Monsieur Vilak a écrit :
Ces hypothèses, surtout la première, sont acceptables mais bon c'est IDDH qui a fait faire le doublage, BRH savait très bien que Koji était Alcor...
C'est pour ça que je me permet d'emettre l'hypothèse qu'il ait existé problème avec Gatineau qui avait déposé les noms français de Goldorak et il est possible que BRH n'ai pas utilisé le nom français d'Alcor pour éviter de verser des royalties ou éviter un procès.
Je ne sais plus qui a dit "il ne faut jamais mettre sur le compte de la malice ce qui s'explique parfaitement par l'incompétence", mais en tout cas, il l'a dit, et je suis d'accord. C'est ce qui me gêne dans l'hypothèse "ne pas payer Gatineau".
D'abord, parce que cette histoire de dépôt de noms de personnages à la Sacem, même si c'est la veuve de Gatineau qui l'affirme, je ne sais pas si ça a une réelle valeur légale. Existe-t-il d'autres exemples, avec le même cas de figure?
Ensuite, parce que nous avons deux exemples de trads IDDH des années 80 qui ont repris du vocabulaire inventé par Gatineau, alors que ce n'est de toute évidence pas lui qui a adapté ces deux DA (manque singulier d'imagination, style globalement pauvre : ce n'est pas du Gatineau) :
- Albator 84, où sont repris les noms Albator, Atlantis, Nausica, Alfred.
- Et puis... Mazinger Z! Eh oui, ils ont oublié que Kôji s'appelait Alcor en VF, mais les noms des attaques de Mazinger Z reprennent quasiment toutes des noms d'attaques de Goldorak : Rétrolaser, Mégavolt (tous deux utilisés de façon interchangeable pour le Breast Fire et les rayons photoniques), Fulguropoing, Arrimage... A ce compte-là, pourquoi ne pas avoir recyclé deux noms de plus, à savoir Alcor et Bélier (les deux seuls personnages concernés) ? Pas pour éviter de payer les trois picaillons éventuellement dus à Gatineau, je ne pense pas. Mais plutôt parce que Huchez et son équipe n'ont pas fait le rapprochement avec un personnage secondaire et un personnage apparu seulement deux fois dans Goldorak.
Je pense qu'en 1988, pour Huchez, Goldorak c'était déjà loin, et s'il se souvenait naturellement du succès rencontré, les détails de l'histoire devaient être un peu flous pour lui. Les noms d'attaque, oui, il a pu s'en souvenir et les souffler à ses nouveaux traducteurs : à la grande époque Goldorak, toute la presse en parlait, des "fulguropoings" et compagnie. Mais estimer qu'il ait pu reconnaître un de ces personnages "qui se ressemblent tous", c'est placer en peu trop de foi dans ses capacités. Albator, oui, on le reconnaît quand on a Albator 84 sous les yeux. C'est facile, il a la cicatrice, le bandeau et la tête de mort. Mais Alcor, oh là là, c'est compliqué. Canestrier a déjà sorti plein de cassettes avec des jeunes types dans ce genre-là, avec des cheveux en banane et de drôles de rouflaquettes. Quand on a été élevé au Tintin, y a de quoi s'y perdre.
Il y a ça, qui joue, aussi : tout le monde n'a pas été élevé au Strange, aux comics, encore moins des gens de la génération de Huchez. Les crossovers, les personnages qui sautent d'une série à l'autre, ce n'est pas si anodin que ça, à l'époque. Il faut être un peu versé dans des trucs ésotériques pour savoir que ça existe. Aujourd'hui, bien sûr, c'est passé dans les mœurs : le dernier des ploucs, du genre à coucher dans la grange avec ses chèvres, a une opinion sur la pertinence de sortir Iron Man 3 avant Avengers 2. Mais il a fallu des décennies pour éduquer ainsi le public. Et les distributeurs et éditeurs aussi. Souvenons-nous de l'époque où Lug, Arédit et Sagédition se partageaient la publication des comics Marvel et DC... Là aussi, on avait droit à des changements de noms sauvages d'un éditeur VF à l'autre... (Docteur Octopus/Docteur Pieuvre; Pantherman/Panthère Noire; Deathlok/Cyberman; Cavalier Fantôme/Motard Fantôme; etc.)
S'il y a quelqu'un qui était bien placé pour se souvenir que Koji=Alcor, c'était Michel Gatineau lui-même, puisqu'il a passé plus de 70 épisodes à traduire des textes en engrish fournis par Toei, où le sbire du héros s’appelait Koji, et devenait Alcor en VF. Et il est clair que ce n'est pas Michel Gatineau qui a traduit Mazinger Z. C'est peut-être à ça que se résume le problème, d'ailleurs.
Mais même Gatineau, malgré la qualité et l'inventivité exceptionnelle de son adaptation, n'était pas exempt de bourdes : souvenons-nous de la fameuse affaire Dante/Achéron. Quand on reprend le collier après une longue interruption, on a des petits oublis de ce genre. Et dix ans ont passé entre l'arrivée de Goldorak et celle de Mazinger Z en France. Ces dessins animés sont pour nous une passion, mais pour les gens d'IDDH, ils étaient surtout un travail. Et c'est naturel de piquer du nez, au travail. Moi-même, il m'arrive d'oublier qui tutoie et qui vouvoie Batman. Parce que Batman, c'est mon travail, pas ma passion (mais ne le répétez à personne).