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Re: Une princesse nommée "Etoile"

Posté : dim. mars 02, 2014 15:08 pm
par Gurendaizä
Bon eh bien je suis prévenue, je m'en rendrais bientôt compte par moi même, je serai moins surprise ! :mrgreen:

Merci pour ce beau chapitre tout en émotion une nouvelle fois ! J'ai ri aussi quand j'ai lu la réflexion de Mizar qui souhaitait un garçon pour "lui montrer les trucs de mecs" ! :mrgreen:

:goldo3:

Re: Une princesse nommée "Etoile"

Posté : dim. mars 02, 2014 22:57 pm
par euphoria
:up: :mrgreen:

Re: Une princesse nommée "Etoile"

Posté : lun. mars 03, 2014 00:23 am
par Monsieur Vilak
Encore très bien Florence! Ca me plait beaucoup!

Re: Une princesse nommée "Etoile"

Posté : mar. mars 04, 2014 13:56 pm
par homnorak
***

J'étais appuyé le dos contre l'arbre, une jambe allongée au sol, l'autre légèrement repliée. Vénusia était installée contre moi. Elle avait posé mes mains sur son ventre en dessous de ses vêtements. La douceur de sa peau me donnait des frissons et réveilla des sensations longtemps mises de côté. Je l'embrassai dans son cou. Elle poussa un soupir de bien-être. Nous restâmes ainsi quelques instants lorsque je perçus un léger mouvement sous ma paume.

- Oh, m'exclamai-je, surpris. C'est le bébé ?

Vénusia gloussa.

- Oui. J'ai comme l'impression qu'il vient te dire saluer. Je me suis procurée un livre sur le contact avec le bébé pendant la grossesse, me souffla-t-elle. Veux-tu essayer ?
- Explique-moi, lui murmurai-je.
- Tu dois te concentrer sur tes mains et sur le bébé. En appuyant légèrement sur le ventre, tu lui fais un appel, comme ça.

Elle pressa doucement sur ma main droite.

- S'il ne dort pas, il peut se coller à toi. Tu peux laisser ton autre main posée de l'autre côté.
- Et qu'est-ce que je dois faire ensuite ?
- Tu peux lui parler.
- Lui parler ? m'étonnai-je.

J'étais assez interrogatif. Je ne voyais pas vraiment ce que je pourrais dire à cet enfant que je ne voyais pas.

- Il entend maintenant la résonance de ma voix et mon timbre et peut aussi entendre ce qui se passe à l'extérieur, comme la voix des personnes qui m'entourent, la musique, les bruits forts. Quand j'écoute Mozart ou que je lis à voix haute des histoires, il réagit en bougeant et en se mettant en avant comme ici. Mais souvent, je lui parle dans ma tête. Je ne sais pas s'il perçoit quelque chose mais je me sens bien après.

J'étais sceptique. Mais pourquoi pas. De toute façon, la grossesse n'était pas ma spécialité alors je lui faisais confiance. Je fermai les yeux et ouvris mon esprit à la "crevette". Je ressentis une chaleur plus forte dans mes bras qui se propagea sur le bout de mes doigts. J'appuyai légèrement avec ma paume sur le ventre, comme me l'avait indiqué Vénusia. Ses mains étaient sur les miennes et me guidaient. Je poussai l'énergie en direction du bébé.

- Tu sens la chaleur ? lui demandai-je.
- Oui, il bouge. Oh !

Elle s'était raidi un instant avant de se détendre à nouveau.

- Que se passe-t-il ? lui demandai-je inquiet.

- En bougeant, il a appuyé sur un os, cela m'a fait un peu mal. Tout va bien maintenant. Tu perçois le mouvement ?
- Oh, incroyable, Les vagues deviennent plus fermes.

Je penchai ma tête par-dessus son épaule pour regarder. Vénusia déplaça sa tunique. Son ventre avait durci et une grosse boule s'était formée en dessous de ma paume. J'étais émerveillé.

- C'est ? ...
- Oui. Il te présente son dos ou ses fesses. Bonjour, "Crevette". Je te présente ton papa.

Je caressai la boule pendant qu'elle parlait. Je formulai au fond de moi les mots d'accueil que je n'osai pas exprimer. Mon esprit était connecté à celui du petit. Je ne sais pas comment cela s'était produit. Lorsque j'avais établi le contact, j'avais perçu un lien entre nous. Il m'envoya des images de nous trois dans un lieu inconnu verdoyant. La représentation n'était pas nette mais j'avais deviné ce qu'il voulait me dire. Je souris. Je lui transmis l'amour que j'avais pour sa mère et pour lui. Je lui promis protection et réconfort. Je le remerciai de sa présence auquel il me répondit par un arc-en-ciel. Comment était-ce possible ? Etait-ce en rapport avec le Don que j'avais moi-même en magie ? Le lui avais-je transmis ?

- Vénusia...
- Oui ?
- C'est incroyable cette sensation. je le perçois en moi. Je... C'est... difficile à expliquer, arrivai-je à lui dire.

Elle rigola.

- Est-ce qu'il te répond quand tu fais ça ? repris-je.
- Seulement par le toucher. Que perçois-tu ?
- Des images de nous trois, des couleurs.
- Tu sais ce qu'il est alors ? m'interrogea-t-elle.
- Non, je ne le vois pas distinctement mais j'ai deviné que c'était nous.

Elle leva la tête vers moi, mâchouilla sa lèvre inférieure, hésitante.

- Dis, Actarus, si tu avais la possibilité de connaître le sexe de l'enfant, est-ce que tu voudrais le savoir ?

Je réfléchis un instant.

