Jacqueline Joubert, la véritable adversaire de Goldorak
Posté : lun. déc. 02, 2024 22:13 pm

Sources :
-Wikirak
-"Il était une fois Goldorak", livre de BRH
-Courrier des lecteurs de Télé-Junior
Jacqueline Joubert a 56 ans lorsqu'elle devient directrice des programmes "Jeunesse" d'Antenne 2 à la fin de 1977.
Lorsqu'elle prend ses fonctions, elle découvre dans les futurs programmes à diffuser un dessin animé japonais de science fiction, Goldorak.
Immédiatement, elle déteste ce qu'elle voit et refuse catégoriquement de mettre cette série à l'antenne, "cette horreur", comme elle l'appelle et en informe Bruno-René Huchez (BRH) et Jacques Canestrier (JC), les fournisseurs du dessin animé, sans doute par amitié pour ce dernier.
JC est en effet un très bon ami de Joubert et tente de la convaincre de laisser le dessin animé passer à l’antenne, car il y a de l'argent en jeu.
Joubert est hésitante et se retrouve bien vite dans une situation inconfortable.
BRH, lui, n'est pas diplomate, il va voir le supérieur de Jacqueline Joubert, Mr Rousseau, et menace :
Si Goldorak est déprogrammé, ce sera le procès et une demande de dommages et intérêts à laquelle se joindront les compagnies demandant le remboursement des arrhes qu’ils ont versées pour les licences de produits dérivés..
Au vu de l’argent investi dans l’achat de la VO et la création de la VF et des sommes dépensées pour les licences, BRH demande un dédommagement global de 8 millions de francs pour les 52 épisodes de Goldorak (et accessoirement de 16 de plus pour les 104 épisodes de Candy).
En 1978, le SMIC n'est pas à 2.000 francs, on parle donc de sommes colossales que l'on peut convertir à 1/1 en euros d'aujourd'hui.
Sur ordre de sa direction, Jacqueline Joubert est donc forcée de diffuser Goldorak et elle en est froissée, elle, la bourgeoise guindée adepte des soirées mondaines.
Goldorak est donc diffusé pendant l'été 78, presque en catimini, mais c'est le succès, le plus grand succès de l'histoire de la télévision en France, les taux d'audiences sont du jamais vu.
Sans doute vexée de s'être trompée sur la valeur du feuilleton, Joubert jouit cependant du prestige d'être la "découvreuse de Goldorak" au sein de la chaine, ce qui peut encore avoir accru son aversion.
Mais elle a bien vite un nouveau problème : seulement 52 épisodes ont été achetés, et tout le monde réclame la suite.
On enchaine donc avec leur rediffusion immédiate, le temps d'obtenir les 22 derniers, mais BRH & JC font monter les enchères et Antenne 2 ne veut pas payer le prix demandé.
Un accord est finalement trouvé, mais ça a pris du temps, et Joubert se sent victime de chantage.
Au final, Goldorak est donc diffusé non-stop de juillet 78 à décembre 79 mais Joubert, par lassitude ou vengeance, décidé de remplacer Goldorak à la nouvelle année, bien qu'il reste encore les six derniers épisodes à diffuser.
A ce moment-là, le public est pourtant toujours là, les taux d'audience sont toujours excellents et les produits dérivés s'arrachent avec à Noel des ruptures de stock pour le Shogun Véhicle, qui vient tout juste d'arriver dans les magasins.
Qu'importe, dehors Goldorak! On a plusieurs choix pour le remplacer.
Le premier, Spectreman, effraie trop de monde lorsqu'on en diffuse un extrait au journal de 20h, ce ne sera donc pas lui mais Albator, parachuté en urgence mais déjà prêt puisque diffusé au Quebec depuis septembre.
Les six derniers épisodes de Goldorak, encore inédits, passeront finalement à la rentrée 1980, sans fanfare, à la surprise de tout le monde et pour des motivations nébuleuses. C'est probablement un ordre de la direction pour amortir leur achat.
Quelques mois passent, d'autres dessins animés occupent l'espace télévisuel et, en ce printemps 81, Jacqueline semble bien contente qu'on ne parle plus trop de "cette horreur". Mitterrand est désormais président et, politisée et de gauche, elle se sent intouchable.
Antenne 2 reçoit pourtant environ 14.000 lettres d'enfants demandant le retour de Goldorak, mais c'est seulement quand le magazine pour la jeunesse Télé-Junior, qui a reçu lui aussi des "demandes", la contacte, qu'elle réagit.
On comprend que ce magazine insiste, Goldorak en couverture, c'est pour lui l'assurance de bonne ventes, et elles seront encore meilleures si la série est diffusée au même moment!
Merci à LVD qui a retrouvé la page du courrier des lecteurs de ce numéro de juin 1981 :
https://www.goldorakgo.com/forums/viewt ... 22#p188722
Joubert noie le poisson dans sa réponse avec un "peut-être à l'été 82", mais ses supérieurs sont maintenant au courant que le retour de la série est réclamé.
Un sondage est vite réalisé : Dorothée demande aux téléspectateurs de lui écrire pour savoir quel programme ils aimeraient revoir. Jacqueline Joubert a-t-elle autorisé voire commandé ce sondage en espérant un autre résultat? Si non, était-elle seulement au courant? On ne le sait pas...
Sans surprise, sauf peut-être pour elle, Goldorak est plébiscité et, de mauvais cœur et selon le souhait de sa hiérarchie, elle le remet à l'antenne dès janvier 1982.
Les taux d'audience sont toujours très bons, Goldorak est encore le roi de l'audimat, mais Jacqueline enrage quand même.
A l'automne 83, le dernier épisode passe et elle décide cette fois de ne plus jamais rediffuser la série, Goldorak sur Antenne 2, c'est fini!!!
Bruno-René Huchez, désormais seul "propriétaire" de la série, propose alors de lui reprendre les droits mais elle entendu dire qu'il a un accord avec TF1 qui mettrait Goldorak immédiatement à l'antenne.
Ne pouvant se permettre de voir un produit à très fort audimat aller à la concurrence, elle refuse et laissera la série dormir dans un carton jusqu'à expiration des droits télévisés qui vont probablement jusque dans la première moitié de 1987.
Si, au vu de son succès toujours aussi grand lors des deux années écoulées, ne pas remettre la série à l'antenne quelques temps plus tard, par exemple à la rentrée 84, est un choix très discutable, le fait de ne pas la rendre est en revanche parfaitement justifié du point de vue commercial, aussi douloureux que cela soit pour les fans du dessin animé.
En effet, laisser Goldorak partir sur TF1 aurait été une faute professionnelle et Jacqueline Joubert en aurait payé le prix, mettant en danger la suite de sa carrière à la Télévision.
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Voilà pour l'histoire!
84, 85, 86 et la moitié de 87, trois ans et demi sans Goldorak, tout ça à cause de son sale caractère.
