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Re: Roman feuilleton Nosferatu le vampire par Judex6

Posté : jeu. déc. 04, 2025 03:49 am
par LVD
>grouillant de vies

pas de "s" a vie

Re: Roman feuilleton Nosferatu le vampire par Judex6

Posté : ven. déc. 05, 2025 10:16 am
par Judex
L'acte IIi a été rectifié et complété et est disponible en integralité dans le post precedent a present. Il est plus grand qu'avant, expliquant "le plan" d'Orlok.

Re: Roman feuilleton Nosferatu le vampire par Judex6

Posté : dim. déc. 07, 2025 00:21 am
par Judex
J'ai subi quelque spressions qui ont aggravé mes spasmes completements... Je prefere finir mes posts au plus vite et donc je supprime l'insulte qu'on m'a lancé et que j'ai effrontément mise ici.

Ke continue le sposts et le stermine des ce soir.
Je ne me laisseepas intimider par l'editeur : un refus signifie que je fais ce que je veux de mon bouquin et le partage ici !

Je poste donc intégralité des trois derniers chapitres !

Re: Roman feuilleton Nosferatu le vampire par Judex6

Posté : dim. déc. 07, 2025 10:28 am
par Judex
ACTE 4 : Panique à Wismar



Au moment où l’Empusa fonçait, comme dotée d’une vitesse endiablée, dans la mer du Nord, un homme d’une certaine corpulence vint s’asseoir sur un banc public de Wismar. Il était vieux, moustachu, habillé comme un marin.
Il tenait en ses mains la gazette de Wismar, dont le papier jauni tranchait avec l’éclat majestueux de l’astre du jour.
L’homme lut les gros titres… En particulier deux articles savoureux.
Le titre annonçait que le fou arrêté il y a deux semaines faisait encore sensation à l’asile où il était soigné par le docteur Sievers.
Nous devons ici, ami lecteur, et pour comprendre cet article et le lien qu’il joue dans cette tragédie, revenir en arrière dans le temps et remonter à deux semaines.
Publions donc un article précédent, daté du 30mars 1838, dans ce même journal, qui éclairera fortement celui-ci.
« Gazette de Wismar, 26 mars 1838,
Scandale et folie d’une personnalité reconnue.
L’Agent Immobilier Knock arrêté !
La veille au soir, la police fut dérangée par des plaintes venant des quartiers du centre-ville portant sur un individu hystérique qui dansait, chantait et hurlait dans les rues la chose suivante :
— Le Maître va venir ! Il va nous prêcher son évangile ! Le Maître va venir ! Vous entendez la bonne nouvelle ? Celui qui croit en lui vivra éternellement dans un monde de félicité et de joie ! Le Maître… Il va venir !
Les agents trouvèrent le fauteur de troubles qui s’avançait et hurlait des prophéties sectaires, avec joie, bonne humeur et un certain élan.
La façon dont il le faisait laissa penser à une crise d’ivrognerie, mais ce ne fut pas le cas.
Néanmoins, le délit de tapage nocturne, constaté par les représentants de la loi, devait être puni.
Le dit suspect fut alors amené au poste de police le plus proche, non sans qu’on dût le menotter. Ce fut une expérience délicate, car les policiers subirent, dans l’exercice de leurs fonctions, des violences physiques et verbales dont la décence nous empêche de formuler ici les citations précises.
Notre reporter, présent sur les lieux, s’approcha et reconnut un bourgeois renommé de notre ville, l’estimé monsieur Knock, qui est non seulement le directeur de l’agence immobilière la plus florissante de la ville, mais aussi un membre du très honoré conseil municipal.
L’individu, violent et verbeux, fut traîné de force avec l’aide réquisitionnée de notre agent (l’individu se révélant étonnamment agile et fort pour son âge, les forces de police n’arrivaient pas à le neutraliser complètement) au poste de police principal.
Le commissaire Kurtez, notre chef de la police estimé, se décida à interroger l’estimé monsieur Knock. Nous livrons ici, tel que l’a rapporté notre agent, l’interrogatoire :
— Monsieur Knock, que se passe-t-il ? Pourquoi, vous, un conseiller municipal, agissez de la sorte ? Êtes-vous ivre ?
— Non… Je suis heureux… Le Maître… Le Maître… Il arrive ! Il arrive !
— Qui est ce « Maître » dont vous parlez ?
— Un grand homme… Je l’ai connu… Oh, il y a 40 ans… Il m’a dit l’Évangile… Son évangile… Il sait tant de choses… Il est si savant… Et il sait ce qu’est la vie… Il m’a dit que si je croyais en lui, je vivrais éternellement… Je l’ai tout de suite respecté… Il commande aux animaux, à la nature… Il est le Maître de ce qui vit… Il est Dieu en personne…
— Dieu ? Monsieur Knock, faites attention à ce que vous dites ! Nul homme ne peut être Dieu ! Vous blasphémez contre la religion !
— Vous ne comprenez rien… La bonne nouvelle va se répandre sur Wismar…
— Ce Maître existe-t-il ? Il a un nom ? Avez-vous des preuves de sa venue prochaine en notre ville ?
— Oui ! Il m’a écrit une lettre !
— Fouillez-le et voyez s’il a cette lettre sur lui.
L’un des agents fouilla le suspect et trouva effectivement dans sa poche une enveloppe noire avec un sceau brisé, accompagnée d’une plume de corbeau.
Notre estimé chef de la police ouvrit et en sortit un papier semblant être une lettre sur laquelle trônaient, écrits en gros, des signes incompréhensibles et des chiffres.
Nous les reproduisons ici pour nos lecteurs :
☥⚚✠ ⟁⧫⚯ ⧗⧖⨀ ⧜⧝⚷ ⚛⨂⧪
⧓⧔⚛ ⧤⧥⧦ ⧧⧨⧩ ⨀⨁⨂
⚯⧫⧖ ⚛⧙⧚⧛ ⨀⨀⨁⨂ ⧜⧝⚷
⚛⨂⧪ ⧗⧖⨀ ⧓⧔⚛ ⧤⧥⧦
✠⚚☥
Absolument incompréhensible.
Le commissaire, complètement halluciné par cette écriture, et nous le serions à moins, se leva de sa chaise, faisant un bond.