- Et toi ?
- Non, j'ai hésité parce qu'avec l'appareil pour l'échographie, c'est faisable mais j'ai envie de profiter de lui en tant qu'entité et non en tant que genre. Dans notre culture, c'est tellement important d'avoir un garçon pour maintenir la famille et l'héritage. J'ai peur d'agir différemment. Je n'ai pas non plus de désir défini sur ce qu'il me plairait d'avoir. Un enfant de toi, c'est tout ce qui compte. Mais toi, en tant que Prince et futur Roi, il est peut-être préférable d'avoir un garçon.

Je déposai un baiser sur ses cheveux et la berçai en même tant que la "crevette".

- Je n'ai pas de préférence. Une fille avec tes yeux et ton caractère me plairait assez. Néanmoins, tu as raison d'évoquer le sujet, je dois vérifier dans les textes de la Constitution, les aléas de la succession. Je dois aussi faire reconnaître Artus comme mon fils. Cela ne fait qu'un mois qu'il est parmi nous, je veux qu'il porte mon nom.
- Bien sûr. Il est attachant, ce gamin.
- Oui, il s'est facilement adapté et surtout, il m'a rapidement adopté. Parfois, il refuse Dame Antonella qui a pourtant toujours été près de lui.
- Tu as un charisme naturel. Dès que l'on s'approche de toi, on donnerait notre vie pour te sauver.

Je souris.

- N'exagère pas.
- Et pourtant, souviens-toi des personnes qui se sont sacrifiées pour toi.

Des images d'Aphélie, de Vegalia, de Pollux apparurent dans mon esprit.

- Toi aussi, tu as pris des risques pour me défendre. Je ne m'en suis pas souvent aperçu, obnubilé par mon combat.
- Tout reposait sur tes épaules. C'était normal.

Nous restâmes un instant silencieux, nous remémorant les jours sombres de la guerre. Un vent se leva, faisant voler les feuilles éparpillées sur le sol. J'avais toujours les mains sur le ventre de Vénusia mais l'enfant était retourné dans les profondeurs. J'avais coupé le contact avec lui lors du rappel de nos souvenirs. Je remis ses vêtements en ordre et la redressai.

- Viens, rentrons. Il commence à rafraîchir. Je vais retourner au Centre pour chercher les affaires de notre installation et discuter avec mon père.

Le retour fut plus lent. Vénusia marchait à petits pas. J'avais passé mon bras autour de ses épaules et elle avait mis le sien autour de ma taille. Sa tête reposait légèrement sur moi.

- J'aimerais discuter avec le médecin qui s'occupe de ta grossesse, lui annonçai-je. Penses-tu que nous pourrions le voir cette semaine ?
- Oui, je pense. C'est le médecin du Centre, tu devrais le rencontrer facilement, me répondit-elle, d'une voix endormie.

Je la pris dans mes bras avant qu'elle ne trébuche. Elle cala sa tête sur mon épaule. Je la sentis se détendre doucement.

- Je vais te déposer dans ta chambre. Tu en as fait beaucoup aujourd'hui.
- Oui, j'ai besoin de me reposer. Ne t'inquiète pas pour moi, Actarus.
- Laisse-moi ce plaisir, veux-tu ?

Je ne pouvais faire autrement que de me soucier de son confort. Le futur était inconnu et rempli d'embûche. Je ne connaissais pas les risques liés à la grossesse et j'avais peur de la perdre. Je n'étais pas familier de la natalité et cette ignorance ne me plaisait pas. J'aimais savoir où j'allais. Le fait que cet enfant soit un métissage extraterrestre pouvait amener des complications que j'espérais éviter. J'allais à nouveau l'abandonner quelques jours pour régler la situation sur Euphor : définir la gouvernance de la planète lors de mon absence, préparer la venue de Vénusia et notre mariage. Cet événement ne plairait pas à l'aristocratie conservatrice. Malgré le fait que j'étais héros de guerre, l'homme de référence pour la reconstruction de la galaxie, je devais respecter les us et coutumes, rendus pourtant désuets suite à la guerre galactique. Je devrais donc négocier avec ces personnes pour ne pas les froisser et leur faire comprendre l'importance que Vénusia avait pour moi. Mes conseillers seraient une grande aide pour m'aider à les convaincre pendant que je serais sur Terre. J'espérais aussi mettre en place le système de communication pour faciliter les échanges entre Euphor et le Centre.

(à suivre)

Re: Une princesse nommée "Etoile"

Posté : mar. mars 04, 2014 17:24 pm
par euphoria
merci, je me suis régalée...ceci dit j'aimerai bien être à la place de vénusia :mrgreen: :mrgreen:

Re: Une princesse nommée "Etoile"

Posté : mar. mars 04, 2014 20:23 pm
par Gurendaizä
Merci pour ce beau moment de tendresse et d'émotion ! :coeur: :coeur: :coeur:

J'espère que Actarus va réussir à faire accepter Vénusia par les Euphoriens !

:venusia2: :actarus2: :goldo3:

Re: Une princesse nommée "Etoile"

Posté : mer. mars 05, 2014 14:07 pm
par homnorak
Vénusia et moi attendions le médecin dans son bureau. Je lui tenais la main, inquiet de ce premier rendez-vous. Elle me sourit et serra ses doigts sur les miens.

- N'oublie pas que j'ai eu une visite la semaine dernière, me rappela-t-elle. Tout était correct.
- Je sais mais cet endroit me rappelle de mauvais souvenirs. Je n'aime pas être ici, lui confiai-je.

La porte s'ouvrit sur le Dr Ishimi. Il portait toujours ses lunettes rectangulaires sur un nez allongé. Ses cheveux s'étaient éclaircis et dégarnis. Il me tendit la main.

