Bon, maintenant arrêtez vos bêtises.

Voici la suite.
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Riguel revenait en jeep avec Mizar. Agréablement occupé, je ne les avais pas entendus.
- Allons, Riguel, les temps changent. Et puis, ce n'est pas comme si c'était des étrangers. Après tout, c'est ton fils maintenant.
La voix qui taquinait l'Ancien venait de derrière le coffre. Je sursautai et éclatai de rire.
- Oh, la belle surprise ! Je comprends l'humeur joyeuse de Phénicia. Alcor, je suis heureux de te revoir.
Nous nous fîmes une accolade.
- Moi aussi, vieux frère. J'ai sauté directement dans un avion pour vous revoir. Tu sais que j'ai manqué d'avoir un arrêt du coeur. Quand j'ai entendu ta soeur au téléphone, je ne m'y attendais pas. Quelle joie !
Alcor passa une main dans ses cheveux et regarda autour de lui.
- Et où est-elle, cette petite coquine ?
- A la maison avec le professeur et sa gouvernante venue d'Euphor, répondit Vénusia.
Il lui prit les deux mains qu'il écarta pour l'examiner.
- Vénusia, tu es en beauté. Encore plus épanouie que le mois passé.
- Charmeur, va. Allez, cours la rejoindre. Elle ne tenait pas en place ce matin.
- J'y vais. A tout de suite.
Il se dirigea vers la maison à grandes enjambées. Artus s'était à nouveau réfugié contre moi. Je lui caressai ses boucles blondes pour le rassurer.
- La pêche a été bonne, dis donc, fis-je à Riguel.
- Que ne ferais-je pas pour ma petite Phénicia ! Bon, je ne vais pas m'attarder sur ce que j'ai vu en arrivant. C'est une indécence ! Est-ce que j'ai fait cela avec ma femme, moi ! s'insurgea-t-il.
Il se tut un instant, les yeux au ciel.
- Hum, bon. D'accord. La jeunesse doit s'exprimer. Mais quand même, un peu de retenu surtout devant les enfants.
Il écouta sa curiosité.
- Et qui est ce jeune garçon qui se colle à toi ?
- Riguel, je te présente Artus, mon fils.
Il ouvrit la bouche ébahi. Je voyais l'interrogation dans ses yeux.
- Son histoire est compliquée et triste. Je préfère ne pas en parler maintenant.
Il se reprit.
- Oui bien sûr. Bienvenu au ranch du Bouleau Blanc. Je râle, je trépigne et je hurle mais je ne mords pas. Enfin pas encore. Mais où est passé Mizar ?
- Je l'ai vu partir vers les chevaux, informa Vénusia.
- Tiens, comme c'est étrange. Il a un comportement bizarre depuis hier.
Je rougis, gêné.
- Je crois que c'est ma faute. Je n'ai pas eu l'occasion de lui parler depuis mon retour. Il doit se sentir un peu rejeté.
- Allons, allons. C'est n'importe quoi ! Mon héritier n'a pas à réagir comme cela.
- Papa, arrête et laisse-le tranquille.
Vénusia s'accroupit près d'Artus.
- Veux-tu venir avec moi jusqu'à la maison ? Je vais te donner à boire et à manger. Tu dois avoir faim après ta ballade.
Il hocha la tête et lui prit la main. Je les regardai s'éloigner avec Riguel qui racontait déjà la vie au ranch. Je rejoignis Mizar près de l'enclos.
- Mizar, je n'ai pas encore eu le temps de te parler. Excuse-moi.
Il avait ses mains dans les poches de son pantalon, il frottait la terre avec un de ses pieds.
- C'est rien. Je comprends que Vénusia a toute son importance.
- Tu as raison mais j'ai fait preuve d'une très grande impolitesse. Pardonne-moi.
Il me regarda.
- Tu es là pour longtemps ? Parce que ma soeur a beaucoup souffert et ne va pas supporter une nouvelle séparation.
- Je serais là pour la naissance. Ensuite, je dois vérifier si je peux emmener ta soeur sur Euphor. Sinon, je ne sais pas comment nous nous organiserons. J'ai pu améliorer la distance de voyage entre nos deux planètes avec Goldorak. Mais ce n'est pas un vaisseau pour transporter beaucoup de monde. La planète est encore en ruine. Ce n'est pas facile de remettre en place ce qui a été.
- Je te fais confiance.
Un sourire éclaira son visage.
- A ton avis, ça va être une fille ou un garçon ? demanda-t-il.
- Je ne sais pas. Que voudrais-tu ?
- Un garçon, je pourrais lui montrer les trucs de mecs. Mais une fille, ça peut être sympa aussi sauf que ça chouine beaucoup.
- Mizar, je dois t'avouer quelque chose...
- Cela a à voir avec le petit garçon qui te collait, tout à l'heure ?
- Oui. Cet enfant est mon fils. Il n'a plus de maman et j'aimerais que tu l'aides à se sentir bien ici. Il ne sait pas ce qu'est une famille. Tu veux bien m'aider ?
