Manipulations sur Wikipedia
Posté : dim. mars 22, 2020 12:30 pm
Je pensais que Wikipedia avait organisé un système de contrôle quant à l'accès aux fiches. Certaines pages historiques sont très bien faites.
Par contre, les manipulateurs en tout genre peuvent exercer leur méfait, tant qu'ils ne sont pas repérés. J'ai repéré sur la page Goldorak des trucs abominablement mal écrits et faux.
Voila un article qui illustre ce qu'un esprit tordu peut obtenir grace à l'encyclopédie participative.
Sur Wikipédia, les vies rêvées de Juan Branco
ENQUÊTE - Depuis quinze ans, l'essayiste et avocat se sert de l’encyclopédie en ligne sous diverses identités pour embellir sa biographie et régler ses comptes.
Pierre SautreuilPublié le 21 février 2020 à 17:29,
Son livre Crépuscule n'est pas un «pamphlet» mais un «ouvrage». Notez bien qu'il n'était pas seulement «opposé» à la loi Hadopi, mais «l'un de [ses] principaux opposants». Lorsque vous parlerez de son passage au Congo, gardez en tête qu'il tient à la qualité de «reporter de guerre». Dominique de Villepin l'a repéré «très tôt». Ce n'est pas lui, mais la revue Charles qui le dit.
Ne mentionnez pas, en revanche, «les rumeurs infamantes» qu'on lui prête : le fait qu'il a révélé
l'homosexualité du secrétaire d'État Gabriel Attal, le fait que Le Monde n'a pas voulu qu'il devienne
éditorialiste dans ses pages, ou que l'homme d'affaires Xavier Niel n'a pas accepté qu'il devienne le précepteur
de ses enfants. Et par-dessus tout, ne dites jamais qu'il est rentré «sur dossier» à l'École normale supérieure.
Voilà quelques-unes des modifications qui reviennent sans arrêt sur la page Wikipédia de Juan Branco depuis
sa création en 2018, par sa plume ou sans qu'il ne soit jamais bien loin. Éphémère conseil de Piotr Pavlenski,
l'activiste russe au cœur de l'affaire Griveaux, le jeune homme de 30 ans est actif depuis très longtemps sur
l'encyclopédie participative. Son premier compte, «Brancojuan», a été créé en 2005, alors qu'il est lycéen à
l'école Alsacienne. ll totalise aujourd'hui plus de 600 contributions. Toutes sont publiques et consultables en
ligne.
Se plonger dans l'historique Wikipédia de Juan Branco, c'est se lancer à la découverte des passions du jeune
homme pour le cinéma et le football, l’histoire et la politique. C'est retrouver un certain ton dans les
débats : volontiers péremptoire, charmeur lorsque mis en minorité, victimaire quand ses tentatives
d'autopromotion sont mises en échec par d'autres contributeurs. C'est découvrir enfin des années
d'efforts consacrées par l'ambitieux jeune homme à construire sa propre légende, et à écorner celle de ses
adversaires supposés, y usant parfois des nuits entières.
«il est connu et référencé comme un utilisateur très présent, teigneux, et qui embellit sa page en détournant les règles à
son avantage», affirme Samuel Le Goff, qui a présidé l'association Wikimedia France en 2017. «il utilise
plusieurs comptes pour faire son storytelling et s'en prendre aux autres», confie Jules/78120, un administrateur du
site qui tient à rester anonyme. Une requête récurrente parmi les responsables du site et les personnes qui ont
eu maille à partir avec lui via l'encyclopédie, et jusque dans la vie réelle. «Je ne veux pas avoir affaire à lui»,
s'excuse un ancien président de Wikimedia France. «Ça peut aller très loin.»
Œdipe, papa, Napoléon, et moi
Tout a pourtant commencé innocemment. Nous sommes en 2006, et Juan Branco, 16 ans, bachote à
l'école alsacienne. De ses premières contributions transparaissent ses préoccupations de l'époque. II livre
son analyse du film de Pasolini Œdipe Roi, publie une de ses dissertations sur Napoléon, enrichit l'article
consacré à son père, célèbre producteur de cinéma, et annonce qu'une des filles de Dominique de Villepin
«vient de créer un parfum pour la maison Dior qui sera mis en vente prochainement».