- Actarus, je suis heureux de vous revoir. Comment allez-vous ?
- Bien, Docteur.
- Plus de soucis avec le lasernium ? s'inquiéta-t-il.
- Non, cela fait maintenant un an que j'ai reçu ce rayon curateur. Je n'ai eu aucun effet négatif sur Euphor alors que l'atmosphère n'est pas encore épurée.
- Me permettrez-vous de vous faire un examen ? Je suis curieux et cela permettra peut-être d'améliorer la science.
- Pas de souci, Docteur.

Pendant notre discussion, il avait pris un dossier dans l'armoire derrière son fauteuil et s'était installé. Il regarda Vénusia par-dessus ses lunettes.

- Alors, Vénusia. Des changements depuis la semaine passée ?
- Non, Docteur. J'ai eu quelques élancements les deux derniers jours à cause de la fatigue et de la joie des retrouvailles. Cela se calme après un temps de repos.
- Bien, la grossesse suit son cours. Actarus, je vous avoue que c'est pour moi un cas d'étude. Or pour l'instant, ce que je remarque, c'est une évolution plus rapide du foetus sans que cela gêne Mademoiselle Vénusia. Elle est assez sereine et calme ce qui aide certainement beaucoup au développement. Nous avons fait l'acquisition d'une machine qui me permet de prendre les paramètres nécessaires et de les comparer avec ceux déjà sortis dans d'autres hôpitaux. Nous n'avons pas suffisamment de recul, cependant, je vois que le foetus correspond à celui d'un terrien de 8 mois, soit un mois d'avance. Il a évolué rapidement lors des trois derniers mois.

Il enleva ses lunettes pour les frotter sur sa blouse.

- Connaissez-vous la durée d'une grossesse pour les euphoriens ?

Je secouai la tête, confus de mon ignorance.

- Non, ce n'était pas un sujet abordé lors de mon éducation et je n'ai pas eu l'occasion de rencontrer et de m'intéresser à la naissance avec la guerre. Je ne me souviens plus de celle de ma soeur.
- Hum, bon, on verra alors.

Devant sa déception apparente du manque d'informations, je lui confiai :

- Par contre, notre gouvernante, qui est venue avec nous, pourra certainement vous aider. Je sais qu'elle était là pour la naissance de Phénicia et elle a eu plusieurs enfants. Je peux lui demander de vous rencontrer ?

Ses yeux s'éclairèrent.

- Excellent. Pourra-t-elle venir demain ? Plus tôt j'ai des informations, mieux je pourrais envisager la fin de cette grossesse. Nous avons encore deux mois pour un développement terrien. il faut voir s'il va attendre ce temps là pour sortir ou pas. Nous commençons à préparer les installations pour une éventuelle naissance prématurée.

Vénusia s'agita sur sa chaise.

- Je veux que la naissance se fasse à la maison où je suis née.

Je me raidis et sentis la panique m'envahir. J'étais mal à l'aise dans les locaux de l'infirmerie mais cela avait un petit côté rassurant. Je savais qu'en cas de complications, tout était sur place. Elle perçut mon angoisse et tenta de me calmer.

- Actarus, fais-moi confiance. Je sais ce que je fais. Encore récemment, les femmes n'ont pas eu besoin d'être entourées comme elles le sont maintenant, et cela se passait bien dans une grande majorité des cas.

Je baisai ses doigts.

- Ce domaine ne m'est pas familier mais j'ai entendu parler de décès de la mère et de l'enfant. Même sur Euphor alors que la science était évoluée.
- Tu n'as jamais remarqué que les faits divers s'intéressent toujours aux cas extrêmes et qu'ils ne parlent jamais des événements heureux ? Que les discussions en société concernent les proches qui ont connu une catastrophe et peu sur des sujets positifs ?

Elle tapota ma cuisse.

- Et si cela ne va pas, le Centre n'est pas loin. Je serais entourée par une sage-femme et si Dame Antonella le veut, elle pourra m'assister aussi.

Je hochai la tête, inspira et interrogeai le médecin.

- Si la naissance a lieu avant le terme, quels sont les risques ?

Il réfléchit un instant en se pinçant l'arête du nez.

- Pour dire la vérité... je n'en ai aucune idée. A priori, je ne vois aucune difficulté puisque le bébé semble déjà mature. J'aimerais quand même qu'il attende encore trois semaines pour se rapprocher plus du terme définitif. Mais les examens ont montré que ses poumons étaient déjà bien développés. Son coeur bat régulièrement. Discutez entre vous. C'est tout à fait normal que vous émettiez des doutes et des peurs. Après tout, une grossesse dure neuf mois, c'est aussi pour que les parents se préparent, et vous n'avez eu que 2 jours pour l'instant, plaisanta-t-il pour alléger l'atmosphère.

J'esquissai un sourire.

- Vénusia, veux-tu que je fasse un examen ? demanda-t-il ensuite.

Elle rougit.

- Non, Docteur Ishimi. Je me sens bien.
- Je vais juste prendre ta tension.

Il sortit son tensiomètre et l'installa sur le bras gauche de Vénusia.

- La tension est parfaite. Je te revoie la semaine prochaine sauf si entretemps tu ressens des douleurs ou quelque chose qui te semble inquiétant.

Nous lui serrâmes la main avant de le quitter.

***

Mon père nous attendait dans son bureau afin de discuter du programme des prochaines semaines. Je dirigeai Vénusia vers le canapé et m'assis à côté d'elle. Je déplaçai une mèche derrière son oreille et passai le doigt sur sa joue. Elle me regarda inquiète.