— Un code… comprit le commissaire Kurtez. Votre Maître est un comploteur ou un chef de secte. Il va falloir passer aux aveux, monsieur Knock. Vous avez en fait infiltré, lors des élections, le conseil municipal pour comploter contre les architectures locales ?
— Mais… Mais non ! Vous… Vous… ne… comprenez… rien !
— Avouez ! Si ce n’est pas local, c’est sans doute plus haut ! Vous aviez prévu de renverser le gouvernement et cette lettre indique que votre chef s’apprête à passer à l’action grâce à votre travail ?
— Mais… Le Maître…
— Taisez-vous ! Je vois clair ! Si vous ne conspirez pas, alors l’affaire est religieuse ! C’est de la dérive sectaire !
— En fait, plaida un agent, je pense que ce monsieur est plus victime que coupable… Regardez-le, je pense qu’on lui a ôté la raison. Il m’a l’air d’avoir été conditionné par le malandrin à l’origine de cette secte.
Le commissaire Kurtez regarda le vieillard, qui ne savait plus où il se trouvait et murmurait qu’on ne comprenait pas : le Maître venait, un dieu vivant ! Il apporterait la paix éternelle à la ville. Plus personne ne souffrirait et tous seraient en vie éternellement.
— Monsieur Knock, soupira le chef de la police, je pense que vous êtes mentalement dérangé et qu’en fait, vous ne savez plus ce que vous faites ni ce que vous dites… Je pense que vous avez écrit cette lettre et l’avez oubliée, et vous vous êtes inventé un maître fantôme dans votre folie…
— Mais… je… je ne suis pas fou… Pourquoi me traitez-vous de fou ? J’ai… j’ai toute ma raison !
Conclusion fut faite, justice rendue au bon peuple, et notre estimé notable fut emmené, non sans violentes résistances et autres délires prophétiques au sujet d’un « bon Maître » qui n’allait pas tarder à montrer sa toute-puissance divine. Il fut entraîné de force à l’asile psychiatrique du docteur Sievers.
Nous attendons avec impatience l’expertise de notre estimé médecin et futur candidat à la mairie de Wismar, le docteur Sievers. »
Le second article ce jour-là précisait :
« Une femme tous les jours sur un banc. La nostalgie de l’océan ?
Une jeune femme a souvent été vue tous les jours sur un des bancs du cimetière de notre belle ville, face à l’océan qui le borde.
Quel que soit le temps, qu’il pleuve ou vente, elle est là : elle vient s’y asseoir dès la matinée et repart dès la tombée de la nuit.
Tous ceux qui l’ont aperçue la reconnaissent comme madame Ellen Hutter. Cependant nul ne sait pourquoi elle vient à chaque heure précise sur ce même banc.
Elle regarde pensivement l’océan.
Un de nos confrères a tenté de l’aborder afin d’en savoir davantage sur cette étrange situation.
— Madame, pouvez-vous nous expliquer pour quelles raisons vous venez tous les jours ici, sur ce même banc ?
— Je regarde l’océan. Je sens comme une vague de nostalgie qui m’appelle. Je sens que quelqu’un viendra un jour sur cet océan. J’ai promis à mon mari que je l’attendrai ici, là où nous nous sommes rencontrés pour la première fois.
— Vous éprouvez une nostalgie en regardant la mer ?
— Monsieur, la mer rend nostalgique mais le cadre est magnifique. Regardez ce bleu azurée, le calme des flots… Ici, tout repose en paix.
— Je vous signale, madame, que nous sommes dans un cimetière. Au vu des croix jonchant le sol, des tombes qui y sont creusées, tout le monde repose en paix ici !
— Et vous ne vous demandez pas pourquoi ce lieu a été choisi comme cimetière, monsieur ?
— Heu… Non, à vrai dire…
— La mer est un lieu paradisiaque : qu’elle soit violente sur son dessus, le dessous est d’un calme profond. C’est un lieu de repos, un lieu de silence, un lieu de contemplation. C’est un lieu qui prédestine aux arrivées de gens venus de pays lointains, un endroit à des inconnus peuvent se rencontrer et lier connaissance, comme nous deux actuellement. C’est aussi un lieu de promesse : un lieu d’éternel retour. Je sens qu’un jour quelqu’un viendra par ce chemin : quelqu’un va arriver ici. Je le sens au fond de moi, je le sais. Quelqu’un viendra pour moi…
— Votre mari ?
—Sûrement, je l’espère. Mais cela pourrait bien être aussi quelqu’un d’autre… Quelqu’un qu’en moi je ne souhaite pas vraiment rencontrer mais que le destin me pousse à aller accueillir. Quelqu’un qui souhaite que je le vois…
— Ce quelqu’un, vous savez qui c’est ?
— Je suis comme liée à lui… Je vois ce qu’il voit… Je sais ce qu’il sait… et c’est souvent effrayant de savoir, savez-vous ? Vous savez, monsieur, les tombes qui sont ici ne disent pas toutes la vérité : regardez cette inscription. « Monfils Chéri, qu’il repose à jamais » …
— Oui… Une mère ou un père aimant ?
— Vous ne reconnaissez pas ce nom ? Joshua Baltimore… Il était l’un des tueurs les plus sanglants de Wismar il y a dix ans. La gazette avait raconté ses exploits. Il avait accompli ses forfaits sous un anonymat total jusqu’à ce que sa propre mère, qui le détestait depuis l’enfance, le vende aux autorités et qu’il finisse pendu.
— Je m’en rappelle… L’inscription sur la tombe est alors mensongère… Oui, sa mère le détestait et quand elle a compris ses activités, elle s’en est débarrassée. L’homme était le plus dangereux que je connaisse : il haïssait sa mère au point
de tuer toutes les femmes de la ville qui lui ressemblaient de près ou de loin. Mais je ne vois pas la rapport…
— Le rapport est le suivant… L’homme qui va venir se cachera aux yeux de tous par le mensonge que vous allez vous créer. Que vous vous créer déjà sans doute. Paradoxalement, lui, ne dit que la vérité… Ou une partie. Il laisse les autres se tromper… Et les autres se trompent si lourdement qu’il en passe inaperçu. Sa plus grande dangerosité est de faire croire qu’il n’existe pas.