Les premières difficultés arrivent après son entrée à Sciences Po. En septembre 2009, le jeune homme fonde
l'association étudiante «Jeune République» et sa revue, ainsi qu'un article Wikipédia les documentant. ||
modifie les pages de Jacques Attali, de Dominique de Villepin, de l'écologiste Alain Lipietz et du philosophe
Souleymane Bachir Diagne pour y mentionner qu'ils sont les parrains de la structure naissance. Las, ces
références prestigieuses ne convainquent pas les autres contributeurs de Wikipédia, qui suppriment
l'article. l'étudiant ne se dégonfle pas, et retente sa chance en mai 2010, sans succès. Il bataille, argumente
deux mois durant, s'indigne des règles d'admission, en appelle aux administrateurs du site. Un soir d'août
2010, le couperet tombe : c'est non.
Ligne 551 :
http://fr wikipedia.orgAk/ Wikipédia: Demande_de_restauration_de_page/Archives11#
Jeune_R.C3.A9publique_ 28association 29
ça ne concerne pas les admin. (Par ailleurs, si vous pouviez oublier votre article qui a
+ ete supprimé et passer à autre chose. ça ne serait pas plus mal). {[User Moyg|Moygi]
<small>[[User talk: Moygihop}]</smali> 15 août 2010 à 20 52 (CEST)
Refus de restauration de l'article consacre à l'association Jeune
Republique le 15 août 2010.
Le revers a-t-il peiné Juan Branco ? Une heure après ce refus, il semble se consoler en dépoussiérant la page de
son père et en inscrivant discrètement son propre nom dans un article consacré aux opposants à la loi Hadopi.
La semaine qui suit est consacrée à rédiger de longues analyses de l'œuvre de Jean-Luc Godard, à faire
disparaître la mention d'une autre revue étudiante de Sciences Po, et à raboter celle consacrée aux frères
Bodganoff, «impostures scientifiques» qui ne méritent pas, à ses yeux, de si longues mentions.
ll récidive en 2011 en créant, cette fois-ci avec succès, un article au sujet de la maison d'édition de son premier
livre «Réponse à Hadopi». C'est la première réussite de Brancojuan, qui a fait peau neuve après l'échec de la
page «Jeune République». l’autopromotion étant mal vue sur Wikipédia, il a épousé l'anonymat numérique, et se
fait désormais appeler Brc. Dans les années qui suivent, il se sert de cet alias pour se mettre en valeur
discrètement. Il ajoute son nom ici et là, mentionne ses publications en références de pages, lâche quelques
coups de griffe. Le 10 novembre 2015, il dilacère la page consacrée à l'essayiste Guy Sorman au motif qu'il est
«sympa d'écrire ses propres autobiographies», mais qu'il faut «le faire en respectant les règles».
Un mois plus tard, Juan Branco entre en guerre.
Tigre de clavier
Le 18 décembre 2015 marque l'ouverture des hostilités. Pendant plus d'un mois, Brc effectue des centaines
d'interventions sur les articles et les débats relatifs à des hauts fonctionnaires, personnalités politiques,
hommes d'affaires et anciens élèves de l'École normale supérieure. I réécrit les biographies en leur donnant
une teinte négative, quand il ne propose pas simplement leur effacement. En cours de route, il édite
longuement l'article consacré à l'École normale supérieure pour y répercuter le fait que le prestigieux
titre de «normalien» n'est plus désormais réservé à ses «élèves», mais aussi aux «étudiants» ; ceux qui, comme
lui, n'ont pas été admis après une prépa.
Admissibilité et autres digressions
Admissibilité et autres digressions {modifier le code ]
Le titre de la section est de moi. — Cordialement, Pro patria semper
La question de l'admissibilité de cet article. visiblement rédigé au départ par Son propre protagoniste, se pose. Après lourdes MOGicatonSs. Rest Au Mons neutraisé et
Sourcé. — Le message qu svéchde. non sq 8 été posé ner Bec (discuter;
Monsieur Bic
- Vous accusez anonymement madame Rmère d'avoir écre l'article alors QU'il à visiblement dté Créé par un wikipédien chevronné. et VOUS enlevez. au MONTS
d'attaques personnelles, le commentaire OÙ je signale que vous avez des comptes à régler avec elle et que vOuS Chez vos propres arncies. N'y 2-t-4 pas 1à Ceux DOIOS deux mesures ? —HughesPapin (discuter) 24 janvier 2016 à 00.17 (CET)
La ofectice adjointe Ou cabinet du Président de !s république mére peut-être une entrée WMikipéde Etele ne semble pas être l'auteur de l'article initial. Mais il y a dans cette page beaucoup trop de OétaMs. Qui en outre ressemblent à des reglements de comptes Bés aux OfMcuiés un certain Monsieur Juan Éranco Qui semble user Vridpécie aux fns de 5e3 propres vendeits. et nRÉSIE pas à 3e Cher R-même . -HughesPapin (discuter) 23 janvier 2016 à 22 12 (CET)
Brc propose la suppression de l'article consacré à la fonctionnaire
Constance Rivière. Un autre utilisateur dénonce une «vendetta
«Il a attaqué deux types de profils : les élèves normaliens et les hauts fonctionnaires avec un profil politique», analyse
une des personnes qui a fait les frais de ces modifications. «il aurait aimé être tout cela mais il n'a pas
réussi. Ça nourrit une haine, un ressentiment, une jalousie délirante.» Ceux qui répliquent sont submergés, leurs
pages deviennent l'objet de ce que Wikipédia appelle des «guerres d'édition». Les conséquences sont parfois
plus graves.
