Re: Mon analyse sur Nosferatu de1922
Posté : ven. oct. 02, 2026 21:07 pm
par Judex
Nosferatu, une analyse de l’horreur
Comment lire cette analyse
L'analyse qui suit ne repose pas sur l'examen isolé de scènes prises séparément. Une scène peut montrer un fait sans en donner immédiatement la signification, tandis qu'une autre scène, beaucoup plus loin dans le récit, apporte un élément qui permet de comprendre rétrospectivement la première.
Il faut donc regarder et lire Nosferatu comme un ensemble : relier les scènes, comparer leurs informations, observer leur ordre, leurs répétitions, leurs correspondances et leurs contradictions apparentes, puis en déduire logiquement ce qu'elles révèlent de l'histoire.
Le scénario ne dit pas nécessairement au spectateur : « voici ce qu'Orlok est en train de faire ». Il lui donne les éléments qui lui permettent de le comprendre.
Cette méthode est indispensable pour distinguer ce que les personnages croient de ce que le spectateur peut comprendre. Les médecins peuvent croire à une peste ; cela ne signifie pas nécessairement que le récit demande au spectateur d'y croire. Un personnage peut paraître monstrueux ; cela ne signifie pas qu'il soit dépourvu d'intelligence. Une femme peut être observée par un vampire ; cela ne signifie pas qu'elle désire celui qui l'observe.
L'analyse consiste donc à faire travailler ensemble les scènes plutôt qu'à les isoler.
Cette lecture permet de mieux comprendre non seulement l'histoire racontée, mais également les choix de Henrik Galeen et les transformations apportées par F. W. Murnau : ce que le scénariste laisse volontairement à la déduction du lecteur, ce que le réalisateur ajoute par l'image, le montage, les intertitres ou la mise en scène, et la manière dont ces différents éléments construisent le sens du film.
Il ne s'agit donc pas de prétendre que chaque conclusion est formulée explicitement dans une réplique. Il s'agit de déterminer si les éléments fournis par l'œuvre rendent cette conclusion logiquement fondée, probable ou simplement possible.
Murnau et Galeen semblent avoir monté une histoire dont le résultat final n’esy pas forcément dû à des erreurs de scénario ou la nécessité de faire progresser le scénario par le biais de raccourcis facile. Il faut penser au film et au scénario comme une histoire qui disperse des indices textuels ou seulement visuels mais aussi qui n’ pas besoin de tout montrer où de tout dire. Le spectateur doit être amené à réfléchir sur des petits détails qui, à première vue, semblent incongrus ou une erreur mais dont, excepté les scènes entre le moment où Hutter cueille le bouquet de fleurs pour Ellen et celui dans lequel il le lui remet qui sont coupées pour cause de changement scénaristique l’utilité dans le scénario est mûrement pensé et réfléchi. Il faut alors déduire dans sa tête et à partir de la chronologie des faits ce qu’l a dû se produire pendant des ellipses narratives et, souvient, même avant ou pendant le début du film, ailleurs pour que telle ou telle chose se produise.
Pour mieux comprendre le procédé des auteurs, il faut y voir l’utilisation de récits à indices camouflés ou remplis d’ ellipses qui menent cependant à une vérité sans pour autant qu’elle nous saute aux yeuc.
Ainsi des récits datant des années 2000 ou 2010, spécifiquement japonais comme les sound novel Higurashi no naku koro ni ou Umineko no naku koro ni pour les indices dans un arc pu plusieurs ou même pour démêler le possible de l’mpossible (pour le cas des sorcières de Umineko et le trame narrative liée au surnaturel nsui brouille les pistes) ainsi que l’obsession style Columbo des années 1970 pour un léger détail qui semble insignifiant, sont ce qui se rapproche de nos jours le plus du travail effectué par Galeen et Murnau sur ce qu’ faut vraiment faire pour aboutir à une véritable analyse et à la découverte des seules vérités dans Nosferatu.
1 - Un vampire stratégique
Non, le vampire n'est pas idiot dans Nosferatu. Et pour cause, un vampire idiot n'achète pas une maison à 1500 kilomètres de chez lui en demandant de surcroît à un agent immobilier de venir en son château ! examinons le tout.
Hutter est certes pauvre dans le scénario, mais le script en fait un bourgeois moyen. Knock, qui est patron d'agence immobilière, est également un riche bourgeois. La maison abandonnée que Knock vend à Orlok se trouve en face de chez Hutter et on la voit aussi très bien de l'agence. Elle est en centre-ville. Ainsi, Orlok sera à proximité de ses proies. La maison abandonnée est là depuis des décennies : elle fait partie du décor urbain ! Personne ne la remarque car tout le monde sait qu'elle est là depuis longtemps. Personne ne prêtera donc attention à cette maison, ce qui en fait un point stratégique essentiel.
Est-ce Knock qui choisit la maison ? Si le film semble le laisser croire, dans le film comme dans le scénario, Knock retourne la lettre d'Orlok ! Nous ne comprenons rien à ce qui est écrit, mais Knock si. Après avoir lu, il se dirige vers la fenêtre et montre la maison à vendre à Hutter au lieu d'aller chercher dans ses dossiers la maison qu'il choisirait pour le client ou faire le tour de la ville pour en trouver une. On peut se dire que c'est Orlok lui-même qui choisit la maison.
Pourquoi Hutter ? Knock a besoin de quelqu'un de confiance, mais également de quelqu'un qui se laissera prendre au piège de l'avancée sociale et de la raison pécuniaire, ainsi que de quelqu'un qui sera sensible à un beau voyage et à une aventure ! Il lui vend l'affaire comme dans un rêve. Est-ce que c'est réellement pour Ellen ? Non, à ce niveau dans le film, Orlok ignore l'existence de cette femme ! De même lorsqu'il demande la maison.
Cependant, si Knock était celui qui choisissait la maison, Orlok ignorant l'existence des Hutter (il ne demande rien de plus qu'un agent pour acheter une maison à Wisborg), le marchand de biens aurait lui-même placé son maître en un lieu où il aurait vue directement sur Ellen. Pour quelle raison ? Le film de 1922 ne le mentionne pas. Le scénario non plus. Le complice d'Orlok enverrait ainsi Thomas Hutter vers un dangereux client sans que le jeune homme ne. S'en doute car complètement conditionné par les boniments de son patron. Knock dépêche alors son commis vers la mort et met Ellen dans une position où elle deviendrait une cible privilégiée pour le vampire. Comme si, par un funeste destin, les deux êtres devaient se rencontrer.
Il est également possible que le bâtiment doit la seule ruine déserte du centre-ville et que les choix correspondants aux goûts du monstre soient limités dans le périmètre sans doute indiqué au verso de sa lettre par Orlock.
Partez maintenant : Cette phrase de Knock est significative car lorsque Hutter arrivera près du carrefour où la diligence l'abandonnera par peur d'entrer sur le territoire du vampire, Orlok lui-même (dans le film) va se déguiser en son cocher et aller chercher le jeune homme.
Chez Galeen : ce n'est pas écrit « le cocher est Orlok » Le scénario décrit le cocher comme une apparition inquiétante, sans lui donner de nom. Donc, textuellement, on ne peut pas écrire : « Galeen dit que le cocher est Orlok. » Ce serait aller au-delà du texte. Mais la logique interne du scénario permet très fortement de l'identifier ainsi.
Hutter découvre progressivement qu'il est chez un vampire. Puis il explore le château et découvre Orlok dans son cercueil. Or, surtout, aucun véritable personnel domestique n'est installé dans le château. Si le mystérieux cocher est celui qui est venu chercher Hutter, la question devient : Qui pourrait être ce cocher, puisqu'il n'y a pas de serviteur identifiable ?
Il ne reste pratiquement plus que le comte lui-même. C'est une déduction narrative, pas une information explicitement donnée par Galeen. Et Murnau transforme cette déduction en identification visuelle
C'est précisément là que le film est beaucoup plus clair. Le cocher vient chercher Hutter.
Puis Hutter arrive au château. Et Max Schreck apparaît comme Orlok. Le spectateur peut alors immédiatement faire : cocher → même créature → Orlok. Murnau n'a même pas besoin d'un intertitre : « Le cocher était le comte Orlok. » Le cinéma le dit par l'identité corporelle de l'acteur, le costume, la physionomie et la mise en scène. Et cela produit effectivement quelque chose d'assez remarquable : Orlok n'est pas seulement le propriétaire du château qui attend Hutter ; il est celui qui vient personnellement le chercher.
Donc en étant le cocher, Orlok ne délègue rien à personne (surtout qu'il n'y a aucun serviteur dans le château : le comte est seul. S'il a des hommes qui lui obéissent, ils sont en dehors du château et parfois bien loin comme c'est le cas avec Knock). Surtout si le trajet de Hutter n'était pas chronométré, Orlok n'aurait jamais su quand le jeune homme allait débarquer s'il était parti autrement que le jour-même de Wisborg. De plus, les papiers sont déjà prêts et on le saura plus tard pour l'embarquement sur l'Empusa ! Si Hutter avait été en retard, tout le plan serait remis en question !
Plus Hutter s'approche de chez Orlok dans le scénario, plus le réel se dégrade et le fantastique s'impose. Le comte aurait-il alors Dans le scénario, et également dans le film avec la forêt enchantée traversée, le comte aurait un pouvoir de déformation sur le temps et l'espace ? Il est évident que le plan original était de s'exiler dans une métropole où il trouverait des individus rationnels qui ne craindraient pas un fantastique qu'ils ignorent car, du côté de chez lui, son nom est synonyme de terreur au point que personne n'habite plus à côté du château et que tout le monde se méfie même au loin par peur de le voir débarquer ! En vérité, il a besoin de bétail qui ignore qu'il y a un prédateur dans le troupeau !
Lorsque Orlok accueille Hutter dans le scénario, il prend les bagages du jeune homme. De plus, il l'accompagne dans des couloirs où des peintures scrutent l'invité et semblent chuchoter tandis que lui ne se retourne pas : il teste son invité. De plus, une fois dans la salle à manger, il prend aussitôt les plans de la maison et demande à Hutter de s'attabler en faisant simplement un signe, ce que l'agent immobilier fait en s'asseyant tranquillement devant son repas. Cependant, Orlok ne le sert pas : il va aussitôt s'asseoir en face, lisant les papiers, ce qui est contraire aux lois de l'hospitalité. Orlok fait donc preuve d'autorité et de supériorité et teste son « invité » pour voir quelles seront ses réactions.
Parfois, Orlok glisse ses yeux vers son invité, par-dessus le plan de la maison : il y a deux raisons à cela. Tout d'abord : il continue de tester les réactions de Hutter et, deuxio : il regarde son repas sur pattes offert par son complice de Wisborg.
Orlok manque cependant de se griller à la blessure au doigt de Hutter mais reprend vite son calme. Il sait que l'agent immobilier ne se souviendra presque de rien au réveil et qu'il trouvera sans doute une excuse plausible pour les deux traces de piqûres sur son cou, une explication qui n'aura rien de fantastique. Au réveil, en effet, Hutter est agressé par des moustiques dans le parc du château et met aussitôt les blessures sur leur compte.
Ainsi Orlok n'a rien à craindre et peut laisser son invité sortir et écrire : il ne sait rien, ne se doute de rien et rien ne pourra mettre le plan en danger.
La nuit venue, Orlok fait signe à Hutter et ce dernier se penche sur le plan de la maison. C'est ici que tout bascule : le portrait d'Ellen sur le médaillon tombe et Orlok, qui a une vue perçante, le ramasse. Bien qu'Orlok ne connaisse pas la femme, il en tombe vite amoureux, notamment de son cou, qui représente un imprévu. Cependant, Orlok réfléchit rapidement : cet imprévu ne gâche pas son plan, mais l'améliore en lui offrant un trophée digne de ce nom en plus ! Le vampire signe illico ! D'autant que son repaire est devant la maison de la jolie femme en question : c'est tombé du ciel ! Il pourra aussi jouer les voyeurs !