— Madame Hutter… Je pense que vous avez l’imagination trop fertile. Ce genre d’homme n’existe pas… D’ailleurs, vous n’avez aucun moyen de l’affirmer… Ou bien vous parler d’une personne que vous connaissez bien, rassurez-moi…
— Oui… Je le connais… En quelques sortes… J’espère que mon mari reviendra. Ill est parti au loin, dans un pays étranger, délivrer à un noble Transylvain une maison en ruines… En ruines… Qui irait acheter une maison en ruines pour y habiter au risque qu’elle s’effondre sur lui, je vous le demande.
— Vous… Vous en avez la preuve ?
— C’est son patron, monsieur Knock, de l’agence immobilière Knock et Compagnie, qui lui a confié cette mission éprouvante.
— La Transylvanie est à plus d’un millier de kilomètres de Wismar… C’est étrange, aucun agent immobilier ne prendrait le risque d’envoyer un agent aussi loin... Il y a des dangers sur les routes.
— C’est aussi ce que je lui ai dit : n’y vas pas, c’est étrange... Il ne m’a pas écouté.
Notre reporter demanda congé et nous trouvons étrange que le fou dont nous venons de parler ait envoyé aussi loin notre concitoyen, monsieur Hutter. Nous espérons que le jeune homme donnera bientôt de ses nouvelles.
Là aussi, nous vous tiendrons au courant dès que nous aurons une plus ample information »
Revenons maintenant au présent : nous sommes mi-avril et le lecteur de la gazette dont nous parlions au tout début de ce chapitre se souvint avec émotion du jour de l’élection municipale où Sievers avait enfin été élu maire avec 99,9 % des voix ! Du jamais vu en Allemagne ! Seuls deux hommes n’avaient pas élu le si intelligent personnage ! Il s’agissait de Bulwer (tout le monde savait qu’il n’aimait pas Sievers), quant à l’autre, c’était le vieux lecteur…
— Dire qu’on a le dernier des andouilles comme maire… On est tous fichus… déclara-t-il en lisant l’article qui nous intéresse.
Car, oui, le journal actuel revenait sur l’histoire du fou et l’homme n’en revenait pas :
« Gazette de Wismar, 05 avril 1838
Le docteur Sievers annonce ses conclusions :
Le fou mystique appartient à une secte zoophage dangereuse.
Voici l’interview telle que Peter Hanshmann, notre reporter, nous l’a rapportée :
— Docteur Sievers, pouvez-vous nous dire ce que devient l’honorable monsieur Knock, qui vous a été confié il y a deux semaines déjà et dont vous deviez nous signaler l’examen du cas psychiatrique ?
— J’ai analysé correctement le dément amené par la police il y a quinze jours. Il est visiblement membre d’une secte mystique incroyablement dangereuse. L’halluciné a été conditionné par un mystérieux maître dont nous ignorons tout, mais dont la police cherche à présent la localisation.
Le dément assure que son maître lui a promis la vie éternelle. Il le prouve en mangeant des insectes dégoûtants et repoussants, en disant que cela prolongera sa vie. Nous savons que ce mystérieux maître est lui aussi dérangé : la lettre qui nous a été confiée par les autorités prouve son ignorance crasse de toute forme intelligible d’écriture. Des experts de la police ont une copie de ce papier, mais ils n’arrivent visiblement pas à le déchiffrer, car, selon toute vraisemblance, il n’y a pas de code à déchiffrer. Ils n’arrivent même pas à en reconnaître l’écriture mais ils sont certains que Knock l’a rédigé : ils me l’ont montré pour que je constate… Mais, que voulez-vous, je ne suis pas graphologue et je n’ai rien reconnu d’autant que j’ignore la véritable écriture de Monsieur Knock.
Il est aussi possible que monsieur Knock ait été lui-même de maître de cette secte dangereuse, agissant en secret, et ait oublié ce fait, pensant à tort que le Maître et lui étaient deux personnes différentes. Il aurait alors, dans un état second, voulu manipuler ses adeptes en écrivant de facto cette lettre grotesque selon laquelle le VRAI « Maître » allait venir, et en aurait perdu la raison.
Si vous voyez parmi vous des animaux, méfiez-vous : certains animaux comme le veau ou le bœuf sont comestibles sans danger, mais s’il vous plaît, évitez les insectes et même les rats, qui sont vecteurs de peste.
Maintenant que les élections sont terminées, veuillez m’excuser, mais j’ai affaire à la mairie. Ce monsieur Knock est dérangé, et sous bonne garde… Il y a jour et nuit un gardien devant sa porte.
— Combien ?
— Un seul…
— Un… Un seul ?
— Restrictions budgétaires, que voulez-vous ? On en cherchait un qui ne serait pas trop cher et accepterait un salaire de misère et Dieu nous l’a envoyé !
— Il n’y a aucun risque d’évasion avec si peu de gardiens disponibles ?
— Aucun risque, l’homme est compétent et vigilant : l’asile, sous sa garde, est une vraie forteresse d’où personne ne peut sortir et personne d’armé ne peut y entrer.
— J’en doute…
— Vous osez mettre en doute mes compétences de maire, médecin et psychiatre ?
— Non je n’oserai, docteur Sievers…
— Monsieur le Maire…
— Votre gardien a-t-il les clés de la cellule, docteur ?
— Mais évidemment qu’il les a… C’est son porte-bonheur ! Il les garde jalousement autour du cou comme un talisman… Il me dit que les cinglés aiment le reflet qu’il procure, alors il les expose un peu…
— Mais docteur, exposer les clés en talisman sur son cou, n’est-ce pas dangereux ?
— En aucune manière, il fait très attention devant les barreaux de la cellule où il est posté…
— Laquelle ?
— Celle de Knock le zoophage… Qui d’autre, c’est le seul fou de l’établissement… Ce gardien est exemplaire. Chaque fois que je passe, il me dit : « Je suis toujours à vos ordres, Maître. » et il dit m’entendre de loin car nul doute qu’il parle de moi… Il sait qu’il doit obéir. IL est toujours fixe, le regard devant lui, sans bouger, aux aguets… Il avait une excellente lettre de recommandation sur lui vantant son obéissance, sa loyauté et son efficacité.