l'Express relate ainsi dans un article paru en 2019 comment le haut fonctionnaire Manuel Flam a
demandé à une contributrice de l'aider à rétablir la vérité face aux modifications de Brc. Il ne sait pas que
derrière ces trois lettres se cache l'étudiant auquel, quelques années plus tôt, à Sciences Po, il avait mis un
zéro pour absentéisme. Peu après avoir commencé à modifier la page, la contributrice est convoquée par le
patron de son cabinet d'avocat. Son supérieur lui montre un e-mail signé d'un certain Raymond Karabas,
se présentant comme administrateur Wikipédia, et qui se plaint des interventions de la jeune femme. l'e-mail
manque de provoquer son renvoi, mais l'adresse utilisée intrigue les protagonistes : brc@riseup.net. Interrogé
par Manuel Flam, un avocat de Wikimedia répond que «Raymond Karabas n'est pas un employé de la fondation».
Fin 2017, Manuel Flam porte plainte contre X pour «harcèlement, diffamation et dénonciation calomnieuse»,
assortie d'une démonstration visant Juan Branco. D'après une source judiciare, l'enquête ouverte à la
suite de cette plainte est toujours en cours.
La frénésie d'édition de Brc dure jusqu'au 25 janvier 2016, puis plus rien. À partir de cette date, le compte
désormais bien identifié de Juan Branco entre dans une torpeur qui va durer plusieurs années. C'est là que
d'autres alias entrent en scène. En effet, depuis le 2 janvier, un certain Rinko87 rajoute des mentions de
Juan Branco sur la page de Capricci, modifie et propose à la suppression les mêmes pages que Brc, et enrichit
considérablement le tout récent article consacré à Juan Branco, dont il crée une version anglophone. Rinko87
cesse ses activités le 11 février. Dès le lendemain, c'est le compte MarceloBielsa, fraîchement créé, qui prend le
relais jusqu'au 16 février. Il publie 20 fois en français et 6 fois en anglais. Toutes ces interventions visent à
compléter et embellir l'article français consacré à Juan Branco, ou à justifier l'existence de l’article anglais.
Accouchement dans la douleur
Pas facile d'exister par soi-même sur l'encyclopédie participative, où chacun peut s'opposer à la création
d'un article. Malgré tous ces efforts, les articles consacrés à Juan Branco sur les versions francophone
et anglophone du site sont impitoyablement supprimés par les contributeurs, qui trouvent sa notoriété
insuffisante, et dénoncent Rinko87 et MarceloBielsa comme des «faux nez» de Brc. En mars 2016, Juan
Branco se retrouve sans page Wikipédia. Il faudra pour les restaurer de nombreuses tentatives, derrière
lesquelles on devine encore la main du jeune homme.
«Au total, la page francophone de Juan Branco a été créée quatre fois, trois fois semble-t-il par lui-même ou un
proches » affirme jules72180, l'administrateur qui s'est penché sur son cas. «En ce qui concerne la page
anglophone, on voit deux créations, attribuable au moins une fois avec certitude à Juan Branco. Trois tentatives de
création d'article en espagnol ont aussi eu lieu entre 2016 et 2019, mais seul un administrateur espagnol peut voir le
nom du compte créateur» Contacté par Le Figaro, l'administrateur en charge de la suppression d'un de ces
articles hispanophones n'a pas répondu à nos questions. De son côté, Juan Branco nie en bloc.
Consécration : à l'automne 2018, les articles francophone et anglophone sur Juan Branco sont enfin
acceptés. Via un de ses comptes «officiels», il élargit généreusement l'article, insiste sur sa qualité de
«normalien», narre les raisons qui l'ont poussé à s'opposer à Emmanuel Macron. Les autres
contributeurs s'agacent de ces «chicaneries» peu encyclopédiques. Certains ajouts ne passent pas la
barre.