On peut théoriquement interpréter sa surprise comme celle d'un vampire qui connaissait déjà Ellen mais ignorait qu'elle était l'épouse de Hutter. Mais le film ne montre jamais cette connaissance préalable. En revanche, il montre directement le portrait d'Ellen, puis la réaction de saisissement d'Orlok. L'hypothèse la plus directement soutenue par la mise en scène est donc qu'il la découvre à cet instant.
Une fois l'acte de vente signé, le vampire n'a plus besoin de se camoufler devant Hutter. Il retire ses masques le soir même. Le pauvre agent immobilier se retrouve captif dans le château tout en étant paradoxalement libre d’y circuler. Il sera plus facile d’attaquer une proie qui ne se méfie pas encore. Le fait que le jeune homme soit encore là le lendemain signifie que les accès hors du castel dOrlock ont été fermés par le vampire. Hutter peut faire une croix sur son argent : Le monstre n'avait aucunement l'intention de payer quoi que ce soit ! L'acte est signé, la maison est à lui ! Si Hutter venait à s'échapper ? Ce serait possible, non ? Il ne trouverait personne à qui se plaindre, d'autant que s'il disait qu'il a été floué d'une vente immobilière par un vampire refusant de payer la somme due. Il serait pris soit pour un plaisantin, soit pour un fou et dans ce dernier cas enfermé à l'asile ! Orlok ne craint rien et Knock lui-même, étant son complice, trouverait un moyen de faire taire le jeune coq s'il revenait et s'avérait gênant !
une supposition : celle selon laquelle Orlok aurait nécessairement intérêt à enfermer Hutter.
Or, plusieurs éléments du scénario permettent d'envisager une autre lecture.
Hutter vient d'arriver au château et croit encore à une explication parfaitement naturelle à ce qui lui arrive. Il écrit notamment avoir été piqué au cou à deux reprises. Orlok sait donc que son invité attribue ces marques à des insectes. Rien n'indique qu'il ait intérêt à lui révéler immédiatement leur véritable origine. Au contraire, le château fournit lui-même un environnement dans lequel cette explication peut paraître crédible : Hutter voit des moustiques et peut naturellement leur attribuer ses morsures.
Dans cette perspective, l'absence de serrure n'est plus nécessairement une négligence. Orlok peut ne pas considérer Hutter comme un prisonnier qui doit être constamment surveillé. Il sait ce qu'est Hutter, mais Hutter ne sait pas encore ce qu'est Orlok. Tant que cette ignorance demeure, laisser son invité circuler ne représente pas forcément un danger.
La scène devient alors particulièrement intéressante parce qu'elle fonctionne dans les deux sens. Au premier visionnage, la porte ouverte peut donner l'impression d'une incohérence : pourquoi ne pas enfermer Hutter ? Mais après la révélation de la nature d'Orlok, les mêmes détails prennent une autre signification. Hutter était déjà en train d'interpréter les signes selon une explication erronée. Les deux marques au cou deviennent rétrospectivement les traces d'une attaque, alors que Hutter les avait prises pour des piqûres.
Il faut cependant distinguer cette déduction du fait établi : le scénario ne fait jamais dire à Orlok qu'il laisse volontairement Hutter libre parce qu'il croit aux moustiques. Il serait donc excessif d'affirmer que telle était nécessairement son intention. En revanche, cette hypothèse suffit à montrer que la scène ne constitue pas une preuve de stupidité.
Il existe même une différence fondamentale entre laisser quelqu'un circuler et lui permettre réellement de s'échapper. Hutter peut franchir la porte, explorer le château et même sortir dans certaines circonstances ; pourtant, lorsqu'il comprend finalement qu'il doit réellement fuir, il ne lui suffit pas de pousser une porte et de partir. La véritable évasion passe par la fenêtre donnant sur le précipice, au moyen d'une corde improvisée trop courte, et comporte un risque mortel.
La porte ouverte ne signifie donc pas nécessairement qu'Orlok a oublié de garder son prisonnier. Elle peut au contraire participer à un principe beaucoup plus subtil : Hutter n'est pas enfermé parce qu'il n'a pas encore compris qu'il est prisonnier.
La scène ne démontre donc pas que le vampire est idiot. Elle démontre surtout que la situation peut être interprétée différemment selon que l'on raisonne avec les informations de Hutter ou avec celles dont dispose le spectateur après coup.p
Orlok charge ses cercueils sur un chariot, et ce, devant le pauvre Hutter. Bizarrement, plusieurs choses laissent à penser qu'il sait que Hutter le regarde et qu'il a des chances de s'évader ! Pourquoi ? Le vampire fractionne ses déplacements : le chariot sera abandonné au profit d'un radeau (fin acte 2) qui se dirige vers Varna avec les cercueils qui seront chargés sur l'Empusa ! Si Hutter réussit à s'évader, il poursuivra un fantôme sur la terre (le chariot) tandis que le vrai danger arrivera par la mer.
Ensuite qui a payé les bateliers qui emmènent Orlok et ses cercueils, sans savoir ce qu'ils transportent, vers Varna ? Orlok lui-même ou un intermédiaire ? On l’ignore. Nous savons qu’Orlok sait écrire ou lit l’allemand car il avait demandé une explication à Hutter (qui ignore les significations des signes cabalistiques des lettres échangées par Orlok et Knock) et que Hutter tentait de lui expliquer en se penchant sur la formulation demandée lorsqu’il avait perdu son fameux médaillon avec le portrait d’Ellen. Et quand les a-t-il payés ? On ne l'a pas vu le faire, mais ces hommes ont dû attendre la cargaison a une heure précise et un endroit précis ! Visiblement sans doute avant même que Hutter ne parvienne à destination, chez Orlok ? Ainsi, cela prouve que le moindre retard pouvait faire en sorte qu'Orlok rate l'une des étapes de son plan ! Hutter est prévu, le chariot pour l'amener s'il s'enfuit à poursuivre un fantôme à terre aussi, et il a toujours été prévu de fractionner ses moyens de déplacements : Chariot puis radeau puis le navire à Varna, lui aussi bien choisi avant l'arrivée de Hutter !
La preuve : les papiers pour charger les cercueils ont déjà été écrits : « Terreau de jardinage à visée expérimentale ». Ironie du vampire : il est le jardin à alimenter, le terreau est donc ce qui le nourrit (sa terre natale dont il a besoin) mais également tout être humain à proximité de ces terreaux (escales, bateau lui-même).
Un détail administratif mérite également attention : les documents de chargement de l’Empusa, établis avant la traversée et donc avant la disparition de l’équipage, portent une signature que l’on pourrait déchiffrer comme étant G. Husker ou approchant.
Mais ce fonctionnaire existe-t-il ? A-t-il été contacté par Orlok ou par un intermédiaire lui aussi ? Est-ce un faux en écriture ?
Si ce n’est pas un faux ? Husker n'a aucune raison professionnelle de concevoir lui-même l'intitulé de la marchandise qu'il enregistre. Il lui faut une déclaration de la personne qui organise l'expédition. Dans cette logique, l'intitulé renvoie à l'initiative du déclarant, même si le rédacteur matériel du document est quelqu'un d'autre. Et si c’est un intermédiaire ? On l’ignore. Une chose est certaine : l’idée de signaler la cargaison dans le script ou le film fini, peu importe son intitulé, vient forcément du maître et non des séides. Autrement dit, Orlok a l’idée et la fait passer bureaucratiquement via un intitulé certes idiot mais terriblement banal.
L’inspecteur des douanes trouve la chose étrange et risible. Il demande une fouille.
Les douaniers, voyant du contenu normal dans un contenant incongru, croient à de la contrebande et demandent qu'on ouvre un cercueil. Que de la terre ! Le mal se propage aisément. Orlok, après plusieurs siècles, sait manipuler la bureaucratie humaine en tirant parti de ses faiblesses et en exploitant le besoin des hommes de s'accrocher à quelque chose de plausible et de concret au sein des connaissances déjà acquises.
Ainsi à chaque escale, il descend avec ses rats ! Voici ce que dit le journal : qu'une peste a éclaté dans les régions d'Europe de l'Est (de Transylvanie en passant par Varna et Galatz). Cependant il y a un hic : toutes les victimes de cette peste ont deux étranges piqûres au cou dont les médecins ignorent l'origine. Que dire ? Les médecins ont appliqué la science de l'époque devant tout phénomène épidémique inattendu qui ne rentre pas dans une case ordinaire : en cocher une quand même ! Des piqûres au cou, associées aux rats, mènent à des morsures de rats, ce qui équivaut à la peste ! Il est évident que ce sont les morsures du vampire qui sont cachées au milieu des rats ! Orlok utilise les rats et la peste comme couverture, et c'est l'expérience mentionnée plus haut dans les titres de transport des cercueils. Est-ce qu'un rat mord au même endroit à chaque fois ? Non ! Murnau et Galeen nous en offrent l'exemple avec, au moment de l'embarquement des cercueils à Varna, un docker qui se fait mordre au pied par une de ces charmantes bêtes. Le plus beau sera quand Knock, à l'asile, va lire le journal : il sait très bien qu'il n'y a aucune peste mais seulement son maître sur le point de venir. De plus, dans le scénario, il est indiqué que seules les jeunes femmes sont victimes de la maladie. Dans le film, on observe donc une étrange épidémie de peste qui épargne miraculeusement les bébés, les jeunes enfants, les vieillards et qui, de plus, ne s'en prend qu'à un sexe bien défini : le féminin ! Cette épidémie laisse seulement deux marques au cou et provoque des décès par anémie, car les victimes ont toutes été vidées de leur sang.
Enfin, les membres de l'équipage de l'Empusa sont malades ! La peste ? Non, les symptômes que nous voyons sur le seul marin malade du film ne correspondent pas : il est pâle, tremblant, extrêmement fatigué, et transpire. Il n'a aucun bubon, aucune lésion, aucun stigmate habituel de la peste. De plus, il regarde avec terreur les « engrais pour jardinage », car la cale est juste à proximité du quartier de l'équipage, et presque rien ne les sépare. Dans le film comme dans le scénario, Orlok, semi-fantomatique, est assis sur un des cercueils, regardant en ricanant le marin terrifié qui tente de s'enfuir, mais tombe car il n'est plus en état.
Le vampire est déjà présent à Wisborg sans y être : Knock, à qui il a fait comprendre qu'il arrivait, est placé chez les fous où il est devenu une sorte de zoophage. De plus, lorsque ce dernier sent son maître arriver et voit en effet l'Empusa approcher des côtes, il étrangle son gardien et s'enfuit ! Par ordre d'Orlok ? Sans doute, mais si c'est le cas, c'est bien joué, car cela permettra à la ville d'avoir quelqu'un sur qui passer sa colère pour tous les événements.
Une fois arrivé à Wisborg dans une tempête où tout le monde reste enfermé chez soi, ce qui lui permet de descendre sans être repéré, la stratégie suit son cours ! Il suffit que l'on voie le capitaine de l'Empusa avec ses blessures au cou et la présence de rats et d'un possible danger de peste dans le carnet de bord pour que la quarantaine soit promulguée ! Tout le monde reste chez soi ! D'abord, revenons en arrière : le second de l'Empusa réalise qu'il y a un problème, descend s'occuper des cercueils avec une hache et découvre, horrifié, des rats, puis le vampire ! Il ignorait tout cela ! Le capitaine s'attache déjà à la barre ou du moins commence quand le second se jette à l'eau plutôt que de servir de casse-croûte ! De ce fait, chronologiquement, entre les deux dernières entrées du journal de bord, personne n'a vu les rats et même le capitaine ! Il n'a donc pas pu écrire la dernière entrée, car les rats sont remarqués par le second avant de mourir, et le capitaine s'attache quasi aussitôt après à la barre. Qui donc a écrit ces notes sachant qu'elles seraient découvertes ? Qui a donc indiqué la présence des rats, signalé le danger de peste et su imiter convenablement l'écriture du capitaine ? Sans doute, c'est Orlok lui-même qui a écrit ces notes afin d'être certain que cela déclencherait une quarantaine à Wisborg, entraînant l'enfermement des portes, des fenêtres et même des volets des habitants. Murnau nous donne un indice cryptique dan le film fini, absent du script, via un carton : « la navire de la mort avait un nouveau capitaine » (Orlok).