— D’un noble Transylvain qui est très connu chez lui, dans les Carpates, un certain… Comte Orlok ! Cependant, sa lettre avait une calligraphie hésitante bien qu’écrite en allemand, presque archaïque… J’ai même cru un moment à… Mais non, les experts ont démenti… Ils pensent que Knock a halluciné ses propres préceptes jusqu’à la folie furieuse…
— Mais… Alors, selon vous, Monsieur Knock est devenu totalement frappé soudainement parce qu’il s’est converti lui-même à ce qu’il pensait alors ?
— Oui… J’ose le dire… Il est même toc toc ? Si vous voyez ce que je veux dire… Laissez-moi m’en aller maintenant, j’ai un mariage à célébrer dont je suis aussi l’invité… »
Ainsi, nous apprenons bien l’existence d’une secte dont le nébuleux Maître ne serait que pure diversion orchestrée par le maître à penser devenu fou : monsieur Knock, victime de ses propres stratagèmes et ambitions…
Notre reporter, Peter Hanshmann, peut vous l’assurer : en dehors des membres inconnus de la secte de monsieur Knock, il n’y a rien à craindre. La sécurité est maximale selon le nouveau maire et directeur de l’asile : aucune chance pour l’aliéné de prendre un jour la fuite.
Le second article, toujours aussi éloquent, parlait d’un cas particulier :
Un professeur d’université expulsé ! Atteinte grave aux fondements mêmes du principe scientifique !
Notre renommé autre médecin généraliste local et paracelsiste, le docteur Bulwer, la semaine passée, fit un cours absolument désastreux.
Il a démontré à ses élèves un contenu qui n’aurait jamais dû être au programme de cette année. Il en était monstrueux, bafouant les lois les plus élémentaires de la physique : il a montré et démontré les principes de fonctionnement et d’existence de plantes carnivores, de chauves-souris et aurait fait la comparaison avec un vampire dans la réalité. Comme si cela ne suffisait pas, il a montré l’existence d’espèces marines transparentes, en les assimilant à des fantômes pouvant aussi exister en notre monde réel.
Devant un tel affront, les élèves, victimes des horribles paroles sorties de la bouche de l’enseignant, et les personnes à qui ils les ont rapportées ont porté plainte.
Parvenue à l’attention des autorités compétentes et de la direction de notre faculté, l’enseignant a été proprement congédié, avec interdiction à vie de retrouver un métier d’enseignement. Il a même été prévenu qu’à la prochaine récidive de corrompre la jeunesse avec de telles superstitions, il serait aussi interdit d’exercer la profession de médecin généraliste.
Alors que notre reporter, Klausman Brinlle, lui posait la question :
— Professeur, que pouvez-vous nous dire sur les motifs indiqués à votre renvoi de la faculté hier ?
Il a répondu :
— Une seule chose : cette ville semble composée d’une belle brochette d’abrutis et risque de s’effondrer à tout moment si ces gens dits « sérieux » ne se reprennent pas mentalement bientôt ! J’espère qu’aucune menace ne surgira dans cette ville avec une mentalité pareille de nos élites, j’en tremble d’avance…
Nous vous assurons que cet homme ne risque plus à présent de faire partager à nos jeunes ses idées subversives. Vous pouvez dormir tranquille : le maire Sievers et l’autorité compétente veillent au grain ! »
L’homme n’en revenait pas ! Ses yeux s’écarquillèrent en lisant les nouvelles :
— Quelle ville de fadas : des sectes et des iconoclastes !
Il jeta le journal à la poubelle, décidé à ne plus lire d’âneries pareilles !
Ni le lecteur ni la gazette ne se doutaient que la folie de Knock, générée par la lettre reçue d’Orlok, était le début du plan machiavélique du vampire visant à déstabiliser la ville pour passer inaperçu une fois arrivé. La lettre ne servait que pour les autorités de la ville : Orlok contrôlait mentalement Knock. De même, le gardien était sous l’emprise d’Orlok et attendait patiemment de mourir pour son « maître » afin de permettre à Knock de s’évader un jour.
Quant à Bulwer, on lui en voulait simplement de sa déclaration véridique de vampires certifiés parmi les animaux de la nature comme étant des divagations fantaisistes.
Un mois passa presque mais le lecteur recommença à acheter la gazette sans trop de nouvelles idiotes assumées par les journalistes ! Il commença à soupirer d’aise… Cependant, il ignorait une chose ! S’il y avait eu une loterie nationale de la nouvelle la plus ridicule, la gazette de Wismar pouvait prouver à ses lecteurs qu’elle représentait en leur nom le gros lot ! Et pour être gros, on pouvait dire qu’il l’était tellement la foudre tomba sur cette petite ville tranquille qui avait oublié les désastreux évènements sur le fou et sa secte fanatique zoophage.
La tombola tombait du ciel, les nouvelles les plus désastreuses aussi !
C‘est ainsi que le sensationnaliste pouvait en un certain jour lire des nouvelles fraiches d’un acabit ma foi assez fort. Et notre vieux lecteur sur son banc dût déguster un rare millésime comme on n’en faisait plus depuis longtemps :
« Gazette de Wismar, 2 mai 1838
Knock coupable de meurtre dans sa folie.
Une femme nommée Ellen Hutter s’inquiète de la disparition de son mari, Thomas Hutter, envoyé en Transylvanie pour une affaire de vente de maison. Elle aurait reçu une lettre originellement destinée au patron de celui-ci, indiquant qu’il ne reviendrait pas avant un mois, et aurait trouvé bizarre que cette lettre arrive avant une autre postée le jour précédent mais parvenue trois semaines après le dernier envoi.
On lui permit, sous protection de son beau-frère et de la sœur de son époux, le riche et influençable armateur Harding, ainsi que sous l’excellente vigilance du seul gardien du lieu, de voir le fou zoophage.
Évidemment, l’homme, ayant perdu l’esprit, tint des propos incohérents que nous rapportons ici :
— C’est normal, le premier courrier a mis du temps car il a suivi une voie terrestre mais le second courrier, lui, s’est envolé avec le corbeau voyageur en même temps que le mien… Je suis content que mon autre employé vous l’ait remise à la date convenue… Le Maître sait tout, il connaît tout ! J’ai parlé de tout… Oui, aussi de vous… Mais il ne voulait pas me croire quand j’ai parlé de votre beauté, alors… J’ai envoyé votre mari avec ce qui était convenu… Il n’était pas sûr… Mais je savais que votre mari… Il lui montrerait votre portrait… De bonne grâce ou par accident… Il vous a tout de suite admiré… Cela ne change rien au déroulé… Il vous aime… Il vous veut… à son image ! Il vient… pour vous ! Votre mari… Il ne reviendra… sans doute pas… le mois écoulé.