Différences entre versions de « Juan Branco »
Version du 24 décembre 2018 à 03:02 (modifier)
82.227 60.11 (discuter)
(double mention parentale en deux lignes ressemble plus à volonté de régler
des comptes que d’être encyclopédique (ou obsession de l’exhaustivité Qui nuit
à la lecture) Par ailleurs sur le Site Des anciens élèves de Scpo, Branco est
diplômé de master en affaires publiques - et il est diplômé en 2010 de la licence
de Scpo - il n’intègre donc pas l'ENS “après” une licence à Scpo (par ailleurs
dans charles parlent cursus L P1} Là encore, chicaneries ridicules, version
intermédiaire Plus utile ama)
(Balise_ Éditeur visuel)
Modificaton précédente
Version du 25 décembre 2018 à 14:34 {modifier {annuler}
Brancojuan (discuter | contributions)
(mon admission à l'ENS fait suite à un doudle-DEUG en droit et philo à P1 en
parallèle à pipo, ce qui a provoqué mon admission à l'ENS. Faute de source (et
ne trouvant encore une fois aucun intérét à ces précisions délirantes, même si
je vois qu elles peuvent servir), je rédablirs la version de compromis préalable
Une alternative, toute simple: normalien (depuis 2013, it n'y a plus de distinction
selon les voies d'entrée, n'en déplaise à l'A-uim)}
Modfication suivante —
À gauche. les commentaires d'un contributeur anonyme sur la page
de Juan Branco. À droite la réponse de l’intéressé.
Revers de la notoriété, des journalistes s'intéressent à ce jeune activiste désormais impliqué dans le
mouvement des gilets jaunes. Le 2 octobre 2019, dans l'Obs, Matthieu Aron signe une enquête peu flatteuse à
son sujet. Ses révélations sont répercutées deux jours plus tard sur l'article Wikipédia de Juan Branco. Une
nouvelle guerre d'édition commence. Dans le camp Branco, un mystérieux compte nommé OuiQui? mène la
contre-attaque. À six reprises, il supprime le paragraphe se référant à l'article de Matthieu Aron, puis
s'en prend à la page Wikipédia du journaliste. Le conflit attire l'attention de modérateurs. Le 21 novembre
2019, à 8 heures du matin, OuiQui? est bloqué pour cause d«attaques personnelles ou insultes».
Docteur Branco, mister Brancard
Alors, OuiQui? était-il secrètement Juan Branco ? Sa véhémence fait peser de si lourds soupçons que les
administrateurs lancent une enquête. La vérification des adresses |P s'avère cependant non concluante. En
épluchant les modifications apportées par ce compte, on retrouve toutefois l'ajout des éléments chers à Juan
Branco : son passage par Yale et l'ENS, le renvoi à la revue Charles, son poste d’ «officier de liaison pour la zone
francophone» à la Cour pénale internationale, ou sa qualité de «reporter de guerre». Dernier élément
intriguant : sept heures seulement après le blocage de OuiQui?, le compte Brc intervient directement sur
l'article Juan Branco pour nettoyer ce qu'il considère comme des «modifications [...] calomniantes». || n'était
plus intervenu depuis près de quatre ans. Il
n'interviendra plus après.
En décembre 2019, les contributeurs de Wikipédia décident d'en finir en affichant deux bandeaux
d'avertissement en haut de l'article consacré à Juan Branco. Le premier mentionne la guerre d'édition qui
vient de s'y jouer, et menace de blocage ceux qui la poursuivraient. Le second enfonce le clou : «le ton de cet
article ou de cette section est trop élogieux, voire hagiographique». Les deux annonces sont toujours en
place à l'heure actuelle.
Fin de l'affaire donc ? Pas si sûr. Un conflit ouvert peut se geler, ou se muer en guerre des ombres. Le 10 janvier
2020, un ancien président de Wikimedia France fait part de son étonnement face aux efforts de deux
adresses IP pour «retirer le bandeau hagiographique» de l'article. Le lendemain, un contributeur rétablit la
mention «admis sur dossier à l'ENS», qu'une «IP hagiographique supprime régulièrement». Le 14 janvier, un
certain MarcEnd effectue plusieurs interventions pour demander la suppression du bandeau hagiographique,
et rayer la mention «sur dossier» de l'admission à l'ENS.
Les contributeurs se grattent la tête. MarcEnd serait-il le journaliste Marc Endeweld, auteur d'enquêtes fouillées
sur la Macronie, auteur d'un portrait de Juan Branco paru dans la revue Charles, et réputé proche du jeune
homme ?