La peste n'est pas simplement une information objective donnée au spectateur. Elle est le diagnostic progressivement construit par les humains à partir d'indices réels mais insuffisamment compris : morts, marques cervicales, rats et maladie à bord. Le journal lui-même précise que l'origine des marques demeure inconnue des médecins. Lorsque le navire arrive à Wisborg, Sievers est confronté à la même énigme avant que le journal de bord et la mention des rats ne fournissent la grille interprétative de la peste. La dernière mention du journal de bord - « rats dans la cale, danger de peste » - est elle-même problématique, puisque le film ne montre aucun survivant capable de l'avoir écrite après la découverte des rats et la disparition du second. La possibilité qu'Orlok ait laissé cette information afin de déclencher l'interprétation épidémique et les mesures de quarantaine constitue donc une hypothèse narrative particulièrement cohérente, même si elle ne peut être présentée comme un fait explicitement établi. Enfin, la cessation de la Grande Mort au moment même de la destruction d'Orlok rattache explicitement, au niveau du récit, la catastrophe de Wisborg à la présence du vampire.
Pourquoi donc faire en sorte qu'il y ait une quarantaine en ce cas ? qu'en déduire pour le Vampire ? ?
Pour une raison précise : Orlok nous l'apprend en allant s'en prendre à Ruth (elle se nomme ainsi dans le film, Anne dans le scénario d'Henrik Galeen et Anne dans mon roman) à Harding dans le scénario et le film : il n'a pas besoin d'être invité ! Il ne veut cela que d'Ellen ! Comment le sait-on ? La victime Harding est terrifiée et appelle au secours : elle n'a rien d'une personne qui a invité ce genre d'individu !
Si Orlok n'a pas besoin d'être invité ? Et bien il a ce qu'il voulait : avec une peste déclarée, qu'elle soit authentique ou fausse, le garde-manger n'a plus besoin que d'être cueilli à domicile.
Les enterrements ?
Notre vampire est gourmand et cela est plus une spéculation, il a besoin que l'on entretienne l'idée d'une épidémie : il doit visiter les maisons les plus proches les unes des autres, goûter à une victime, la tuer et passer à la suivante ! Le lendemain, il y a de 30 à 40 enterrements pendant que monsieur se repose dans son cercueil, sauf lorsqu'il est occupé à jouer les voyeurs depuis sa maison toujours plongée dans la pénombre, même au soleil, en regardant madame Hutter ! Ce que cette dernière, et on la comprend, ne trouve absolument pas à son goût !
Es croix peintes sur les murs devraient arrêter le vampire. Sauf que ce dernier n’a qu’n seul Point faible mentionné dans le livre des vampires. Ce ne sont pas. Hélas, les symboles religieux. Les croix sur les portes ne le stoppent pas et les morts s’accumulent.
Pourquoi ? En y regardant de plus près, les agents sanitaire du frappent aux portes. Si quelqu’un répond, il ne peint rien dessus. Si personne dans la maison n’ouvre sa fenêtre, c’est sans doute que tout le monde est mort.
Rien dans le film où le scénario ne le montre, mais si Orlok sort de son repaire et n’st absolument pas tétanisé par les croix qui se multiplient autour de sa demeure, il est libre de penser que celle-ci lui servent d’indicateur. Sachant que la peste est une fausse peste servant à couvrir ses agissements, on peut supposer que les croix sont peintes sur les portes des habitants qu’il déjà visités et tués. Donc il se dirigera automatiquement vers les maisons sur les portes desquelles aucune croix n’est affichée. En effet, si quelqu’un est vivant à l’ intérieur, on a vu que l’agent sanitaire ne peint aucune croix. Il s’agit donc de maisons qu’Orlok n’ pas encore visitées. Le bétail humain, et do c son dîner, s’y trouve. Les croix servent de prévenir contre l’expansion de la maladie via contamination et indiquent les lieux dans lesquels aucun habitant ne peux plus entrer sans risques. Pour le vampire, les croix servent d’indication sur les habitait non encore visitées et donc où il y a encore des vivants à qui sucer le sang jusqu’à la mort. On y trouvera des morts avec deux étranges marques au cou, symbole de la nouvelle « peste » qui servit dans la ville. Et voilà le symbole de prévention qui se retourne contre les utilisateurs et un système bien pensé d’Orlok.
Mieux. Pourquoi tuer et non transformer les Wisborgiens en vampires ? Car trop de vampires dans le ville rendraient l’opération caduque. Plusieurs vampires et cela serait trop visible. Un ou plusieurs finiraient par se faire remarquer et les humains s’enfuiraient et tout serait à recommencer ailleurs. De plus tuer les humains maintient l'illusion d’une épidémie de peste.
Cependant, il faut quand même un fusible sacrifie le pour que les humains puissent le rendre responsable de tout. Il y a eu épidémie de peste, meurtres et diverses joyeusetés. On a quelqu’un qui est bien trop visible par les habitants et tout cela semble faire partir de la stratégie d’Orlok.
L’attaque sur la sœur Harding ne semble pas comprise par tout le monde comme étant un décès via la maladie. Et quelqu’un correspond au profil d’un meurtrier puisqu’il a tué son gardien à l’asile pour s’enfuir le soir où le vampire est arrivé en ville.
Ici le peuple en a assez ! Il y a un fou criminel et zoophage en liberté ! Sans doute qu'il a aussi à voir avec l'arrivée des rats par le bateau ! Il faut lyncher cet homme qui justement traîne souvent par la maison abandonnée ! Le vampire a son complice qui traîne en ville : Knock ! Knock est visible, le vampire invisible et le peuple en temps de crise trouve toujours le bouc émissaire le plus visible ! Le voici poursuivi par des habitants enragés et armés de bric et de broc ! Le film et le scénario nous apprendront qu'il a été repris et remis à l'asile ! On en conclut que la police a réussi à stopper le lynchage en règle.
Ellen Hutter semble contrôlée par Orlok avant d'ouvrir la fenêtre pour l'inviter ! Que croire ? Oui ou non ! Depuis l'acte 2, on sait qu'Ellen et Orlok partagent, on ne sait comment, un lien psychique ! Elle, alors chez les Harding, voit l'attaque d'Orlok sur son mari au château transylvain du comte. Puis, elle sent une arrivée à Wisborg ? Orlok ou Hutter ? ou les deux ? Sans doute Orlok : il arrive avec le navire Empusa ce soir de tempête ! Hutter arrive quasi simultanément via une diligence et descend du véhicule pour rentrer chez lui en courant et croise Ellen sur la route. Il y a aussi autre chose : Ellen passe son temps sur la plage de Wisborg (qui en est aussi le cimetière) et c'est là plutôt que sur le port qu'Orlok va faire échouer le navire ! Les deux ont donc un lien depuis que le comte a touché le médaillon et surtout qu'il a signé l'acte de vente de la maison ! Pourquoi, comment ? Le film ne le dit pas ! Ce que l'on sait, c'est qu'Ellen était méconnue d'Orlok avant qu'il ne voie le médaillon portrait tomber de la veste du mari sur l'un des plans de la maison abandonnée. La façon qu'a Ellen de se conduire (avancer, résister, puis progresser, puis résister encore, tendre les bras) peut être vue comme un ordre hypnotique d'Orlok ! Oui, mais dans ce cas, pourquoi ne pas l'avoir fait sur Ruth Harding vu la terreur de cette dernière ? On peut répondre qu'Orlok ne contrôle rien. En effet, la future victime ayant lu le livre des vampires sait qu'elle doit se sacrifier en offrant son sang au monstre pour l'anéantir. Cela crée une lutte interne entre le désir de rester en vie et celui de se sacrifier pour sauver la ville et surtout son mari ! Elle choisit le second !
Elle l'éloigne pour éviter que le comte ne tue Hutter, d'ailleurs pour chercher Bulwer ! Orlok arrive juste après !
On signale que dans le film, Orlok n'a qu'un seul point faible. En effet, dans le film, Orlok n'a qu'un seul point faible : une femme sans péché doit se sacrifier en lui offrant son sang jusqu'à ce qu'il en oublie le chant du coq et donc le lever de soleil, car le soleil lui est fatal !
Dans ce cas, pourquoi ce cirque autour de la quarantaine et la recherche d'une ville qui pourrait rationaliser la situation de manière plus humainement réaliste ?
Très simple : si un vampire est surpris dans ses œuvres en ville, il se passera la même chose qu'en Transylvanie : tout le monde ira s'enfuir bien loin de chez lui et la ville sera déserte. L'opération serait entièrement à recommencer !
Ainsi le vampire de Murnau est lent, mais il est méthodique et stratégique hors pair, s'étant assuré de tout connaître de la façon de se comporter des humains et de la bureaucratie. Il ne sauta pas sur tout ce qui bouge avant l'heure.
Enfin, nous voyons l'ombre d'Orlok très souvent dans le film original alors qu'un vampire ne dégage pas d'ombre : maintenant examinons. Lorsque le vampire atteint la maison abandonnée avec son dernier cercueil en 1922, il passe au travers de la porte et non en l'ouvrant ! Puis cette porte s'ouvre toute seule avant qu'on le voie passer pour se rendre chez les Hutter face à Ellen. C'était comme si quelque chose lui permettait de passer les portes, les murs ou même de les ouvrir à convenance sans les toucher ! Par exemple, en partant de son château, couché dans les cercueils de terre, il ne peut abaisser de lui-même la herse et pourtant elle s'abaisse sans personne pour le faire. De plus, nous voyons parfois son ombre mais... pas lui ! De plus, quand il s'efface face au soleil, il devient de plus en plus translucide jusqu'à ne plus laisser qu'une fumée après sa mort. Ainsi, Nosferatu est un fantôme, une ombre, et c'est souvent normal que nous la voyions à sa place ! Une ombre chassée par la lumière du soleil à la toute fin du film de 1922.
Le film est aujourd'hui considéré par beaucoup de critiques comme un film antisémite et Orlok serait le juif envahisseur car son physique pourrit laisser penser à un membre de ce peuple hébreu que beaucoup d'allemands de l'époque (et pas qu'eux) méprisait.
En fait, l'apparence du vampire importe peu : la créature sait qu'elle est horrible et grotesque et se cache ainsi plus aisément. Par exemple, Hutter ne capte rien pendant qu'Orlok discute avec lui, bonnet sur la tête, car le bonnet cache une bonne partie de ses attributs vampiriques.
L'invasion meurtrière du film peut être vue comme une invasion de n'importe quel peuple sur n'importe quel pays ! Le vampire exerce le pouvoir de la désinformation, de la fausse terreur épidémiologique et donc de l'invasion causée par moyens bactériologique. Il retourne les croyances des uns contre ces derniers et les autres. Il peut donc être finalement n'importe qui malgré son apparence.
Au final que dire de plus sinon ceci sur le « plan » du vampire : Galeen ne donne pas explicitement une durée de préparation du plan d'Orlok. Mais la chronologie permet d'établir une durée minimale : Hutter met près de cinq semaines pour atteindre le col de Borgo, et cette expédition n'est possible qu'après toute la correspondance et les préparatifs qui la précèdent. La préparation de l'opération doit donc nécessairement s'étendre sur plusieurs semaines avant le départ de Hutter ; deux ou trois mois constituent une hypothèse minimale plausible, et la durée réelle peut être supérieure.