Madame Hutter, absolument épouvantée, sortit en pleurant.
Plainte pour homicide fut déposée par les Harding contre l’aliéné.
La police comprit que Monsieur Knock avait orchestré un crime passionnel pour prendre la femme de son employé et la corrompre dans sa vilenie. Il avait sans aucun doute fait croire à une mission au jeune homme afin de l’envoyer dans un certain coin et lui avait fait écrire deux fausses lettres qu’il avait lui-même postées afin de dissimuler son crime affreux.
Les agents de l’autorité fouillent actuellement le domicile et l’office du criminel afin de trouver des indices sur sa culpabilité.
Des fouilles battent actuellement la campagne et les bois afin de retrouver le corps…
Nous vous tiendrons au courant pour plus amples informations . »
Le vieux monsieur fronça les sourcils : décidément, ce vieux Knock était vraiment dérangé, et il pensa que son entrée au conseil municipal était la raison de la déliquescence de cette bonne ville de Wismar.
Il n’avait peut-être pas tort.
Ce que tous ignoraient, c’était que la lettre arrivée en premier était celle qu’Orlok avait envoyée à Knock mais qui était écrite par Hutter. Elle arriva donc « envolée » et fut remise ensuite par Knock à Ellen avant qu’il n’ouvre son enveloppe qui lui était purement destinée. Celle arrivée en retard était celle que Hutter avait donné au cavalier et était parvenue à Ellen par voie terrestre normale donc elle avait mis plus de temps.
Le vieux lecteur se leva du banc et parcourut un peu la ville sous le ciel humide et pluvieux ; une tempête se préparait.
Les orages grondaient…
Le vieux lecteur de la gazette passa devant un campement qui se trouvait un peu aux abords de la ville et venait à peine d’arriver.
Le vieux monsieur trouva les hommes et femmes du camp assez bizarres, bien que leur teint fût à l’origine brun, et leur trouvait un aspect un peu spectral.
Un gitan (il se souvint d’un des nombreux noms donnés à ces gens) lisait devant une petite troupe une lettre dans une langue qu’il ne connaissait pas.
Il ne voyait pas ce que la lettre contenait, mais les Tziganes étaient admiratifs comme un seul homme.
L’homme qui lisait tenait entre ses mains une enveloppe noire… Des plumes de corbeau étaient à terre.
L’homme n’aimait pas trop les gitans et ne s’en approcha pas. Ils n’étaient sans doute pas bien méchants, mais ils lui déplaisaient.
Il demanda à un passant ce que ces Tziganes faisaient ici. On lui répondit :
— Le maire Sievers recherchait des chanteurs pour un mariage… Ils viennent d’une région perdue à la recherche d’un havre de paix éternelle et passaient par ici par hasard. Le maire leur a proposé alors de participer aux célébrations et de donner libre cours à leurs talents. Il a senti la bonne occasion au bon moment, le rusé renard…
Bizarrement, les Tziganes avaient eux aussi trouvé une excellente occasion de rester en ce lieu d’éternel repos et de havre de paix…
La lecture suivante du journal, le lendemain, était énorme, trop énorme ! Elle était spectaculaire :
« Gazette de Wismar, 2 mai 1838
Vagues mystérieuses de suicides…
Depuis la veille au soir, de nombreuses personnes se sont donné la mort en s’ouvrant la carotide dans notre belle ville de Wismar ; d’autres se sont pendues.
Que se passe-t-il ?
Sans doute la pluie et l’orage qui grondent depuis hier leur ont-ils donné le cafard ? Un dépit amoureux ? Une mauvaise nouvelle ? Une ruine ?
D’après les proches, ces personnes étaient dans la plus parfaite harmonie avec elles-mêmes et avaient leur plein sens…
Pourtant ces suicides étaient sans équivoque et furent attestés en présence du maire, qui est non seulement généraliste psychiatre, mais aussi, nous le rappelons, médecin légiste.
Les morts par carotides tranchées tenaient leurs poignards ensanglantés dans la main ; les pendus avaient une chaise à terre…
La situation ne permet pas d’expliquer le pourquoi de la situation, mais le maire, lui, nous en a donné une :
— Ces gens devaient faire partie de la secte zoophage de Knock… Regardez cela : des plumes de corbeaux tout autour ! Ils ont mangé ces volatiles ! Ce n’est pas aussi répugnant que pour Knock, mais il y a des limites… Ils n’ont sans doute pas pu supporter que leur maître à penser soit interné. Sans doute attendaient-ils un miracle, mais notre gardien, qui a sa clé sur lui, autour de son cou — je le rappelle et le souligne — reste vigilant. Il n’obéira qu’à moi, la voix de son maître, et jamais, jamais il ne s’évadera.
Les autorités continuent d’enquêter sur l’étrange épidémie de suicides.
Notre ville est, depuis quelques semaines, frappée par une vague d’incidents et de tragédies incompréhensibles, que même la police, la médecine et la municipalité ne peuvent complètement expliquer.
Cependant, nous pensons que les déductions de notre honoré maire, le docteur Sievers, vont dans le bon sens. Hélas, certaines personnes malveillantes attribuent les suicides aux tziganes installés depuis peu dans notre ville en disant qu’il s’agit de meurtres maquillés dans le but de provoquer un chaos urbain.
Nous appelons ces gens à reprendre le sens de leurs responsabilités : le racisme envers des étrangers est sévèrement puni dans notre ville. Il ne peut y avoir accusations sans preuves et, si certains d’entre eux traînaient effectivement sur les lieux du crime, cela ne constitue pas un délit en soi.
Qu’on se le dise . »
Ce que tous ignoraient était que les suicides n’étaient dus qu’aux meurtres perpétrés et maquillés par les tziganes fraichement débarqués afin de plonger la ville dans un chaos tel qu’Orlok, une fois arrivé, puisse être invisible aux yeux de tous et puisse apaiser sa soif de sang en conquérant un territoire déliquescent.