Contacté par Le Figaro, Marc Endeweld s'étonne. «Ce nest pas moi. Je n’ai jamais eu de compte sur Wikipédia.»
Par contre, les manipulateurs en tout genre peuvent exercer leur méfait, tant qu'ils ne sont pas repérés. J'ai repéré sur la page Goldorak des trucs abominablement mal écrits et faux.
Voila un article qui illustre ce qu'un esprit tordu peut obtenir grace à l'encyclopédie participative.
Sur Wikipédia, les vies rêvées de Juan Branco
ENQUÊTE - Depuis quinze ans, l'essayiste et avocat se sert de l’encyclopédie en ligne sous diverses identités pour embellir sa biographie et régler ses comptes.
Pierre SautreuilPublié le 21 février 2020 à 17:29,
Son livre Crépuscule n'est pas un «pamphlet» mais un «ouvrage». Notez bien qu'il n'était pas seulement «opposé» à la loi Hadopi, mais «l'un de [ses] principaux opposants». Lorsque vous parlerez de son passage au Congo, gardez en tête qu'il tient à la qualité de «reporter de guerre». Dominique de Villepin l'a repéré «très tôt». Ce n'est pas lui, mais la revue Charles qui le dit.
Ne mentionnez pas, en revanche, «les rumeurs infamantes» qu'on lui prête : le fait qu'il a révélé
l'homosexualité du secrétaire d'État Gabriel Attal, le fait que Le Monde n'a pas voulu qu'il devienne
éditorialiste dans ses pages, ou que l'homme d'affaires Xavier Niel n'a pas accepté qu'il devienne le précepteur
de ses enfants. Et par-dessus tout, ne dites jamais qu'il est rentré «sur dossier» à l'École normale supérieure.
Voilà quelques-unes des modifications qui reviennent sans arrêt sur la page Wikipédia de Juan Branco depuis
sa création en 2018, par sa plume ou sans qu'il ne soit jamais bien loin. Éphémère conseil de Piotr Pavlenski,
l'activiste russe au cœur de l'affaire Griveaux, le jeune homme de 30 ans est actif depuis très longtemps sur
l'encyclopédie participative. Son premier compte, «Brancojuan», a été créé en 2005, alors qu'il est lycéen à
l'école Alsacienne. ll totalise aujourd'hui plus de 600 contributions. Toutes sont publiques et consultables en
ligne.
Se plonger dans l'historique Wikipédia de Juan Branco, c'est se lancer à la découverte des passions du jeune
homme pour le cinéma et le football, l’histoire et la politique. C'est retrouver un certain ton dans les
débats : volontiers péremptoire, charmeur lorsque mis en minorité, victimaire quand ses tentatives
d'autopromotion sont mises en échec par d'autres contributeurs. C'est découvrir enfin des années
d'efforts consacrées par l'ambitieux jeune homme à construire sa propre légende, et à écorner celle de ses
adversaires supposés, y usant parfois des nuits entières.
«il est connu et référencé comme un utilisateur très présent, teigneux, et qui embellit sa page en détournant les règles à
son avantage», affirme Samuel Le Goff, qui a présidé l'association Wikimedia France en 2017. «il utilise
plusieurs comptes pour faire son storytelling et s'en prendre aux autres», confie Jules/78120, un administrateur du
site qui tient à rester anonyme. Une requête récurrente parmi les responsables du site et les personnes qui ont
eu maille à partir avec lui via l'encyclopédie, et jusque dans la vie réelle. «Je ne veux pas avoir affaire à lui»,
s'excuse un ancien président de Wikimedia France. «Ça peut aller très loin.»
Œdipe, papa, Napoléon, et moi
Tout a pourtant commencé innocemment. Nous sommes en 2006, et Juan Branco, 16 ans, bachote à
l'école alsacienne. De ses premières contributions transparaissent ses préoccupations de l'époque. II livre
son analyse du film de Pasolini Œdipe Roi, publie une de ses dissertations sur Napoléon, enrichit l'article
consacré à son père, célèbre producteur de cinéma, et annonce qu'une des filles de Dominique de Villepin
«vient de créer un parfum pour la maison Dior qui sera mis en vente prochainement».
Les premières difficultés arrivent après son entrée à Sciences Po. En septembre 2009, le jeune homme fonde
l'association étudiante «Jeune République» et sa revue, ainsi qu'un article Wikipédia les documentant. ||
modifie les pages de Jacques Attali, de Dominique de Villepin, de l'écologiste Alain Lipietz et du philosophe
Souleymane Bachir Diagne pour y mentionner qu'ils sont les parrains de la structure naissance. Las, ces
références prestigieuses ne convainquent pas les autres contributeurs de Wikipédia, qui suppriment
l'article. l'étudiant ne se dégonfle pas, et retente sa chance en mai 2010, sans succès. Il bataille, argumente
deux mois durant, s'indigne des règles d'admission, en appelle aux administrateurs du site. Un soir d'août
2010, le couperet tombe : c'est non.