- Ton fils ? Ben dis, tu n'as perdu de temps sur Euphor.
J'éclatai de rire.
- Non, je sais que les années sont plus longues mais je ne peux pas quand même pas avoir maintenant un enfant de 5 ans avec seulement 7 mois de présence.
Je m'interrompis soudain, et repris plus sérieusement.
- Tu m'as manqué. Certaines situations, là-haut, me rappelaient la manière dont tu amortissais toujours une discussion par une blague ou une remarque comique. Cela me permettait de me raccrocher et de continuer, lui avouai-je.
- Actarus, comment as-tu su que Vénusia attendait un bébé ?
- Je ne le savais pas. Phénicia a eu un rêve où ta soeur nous appelait.
Il ouvrit grand ses yeux.
- Aussi loin ?
- Oui, étrange, n'est-ce pas ?
- Ouais, tu peux le dire.
Je posai une main sur la tête et lui ébouriffai les cheveux.
- On rentre ?
Il me suivit. Comme son père, il me raconta ce qui c'était passé pendant la durée de mon absence. Je retrouvai le garçon enjoué. Il n'avait pas changé si ce n'est qu'il était plus mûr et réfléchi mais j'avais vu l'admiration qu'il me portait encore.
***
Vénusia était assise sur le banc, les bras sur la table de la cuisine et regardait Artus manger du riz et du poisson. Je l'observai depuis quelques instants, appuyé sur le chambranle de la porte. Mizar était parti se rafraîchir, Alcor et Phénicia étaient hors de vue, certainement dans un coin tranquille, Riguel méditait dans la salle dévolue à cette activité, mon père était retourné au Centre et Dame Antonella s'activait dans la cuisine en discutant avec Vénusia. L'euphorienne se débrouillait très bien dans la langue malgré quelques erreurs. Elle décrivait le palais sur Euphor et la vie à la Cour. Je m'approchai et me penchai pour baiser la joue de Vénusia.
- Tout va bien ?
- Je sens un peu de fatigue. Je n'ai pas eu le courage de mettre la table.
- Je m'en occupe, proposai-je. La vaisselle n'a pas changé de place ?
- Non.
Dame Antonella m'interrompit.
- Laissez votre Altesse, je vais le faire.
Je lui souris mais refusai.
- Non, ici, il n'y a pas de titre. J'ai vécu quatre ans loin de tout protocole et j'ai appris la vie quotidienne. Cela me rattache à la réalité. Par contre, vous pouvez m'aider.
Je lui tendis les assiettes, les verres et les couverts qu'elle installa sur la table. Artus avait terminé son repas et frottait ses yeux. Dame Antonella le prit dans les bras, lui lava les mains et l'emmena faire la sieste dans ma chambre que Vénusia avait préparé le matin même. Je profitai du répit où nous étions seuls pour m'assoir près d'elle et l'entourer de mes bras. Elle s'appuya contre moi, sa tête s'insérant dans mon cou. Je déposai un baiser dans ses cheveux.
- Je n'ose pas t'embrasser de peur d'être dérangés.
Je l'entendis glousser.
- Il y a beaucoup de monde dans la maison maintenant. Nous trouver un endroit au calme sera un défi, remarqua-t-elle.
- Je pense à une petite grotte, près du barrage...
- Oh oui, que de souvenirs !
Je fermai les yeux et repensai à la première fois où nous nous étions retrouvés là-bas. La peur que j'avais eu, peu de temps avant que l'orage n'éclate, resterait à jamais au fond de moi. La frayeur dans ses yeux alors qu'elle tombait, accentuée par ma métamorphose me hantait. Et si je n'avais pas su plonger rapidement... Je réprimai un frisson. Elle était maintenant là, dans mes bras et avec un petit être en développement. A l'époque, j'avais été soulagé d'avouer mon identité. Le secret me pesait de plus en plus et m'empêchait d'être moi-même avec elle alors que je voulais tant pouvoir me confier. Sa réaction m'avait pris au dépourvu, je n'avais pas su retenir ma main. Oh comme j'avais regretté mon geste qui avait suivi !
- Elle est un peu loin pour ton état. Quand tu te seras reposée, tout à l'heure, nous pourrions aller sur la colline derrière la maison.
- Eh bien, j'ai une faim de loup, s'exclama Riguel en entrant dans la pièce, suivi de Mizar.
Vénusia se redressa. Elle se dirigea vers le four, prit les plats qu'elle plaça sur la table. Alcor et Phénicia arrivèrent entre temps. Ils avaient les cheveux ébouriffés, les joues rouges et n'arrivaient pas à calmer un rire.
- Excusez-nous pour notre retard.
- Cela fait plaisir de te voir si joyeuse, Phénicia, remarquai-je.
Elle me fit un grand sourire.
- Etre libre, sans protocole et accompagné d'un ami, j'en profite. J'ai faim.
- Le contraire m'aurait étonné, la taquina Alcor.
- Oh, que dis-tu là, Alcor chéri ?
Il lui tira la langue et tout le monde éclata de rire.