- Dis-moi, Actarus, qu'est-ce qui te préoccupe ?
- Vénusia, je vais devoir repartir sur Euphor pour mettre en place une régence le temps de mon absence et préparer ta venue ainsi que celle de la "crevette", lui annonçai-je d'une voix grave.
- Ma venue ?
- Oui. Nous n'avons pas encore eu l'occasion d'en parler. Il est hors de question que je te laisse ici avec le petit. Or, j'ai un rôle à tenir et les gens là-haut ont besoin de moi. Je ne peux pas non plus les abandonner.
- Bien sûr. Je ne te demande pas ce sacrifice. Quand vas-tu partir ? me demanda-t-elle, les yeux voilés.
- Cette nuit. Plus vite, je me décharge de cette mission, plus vite je serai de retour pour la naissance. Le trajet a été raccourci entre Euphor et la Terre grâce à la théorie de la distorsion et la vitesse de Goldorak.
- Phénicia retournera avec toi ?
- Non, je les laisse tous les trois ici. J'aimerais que Dame Antonella t'assiste si le travail commence avant mon retour. Tu me promets de faire attention à toi et de ne pas risquer ta vie ?

Elle sourit tristement.

- Actarus, à toi de faire attention. Je suis ici bien entourée. Tu n'as aucune inquiétude à avoir. En revanche, tant que tu ne seras pas revenu, je m'inquiéterai comme au temps où tu partais au combat sans moi.

Je me penchai pour l'embrasser sous l'oeil bienveillant de mon père. Vénusia en fut gênée. Je me tournai vers le professeur.

- Père, tout est prêt ?

Le professeur prit la parole.

- Vénusia, Actarus va mettre en place un prototype de communication entre la Terre et Euphor. Nous espérons que cela fonctionnera. Si tu n'es pas trop fatiguée, j'aimerais que tu sois présente lors de sa mise en marche dans la salle d'observation.
- Je m’attellerai tout de suite là-bas pour que nous puissions avoir un contact, repris-je.
- Oui, professeur, ce serait une joie de travailler avec vous, répondit Vénusia.

Je l'aidai à se relever.

- Retournons au ranch. Je voudrais profiter des quelques heures qui restent avec Artus.

***

Vénusia dormait tranquillement dans son lit. Je l'avais rejointe discrètement lorsque la maison s'était endormie. La séparation allait être douloureuse. Pendant la guerre, j'avais mis de côté mon amour, refusant de lui donner ce qu'elle espérait. Mon corps lui avait appartenu mais je savais qu'elle voulait plus. J'avais été incapable alors de dévoiler mon âme et mon coeur, même si au fond de moi, ils étaient déjà tout à elle depuis bien longtemps. La peur de la perdre comme j'avais perdu Aphélie et dans une moindre mesure Végalia bloquait l'aveu de mes sentiments. Aujourd'hui, rien ne me retenait. Je pouvais le crier à la face de l'univers.

Elle était allongée sur le côté, le visage tourné vers la porte. Elle m'avait attendu mais la fatigue de la journée avait eu raison d'elle. Elle tenait encore à la main un livre que je lui retirai en marquant la page bloquée par son doigt. Je jetai un œil sur le titre et le résumé. Cela parlait d'une femme européenne du XVIIe siècle qui se battait pour sauvegarder son amour au sein d'une société conservatrice et patriarcale. Ce thème convenait bien pour ma Vénusia. Elle aussi s'était battue pour améliorer la perception des femmes dans un monde d'homme. J'en avais été le premier bénéficiaire. Je m'allongeai près d'elle, une main soutenant ma tête et la contemplai. J'osai passer mon autre main sur son épaule dénudée et la caresser. Sa peau était satinée. Je descendis doucement sur son flanc et j'effleurai son ventre. Je sentis une petite vague sous ma paume. Je me concentrai sur la "crevette".

"Je vais m'éloigner quelques jours pour préparer ta venue, communiquai-je par la pensée. Prends soin de toi et de ta maman. Attends mon retour si tu peux. Je t'aime."

Une chaleur plus forte envahit ma main. Je massai la boule avant de revenir vers la poitrine de Vénusia qui était cachée sous sa nuisette. Je descendis le vêtement pour la recouvrir et remontai les draps. Elle avait les yeux légèrement ouverts.

- Tu es là, murmura-t-elle.
- Je suis venu te dire au revoir, lui dis-je en embrassant son nez. Tu vas me manquer.
- Toi aussi. La présence de Phéni va me permettre d'attendre avec patience.
- Je te promets d'être là dans dix jours.
- Serre-moi dans tes bras, me demanda-t-elle en fermant les yeux.

Je m'allongeai et l'entourai. Sa tête reposait sur mon torse, elle avait posé une jambe sur les miennes. Sa main dans mon dos faisait des cercles légers.

- Rendors-toi, ma chérie.
- Je t'aime, souflla-t-elle avant de se rendormir, détendue.

***

(à suivre)

Re: Une princesse nommée "Etoile"

Posté : mer. mars 05, 2014 22:31 pm
par euphoria
très joliment raconté... :coeur:

Re: Une princesse nommée "Etoile"

Posté : mer. mars 05, 2014 23:21 pm
par Monsieur Vilak
bravo.

Re: Une princesse nommée "Etoile"

Posté : jeu. mars 06, 2014 00:33 am
par Gurendaizä
J'espère que cette séparation sera la plus rapide possible et qu'ils seront de nouveau réunis !!!
- Je sais mais cet endroit me rappelle de mauvais souvenirs. Je n'aime pas être ici, lui confiai-je.
D'après la question que le Docteur lui pose, c'est donc celui qui a soigné son bras ?

Merci pour cette superbe histoire ! :coeur: :goldo3:

Re: Une princesse nommée "Etoile"

Posté : jeu. mars 06, 2014 06:33 am
par homnorak
Un de ceux car il y en a plusieurs dans le da

Re: Une princesse nommée "Etoile"

Posté : jeu. mars 06, 2014 09:06 am
par Gurendaizä
C'est vrai que l'on voit plusieurs médecins ! :goldo3:

Re: Une princesse nommée "Etoile"

Posté : jeu. mars 06, 2014 09:48 am
par homnorak
je suppose que ce n'est pas que Procyon qui s'occupe de lui et qu'il doit avoir des entretiens réguliers avec les médecins de centre.