Ligne 551 :
http://fr wikipedia.orgAk/ Wikipédia: Demande_de_restauration_de_page/Archives11#
Jeune_R.C3.A9publique_ 28association 29
ça ne concerne pas les admin. (Par ailleurs, si vous pouviez oublier votre article qui a
+ ete supprimé et passer à autre chose. ça ne serait pas plus mal). {[User Moyg|Moygi]
<small>[[User talk: Moygihop}]</smali> 15 août 2010 à 20 52 (CEST)
Refus de restauration de l'article consacre à l'association Jeune
Republique le 15 août 2010.
Le revers a-t-il peiné Juan Branco ? Une heure après ce refus, il semble se consoler en dépoussiérant la page de
son père et en inscrivant discrètement son propre nom dans un article consacré aux opposants à la loi Hadopi.
La semaine qui suit est consacrée à rédiger de longues analyses de l'œuvre de Jean-Luc Godard, à faire
disparaître la mention d'une autre revue étudiante de Sciences Po, et à raboter celle consacrée aux frères
Bodganoff, «impostures scientifiques» qui ne méritent pas, à ses yeux, de si longues mentions.
ll récidive en 2011 en créant, cette fois-ci avec succès, un article au sujet de la maison d'édition de son premier
livre «Réponse à Hadopi». C'est la première réussite de Brancojuan, qui a fait peau neuve après l'échec de la
page «Jeune République». l’autopromotion étant mal vue sur Wikipédia, il a épousé l'anonymat numérique, et se
fait désormais appeler Brc. Dans les années qui suivent, il se sert de cet alias pour se mettre en valeur
discrètement. Il ajoute son nom ici et là, mentionne ses publications en références de pages, lâche quelques
coups de griffe. Le 10 novembre 2015, il dilacère la page consacrée à l'essayiste Guy Sorman au motif qu'il est
«sympa d'écrire ses propres autobiographies», mais qu'il faut «le faire en respectant les règles».
Un mois plus tard, Juan Branco entre en guerre.
Tigre de clavier
Le 18 décembre 2015 marque l'ouverture des hostilités. Pendant plus d'un mois, Brc effectue des centaines
d'interventions sur les articles et les débats relatifs à des hauts fonctionnaires, personnalités politiques,
hommes d'affaires et anciens élèves de l'École normale supérieure. I réécrit les biographies en leur donnant
une teinte négative, quand il ne propose pas simplement leur effacement. En cours de route, il édite
longuement l'article consacré à l'École normale supérieure pour y répercuter le fait que le prestigieux
titre de «normalien» n'est plus désormais réservé à ses «élèves», mais aussi aux «étudiants» ; ceux qui, comme
lui, n'ont pas été admis après une prépa.
Admissibilité et autres digressions
Admissibilité et autres digressions {modifier le code ]
Le titre de la section est de moi. — Cordialement, Pro patria semper
La question de l'admissibilité de cet article. visiblement rédigé au départ par Son propre protagoniste, se pose. Après lourdes MOGicatonSs. Rest Au Mons neutraisé et
Sourcé. — Le message qu svéchde. non sq 8 été posé ner Bec (discuter;
Monsieur Bic
- Vous accusez anonymement madame Rmère d'avoir écre l'article alors QU'il à visiblement dté Créé par un wikipédien chevronné. et VOUS enlevez. au MONTS
d'attaques personnelles, le commentaire OÙ je signale que vous avez des comptes à régler avec elle et que vOuS Chez vos propres arncies. N'y 2-t-4 pas 1à Ceux DOIOS deux mesures ? —HughesPapin (discuter) 24 janvier 2016 à 00.17 (CET)
La ofectice adjointe Ou cabinet du Président de !s république mére peut-être une entrée WMikipéde Etele ne semble pas être l'auteur de l'article initial. Mais il y a dans cette page beaucoup trop de OétaMs. Qui en outre ressemblent à des reglements de comptes Bés aux OfMcuiés un certain Monsieur Juan Éranco Qui semble user Vridpécie aux fns de 5e3 propres vendeits. et nRÉSIE pas à 3e Cher R-même . -HughesPapin (discuter) 23 janvier 2016 à 22 12 (CET)
Brc propose la suppression de l'article consacré à la fonctionnaire
Constance Rivière. Un autre utilisateur dénonce une «vendetta
«Il a attaqué deux types de profils : les élèves normaliens et les hauts fonctionnaires avec un profil politique», analyse
une des personnes qui a fait les frais de ces modifications. «il aurait aimé être tout cela mais il n'a pas
réussi. Ça nourrit une haine, un ressentiment, une jalousie délirante.» Ceux qui répliquent sont submergés, leurs
pages deviennent l'objet de ce que Wikipédia appelle des «guerres d'édition». Les conséquences sont parfois
plus graves.