Le lendemain, la lecture du vieil homme fut encore plus surprenante lorsqu’il découvrit un nouvel article :
« Le fou zoophage confond asile et kiosque à journaux.
Notre estimé gardien balayait tranquillement la cellule du fou quand il se trouva délesté d’un journal pourtant étranger à notre commune et même à notre pays ( la Gazette de Transylvanie datant qu’il y a quelques semaines déjà mais miraculeusement parvenue jusqu’à notre estimé et vaillant gardien déclarant l’avoir trouvée dans le courrier du matin fraîchement emplumé ), par le sinistre fou zoophage qui défraie actuellement notre chronique des faits divers : le sinistrement trop connu Monsieur Knock.
N’ayant sous le coup rien senti car il aurait entendu des ordres provenant du bureau du « Maître » (le docteur Sievers, notre estimé maire), il s’y serait rendu, tendant la poche de son pantalon où l’objet lui fut subrepticement retiré par ledit individu.
On entendit un éclat de rire sinistre dans le bureau, où notre estimé maire se trouvait effectivement mais qui n’avait interpelé personne et surtout pas notre zélé gardien qui jurait avoir entendu « le Maître » lui demander d’aller en son bureau.
Le rire s’intensifia et les deux hommes crurent bon de se rendre sur place. Ils y constatèrent l’effraction : la cellule était un club de lecture où le fou homicide lisait tranquillement les nouvelles, riant à gorges déployés et surtout la page de titre.
On y parlait d’une étrange peste sévissant en Transylvanie et dans les ports de la Mer Noire où les victimes auraient deux petites marques inquiétantes sur le cou. Un cas nouveau, incompréhensible pour les médecins, mais absolument inoffensif pour nous car les Dardanelles sont maintenant fermées pour circonscrire l’épidémie qui semblait galopant. Le journal ajoutait que l’Europe ne risquait rien.
L’article faisait rire le ladre aux larmes et il gloussait que le Maître arrivait, que la preuve en était là.
Une lutte violente s’engagea entre les trois hommes afin de lui reprendre le journal et camisole de force lui fut passée.
Calmé et défait de la camisole quelques heures plus tard, le fou aurait dit à son gardien, selon notre estimé maire :
— Entends-tu les vagues, confrère ? Notre Maître arrive, c’est bientôt l’heure !
Notre maire et médecin trouva fort plaisant le compliment car il venait en fait d’arriver à ce moment précis. Il nous confie :
— Le fou commence à comprendre que je suis le Maître ici ! Son délire semble s‘effacer et c’est à présent moi qu’il appelle Maître. Car il a bien dit au gardien « Notre Maître arrive » au moment même où j’entrais dans la salle.
Le gardien, prudent, promet solennellement de ne plus laisser le fou lui voler son journal. Le Maître (notre maire et psychiatre) lui aurait promis une forte récompense demain s’il continue à faire ce pour quoi il a été assigné, c’est-à- dire rester la clé autour de son cou à surveiller le prévenu en se tenant debout derrière les barreaux de sa cellule.
Nous faisons entièrement confiance en cet homme comme notre maire. Il représente la quintessence de l’élite malgré une légère étourderie sur laquelle nous l’excusons volontiers et ne reviendrons pas car le fou semblait avoir gardé un peu de ruse en lui avant d’en venir à de meilleures dispositions.
Nous vous tiendrons au courant de la rédemption de Knock étant donné qu’il semble maintenant disposé à collaborer étroitement avec nos services. Nous devons le faire parler et savoir où il a pu dissimuler le corps de monsieur Thomas Hutter, disparu depuis plus de deux mois, et visiblement assassiné par ses soins ! »
— C’est vraiment incroyable mais vrai fit le vieil homme, ce drôle de lascar a encore des tous dans son sac… On devrait faire plus attention.
Il lut un second article :
« Nouvelles fraîches d’un journal transylvain : un homme recueilli dans un hôpital.
Le journal que tenait Monsieur Knock nous a été remis et nous avons constaté un fait divers fort divertissant dans les nouvelles de ce quotidien qui mérite d’être reconnu de nos lecteurs. Il y verra que la rationalité n’empêche pas les gens de se comporter de manière absurde, ce qui est une faute grave mais, ce sera, pour nous, un sujet d’hilarité.
Un homme serait tombé de cheval et aurait été ramené par des bûcherons dans un hôpital d’Europe de l’est.
Blanc comme un linge, il n’aurait eu qu’un malaise mais cela a provoqué chez lui des hallucinations à son réveil.
Il croyait avoir vu des cercueils, des ombres, des dents… En fait, nous supposons que l’homme, visiblement allemand d’après les dires des médecins sur la gazette de Transylvanie, aurait dit être descendu d’un château se trouvant sur une montagne escarpée au col de Borgo et reparti en urgence car il le « devait » pour « sauver tout le monde ». Nous supposons que ses délires viennent d’avoir vu une procession funéraire passer au-dessous de lui lors de sa séance d’alpinisme.
Nous ignorons tout de lui et de ce qui l’a poussé à entreprendre si vite le chemin de retour en Allemagne.
Cependant, d’après la Mère Supérieure de l’hôpital et le médecin chef, il serait reparti presque aussitôt après avoir repris connaissance disant qu’il devait rentrer à Wismar.
Pourquoi ? Comment ? Nul ne sait qui il était ni ce qu’il veut faire chez nous.
Le médecin aurait déclaré aux journalistes de la gazette de Transylvanie :
— Ah, ces alpinistes… Quelqu’un devrait interdire ce sport dangereux… D’autant que cet homme pouvait fort bien divaguer à cause de sa fièvre, du malaise, tout aussi bien qu’être un véritable fou ! »
— C’est bizarre ! C’est sensé faire rire les lecteurs ? Ils ne se disent même pas qu’il a vu quelque chose de dangereux comme un conspiration ou autre chose ? Il a sans doute ses raisons de venir chez nous aussi vite, cet homme ! s’emporta le lecteur. Leur devise à ce journal, c’est quoi ? « Wismar, tout le monde se marre ? hé ben moi, ce sera, « Wismar, j’en ai marre ! »
Il jeta le journal à la poubelle et rentra chez lui .