2 - Humains : connaissance du surnaturel et rationalisme borné.
Il y a deux catégories d'humains dans le film et le scénario.
En Transylvanie, il y a ceux qui connaissent le comte et les horreurs qu'il peut faire. Dès que Hutter prononce le nom honni dans l'auberge où il va passer la nuit, tout le monde saute en l'air et le regarde d'un air soit paniqué, soit interrogateur, ou les deux. Ainsi, chez Murnau, l'aubergiste va tout faire pour dissuader le brave marchand de bien descendre dans l'antre du vampire, mais le tout sera un avertissement voilé. Hutter ne voudra rien entendre.
Dans d'autres versions du mythe, il y a des témoins dont certains sont devenus handicapés suite à leur rencontre avec le vampire sur son territoire qu'ils ont franchi inconsciemment. Hutter se moquera éperdument d'eux car Wisborg ou Wisborg, peu importe la ville de la version, est peuplée de bourgeois pour qui toute chose est rationnelle. Ces personnes de la Transylvanie seront donc vues comme des superstitieux ou des jaloux d'un homme qui, sans doute, ne le mérite pas.
Dans le film et le scénario de 1922, il y a aussi le cocher qui ne veut pas s'attarder en ces lieux et même refuse d'y mener Hutter, demandant à ce dernier de prendre ses bagages car il ne peut aller « au-delà ». Chez Werner Herzog, c'est pire : le cocher refuse absolument de quitter l'auberge pour aller dans la direction demandée, niant absolument l'existence de quasi tout ce qu'il y a sur ce chemin.
Dans certaines versions, dont celle de chez Herzog, une croyance veut que le col de Borgo ait deux passages : l'un mène au Paradis, chez Dieu, et l'autre chez le Diable, en Enfer ! C'est le chemin en pente descendante et qui s'arrête précisément au château d'Orlok (ici nommé Dracula).
Enfin, dans le scénario de 1922, Henrik Galeen montre des personnes qui semblent fantomatiques, des figures étranges, le tout culminant au carrefour dans lequel une vieille femme prie une madone et, voyant l'attelage menant Hutter, se précipite au-devant pour empêcher le malheureux de descendre et le supplier de continuer. Hutter se moque encore des superstitions et continue son voyage.
Enfin, il y a Ellen, dont les pressentiments s'accentuent au fur et à mesure que de sombres présages s'amoncellent (fleurs coupées chez Murnau, cauchemar chez Herzog et Eggers). Elle sent en outre que la chose va mal tourner si son mari accomplit la mission que Knock lui donne. Aussi essaie-t-elle de le retenir en allant jusqu'à implorer ses sentiments ou en le menant sur le lieu de leur première rencontre (chez Herzog) : la plage. Là encore, les boniments de Knock ont fait merveille : Hutter est appâté par le gain, le voyage, l'aventure qu'il va vivre dans un pays folklorique. Ellen finira par partager avec le vampire un lien psychique dont, dans la plupart des versions, sauf chez Eggers, elle se serait bien passée.
Enfin les autres personnes qui savent sont ceux qui sont le plus souvent raillés par leurs pairs ou bien complices du monstre !
Knock est un complice des plus fervents : il envoie Hutter au monstre en lui bourrant le crâne de rêves et de promesses !
Le comte Orlok - Sa Grâce... de Transylvanie... - veut acheter... une somptueuse demeure... dans notre charmante ville.
Vous pourriez y gagner une jolie somme... Il faudra cependant quelque effort... quelques gouttes de sueur et peut-être même un peu de sang.
En quelques phrases, Knock a vendu une promesse de voyage, d'aventures et surtout une opportunité sociale et financière : c'est un aristocrate étranger qui vient habiter leur ville donc il représente un prestige pour la vile, les habitants et surtout ses proches voisins. Pour aller chez lui, il faudra voyager et donc possibilité d'aventure et de danger avant d'atteindre la cible (La dernière phrase de Knock est ambigüe car Hutter peut croire aux dangers de la route comme accidents ou attaques de bandits alors que Knock parle littéralement de ce que Orlok va lui faire subir : sucer son sang). Et Hutter est emballé, va voir la carte (le script présente encore des traces de Dracula comme le fait que l'Empusa soit nommé Demeter ou que Hutter regarde le trajet de l'Angleterre et de non de Wisborg (non donné à l'époque à Wismar par la suède à qui elle appartenait avant d'être rétrocédé à l'Allemagne. C'est pourquoi la ville de Lübeck est mentionnée comme vue depuis le port dans le scénario : mais disons comme le disent les experts critiques que la ville est totalement fictive puisque composite entre plusieurs villes où Murnau a tourné) et trace le te parcours à faire jusqu'au Carpates.
Knock sait donc sait pertinemment qui est Orlok puisque dans toutes les versions film et le scénario, il réussit à lire la lettre du vampire qui lui demande une maison à Wisborg. Le fait que Knock tourne la lettre et semble ainsi connaître la suite du message au moment où il parle de maison abandonnée est significatif. Il la choisit en ne quittant pas la fenêtre de son bureau sans vérifier aucunement dans ses papiers s'il en a une disponible. (et dans le film fini, il ne fait même pas l’effort de se lever pour aller à sa fenêtre : il la pointe déjà du doigt devant un Hutter qui a l’air incrédule avant que le vieux renard ne le rendorme par ses boniments). Ces deux éléments, à savoir le fait de ne pas quitter la fenêtre de son bureau et de ne pas vérifier dans ses papiers s'il a une maison disponible, donnent l'impression que le vampire sait déjà où il va s'installer. Il semble qu'il demande une maison précise au centre-ville, que Knock feint de choisir devant son employé.
Mieux : les papiers sont déjà prêts ! Quand a-t-il pu les préparer ? La maison a été choisie à l’avance, forcément ! Regardez le scénario : il donne à Hutter les papiers pour vendre la maison abandonnée et on ne sait pas quand il les as rédigés ! Cela plus l’argent pour le voyage !
Par la suite, Knock déclare à Hutter « partez dès ce soir » : la scène le montre pressé ! Il conduit Hutter vers la porte en lui collant dans les mains les papiers et l'argent pour le voyage. Knock sait donc que le temps jour pour ou contre son maître : un seul retard de Hutter et toute la logistique du plan d'Orlok tombe à l'eau et sera à recommencer.
Enfin, il en ajoute une dernière couche dans le film et non le scénario : « bon voyage au pays des fantômes et des esprits ! ». Ainsi la promesse d'aventure et de rêve pour Hutter est plus grand mais aussi il est prévenu que les gens de Transylvanie sont superstitieux : sans le dire, il forme son esprit à ne pas écouter les conseils avisés qu'on va lui donner soit ne pas aller chez son client, le comte Orlok ! Et Hutter va répéter, joyeux, sans écouter sa femme qu'il va dans un pays où il y a encore des bandits et (ou l'(on croit encore)des fantômes
Par la suite, Knock, au moment où Orlok va arriver via l'Empusa, sera atteint de folie comme si le vampire communiquait avec lui par télépathie ! Il s'enfuira au moment exact de l'arrivée de l'Empusa et du vampire, tuant alors son gardien. On ne sait s'il en est conscient ou non. Cependant, ainsi il deviendra la cible idéale pour les habitants de la ville lorsqu'ils chercheront un coupable, un meurtrier responsable.
Bulwer est également conscient, mais cela dépend énormément des versions et du nom qu'il porte : Van Helsing ou Von Franz ! En 1922, c'est un Paracelse qui montre à ses étudiants l'analogie entre certains animaux de la nature et les vampires. Il illustre d'abord comment une plante carnivore attire ses proies, les éliminant complètement une fois qu'elles sont en contact avec elle. Puis, il démontre qu'un polype à tentacules peut être quasi translucide, pareil à un fantôme. Le film ne dit pas s'il croit vraiment au surnaturel. Pour le film original, dans la version de 1978, le personnage est fusionné avec le docteur Sievers : il est d'abord un rationaliste pur et dur avant de voir enfin la vérité et prendre les mesures qui s'imposent... Il est chassé ou emprisonné selon les versions, précisément. En effet les autorités le déclarent meurtrier insensé, alors qu'il vient de mettre fin au monstre qui assassinait les citadins en leur suçant le sang ! En 2024, sous le nom de Von Franz, il est un chasseur de vampires et a donc franchi un nouveau cap.
Ainsi, tous ceux qui connaissent l'identité d'Orlok le savent souvent parce qu'ils vivent à quelques lieues du château, qu'ils n'osent plus approcher par peur panique ! Ils essaient de prévenir ceux qui y vont sans franchir les tabous : prononcer le nom du monstre ou sa condition de vampire. Ils ont migré loin de lui et prennent leurs précautions.
Dans l’auberge , le nom seule du vampire provoque des réactions disproportionnés. C’est le même chose avec le cocher de la diligence qui abandonnera Hutter au carrefour de la madone plutôt que d’attendre qu’il fasse nuit ou suivre le chemin que ce dernier veut lui faire parcourir.
Et plu Hutter se rapproche du château de son client, plus les signes étranges abondent dans le scénario plus que dans le film, mais aussi comme dans ce dernier, moins il y a d’habitations. Arrivée au carrefour, on n’a plu vu de maisons depuis longtemps : c’est un vrai désert qui semble entourer le castel.
Orlok n'a plus guère de choix de victimes autour de lui parce qu'elles ont fui au loin ! Il faut donc qu'il trouve un réservoir rempli : dans une ville qui ignore totalement qui il est ! Même en plein jour, certains ressentent de la peur mais empruntent un chemin qu'ils considèrent inévitable : dans le scénario du film de 1922, le cavalier qui prend la lettre de Hutter s'éloigne le plus possible avec appréhension.
Les autres ont conscience de la présence du vampire parce qu'ils ont une affinité sans le savoir avec le surnaturel ou avec lui : soit ils travaillent pour lui, soit non, mais ils ont tous cette affinité ! C'est le cas d'Ellen, Bulwer et Knock.
L'autre espèce d'humain qui existe est le bourgeois de Wisborg ! Il n'a aucune affinité surnaturelle et n'y croit pas ! D'ailleurs il n'y a pas qu'eux mais tous ceux qui ne vivent pas en Transylvanie et habitent des villes comme Varna ou Galatz ! C'est aussi le cas des matelots de l'Empusa.
Ainsi, lorsque l'inspecteur des douanes voit l'ordre de transporter des cercueils de « terreaux de jardinage » pour Wisborg, il pense tout de suite à de la contrebande, demande qu'on renverse un cercueil, ne voit que la terre et laisse passer ! Le capitaine et le second ne voient que des malades et une épidémie à bord sans penser au surnaturel et, lorsque le second se réveille enfin, il cherche un passager clandestin et, en effet, il y en a un. Cependant ce n'est pas du tout le genre, il pensait ! Les médecins des ports de la mer Noire ne considèrent cette étrange maladie que comme une peste. Ainsi, elle laisse deux traces de piqûres rapprochées sur de jeunes personnes (jeunes femmes dans le scénario), sans remarquer que la maladie n'a pas ses symptômes habituels et que cette peste cible uniquement les adultes. Pourquoi la peste ? Parce qu'ils voient les morsures et les rats alors qu'aucun rat ne mord systématiquement toujours au cou et uniquement des jeunes personnes !
C'est pareil à Wisborg. Sievers est le médecin local. Dans le scénario, Galeen en fait un parfait abruti ! Il se trompe de diagnostic en affirmant qu'il s'agit d'une « légère commotion sanguine » lorsqu'il soigne Ellen, tout en se caressant la barbe avec un air réjoui. L'homme semble imbu de lui-même ! D'ailleurs il ne sait même pas comment catégoriser Knock : il se contente de l'observer et de demander qu'on l'attache lorsque le malade cesse de manger des mouches pour tenter de le mordre au cou. Knock peut même voler un journal, tout passera presque inaperçu ensuite de la part de l'aliéniste jusqu'à ce que le fou étrangle son gardien pour retrouver son maître ! On observe ici un Sievers qui se chatouille ou se gratte la barbe, ce qui est un fait notable. En effet, il est fier d'avoir trouvé un diagnostic, même s'il est idiot, car il ne comprend rien et essaie de classer la nouveauté dans sa grille connue de rationalité !