l'Express relate ainsi dans un article paru en 2019 comment le haut fonctionnaire Manuel Flam a
demandé à une contributrice de l'aider à rétablir la vérité face aux modifications de Brc. Il ne sait pas que
derrière ces trois lettres se cache l'étudiant auquel, quelques années plus tôt, à Sciences Po, il avait mis un
zéro pour absentéisme. Peu après avoir commencé à modifier la page, la contributrice est convoquée par le
patron de son cabinet d'avocat. Son supérieur lui montre un e-mail signé d'un certain Raymond Karabas,
se présentant comme administrateur Wikipédia, et qui se plaint des interventions de la jeune femme. l'e-mail
manque de provoquer son renvoi, mais l'adresse utilisée intrigue les protagonistes : brc@riseup.net. Interrogé
par Manuel Flam, un avocat de Wikimedia répond que «Raymond Karabas n'est pas un employé de la fondation».
Fin 2017, Manuel Flam porte plainte contre X pour «harcèlement, diffamation et dénonciation calomnieuse»,
assortie d'une démonstration visant Juan Branco. D'après une source judiciare, l'enquête ouverte à la
suite de cette plainte est toujours en cours.
La frénésie d'édition de Brc dure jusqu'au 25 janvier 2016, puis plus rien. À partir de cette date, le compte
désormais bien identifié de Juan Branco entre dans une torpeur qui va durer plusieurs années. C'est là que
d'autres alias entrent en scène. En effet, depuis le 2 janvier, un certain Rinko87 rajoute des mentions de
Juan Branco sur la page de Capricci, modifie et propose à la suppression les mêmes pages que Brc, et enrichit
considérablement le tout récent article consacré à Juan Branco, dont il crée une version anglophone. Rinko87
cesse ses activités le 11 février. Dès le lendemain, c'est le compte MarceloBielsa, fraîchement créé, qui prend le
relais jusqu'au 16 février. Il publie 20 fois en français et 6 fois en anglais. Toutes ces interventions visent à
compléter et embellir l'article français consacré à Juan Branco, ou à justifier l'existence de l’article anglais.
Accouchement dans la douleur
Pas facile d'exister par soi-même sur l'encyclopédie participative, où chacun peut s'opposer à la création
d'un article. Malgré tous ces efforts, les articles consacrés à Juan Branco sur les versions francophone
et anglophone du site sont impitoyablement supprimés par les contributeurs, qui trouvent sa notoriété
insuffisante, et dénoncent Rinko87 et MarceloBielsa comme des «faux nez» de Brc. En mars 2016, Juan
Branco se retrouve sans page Wikipédia. Il faudra pour les restaurer de nombreuses tentatives, derrière
lesquelles on devine encore la main du jeune homme.
«Au total, la page francophone de Juan Branco a été créée quatre fois, trois fois semble-t-il par lui-même ou un
proches » affirme jules72180, l'administrateur qui s'est penché sur son cas. «En ce qui concerne la page
anglophone, on voit deux créations, attribuable au moins une fois avec certitude à Juan Branco. Trois tentatives de
création d'article en espagnol ont aussi eu lieu entre 2016 et 2019, mais seul un administrateur espagnol peut voir le
nom du compte créateur» Contacté par Le Figaro, l'administrateur en charge de la suppression d'un de ces
articles hispanophones n'a pas répondu à nos questions. De son côté, Juan Branco nie en bloc.
Consécration : à l'automne 2018, les articles francophone et anglophone sur Juan Branco sont enfin
acceptés. Via un de ses comptes «officiels», il élargit généreusement l'article, insiste sur sa qualité de
«normalien», narre les raisons qui l'ont poussé à s'opposer à Emmanuel Macron. Les autres
contributeurs s'agacent de ces «chicaneries» peu encyclopédiques. Certains ajouts ne passent pas la
barre.