Re: Une princesse nommée "Etoile"

Posté : jeu. mars 06, 2014 14:10 pm
par homnorak
***

Euphor était en vue. La couleur rougeoyante qui nous avait accueillis quelques mois plus tôt avait fait place à une auréole bleue. La maladie du lasernium s'effaçait de sa surface. Je soulevai la visière de mon casque et passai une main devant mes yeux. La fatigue se faisait sentir. Je n'avais pas voulu prendre de repos pour rester attentif aux instruments de bord. Les derniers instants avec Vénusia m'avaient accompagné pendant le voyage. Elle était restée stoïque au pied de la passerelle du hangar, tenant Artus par la main, l'autre posée sur son ventre. Elle portait une jupe évasée et un pull qui mettait en valeur ses nouvelles formes. Elle m'avait fait un signe de la main puis elle s'était courbée plusieurs fois comme le voulait la tradition japonaise. Je portai le ruban rouge que je lui avais offert lors d'une St Valentin*. Elle l'avait tressé avec une bande en cuir et attaché à mon poignet le matin du départ en déposant un baiser sur ma paume.

- En souvenir....

Elle m'avait fait un clin d'œil, entouré mon cou de ses bras et m'avait embrassé avec passion. Je trouvai bien dommage que son état ne me permettait pas plus de gestes intimes.

- Promis, cette fois, je reviendrai vite, murmurai-je dans l'oreille.
- Mon beau chevalier... Je t'attends. Nous t'attendons, reprit-elle.
***

Un appel me ramena devant Euphor.

- Fleed demande une communication. M'entendez-vous ? Pouvez-vous confirmer votre identité ?
- Ici, Duke Fleed à bord de Goldorak en provenance de la Croix du Sud, répondis-je à la demande d'identification.

Un grésillement se fit entendre.

- Votre Altesse, nous sommes heureux de vous voir si vite. Nous préparons votre atterrissage.
- Ilian est-il près de vous ? demandai-je.
- Non, Seigneur, je peux le convoquer.
- Faites. J'ai à lui parler.
- A vos ordres !

Je me rembrunis. Cette expression me rappelait sans cesse les soldats à cagoules vertes. J'approchai rapidement de la planète. D'ici une heure, je pourrais me poser. J'avais hâte d'étirer mon corps. La radio émis à nouveau un son.

- Votre Altesse, ici Ilian.
- Bonjour Ilian. Tout va bien sur Euphor ?
- Oui, rien n'a bougé depuis six jours. Vous souhaitiez mes services ?
- Demandez à Lukas, Phileas, Marcus, Leïla et Carina de se présenter dans la salle de réunion à côté de mon bureau.
- Bien, votre Altesse. Souhaitez-vous vous rafraîchir avant ? A quelle heure dois-je organiser cette rencontre ?
- Dans deux heures. Je vais passer rapidement dans mes appartements. Demandez à Océana de me préparer un bain et une tunique propre ainsi qu'un plateau repas.
- Ce sera fait.
- Ah, oui, et je vous veux aussi à la réunion. Vous travaillez toujours sur le projet de communication intergalaxique ?
- Oui, votre Altesse.
- Bien, j'aurais besoin de vous alors.
- A votre service.

Un silence se fit entendre.

- Votre Altesse ?
- Oui.
- L'aire d'atterrissage de Goldorak est ouverte. Vous pouvez amorcer votre descente dès que vous arrivez. Tous les vols alentours ont été stoppés.
- D'accord. Merci de votre aide.

Je coupai la communication et posai ma tête sur le siège. Je réfléchis à tout ce que je devais mettre en place. Je souhaitais repartir dans cinq jours. J'espérais pouvoir tout régler pendant ce temps.

***

Dès que Goldorak fut posé et sécurisé, je rejoignis mes appartements. Conformément à mes attentes, une tunique verte assortie à un pantalon noir m'attendait sur le lit. La baignoire laissait échapper une vapeur parfumée à l'orchidée rouge, la première fleur apparut sur Euphor après notre retour. Je bus un grand verre d'eau fraîche et mangeai un morceau de pain accompagné d'un fruit rouge juteux. Par la fenêtre, je voyais le parc illuminé des rayons du soleil. Les couleurs variaient entre le vert, le rose et le bleu, reflets des plantes qui poussaient à foison en ce début de printemps. Je me déshabillai ensuite et entrai dans l'eau. La chaleur détendit mes muscles endoloris par la position assise. Je fermai un instant les yeux et revis à nouveau mon ordre du jour pour la réunion. J'entendis frapper à la porte de la chambre. J'avais laissé ouvert celle qui communiquait à la salle de bain. Océana, gestionnaire et responsable du personnel, passa la tête par la porte.

- Votre Altesse, avez-vous besoin d'aide ?
- Non, tout va bien merci. Pouvez-vous vérifier qu'une collation sera servie lors de la réunion ? J'y serai dans trente minutes.
- Bien, je vais les prévenir.

Je sortis du bain à regret, me séchai et me préparai pour affronter mes principaux conseillers.