C'est d'ailleurs à l'arrivée de l'Empusa que tout se fait. Sievers se penche sur le corps du capitaine attaché à la barre et voit les morsures du vampire. Il est dubitatif et ne comprend pas ce qu'il s'est passé. Harding non plus ! Puis, à la capitainerie du port, on étudie le journal de bord jusqu'à l'entrée « présence de rats dans la cale - danger de peste » et là, il semble comprendre. Tout rentre selon lui dans la seule case possible : la peste car rats et morsures ! La victime n'a rien de la peste habituelle ? Tant pis, c'est une nouvelle.
Les habitants de Wisborg n'ont aucune raison de ne pas croire en leurs cadres dirigeants et se verrouillent eux-mêmes. Cela laisse tout le champ libre à Orlok pour prendre chez eux son casse-croûte habituel (le sang) et faire croire à une véritable épidémie en multipliant les victimes.
Finalement, les habitants cherchent un coupable qui soit également un assassin. Ainsi, il se peut qu'au milieu des victimes se cachent de véritables meurtriers : ce sera Knock, qui s'est évadé en tuant son gardien, qui sera poursuivi partout par une foule en colère désireuse de le lyncher. Il n'aura la vie sauve que grâce aux autorités qui le ramèneront à l'asile.
On voit donc ainsi que la propre rationalité humaine permet au vampire non seulement de tromper la bureaucratie mais en plus de prospérer dans l'endroit qu'il a ciblé. Les bourgeois superficiels, représentés par Harding et sa sœur, jouent au croquet dans le scénario comme dans le film. Bien qu'ils soient rationnels l'un envers l'autre, ils ne comprennent pas les angoisses d'Ellen lorsqu'elle reçoit la lettre de Hutter mentionnant les « piqures de moustique », contribuant ainsi au chaos général sans le vouloir.
3 - Les femmes dans Nosferatu
La plupart des femmes présentes dans le scénario, sauf une, ont un lien avec le surnaturel.
Ainsi quand Hutter arrive en Transylvanie, il rencontre à la fois l'aubergiste et une servante qui, elle aussi, sait tout sur Orlok, on s'en doute, mais ne dira rien. Elle glissera furtivement dans le scénario le livre des vampires dans une des poches de Hutter où ce dernier le retrouvera au château du comte.
Sur la route pour aller au château, Hutter va rencontrer deux femmes. Elles n'apparaissent pas dans le film mais dans le scénario de Galeen : elles sont spectrales, fantomatiques et surnaturelles. Hutter croit rêver.
Cependant, au carrefour qui mène par le chemin idéal vers la Bucovine voisine et par l'autre chez Orlok, une vieille femme prie une madone. Ce chemin est le dernier rempart entre le monde normal où Dieu exerce encore une influence (la Madone) et le territoire du vampire. La vieille le sait : elle met toute son ardeur dans le scénario à tenter d'alerter la diligence et même Hutter. Elle supplie de ne pas aller par l'autre route, celle qui se trouve au-delà de l'humble pont. Elle sait que le démon s'y trouve sous l'apparence d'Orlok. Hutter reste également sourd aux supplications de cette femme. Soudain, dans le scénario, un fiacre surgit à toute vitesse depuis le haut de la montagne, descendant vers le carrefour où l'on aperçoit le château maudit. La diligence, qui amenait le jeune agent immobilier, a déposé Hutter avant de s'enfuir à toute vitesse. La vieille femme, qui suspecte que le cocher, reconnaissable dans le film comme étant Orlok lui-même, est en réalité le vampire, s'enfuit à toutes jambes, comme si elle était engloutie par la terre, selon le scénario. Cette séquence, Murnau ne la tournera pas.
Parmi ces femmes, une a un rôle différent : elle n'est pas liée au surnaturel de prime abord. C'est Ruth Harding : c'est une bourgeoise, sœur de l'armateur le plus riche et puissant de Wisborg. Elle joue au croquet avec son frère, ne connait aucun souci de prime abord. Puis arrive la lettre de Hutter, écrite au château, qu'elle apporte à Ellen sur la plage de Wisborg. Là, elle ne comprend pas pourquoi la jeune femme (qui a en fait compris ce qui se passait à travers les écrits de Hutter bien que ce dernier ne parle que de piqûres de moustiques) s'évanouit au lieu de trouver les nouvelles rassurantes. Car, pour Ruth, tout va bien pour Hutter. Cependant, elle assistera aux crises d'Ellen. Si son frère la récupère au milieu de sa première crise de somnambulisme et de télépathie (il l'ignore) lors de l'attaque d'Orlok sur Hutter la seconde nuit au château transylvain. Car Ellen, on le verra, a un lien mental avec le Vampire. Cependant, durant la nuit de la tempête, au moment précis où l'Empusa transportant le vampire et la calèche amenant Hutter à Wisborg arrivent, Ruth tentera de sauver Ellen sur le toit de la demeure Harding, où Hutter l'avait déposée pendant son voyage. Ruth ne comprend pas du tout qu'Ellen a en fait un lien avec le surnaturel. Cependant, le soir où Orlok s'introduit chez elle, elle sera terrifiée et appellera ses serviteurs qui, la confondant avec le monstre (qu'ils voient sans doute aussi), se sauveront. Orlok entre sans invitation : Ruth est si terrifiée qu'il est évident qu'elle n'a pas souhaité sa présence en ces lieux ni l'a vu auparavant.
Ceci nous mène à Ellen.
Ellen est, depuis le début, liée au surnaturel. Elle s'inquiète de tous les mauvais présages, notamment des fleurs coupées par son mari et de la mission que Knock confie à ce dernier, une occasion trop belle pour être honnête, qui lui inspire un horrible pressentiment. Elle demande plusieurs fois avec insistance, y compris au moment du départ de son mari, de ne pas y aller. Jusque-là, Ellen est une Cassandre qui voit les malheurs mais n'arrive absolument pas à se faire écouter alors qu'elle a raison : le désastre déclenché par la proposition de Knock (qui a bien endormi son mari en lui promettant monts et merveilles et en lui faisant miroiter un noble ayant le statut de comte (échelle sociale grâce à lui sans doute bien que ce ne soit pas indiqué) mais également voyage, aventure, argent...
Par la suite, on sait qu'elle a un lien psychique avec le monstre. Elle semble voir la scène lors de l'attaque d'Orlok sur Hutter et crie le nom de son mari. Orlok l'entend. Il cesse l'attaque et part pour Wisborg accomplir son plan, mais il a aussi un autre but : Ellen.
Ellen est souvent assise sur le banc de la plage du cimetière de Wisborg. Quand elle reçoit la lettre de son mari, elle sait aussitôt qu'elle n'a pas rêvé et qu'un danger est survenu et arrive sans doute. Elle se doute que ce ne sont pas des piqûres de moustiques sur la gorge de Hutter et s'évanouit. Or, son attente sur la plage semble étrange puisque c'est par la mer qu'Orlok va venir. Cependant, chez Herzog, nous apprenons que c'est sur cette plage qu'elle a rencontré Hutter (bien que, chez Herzog, les noms de Dracula soient utilisés). On peut donc se demander qui elle attend.
C'est la même chose le soir de la tempête où l'Empusa va se fracasser sur la plage et le vampire en descendre. Elle a une nouvelle crise qui semble liée au vampire. « Il arrive, je dois aller vers lui », dit-elle à Ruth Harding qui tente de la retenir sur le toit. Ellen s'enfuit dans la ville. Le scénario nous montre ses visions dès le début de la scène de tempête : elle voit aussi un essieu cassé. C'est justement ce qui arrive à la diligence qui amène Hutter ce soir-là et c'est dans ses bras qu'elle termine et non dans la direction d'où Orlok arrive.
Son mari lui ayant sans doute tout raconté, Ellen assiste impuissante au défilé de cercueils devant sa maison : elle sait que ce n'est pas la peste mais le vampire. Elle cherche donc un moyen d'en finir avec le monstre et non de la rejoindre et le trouve dans le livre des vampires qu'elle lit avec dégoût.
Puis, elle montre au crépuscule, effrayée, mais aussi agacée, à son mari, que le vampire n'arrête pas de la reluquer tous les soirs depuis la fenêtre de la maison abandonnée d'en face. Si elle est dégoûtée par Orlok, ce n'est pas le cas de ce dernier qui la regarde avec lascivité et insistance.
Enfin le Livre des Vampires est strict : seule une femme pure de tous péchés (ou pure tout court selon les traductions) et se sacrifiant pourra retenir le vampire jusqu'à ce qu'il en oublie le chant du coq (ce qui le tuera). Si Ellen voulait vraiment coucher avec Orlok dont elle serait amoureuse, elle ne correspondrait pas à la condition sine-qua-non dictée par le Livre des Vampires pour vaincre Orlok : il faut donc qu'elle n'ait commise aucune faute pour l'inviter dans un piège et se sacrifier sciemment pour les autres ! Et ce piège, le Livre le dit bien : c'est sa propre personne devant donner son propre sang ! Et « sacrifiera » signifie justement qu'elle n'en ressortira jamais vivante !
Finalement, elle prend sa décision et éloigne son mari afin d'éviter qu'Orlok ne le tue en lui demandant d'aller chercher le docteur Bulwer.
On pourrait croire qu'elle est hypnotisée par le vampire : elle lutte cependant contre elle-même malgré sa décision prise. Elle sait qu'elle doit se sacrifier pour sauver Wisborg en s'offrant au monstre qui la dégoûte, en espérant le faire succomber au soleil en lui faisant oublier le chant du coq.
On voit l'emprise d'Orlok sur elle lorsqu'il lui serre le cœur dans sa poitrine, par l'ombre qu'il représente, par celle qu'il est. Elle n'a pas d'orgasme : elle s'évanouit presque.
Le monstre ensuite passe à l'action : d'ailleurs c'était terrifiée qu'elle l'attendait jusque-là.
Lorsque le monstre est enfin vaincu par le soleil, Ellen est malheureuse d'avoir trompé son mari, mais elle est heureuse d'avoir sauvé Wisborg. D'ailleurs c'est le nom de Hutter qui lui vient à la bouche avant de mourir.
Ainsi, ce n'est pas une question de sexualité pour Ellen. Cela ne l'est que pour Orlok et encore, pas réellement. Ce qu'il souhaite, ce n'est pas violer madame Hutter : c'est goûter aux veines de son « joli cou ».
Une chose est cependant visible dans le scénario que Murnau a modifié dans un intertitre dans le film fini. Lors des escales dans les ports de la mer noire, le journal que lit Knock suggère que les victimes de la « nouvelle peste » sont toutes des femmes ayant deux piqures tres proches l'une de l'autre dans le cou. Aucune exception. Ainsi, dans le scénario, nous voyons clairement que le vampire n'est intéressé que par le beau sexe et rien d'autre. Il va de soi que Murnau a changé le carton filmique pour donner l'impression d'une plus grande épidémie même si cela ne concerne qu'une catégorie d'âge afin que notre vampire se dissimule mieux.