Différences entre versions de « Juan Branco »
Version du 24 décembre 2018 à 03:02 (modifier)
82.227 60.11 (discuter)
(double mention parentale en deux lignes ressemble plus à volonté de régler
des comptes que d’être encyclopédique (ou obsession de l’exhaustivité Qui nuit
à la lecture) Par ailleurs sur le Site Des anciens élèves de Scpo, Branco est
diplômé de master en affaires publiques - et il est diplômé en 2010 de la licence
de Scpo - il n’intègre donc pas l'ENS “après” une licence à Scpo (par ailleurs
dans charles parlent cursus L P1} Là encore, chicaneries ridicules, version
intermédiaire Plus utile ama)
(Balise_ Éditeur visuel)
Modificaton précédente
Version du 25 décembre 2018 à 14:34 {modifier {annuler}
Brancojuan (discuter | contributions)
(mon admission à l'ENS fait suite à un doudle-DEUG en droit et philo à P1 en
parallèle à pipo, ce qui a provoqué mon admission à l'ENS. Faute de source (et
ne trouvant encore une fois aucun intérét à ces précisions délirantes, même si
je vois qu elles peuvent servir), je rédablirs la version de compromis préalable
Une alternative, toute simple: normalien (depuis 2013, it n'y a plus de distinction
selon les voies d'entrée, n'en déplaise à l'A-uim)}
Modfication suivante —
À gauche. les commentaires d'un contributeur anonyme sur la page
de Juan Branco. À droite la réponse de l’intéressé.
Revers de la notoriété, des journalistes s'intéressent à ce jeune activiste désormais impliqué dans le
mouvement des gilets jaunes. Le 2 octobre 2019, dans l'Obs, Matthieu Aron signe une enquête peu flatteuse à
son sujet. Ses révélations sont répercutées deux jours plus tard sur l'article Wikipédia de Juan Branco. Une
nouvelle guerre d'édition commence. Dans le camp Branco, un mystérieux compte nommé OuiQui? mène la
contre-attaque. À six reprises, il supprime le paragraphe se référant à l'article de Matthieu Aron, puis
s'en prend à la page Wikipédia du journaliste. Le conflit attire l'attention de modérateurs. Le 21 novembre
2019, à 8 heures du matin, OuiQui? est bloqué pour cause d«attaques personnelles ou insultes».
Docteur Branco, mister Brancard
Alors, OuiQui? était-il secrètement Juan Branco ? Sa véhémence fait peser de si lourds soupçons que les
administrateurs lancent une enquête. La vérification des adresses |P s'avère cependant non concluante. En
épluchant les modifications apportées par ce compte, on retrouve toutefois l'ajout des éléments chers à Juan
Branco : son passage par Yale et l'ENS, le renvoi à la revue Charles, son poste d’ «officier de liaison pour la zone
francophone» à la Cour pénale internationale, ou sa qualité de «reporter de guerre». Dernier élément
intriguant : sept heures seulement après le blocage de OuiQui?, le compte Brc intervient directement sur
l'article Juan Branco pour nettoyer ce qu'il considère comme des «modifications [...] calomniantes». || n'était
plus intervenu depuis près de quatre ans. Il
n'interviendra plus après.
En décembre 2019, les contributeurs de Wikipédia décident d'en finir en affichant deux bandeaux
d'avertissement en haut de l'article consacré à Juan Branco. Le premier mentionne la guerre d'édition qui
vient de s'y jouer, et menace de blocage ceux qui la poursuivraient. Le second enfonce le clou : «le ton de cet
article ou de cette section est trop élogieux, voire hagiographique». Les deux annonces sont toujours en
place à l'heure actuelle.
Fin de l'affaire donc ? Pas si sûr. Un conflit ouvert peut se geler, ou se muer en guerre des ombres. Le 10 janvier
2020, un ancien président de Wikimedia France fait part de son étonnement face aux efforts de deux
adresses IP pour «retirer le bandeau hagiographique» de l'article. Le lendemain, un contributeur rétablit la
mention «admis sur dossier à l'ENS», qu'une «IP hagiographique supprime régulièrement». Le 14 janvier, un
certain MarcEnd effectue plusieurs interventions pour demander la suppression du bandeau hagiographique,
et rayer la mention «sur dossier» de l'admission à l'ENS.
Les contributeurs se grattent la tête. MarcEnd serait-il le journaliste Marc Endeweld, auteur d'enquêtes fouillées
sur la Macronie, auteur d'un portrait de Juan Branco paru dans la revue Charles, et réputé proche du jeune
homme ?
Contacté par Le Figaro, Marc Endeweld s'étonne. «Ce nest pas moi. Je n’ai jamais eu de compte sur Wikipédia.»
