldorakgo.com/wiki/index.php/Texte_51
  7. https://www.goldorakgo.com/wiki/index.php/Texte_52
  8. Roman Album n° 15, « UFO Robot Grendizer », éd. Tokuma Shoten Animage, 1978, p. 76-77.