***

Mes cinq conseillers discutaient autour de la table ronde, un verre de vin devant eux. A tour de rôle, ils piochaient dans le plat de friandises placé au centre. Carina, ministre des relations intergalactiques rigolait avec Marcus, ministre de la défense, qui plaisantait comme à son habitude. Phileas restait en retrait, il écoutait Lukas et Leïla sur l'installation du Centre éducatif et sportif. Il était le plus âgé du groupe. Ami de mon père, il était devenu mon conseiller en protocole. Très diplomate, il m'aidait à gérer les relations de bon voisinage avec la vieille aristocratie. Lors de l'invasion d'Euphor, il était dans son domaine situé dans la région volcanique des montagnes bleues à l'Ouest du continent. Il participait aux festivités organisées pour le mariage avec ses gens. Il devait rejoindre la Capitale le dernier jour pour célébrer mon union avec Végalia. Cette région n'avait pas été trop touchée. Elle n'avait aucun intérêt économique et son sol n'était officiellement pas réputé pour contenir un quelconque minerai intéressant. Avec l'aide des soldats en garnison, il avait pu mettre en place une résistance à l'envahisseur. Son domaine avait servi de refuge à la population grâce aux grottes qui longeaient les parois des montagnes. Il fut le premier à percevoir ma présence. Il se leva et me salua. Aussitôt le silence se fit dans la pièce. Les autres l'imitèrent et me firent une révérence.

- Votre Altesse, vous voici de retour.

Je me dirigeai vers ma chaise, posai le carton comprenant les émetteurs-récepteurs de communication, m'installai et me servis en eau et petits gâteaux.

- Asseyez-vous Phileas. Vous aussi. Bonjour à tous. Je suis de retour pour peu de temps afin de régler quelques affaires courantes.

Je les regardai à tour de rôle. Ils m'examinaient, expectatif à ce que j'allais leur annoncer. Je posai mes mains, légèrement moites, à plat sur la table et pris une grande inspiration.

- Je n'irai pas par quatre chemins. Un, je vais me marier ; deux, je vais avoir un enfant ; trois, je retourne sur Terre pour la délivrance du bébé et je reviendrai avec la famille. Je compte sur votre soutien pour accepter ma femme et l'accueillir comme il se doit en tant que souveraine d'Euphor.

Je me tus après avoir lâché cette bombe. Ils avaient tous le visage figé, la bouche ouverte et les yeux écarquillés. Lukas fut le premier à se ressaisir. Les liens forgés lors de mon évasion, cinq ans auparavant, s'étaient consolidés lorsque je l'avais découvert aux commandes de la résistance euphorienne et responsable de la cohésion des réfugiés. Il avait pris le contrôle de la gestion administrative de la Capitale quand les troupes veghiennes avaient fui suite à la capitulation de l'Empire de Vega, faute de dirigeant. Je l'avais nommé second et c'est lui qui m'épaulait dans mon rôle. Je lui faisais entièrement confiance. Il se leva et m'offrit une accolade familière et contraire aux protocoles en vigueur.

Re: Une princesse nommée "Etoile"

Posté : jeu. mars 06, 2014 14:11 pm
par homnorak
Avant mon lunch, je vous mets la suite sur Euphor : bonne lecture.
Bon appétit ou bon réveil


***

Euphor était en vue. La couleur rougeoyante qui nous avait accueillis quelques mois plus tôt avait fait place à une auréole bleue. La maladie du lasernium s'effaçait de sa surface. Je soulevai la visière de mon casque et passai une main devant mes yeux. La fatigue se faisait sentir. Je n'avais pas voulu prendre de repos pour rester attentif aux instruments de bord. Les derniers instants avec Vénusia m'avaient accompagné pendant le voyage. Elle était restée stoïque au pied de la passerelle du hangar, tenant Artus par la main, l'autre posée sur son ventre. Elle portait une jupe évasée et un pull qui mettait en valeur ses nouvelles formes. Elle m'avait fait un signe de la main puis elle s'était courbée plusieurs fois comme le voulait la tradition japonaise. Je portai le ruban rouge que je lui avais offert lors d'une St Valentin. Elle l'avait tressé avec une bande en cuir et attaché à mon poignet le matin du départ en déposant un baiser sur ma paume.

- En souvenir....

Elle m'avait fait un clin d'œil, entouré mon cou de ses bras et m'avait embrassé avec passion. Je trouvai bien dommage que son état ne me permettait pas plus de gestes intimes.

- Promis, cette fois, je reviendrai vite, murmurai-je dans l'oreille.
- Mon beau chevalier... Je t'attends. Nous t'attendons, reprit-elle.
***

Un appel me ramena devant Euphor.

- Fleed demande une communication. M'entendez-vous ? Pouvez-vous confirmer votre identité ?
- Ici, Duke Fleed à bord de Goldorak en provenance de la Croix du Sud, répondis-je à la demande d'identification.

Un grésillement se fit entendre.

- Votre Altesse, nous sommes heureux de vous voir si vite. Nous préparons votre atterrissage.
- Ilian est-il près de vous ? demandai-je.
- Non, Seigneur, je peux le convoquer.
- Faites. J'ai à lui parler.
- A vos ordres !

Je me rembrunis. Cette expression me rappelait sans cesse les soldats à cagoules vertes. J'approchai rapidement de la planète. D'ici une heure, je pourrais me poser. J'avais hâte d'étirer mon corps. La radio émis à nouveau un son.

- Votre Altesse, ici Ilian.
- Bonjour Ilian. Tout va bien sur Euphor ?
- Oui, rien n'a bougé depuis six jours. Vous souhaitiez mes services ?
- Demandez à Lukas, Phileas, Marcus, Leïla et Carina de se présenter dans la salle de réunion à côté de mon bureau.
- Bien, votre Altesse. Souhaitez-vous vous rafraîchir avant ? A quelle heure dois-je organiser cette rencontre ?
- Dans deux heures. Je vais passer rapidement dans mes appartements. Demandez à Océana de me préparer un bain et une tunique propre ainsi qu'un plateau repas.
- Ce sera fait.
- Ah, oui, et je vous veux aussi à la réunion. Vous travaillez toujours sur le projet de communication intergalaxique ?
- Oui, votre Altesse.
- Bien, j'aurais besoin de vous alors.
- A votre service.