Il va sans dire que s’il n'est aucunement question de sexualité chez ces femmes, pour le vampire, c'est autre chose. En effet, on a vu comment il se comporte en regardant madame Hutter par la fenêtre de chez lui. Il est clair que nous avons là un obsédé sexuel si nous ne savions gère qu'il s'agissait d'un vampire. Cependant, vu les hurlements de la seule victime féminine visible du film avant Ellen Hutter (que les critiques attribuent faussement à la peste) soit Ruth Harding qu'aucune femme ne cèderait aux avances de ce triste sire. Pour cause : son physique est des plus ingrats et monstrueux (en dépit de son intelligence stratégique hors du commun). Ce n'est pas exactement un Appolon ni même un séducteur patenté. Et on ne peut pas dire qu'il s'y prenne tendrement avec le sexe opposé : nous le voyons rentrer sans invitation chez les Harding pour s'emparer de Ruth pour, lors d'une ellipse narrative, lui sucer le sang (Sievers attribuera ceci à la peste lors d'une ellipsé présente à la fois dans le scénario et le film, forçant Harding à tracer la croix fatidique). D'un autre côté, si Ellen semble accepter les « avance » d'Orlok, c'est seulement pour en débarrasser la ville et aussi car ce dernier passe son temps a la regarder de manière obsessionnelle et quasi sexuelle toutes les nuits par la fenêtre de chez lui : elle en souffre, elle en a assez et elle fera tout même risquer sa propre vie pour que le cauchemar stoppe enfin : celui de Wisborg d'abord, le sien ensuite ou quais en même temps si le vampire meurt aux aurores (et il y mourra).
En effet, les critiques insistent sur le fait que cette femme éprouve de l'amour pour le monstre et que ce dernier ne vient que pour elle. Pourquoi monter une opération si compliquée pour une seule femme ? Et de plus, le film montre la découverte du portrait comme stupéfiante pour Orlok qui ne se doutait pas un instant que sa voisine pouvait avoir tant de « charmes » surtout via son cou.
Il est clair que madame Hutter s'offre aux désirs de son voisin par pure stratégie en lui tendant un piège mortel car elle sait être la seule femme de la ville à être assez pure pour débarrasser le monde d'un tel fléau ! Et ce n'est pas pour éviter que le mari (soi-disant enfant de caractère alors qu'en fait c'est un homme jovial, certes naïf, mais intelligent qui ne sait pas où il va mettre les pieds et pense faire uniquement une bonne affaire immobilière)soit témoin de sa tromperie mais surtout parce qu'elle pense qu'Orlok tuerait évidemment ce dernier s'il le trouvait sur place (bien que cela soit non-dit dans le film et le scénario, c'est la seule et unique chose à considérer vu que nous avons prouvé via une scène qu'elle méprise ce voyeur qui la terrifie et la met en colère de surcroit).
Murnau était certes homosexuel mais l'on oublie vite qu'il n'est que celui qui interprète et souvent corrige un scénario qui n'est guère le sien mais celui de Henrik Galeen. Tout ce que l'on voit dans le film n'est pas uniquement pulsion sexuelle refoulée car sinon que dire des marins de l'Empusa (Demeter dans le script), des douaniers, de Harding et de sa sœur, de Sievers et enfin de Hutter. Cette lecture ne s'applique finalement sans doute qu'à Orlok et encore : ce besoin n'est pas de satisfaire seulement son goût des jolies demoiselles mais aussi de sang ! C'est lui qui exerce cette pulsion envers les autres qui, eux, éprouvent seulement terreur, dégoût ou les deux.
Re: Mon analyse sur Nosferatu de1922
Posté : mer. oct. 21, 2026 17:58 pm
par Judex
4- Pourquoi les critiques se trompent
Pour Nosferatu, il est souvent dit qu'une scène est en fait souvent indépendante d'une autre que cela manque de liant.
Donc les critiques analysent souvent une scène du film en dehors de tout contextes antérieurs ou ultérieurs !
Prenons le cas de Knock : l'homme ne sert, pour eux, qu'à lancer l'histoire en demandant à Hutter de vendre une maison délabrée à un vampire (Cependant Hutter ignore qu'il l'est ! Jamais Knock ne lâche le mot et tout au plus Hutter prendra-t-il le comte (du moins au départ) pour un vieil excentrique (même si cela n'est pas dit non plus) qui donnerait une fortune pour un emplacement privilégié dans le centre-ville d'une commune comme Wisborg. Pourquoi ? Sans doute pour la raser. Il existe plusieurs manières de se servir d'un achat immobilier).
Après cette scène, on retrouvera Knock dans un asile d'aliénés prisent train d'y voler un journal à son gardien, enfin après d’étrangler ce dernier au moment de l'arrivée du vaisseau devenu fantôme Empusa et enfin pour une incroyable chasse à l'homme.
Séparément, les scènes semblent ne vouloir rien dire et le personnage peut sembler de trop au spectateur. Or, une fois les scènes analysées dans leur ensemble et non séparément, on s'aperçoit que dans la ville, tous les regards sont tournés vers le fou et non vers le vampire ! Cela devient presque une évidence du fait que la foule se rend devant la maison d'Orlok à Wisborg, la bâtisse abandonnée, et n'y voient que Knock en haut de celle-ci ! De plus si on lit bien le carton filmique au moment où débute la séquence, on nous dit bien que la ville cherche un bouc-émissaire pour tout ce qu'ils endurent : « la Peste », les meurtres sans doute non élucidés du moment, mais surtout il a étranglé son gardien ! Knock a donc un assassinat à son actif même si l'appel du maître est ce qui l'y a poussé au moment même de l'arrivée de l'Empusa et d'Orlok !
On pourrait se dire même qu'Orlok le pousse à tuer le gardien par télépathie mais cela n'est guère prouvé et il s'agit d'une spéculation. Cependant, le résultat est que la foule ne voit pas le vampire dans son antre, elle y voit l'assassin fou du gardien sur les toits et, sans doute, celui qui a amené la peste. Or, Knock est responsable en quelques sortes de l'arrivée d'Orlok : il lui a vendu cette maison par le biais de Hutter. Et c'est autour de la maison abandonnée que Knock rôde le plus souvent. Par la, il est responsable de la « fausse peste » de Wisborg qui dissimule parfaitement les actes du vampire car, mise en quarantaine, la population ne le voit pas se déplacer la nuit.
Le résultat donne en fait un pion sacrifiable sur l'échiquier d'Orlok et que le fou vive ou non, peu importe ce qu'il deviendra pourvu que le vampire circule toujours incognito dans les rues dans la plus belle des obscurités.
C'est encore mieux au sujet d'Orlok : une fois son bonnet retiré et son véritable physique découvert, le critique va trouver l'individu stupide. D'autant que sa démarche et ses dents de rats ainsi que la tête entière fera penser à un animal seulement pourvu d'instinct et non d'intelligence.
Cependant, là aussi, les expert critiques font fosse route. En reliant les scènes du film entre elles comme expliqué dans la première partie de cette analyse, nous découvrons un tacticien militaire de génie qui retourne la bureaucratie à son avantage (on déclare qu'on ignore qui a écrit le message d'embarquement des cercueils ! Or, cela ne peut-être qu'Orlok. De même le bateau utilisé semble avoir été choisi à l'avance par le vampire, sans doute même avant le départ de Hutter de Wisborg. Il suffit de regarder le nom du navire qu'Orlok doit affectionner ; Empusa. Les monstres attirent les monstres dirions-nous. Nous avons prouvé que le comte, en première partie de cette analyse, a monté un plan très sophistiqué et prompt à rater si le retard ou la mort sur le chemin de Hutter, qui doit lui vendre la maison, se produisait !
Le monstre, par contre, représente bien la terreur, le cauchemar, la maladie (qu'il ne transmet même pas via ses rats mais par simple croyance que les autorités se fabriquent elles-mêmes). Et surtout, c'est lui qui est le plus marqué par une pulsion refoulée de se faire la femme de son voisin qu'il stalke depuis sa fenêtre en face de la maison des Hutter.
Ainsi donc les scènes doivent être encore vues dans leur ensemble et non séparément.
C'est encore plus le cas pour Ellen : elle ouvre sa fenêtre et invite le vampire à venir lui sucer le sang ! On parle d'elle comme une amoureuse transie qui ne supporte pas son mari-enfant (ce que Hutter n'est pas) et amoureuse du vampire ! Or, si l'on regarde déjà le monstre, ce n'est pas vraiment Don Juan ! Et une scène antérieure montrera Ellen complètement terrorisée et surtout effrayée et dégoutée par la surveillance constante et es regards lubriquement fous et le sourire malsain du « voisin d'en face ».. Malgré son dégoût, elle l'invite pourtant et éloigne son mari ! Pourquoi ? il faut regarder les scènes précédentes pour comprendre : sa lecture du livre des Vampires n'est pas une marotte ! Elle hait ce livre mais le lit dans l'espoir de trouver quelque chose qui mettra fin aux agissements du charmant vois de devant chez elle. Et elle le trouve : seule une femme sans péché pourra s'offrir a lui et lui faire oublier le chant du coq et ainsi le faire disparaître à jamais. Son but est le sacrifice et non l'envie de se taper un vampire dans son lit ! Pourquoi éloigner Hutter ? Pour le protéger de l'hôte indésirable mais pourtant invité (pour se faire tuer car c'est un piège ou la femme et le vampire mourront ensemble) et qui le tuerait sans doute en le voyant.
Comme on peut le constater, nos amis critiques retirent souvent l'appareillage qui permet de comprendre les séquences en les emboitant correctement.
Et en cas, à quoi sert Bulwer ? En fait, Bulwer est ici pour expliquer le mécanisme de vrais vampires dans la nature : plantes, animaux aquatiques. Ce sont des carnivores qui se fondent dans le décor et qui y sont souvent complètement invisible pour leurs proies qui, confiantes, se posent ou se font attraper par ces dernières. C'est là que le monstre peut enfin surgir mais trop tard pour que la victime s'en rende compte.
En gros, Bulwer nous donne le mode opératoire du comte Orlok sans même connaître l’existence du véritable vampire à l’apparence humaine.
Et c'est justement ce que fait Orlok : il a demandé une bâtisse abandonnée. Celle du centre-ville est devenue un décor par habitude qu'on la voie. Lui-même sert d'une fausse peste en amenant des rats sains pour provoquer une quarantaine qui bloque les citadins de Wisborg chez eux ! Et comme il peut y entrer sans y être invité (voir analyse le concernant plus haut sur l'attaque sur la sœur Harding), un garde-manger sera disponible dans chaque maison où il se fondra dans le décor jusqu'à ce qu'il vienne y chercher sa proie. Il est là, mais pas là !
Et Bulwer sert en fait de clé pour comprendre le mécanisme de fonctionnement du stratège Orlok et de son macabre plan d'invasion de la ville. Quelqu’un qui est là, mais qu’on ne voit pas ou seulement trop tard : il peut se faire passer pour un acheteur de biens immobilier et travestir sa nature et son apparence cadavérique sous un bonnet et un sombre manteau pour passer inaperçu, il peut également se tenir dans une caisse et cette caisse parmi les six embarquées sera la seule à ne contenir aucun rat, il induit en erreur la population et le personnel médical en mettant en scène une fausse épidémie et un agent qu’on verra à sa place tandis que lui reste hors de portée et personne ne soupçonnera son existence. Et le plus beau ? La maison achetée participe pleinement de ce mode opératoire et sert quasiment de double au vampire : elles est au milieu de la populace bourgeoise qui passe devant mais ne la remarque même plus car habituée à sa présence. Et quand on voit le monstre ? c’est comme la plante carnivore ou le polype : c’est beaucoup trop tard pour lui échapper !
Regarder le film en n'analysant que des scènes séparées de tout contexte donne parfois une bonne définition mais sur une bonne partie de ce film, les critiques se trompent et se tromperont toujours tant qu'ils ne voient pas qu'il faut lier toutes les scènes, tous les liens narratifs.
5 - Une guerre contre un ennemi invisible
Murnau et Galeen racontent en fait sans doute une guerre d'usure entre un terroriste et super espion avant l'heure contre une ville de la confédération germanique.
L'ennemi, souvent perçu par les critiques comme juif, est Orlok.