Le journal Transylvanien indiquait deux choses que nous nous devons d’expliquer au lecteur dans un souci de cohérence : Déjà, il s’agit du journal qui contenait l’annonce vu en début d’acte 3 et qui annonçaient les victimes d’Orlok que les médecins considéraient comme porteuses d’une peste d’un genre nouvelle du fait qu’ils ignoraient les origines des deux traces de piqûres sur le cou…
L’autre chose, c’est l’arrivée de Thomas Hutter, dans sa course folle pour atteindre Wismar, dans un hôpital où des gens l’amenèrent. Il avait dit être parti d’une montagne (en fait l’endroit où se trouvait l’horrible château du comte Orlok, si notre lecteur n’a pas oublié la fin de l’acte 2). Malgré son état de faiblesse, il voulut repartir le plus vite possible afin de battre Orlok de vitesse pour revenir à Wismar.
Et les voiles entendues par les deux hommes (fou et gardien) à l’asile et le vent qui les fait bruisser n’éteint autre que celles de l’Empusa, sur le point d’arriver avec le vampire à bord. Le vrai « maître » de ces personnes !
Le vieux lecteur avait raison sur plusieurs choses et surtout sur Knock : on aurait dû faire plus attention. Le matin suivant, quand il acheta son exemplaire, il tomba sur ce gros titre qui faisait la une du quotidien :
« Gazette de Wismar, 4 mai 1838
Évasion spectaculaire de l’asile.
Un fou dangereux en liberté.
Nous prévenons les citoyens de Wismar que l’unique et si perspicace gardien de l’asile de Wismar, qui assurait la sécurité des lieux et le transformait en forteresse impénétrable, a été étranglé par l’aliéné connu sous le nom de monsieur Knock, anciennement membre du conseil municipal et agent immobilier, mais aussi chef présumé d’une redoutable secte zoophage et assassin.
Le susmentionné Knock a profité de façon totalement imprévisible et jamais vue à Wismar auparavant, que l’honorable et courageux gardien — symbole de l’intelligence de notre ville et de son savoir-faire si envié — se trouvait devant la porte de sa cellule pour passer les mains à travers les barreaux et lui serrer la gorge.
Avant de laisser tomber le gardien, il s’est emparé de la clé des cellules, suspendue à son cou, et s’est enfui par la porte de sortie sans être inquiété, au cœur de la nuit et de la tempête…
Nous recommandons aux habitants de faire extrêmement attention : le fou est EXTRÊMEMENT dangereux. Si vous le voyez, fuyez le plus vite possible et venez nous alerter !
Il est aussi possible que certains membres survivants de sa secte veuillent l’héberger… Nous ignorons combien ils sont, et la police est déjà extrêmement débordée par les vagues inquiétantes de suicides qui continuent à grande vitesse pour enquêter…
Nous vous tiendrons au courant . »
Un deuxième article attira son attention :
« Heureux retour d’un miraculé présumé mort.
Monsieur Thomas Hutter, déclaré mort par la municipalité, a refait surface, l’œil hagard, le regard terne.
Sa fatigue extrême l’empêche d’articuler le moindre mot pour le moment, mais d’après son état, l’homme semble avoir parcouru de grandes distances hâtivement.
Disparu depuis plus d’un mois selon sa femme, monsieur Hutter avait préalablement été déclaré comme assassiné par l’aliéné Knock.
Nous subodorons plutôt un kidnapping, et la police le pense aussi, malgré les appels à la raison de sa femme, Ellen, qui croit encore que son mari était en Transylvanie pour affaires avec un aristocrate dont le nom, Orlok, a été certes cité par le maire comme l’homme ayant eu l’extrême amabilité de nous envoyer le pauvre gardien sans failles de l’asile qui nous malheureusement quitté la même journée pour un monde que nous lui espérons meilleure que le nôtre mais dont nous ne trouvons aucune trace sur les registres de Transylvanie. De même, son château n’apparaît sur aucune carte.
L’homme, qui s’est présenté chez les Harding hier, s’est écroulé à la descente de son cheval et a été ramené chez lui pour y être soigné. Sa femme veille à présent sur lui.
La police nous confirme à l’instant que les charges contre Monsieur Knock ont été modifiées en enlèvement, torture mentale et séquestration arbitraire concernant ce fait… Il reste recherché pour le meurtre du gardien et son évasion de l’asile !
Nous recherchons d’éventuels complices sectaires du criminel qui auraient surveillé et nourri l’infortuné jeune homme pendant sa détention ou chercheraient à héberger le fou en cavale. »
— Ben dis donc, dit le vieil homme, habituel à la lecture de son journal… Il s’en passe vraiment de drôles chez nous… La ville est complètement folle… C’est un vrai cirque, ici… Je vis chez des clowns…
Nous savons tous où exactement était passé Thomas Hutter et nous savons exactement le genre d’énergumène qu’il a involontairement permis d’entrer dans la ville. Pour le moment, personne n’a vu l’Empusa arriver. Signalons que Hutter est revenu dans l’après-midi et que Knock s’est évadé vers le milieu de la nuit durant la tempête avant que l’on ne découvre le bateau échoué. Du coup, Knock fait les gros titres et le retour de Hutter a été relégué plus loin.
Evidemment, personne ne savait qu’Orlok avait débarqué de l’Empusa échoué sur la plage avec son dernier cercueil et qu’il s’était de site rendu à sa maison abandonnée sans se faire remarquer. Tout le monde était resté chez soi à cause de la tempête. Il avait alors ordonné à Knock de tuer le gardien sous contrôle vampirique et de s’enfuir : un tueur fou en liberté lui permettait de semer davantage le trouble et de servir de bouc émissaire pour les meurtres non imputables à la peste.
La pluie continuait de tomber… Des vautours, par centaines, commençaient à s’entasser dans la ville par cette sombre journée de printemps… La ville donnait l’impression d’être un tombeau à ciel ouvert…
— Ben, c’est gai, dit notre homme qui n’en pouvait plus de ce temps maussade.
Le vieil homme découvrit un autre journal titré « édition spéciale » :
— Tiens… C’est nouveau… Je vais l’acheter et m’installer pour une nouvelle lecture…
Ainsi fut fait.