Un silence se fit entendre.

- Votre Altesse ?
- Oui.
- L'aire d'atterrissage de Goldorak est ouverte. Vous pouvez amorcer votre descente dès que vous arrivez. Tous les vols alentours ont été stoppés.
- D'accord. Merci de votre aide.

Je coupai la communication et posai ma tête sur le siège. Je réfléchis à tout ce que je devais mettre en place. Je souhaitais repartir dans cinq jours. J'espérais pouvoir tout régler pendant ce temps.

***

Dès que Goldorak fut posé et sécurisé, je rejoignis mes appartements. Conformément à mes attentes, une tunique verte assortie à un pantalon noir m'attendait sur le lit. La baignoire laissait échapper une vapeur parfumée à l'orchidée rouge, la première fleur apparut sur Euphor après notre retour. Je bus un grand verre d'eau fraîche et mangeai un morceau de pain accompagné d'un fruit rouge juteux. Par la fenêtre, je voyais le parc illuminé des rayons du soleil. Les couleurs variaient entre le vert, le rose et le bleu, reflets des plantes qui poussaient à foison en ce début de printemps. Je me déshabillai ensuite et entrai dans l'eau. La chaleur détendit mes muscles endoloris par la position assise. Je fermai un instant les yeux et revis à nouveau mon ordre du jour pour la réunion. J'entendis frapper à la porte de la chambre. J'avais laissé ouvert celle qui communiquait à la salle de bain. Océana, gestionnaire et responsable du personnel, passa la tête par la porte.

- Votre Altesse, avez-vous besoin d'aide ?
- Non, tout va bien merci. Pouvez-vous vérifier qu'une collation sera servie lors de la réunion ? J'y serai dans trente minutes.
- Bien, je vais les prévenir.

Je sortis du bain à regret, me séchai et me préparai pour affronter mes principaux conseillers.

***

Mes cinq conseillers discutaient autour de la table ronde, un verre de vin devant eux. A tour de rôle, ils piochaient dans le plat de friandises placé au centre. Carina, ministre des relations intergalactiques rigolait avec Marcus, ministre de la défense, qui plaisantait comme à son habitude. Phileas restait en retrait, il écoutait Lukas et Leïla sur l'installation du Centre éducatif et sportif. Il était le plus âgé du groupe. Ami de mon père, il était devenu mon conseiller en protocole. Très diplomate, il m'aidait à gérer les relations de bon voisinage avec la vieille aristocratie. Lors de l'invasion d'Euphor, il était dans son domaine situé dans la région volcanique des montagnes bleues à l'Ouest du continent. Il participait aux festivités organisées pour le mariage avec ses gens. Il devait rejoindre la Capitale le dernier jour pour célébrer mon union avec Végalia. Cette région n'avait pas été trop touchée. Elle n'avait aucun intérêt économique et son sol n'était officiellement pas réputé pour contenir un quelconque minerai intéressant. Avec l'aide des soldats en garnison, il avait pu mettre en place une résistance à l'envahisseur. Son domaine avait servi de refuge à la population grâce aux grottes qui longeaient les parois des montagnes. Il fut le premier à percevoir ma présence. Il se leva et me salua. Aussitôt le silence se fit dans la pièce. Les autres l'imitèrent et me firent une révérence.

- Votre Altesse, vous voici de retour.

Je me dirigeai vers ma chaise, posai le carton comprenant les émetteurs-récepteurs de communication, m'installai et me servis en eau et petits gâteaux.

- Asseyez-vous Phileas. Vous aussi. Bonjour à tous. Je suis de retour pour peu de temps afin de régler quelques affaires courantes.

Je les regardai à tour de rôle. Ils m'examinaient, expectatif à ce que j'allais leur annoncer. Je posai mes mains, légèrement moites, à plat sur la table et pris une grande inspiration.

- Je n'irai pas par quatre chemins. Un, je vais me marier ; deux, je vais avoir un enfant ; trois, je retourne sur Terre pour la délivrance du bébé et je reviendrai avec la famille. Je compte sur votre soutien pour accepter ma femme et l'accueillir comme il se doit en tant que souveraine d'Euphor.

Je me tus après avoir lâché cette bombe. Ils avaient tous le visage figé, la bouche ouverte et les yeux écarquillés. Lukas fut le premier à se ressaisir. Les liens forgés lors de mon évasion, cinq ans auparavant, s'étaient consolidés lorsque je l'avais découvert aux commandes de la résistance euphorienne et responsable de la cohésion des réfugiés. Il avait pris le contrôle de la gestion administrative de la Capitale quand les troupes veghiennes avaient fui suite à la capitulation de l'Empire de Vega, faute de dirigeant. Je l'avais nommé second et c'est lui qui m'épaulait dans mon rôle. Je lui faisais entièrement confiance. Il se leva et m'offrit une accolade familière et contraire aux protocoles en vigueur.

- Duke ! Alors ça, je ne m'y attendais pas. Félicitations ! Tu es un sacré cachottier, dis-moi.

Je lui souris.

- Certains secrets devaient être gardés. Les circonstances font que je les dévoile plus vite que prévu.
- Et quand ce petit prince doit-il naître ?
- Dans quelques semaines. C'est pour cela que je fais un aller-retour express.

Carina et Marcus vinrent à leur tour m'offrir leurs compliments.

- Cela va compliquer les relations avec les familles dirigeantes qui envisageaient de placer leur fille comme souveraine d'Euphor. Nous ferons en sorte de calmer les réticences, énonça Carina.