Cependant Orlok, malgré son apparence, peut ne pas être juif. Il représente en fait l'envahisseur étranger venu de nations connues dont les juifs peuvent faire partie ou non du dispositif. Nous allons montrer comment Orlok peut être dépeint comme un terroriste et super espion (au service de sa seule personne) et donc se transformer en général du mal avec ses propres pions sur le terrain.
Ce qui est frappant, Qu'Orlok correspond effectivement à plusieurs mécanismes que l'on associe aujourd'hui à une stratégie terroriste : faire produire à la population elle-même les conditions de sa vulnérabilité.
Le mécanisme est particulièrement pervers : Orlok n'a même pas besoin de terroriser directement toute la ville. Il provoque une chaîne : rats + morts + marques au cou + maladie à bord → interprétation « peste » → peur → quarantaine → population confinée → population beaucoup plus facile à atteindre. Et surtout, les autorités ne prennent pas une mesure absurde : elles prennent une mesure rationnelle au vu des informations dont elles disposent. C'est précisément ce qui rend le dispositif intéressant.
Orlok ne dit pas : « Enfermez-vous pour que je puisse vous manger. » Il fait en sorte que les habitants concluent eux-mêmes qu'ils doivent s'enfermer.
La « peste » devient un diagnostic construit par les humains à partir d'indices réels mais mal interprétés ; la possibilité qu'Orlok ait lui-même laissé la dernière information du journal afin de provoquer cette interprétation est présentée comme une hypothèse narrative cohérente, pas comme un fait démontré.
C'est un peu comme s'il avait monté une attaque terroriste en faisant croire, par les autres et en faisant aboutir ces derniers à de fausses conclusions à une arme bactériologique lancée contre eux et qui provoquerait une (fausse dans son cas mais crue vraie par les autorités) épidémie mortelle. Ce n'est pas parce qu'Orlok utiliserait réellement une arme biologique au sens moderne, mais parce que le résultat tactique est comparable.
Une arme biologique provoque une menace invisible ou difficilement identifiable → panique → mesures sanitaires → désorganisation sociale. Orlok fait quelque chose de narrativement analogue : menace vampirique réelle → habillage épidémique → interprétation sanitaire → confinement → accès facilité aux victimes.
Et il y a un deuxième niveau : il utilise les informations produites par ses adversaires. C'est peut-être même plus intéressant que la peste.
Les hommes produisent eux-mêmes les éléments qui vont permettre à Orlok de les piéger :
Les médecins constatent les marques ; les autorités cherchent une explication ; le journal de bord apporte les rats ; la ville déduit une peste ; les autorités instaurent la quarantaine ; les habitants se barricadent.
Orlok n'a donc pas besoin de contrôler directement l'administration. Il exploite son fonctionnement normal. C'est exactement ce qui donne de la force à ton idée de désinformation : ce n'est pas nécessairement un mensonge intégral. Au contraire, les éléments vrais sont suffisamment nombreux pour rendre le mensonge crédible.
Les rats sont vrais.
Les morts sont vrais.
Les malades sont vrais.
Les marques sont vraies.
La maladie à bord est réelle au sens où les hommes voient effectivement des symptômes.
C'est l'interprétation globale qui est faussée.
Orlok fournit aux humains une explication parfaitement banale - « terreau de jardinage à visée expérimentale » - qui leur permet de classer quelque chose d'anormal dans une catégorie connue.
Et là apparaît ton « super-espion »
Parce qu'Orlok ne fait pas que cacher ses propres informations.
Il collecte celles des autres.
Il sait :
qui est Hutter ; où se trouve la maison ; comment atteindre Wisborg ; ce que contient le plan de la maison ; où vivent les Hutter ; comment fonctionne la ville ; comment fonctionne sa bureaucratie ; comment la population réagit à une épidémie ; et surtout, il observe Ellen.
Et le plus amusant est qu'il transforme parfois les informations fournies par ses ennemis en armes contre eux.
Le plan de la maison lui est remis pour une transaction immobilière : il découvre alors Ellen.
Les informations administratives servent à transporter ses cercueils.
Le journal de bord devient l'outil permettant de fabriquer l'explication épidémique.
La quarantaine décidée par les autorités devient finalement son propre système de chasse.
C'est donc un vampire qui ne se contente pas de « rôder dans la nuit ».
Il observe → recueille → interprète → prépare → exploite.
Orlok ne saute pas sur la première victime venue ; il prépare son implantation, son transport et son arrivée.
La maison d'en face est alors presque son poste d'observation
Et ça donne une autre dimension à son voyeurisme.
Il ne surveille pas seulement Ellen parce qu'il serait obsédé sexuellement par elle.
Il surveille aussi son environnement.
Sa maison est : un refuge + une base + une cachette + un poste d'observation + un point d'accès aux victimes. Et elle est située exactement là où elle devient utile : au milieu de la ville, suffisamment banale pour ne pas attirer l'attention, et face aux Hutter.
La maison abandonnée est intégrée au décor urbain et que personne ne s'en préoccupe précisément parce qu'elle est là depuis longtemps.
Qu'il mérite l'appellation de « super-espion à son propre service » n'est pas gratuite.
Il a presque les fonctions d'un service clandestin à lui tout seul : renseignement → infiltration → désinformation → camouflage → logistique → surveillance → exploitation de la panique.
Et tout cela avec un avantage extraordinaire : personne ne sait même qu'il est l'ennemi. Le succès d'Orlok ne repose pas seulement sur sa force surnaturelle. Il repose sur le fait que ses victimes participent involontairement à son dispositif. Le vampire n'enferme pas Wisborg. Wisborg s'enferme lui-même.
Et de surcroit, les médecins de Wisborg (surtout Sievers qui est avec Bulwer les seuls que l’on voit) semblent regarder cette peste via les mystérieuses marques incompréhensibles au cou. Par exemple, Ruth (Anne dans le scénario) Harding est attaquée par Orlok (le film nous montre aussi une femme terrifiée qui envoie son mari chercher de l’aide (Je vais chercher Sievers, dit Harding) et une fois seule voit la fenêtre s’ouvrir et un vent étrange souffler sa bougie pour laisser la pièce dans la pénombre. Là aussi, comme dans le scénario, elle court pour agiter la sonnette des domestiques. On en voit un qui dort et le bruit de la sonnette ne le réveille même pas) et là, la jeune femme pleure et s’écroule à terre. Sievers, en arrivant lors de l’ellipse narrative, a du voir les marques du vampire sur son cou et déclarer qu’il s’agit d’une peste virulente. Il demande donc hors champ à Harding de peindre la croix de la peste sur sa demeure et de partir. Pourquoi laisser Harding qui aurait été contaminée s’il s’agissait d’une vraie peste car il était près de sa sœur et l’avait même touchée ? Harding pourrait être contagieux et contaminer des biens portants ! Hor, il n’a pas de marques sur le cou ! Et Sievers semble ne se baser que sur ces marques pour activer le diagnostic « Peste ».
6- Où est Dieu et autres symboles
Dieu semble absent du film et pourtant ses représentants sont là. Non, pas des humains mais pour commencer une madone située comme limite frontière entre le monde des humains et le territoire du vampire.
Dans le scénario, une femme y prie et la diligence de Hutter s'y arrête pour le laisser descendre.
Cependant dès que ces personnages excepté Hutter lèvent la tête et s'aperçoivent que la calèche d'Orlok quitte la château, tout le monde se barre.
La vieille est comme engloutie par la terre. Le cocher part aussi vite qu'il le peut : on dirait presque une fusée avant l'heure0.
Pourtant la madone devrait les protéger si on suit les règles du mythe vampirique. Les monstres de ce type ont peur de tout ce qui est sacré.
Rien dans le film ne montre que les signes religieux puissent arrêter Orlok ; au contraire, la mise en scène organise une situation où leur présence n'empêche nullement les humains de fuir devant lui.
Donc il y a, à mon humble opinion, une chose importante à comprendre : les signes religieux ne peuvent arrêter Orlok. Ils ne lui font rien. Comment peut-on le savoir ? Uniquement par ceci : si les gens fuient alors qu'ils sont devant un objet sacré, c'est qu'ils se sentent en danger. Surtout si le vampire descend lui-même. Et s'ils se sentent menacés, c'est que les signes religieux ne peuvent rien contre Orlok.
Et la fausse peste ? Les gens tracent des croix sur les portes des maisons des morts. Or, cela n'empêche pas de nouveaux morts et nous savons pour l'avoir démontré plus tôt que la peste de Wisborg est une gigantesque fumisterie montée par le vampire pour passer incognito chercher son repas coincé comme des idiots dans leurs habitations à cause de la quarantaine décrétée par les autorités.
Le vampire va donc sûrement de porte en porte. Et il y a de plus en plus de croix sur les portes ! Autant qu'il y a de morts ! Et plus on a de cadavres, plus on des croix sur les devants de porte des habitations.
Fatalement, en sortant, si cela lui faisait quelque chose, Orlok serait tétanisé devant tellement de symboles religieux que soit il s'enfuirait pur les éviter, soit il serait désagrégé rien qu'en en voyant autant !
Et les prêtres ?
Dans le film, il y a d'immenses processions de cercueils... mais aucun prêtre n'est visible.
Dieu lui-même, sinon ses plus proches partisans et représentants, a disparu totalement de la ville qui meurt sous les crocs du vampire.
Dieu est-il toujours sauveur ?
Oui, en un sens. Car lorsqu'il est ramassé par des Huzules après s'être sauvé du château d'Orlok, Hutter est conduit dans un hôpital. Là, il y a médecins mais aussi des religieuses. Il y a donc bien Dieu quelque part... Mais pas sur le chemin d'Orlok.
Dieu semble absent de l'espace où Orlok exerce son pouvoir, mais ses représentants réapparaissent dans l'espace où l'homme est secouru.
Alors rien ne peut stopper le monstre ? D'ailleurs le livre des Vampires le dit bien : il n'existe qu'une femme pure qui se sacrifie pour lui faire oublier le chant du coq et permettre la destruction du Nosferatu via le soleil.
Mais au fait... Ce livre des vampires est-il sûr ?
Si seulement Orlok existe comme Nosferatu, comment le livre peut-il savoir que telle chose seule peut l'arrêter. Il doit donc exister d'autres Nosferatu qui ont été sur le chemin de celui ou celle qui a écrit ce livre.
Cependant si la peste est fausse, l'auteur est pris au piège de ce que les autorités lui ont fait avaler car il parle du repos du vampire dans « la terre de la mort noire située dans ses cercueils » et cette mort noire n'est autre que la peste.
Sauf qu'il n'y a pas de peste.
Il y a donc Modus operandi de la part de chaque Nosferatu. Ils exploitent les bureaucraties, les croyances, les apparences de telle ou telle chose et s'en servent contre les humains. Il y a morsures et malades ? il y aura des rats dans la ville et personne ne pourra dire que ce n'est pas la peste même si aucun symptôme n'y fait penser. Les médecins veulent toujours avoir raison car s'ils avaient tort, les gens douteraient d'eux et leur honneur est en jeu. Sauf qu'ils jouent sans le savoir dans les règles du jeu des Nosferatu.
Mais si le livre peut se tromper alors Ellen qui lui fait confiance... ???
En effet, Ellen risque gros car imaginons que son sacrifice ait été vain ? Que le livre fournit une information erronée ?
Toute la défense de la ville repose en fait sur une femme qui essaie de comprendre et d'arrêter le jeu de massacre de son insupportable voyeur de voisin. Et pour l'arrêter, elle pense que ce livre contient forcément de quoi le mettre définitivement hors d''état de nuire. Si l'information était fausse, elle serait morte en vain et le vampire aurait été totalement triomphant car pervertissant même le plus petit symbole d'espoir.
Et c'est là que le film prend aussi une certaine dimension religieuse : c'est la lutte d'une femme en odeur de sainteté contre un démon perverti qui loge en face de chez elle. C'est aussi l'ombre contre la lumière. L'enfer contre le paradis !