Les deux derniers étaient plus réservés. Phileas me fixait d'un regard froid et calculateur. Je voyais les interrogations passées dans ses yeux, l'engrenage de son cerveau se mettre en route pour concevoir les conséquences de cette annonce. Une frange de l'aristocratie verrait d'un mauvais œil l'arrivée de Vénusia. Je lui faisais confiance pour les amadouer. Il prit la parole, d'une voix claire :

- La paternité est-elle prouvée ?
- Oui. Il n'y a aucun doute à avoir, répliquai-je.

Je me levai pour rejoindre la fenêtre, les mains croisées derrière mon dos.

- Je n'attends pas de vous une bénédiction. Je me suis suffisamment plié à mon rôle de Prince, j'ai fait beaucoup de concession et j'ai risqué ma vie. Je suis en droit de choisir ma femme. J'ai entendu les rumeurs sur les possibilités qui m'étaient offertes de faire une union avec d'autres familles dirigeantes de la galaxie. Je ne les ai jamais prises en compte car je n'avais qu'une personne en tête pour passer la vie avec moi : une petite terrienne qui s'est battue bec et ongles pour sauvegarder sa planète contre l'envahisseur. Pendant quatre ans, elle a été présente près de moi. Elle m'a aidé à surmonter le désespoir causé par l'abandon d'Euphor que je croyais perdue à jamais. Elle a appris à me connaître pour moi-même. Elle a décidé contre toute attente de faire fi à sa culture pour m'épauler et apprendre à combattre. Et surtout elle m'aime en dépit des barrières sociales chez elle et ici.

Je me tus un instant et me tournai à nouveau vers mes interlocuteurs.

- Allez-vous m'aider pour faciliter son adaptation ?

Marcus, Carina, Lukas et Phileas se regardèrent. Ils hochèrent la tête. Phileas prit la parole au nom du groupe.

- Excusez-moi, votre Altesse, de montrer des réticences. La situation n'est pas encore stable. Le CIPUPCET cherche encore à retrouver son engagement et la confiance des peuples. Une union politique aiderait énormément à favoriser l'entente des planètes qui étaient encore ennemies, il y a peu. Il ne sera pas facile d'intégrer cette jeune femme à notre monde. Elle sera considérée comme une étrangère.
- J'en conviens. Je crains pour sa sécurité et j'ai peur que son adaptation la bouleverse au point de ne pas s'y habituer, avouai-je.

Je frottai mon front.

- En dehors des deux années de guerre, sa vie est simple, leur confiai-je. Elle vit dans une ferme avec son père et son petit frère. Sa mère est décédée quand elle avait dix ans et elle a pris en charge la gestion de la maisonnée. Elle s'est forgée toute seule, prenant sur elle lorsque les difficultés apparaissaient. Elle a mis ses émotions de côté de nombreuses fois faisant preuve d'une abnégation sans borne. J'ai confiance en elle. Seulement, elle viendra ici avec deux nouveaux statuts : celui de mère et de reine. Deux statuts à plein temps.

Carina intervint.

- Si je peux me permettre, votre Altesse, elle sera entourée de personne de confiance. Avec l'aide de Leïla et d'Océana, nous trouverons des dames d'honneur pour l'assister dans les représentations officielles. Et puis, elle aura aussi son Altesse Maria-Grâce.

Je secouai la tête.

- Maria-Grâce vit la même situation que moi. Je n'ai pas eu l'occasion d'en parler avec elle avant mon départ. Va-t-elle décider de revenir ou de rester là-bas ? Nous verrons plus tard. Elle est encore jeune.

J'examinai Leïla qui n'avait pas encore dit un mot depuis le début de la réunion. Elle avait une posture raide, les jambes serrées, le dos droit et la nuque fixe.

- Leïla, que se passe-t-il ?

Elle ne bougea pas.

- Leïla ?

Lukas, assis à côté d'elle, la poussa du coude. Elle sursauta.

- Te revoilà parmi nous, lui fit-il remarquer.
- Excusez-moi. Vous disiez ?

Je la considérai un instant.

- Pourrez-vous assister Carina et Océana à l'intégration de Vénusia parmi nous ?
- Oui bien sûr.
- Bien, je compte sur vous tous.

Je me réinstallai à la table.

- J'ai deux autres points dont j'aimerais discuter encore avec vous. J'attends la venue d'Ilian pour un des sujets. Nous allons donc commencer par l'organisation de la gouvernance pendant mon absence. La nouvelle Constitution ne fait pas mention du cas particulier où je dois m'éloigner un certain temps d'Euphor. Je nomme Lukas pour me représenter et agir en mon nom jusqu'à mon retour.

Lukas salua de la tête à cette nouvelle. Je n'eus aucune réaction de la part des autres.

- Phileas, pouvez-vous vérifier dans les textes ce qui en est de la succession et de la lignée ? A mon retour, je veux une cérémonie pour adopter officiellement Artus comme mon fils aîné.
- Je regarde à cela et fais le nécessaire.

Je me levai à nouveau et pris un biscuit dans le plat.

- On fait une pause jusqu'à l'arrivée d'Ilian.

Tout le monde quitta la pièce et me laissa seul. J'étais content du déroulement de cette réunion. Les points principaux avaient été fixés. Par contre, le comportement de Leïla m'inquiétait mais je pouvais en deviner la raison. Agé de cinq ans de plus que moi, je ne la connaissais pas aussi bien que sa sœur. Lorsque j'avais appris qu'un membre de la famille d'Aphélie était rescapé, je l'avais invitée à se joindre à mon conseil des ministres. Je l'avais informée du destin funeste de sa sœur et de son frère et depuis, elle avait des réactions incongrues. Je me promis de lui parler avant mon départ.

***