Et Ellen, par son sacrifice réussi, montre que Dieu n'a pas tout à fait abandonné Wisborg. Il l'a envoyée d'une certaine manière terrasser un fléau mais avec une contrepartie douloureuse car elle cesse de vivre et son mari en sera fou de chagrin.
6 – Murnau aime le comique noir et corrige Galeen
Le film n’est pas dénué de comique qui fait parfois rire le spectateur.
Prenons le début : Knock annonce que le comte Orlok désire une belle et vaste demeure mais abandonnée. On pourrait croire que le monstre désire une maison somptueuse dont les habitants sont partis depuis seulement quelques mois. PAN ! on voit que Knock choisit la maison abandonnée : des greniers à sel qui sont une vraie ruine prête a s’effondrer sur l’habitant.
Hutter a l’air naïf mais Knock utilise le double sens : un peu d’effort… de sueur et peut être même… un peu de sang. Pan ! Double lecture : on pense que Hutter va devoir trime run peu et survivre à certains dangers sur la route mais le retournement se fait lorsqu’on s’aperçoit justement de ce qu’est Orlok : un vampire ! Et là, l’ironie mordante du double sens se fait cruellement sentir.
L’auberge ? Très sérieusement mais emporté par son enthousiasme, Hutter annonce qu’il va aller cher Orlok ! Pan encore : le nom suffit à déclencher la panique générale à la grande incompréhension du jeune homme. Les réactions sont si violentes et si poussifs que le spectateur ne peut qu’en rire. De plus, l’aubergiste tente de ramener la situation en demandant au jeune homme de ne pas sortir la nuit ! Mais pour éviter de parler d’un phénomène surnaturel, il préfère parler d’un autre tout aussi rocambolesque : LE LOUP-GAROU !
Lorsque ce nom est utilisé, Hutter se moque car il est rationnel et ne croit pas au surnaturel.
Cependant, un animal carnivore, un lynx, passe près de l’auberge. Ce n’est sans doute pas le loup -garou. Est-ce un vampire transformé ? On ne le sait pas. Cependant, le danger est tel que les chevaux s’affolent et hennissent. Les femmes, restées sur un banc contre le mur de l’auberge se signent par le peur qu’elles éprouvent. Tout semble se calmer lorsque le lynx rentre dans le sous-bois.
Le cocher qui amène Hutter au carrefour de la madone est pressé de se débarrasser du client encombrant qui veut aller par un chemin où personne ne veut aller. C’est tout juste s’il ne lui jette pas les bagages mais Hutter finit par les descendre lui-même. La réaction du cocher semble disproportionnée ! et en plus la nuit tombe ! Et pour tout l’or du monde, il ne passera pas par le chemin indiqué. Il fouette même les chevaux en abandonnant Hutter. La scène semble cocasse.
Rebelote au château d’Orlok le premier jour. Le comte a attaqué Hutter la nuit précédente mais le jeune homme ne se souvient de rien (et sans doute même pas de s’être coupé) mais il a remarqué les deux marques sur son cou avec son miroir. Il décide de sortir écrire à Ellen. Pendant l’écriture de la lettre, la scène comique commence : des moustiques rodent autour de lui, l’énervent. Il les chasse en agitant plume et papier ! Puis une illumination : bon sang, les marques sont sans doute les piqures de moustique ! Et il écrit cela à Ellen (qui s’évanouira parce qu’elle comprend trop bien que le moustique n’est pas le responsable).
Le docteur Sievers apporte une cocasserie supplémentaire : l’homme arrive de nuit lorsqu’Ellen a sa crise de somnambulisme et voit ce qu’il se passe en Transylvanie dans le château d’Orlok. L’homme sort une pédanterie totalement inepte comme diagnostic et, content de lui, se caresse la barbe l’air réjoui !
Les papiers destinés à l’embarquement des cercueils annoncent que ce sont des terreaux de jardinage à but d’expérimentation scientifique » ! Vlam ! planl suivant : on reconnait les cercueils d’Orlok ! Les papiers annoncent un contenu risible mais probablement réel le plan suivant nous montre toute l’ironie de la situation !
Suite à la promulgation de la peste, les croix inondent les devantures de porte autour de la maison abandonnée. Ce sont des symboles religieux qui devraient tenir le vampire à distance ! Mais Orlok s’en sert différemment : non seulement il sort quand même et ne semble pas paralysé par la vue du symbole sacré mais continue même de tuer des membres de la population. La croix lui sert-elle de référence afin de savoir quelle maison n’a plus de gibier (car il les as tué au cours d’une visite) et se dirige-t-il même vers des maisons sans croix où il pourra s’incruster pour dîner (en tuant les habitants) ? L’ironie serait que le symbole permettant à la ville de savoir qui est mort de la peste (qui est fausse, souvenons-nous) et serait connue dans Dracula et d’autres récits de ce type comme une arme contre le monstre et qu’ici, elle ne serve que de point de repaire à Orlok afin de savoir quelle maison (qui n’a pas ce signe) a encore du gibier bien frais et chaud à la fois à aller chercher !
On le voit : même si le film est tragique et horrifique, Murnau adore saupoudrer son métrage de diverses interludes comiques qui font souvent rire le spectateur mais qui participent à l’horreur de la chose.
Mieux !Il change le scénario de Galeen quand cela convient à l’histoire d’un vampire stratège !
Galeen fait de Hutter un pauvre !Murnau le fait bourgeois et la maison abandonnée n’est alors plus dans la périphérie de la ville ou entre les quartiers pauvres et riches ! Elle est a présent visible de chez le bourgeois Hutter et du commerce de Knock donc en plein centre-ville au milieu des cibles.
Murnau choisit ensuite de montrer Orlok comme étant le cocher qui vient directement chercher Hutter au carrefour. Le vampire ne délègue rien. De plus, il a sans doute chronométré la venue de son invité et c’est pour cela que Knock le fait partir quasiment le même jour. Orlok arrive quelques secondes après le départ de la diligence qui a laissé Hutter seul au carrefour.
C’est lui aussi qui change le carton du journal parlant de la fausse épidémie de peste comme d’une vraie. Il changent « femmes « en « jeunes gens forts et vigoureux ». Ce qui veut dire que le vampire ne choisit plus seulement une proie féminine mais aussi des hommes ce qui donne l’air d’une véritable épidémie bien que vieillards et enfants semblent ne pas être touchés. Et l’apparence d’une vraie épidémie est importante pour maintenir l’illusion afin que les autorités sanitaires ne se posent aucune question.
Ainsi Murnau rend explicitement le vampire plus stratégique en gommant les erreurs que pouvait faire Galeen dans le scénario.
Ainsi même une scène isolée ou séparée dans Nosferatu forme un tout compréhensif et intelligible si on prend la totalité du film et de son scénario. Ce qui peut paraître une bizarrerie s’inscrit en fait parfaitement dans une lecture cohérente d’un film qui raconte effectivement une histoire et dont les scènes ne sont pas des séquences autonomes ou des choses qui ne sont là que pour ses besoins.
Mieux : ces fragmentations qui commencent à l’acte 3 et nous font passer d’un personnage à l’autre semblent former une version cinématographique qui tente de formuler les lettres et divers documents qui présentent une fraction de ce que l’un sait ou ignore dans Dracula avec la structure épistolaire.
Tout le film finit par faire sens
À mesure que les différents indices sont rapprochés, Nosferatu apparaît sous un jour très différent de celui d'un simple récit fantastique construit par associations symboliques.
Ce qui pouvait sembler, au premier abord, être une succession de scènes étrangement juxtaposées — Ellen, Hutter, Knock, Sievers, Harding, l'Empusa, Bulwer, Orlok, puis de nouveau Wisborg — devient progressivement un ensemble cohérent. Les scènes ne sont pas seulement reliées par des thèmes ou par des images : elles se répondent par les informations qu'elles apportent, les actions qu'elles déclenchent et les erreurs d'interprétation qu'elles produisent.
La fragmentation du récit n'est donc pas nécessairement une absence de logique. Elle correspond au contraire à sa construction documentaire : plusieurs personnages, plusieurs lieux et plusieurs documents ne possèdent chacun qu'une partie de l'information. C'est au spectateur de réunir ces fragments.
Le dispositif de l'historien placé au début du film prend alors toute son importance. Le récit nous est présenté comme la reconstitution d'un événement ancien à partir de documents et de témoignages. À partir de l'acte III, cette méthode devient presque visible dans la construction même du film : nous passons d'un groupe de personnages à l'autre, du journal de bord de l'Empusa à Wisborg, de Bulwer à Orlok, comme si plusieurs pièces d'un dossier étaient successivement versées sous nos yeux.
Cette construction rappelle ainsi, par sa fragmentation documentaire, le principe du roman épistolaire Dracula de Bram Stoker : le lecteur ou le spectateur ne reçoit pas immédiatement une explication globale. Il doit reconstituer l'événement à partir de documents, de témoignages et de points de vue différents.
Cela permet également de comprendre pourquoi tant de détails prennent une autre signification lorsqu'ils sont rapprochés.
La maison abandonnée n'est plus seulement une image inquiétante : elle participe au dispositif spatial choisi par Orlok.
La lettre de Knock n'est plus seulement un élément mystérieux : elle déclenche une suite d'actions précises.
L'achat immédiat de la maison, les papiers déjà prêts et le départ précipité de Hutter prennent une dimension logistique.
Le voyage de l'Empusa n'est plus une parenthèse : il constitue une autre partie du plan et fournit parallèlement les éléments qui permettront à Wisborg d'interpréter les événements comme une épidémie.
Bulwer, de son côté, n'est pas nécessairement là uniquement pour produire un discours philosophique ou symbolique : ses observations sur certains organismes naturels fournissent indirectement une manière de comprendre le fonctionnement d'Orlok.
Même les scènes apparemment comiques ou absurdes participent à cette logique. Le comique noir de Murnau naît souvent du décalage entre ce que les personnages croient comprendre et ce que le spectateur commence à comprendre. Les personnages cherchent une explication rationnelle alors que les indices accumulés devant nous conduisent ailleurs.
La prétendue peste constitue l'exemple le plus frappant de ce mécanisme. Elle fonctionne comme l'explication officielle qui permet aux habitants de donner un sens aux morts. Pourtant, les indices physiques — notamment les deux petites marques au cou des victimes — permettent au spectateur de remettre cette explication en question.
Ainsi, le film ne demande pas seulement au spectateur de ressentir la peur ou de reconnaître des symboles. Il lui demande aussi de relier des faits.
Plus les fragments sont réunis, plus le comportement d'Orlok apparaît comme organisé : choix d'un lieu, préparation des documents, déplacement, arrivée des cercueils, installation à Wisborg, exploitation de la situation créée par la prétendue peste et enfin rapprochement avec Ellen.
Il ne s'agit donc pas de remplacer toutes les lectures symboliques du film par une seule « explication rationnelle ». Le symbolisme existe incontestablement. Mais il n'est pas nécessairement la seule logique à l'œuvre.
Une lecture exclusivement symbolique risque même de faire disparaître une dimension essentielle du film : sa logique narrative cachée.
Ce qui semblait être du « nawak symbolique » lorsqu'on isolait chaque scène peut devenir cohérent lorsqu'on considère le film dans son ensemble.
Murnau ne nous montre pas simplement des images mystérieuses qui se succèdent. Il nous donne des fragments d'une histoire que nous devons reconstituer.
Et c'est précisément lorsque tous ces fragments sont réunis que Nosferatu cesse de paraître constitué d'éléments disparates : les scènes commencent à faire système.
Ainsi nous voyons les véritables axes de Nosferatu, axes qui sont éludés, voire pas traités du tout ou vus sous un autre angle plus mensonger comme c'est le cas pour Ellen Hutter.