Notre homme se mit donc en devoir de littéralement dévorer ce nouvel article se demandant quel gros lot la tombola du cirque narratif de la gazette allait encore lui tirer. Maintenant, il la trouvait assez drôle et l’idée de reprendre un peu de ce bouillon au goût maintenant plus très rare lui faisait davantage plaisir.
« Wismar, 4 mai 1838, édition spéciale. Informations urgentes et vitales.
Catastrophe maritime… Un bateau sans équipage arrive au port… Danger de peste !
Un fait important s’est déroulé ce matin alors que nous avions déjà mis sous presse l’édition quotidienne de notre gazette. Il est de notre devoir d’en informer le lecteur le plus vite possible au vu de la nécessité vitale de l’information, plus importante encore que la disparition du fou évadé au début de la nuit passée …
On a retrouvé, sur la rive du cimetière de Wismar, un voilier échoué à cause, dirait-on, de la tempête.
Personne ne semblait en descendre.
Le navire, énorme, était couché sur une partie de son flanc et endommagé.
L’armateur Harding et le maire — notre médecin principal et le plus compétent de la ville — ainsi que le tristement renommé, par sa réputation sulfureuse de croyances superstitieuses (depuis la tristement célèbre affaire de la faculté), docteur Bulwer, furent appelés sur les lieux.
Une fois sur le navire, l’horreur fut à son comble.
Le capitaine s’était attaché à la barre, avec un nœud solidement fait.
Après examen minutieux, il s’avéra être mort. Le cadavre, dans ses derniers instants, avait confié son âme à Dieu dans des prières, un crucifix encore tenu dans les mains.
Il était seul à bord.
Dans la cale trônaient de la terre et des débris de boîtes oblongues sur lesquelles il était marqué « engrais pour jardins ».
Le docteur Sievers examina le cadavre du capitaine et ne découvrit rien qui pût éclaircir les causes du décès.
Le docteur Bulwer examina aussi le mort et fit une expression de grimace. Il se tut cependant, mais avait un regard anxieux.
Monsieur Harding, qui était allé enquêter dans la cabine du capitaine, découvrit un journal de bord qui mentionnait les choses suivantes : un redoutable fou assassin faisait de la contrebande à bord et le capitaine accusait, via des preuves précises, son second.
Cela ne concordait pas ! Selon la perspicacité du maire et du commissaire Kurtzman, le capitaine était devenu fou par les actions malséantes qu’il avait commises : il était en fait celui qui avait massacré l’équipage et le second, et avait, à leur humble et juste observation, accusé ce dernier pour écarter les soupçons.
On s’en alla délibérer dans les locaux de l’autorité portuaire. Là, Il fut compris, au premier abord, que le capitaine, se sentant finalement — dans un relatif moment de lucidité — responsable de folie homicide et de tortures sur tant de personnes, s’était attaché près de la barre afin de conduire le vaisseau à sa destination finale.
Mais une chose relativisa l’événement : il fut découvert, écrit dans le journal de bord, que des rats étaient à bord.
Il fut ensuite admis que les rats étaient sans aucun doute porteurs de peste et que ces hommes en avaient sans doute consommé, d’où leur décès. Certains ont dû même se suicider en comprenant qu’ils s’étaient eux-mêmes condamnés.
Les paroles de Knock revinrent à la mémoire du chef de notre bien-aimée police : « le Maître arrive » …
Le Maître devait être, sans nul doute, le capitaine du navire… et il avait embrigadé tout l’équipage dans la folie mortelle de la secte ! Les malheureux !
Cela ne changeait rien pour l’évadé : bien qu’il fût conclu qu’il n’était pas le maître de la secte, sa nature meurtrière et imprévisible n’en restait pas moins dangereuse.
Néanmoins, un homme déclara, parmi les curieux attroupés, qu’il avait vu des rats venir du cimetière jusque dans le centre-ville.
Un second affirma même qu’il avait vu une ombre indescriptible, au milieu de la nuit noire, traversant la ville au cœur de la tempête extrême qui faisait rage ce soir-là — culminance de cette force qui s’abattait météorologiquement sur nous depuis quelques jours — portant une boîte ressemblant à un cercueil, et s’était évaporée en entrant comme un fantôme dans une maison abandonnée.
Le deuxième homme avait sans doute eu des hallucinations dues à une soirée trop arrosée, tandis que le premier, plus fiable, confirmait les pires soupçons du maire.
Il décréta l’alerte générale :
— Danger de peste ! Que tout le monde se calfeutre chez soi ! J’ordonne la quarantaine !
— C’est sans doute un peu tôt sans pronostic médical, objecta le docteur Bulwer : il nous faut observer davantage, en examinant le cadavre car j’y ai vu des blessures suspectes qui ressemblent à de légères piqûres ou morsures dans le cou.
— Comment, le coupa notre estimé maire, vous l’avez devant vous, la preuve ! Les rats ont grimpé sur le pauvre homme et l’ont mordu ! Vous voyez ? Vous apportez vous-même la preuve de la contagion !
Le docteur Bulwer — qui, décidément, est le plus mauvais médecin de la ville au point de ne pas voir ce qu’il a sous les yeux — fut bien obligé d’admettre la vérité en face. Son oubli de la pratique médicale lors de cette affaire, son erreur de diagnostic, pourraient lui valoir une interdiction à vie d’exercer…
Une enquête sera diligentée pour sénilité mentale le concernant.
Les habitants de Wismar qui nous lisent seront prévenus de rester chez eux jusqu’à nouvel ordre. »
Le dernier article était spécial :
« Ivrogneries sans précédents dans la ville ou des ombres dans la nuit de la tempête !
Plusieurs témoignages nous sont parvenus de nombreuses apparitions dans la ville au cours de la soirée précédente dont la tempête, violente, fit échouer le navire l’Empusa sur nos côtes.
Certains auraient vu une femme ressemblant à madame Hutter courir dans les rues en criant :
— Le voilà… Il vient pour moi !
D’autres auraient vu une ombre mystérieuse sortir des cales du navire échoué et en partir avec un cercueil très lourd sous le bras comme s’il portait une plume !
D’autres témoins se seraient relayés l’exploit de cet Hercule moderne : l’ombre aurait été vue place de la fontaine, puis se diriger vers une maison abandonnée du centre-ville, avec toujours des cercueils (est-ce le même ?) sous le bras.
Pire : ces gens devaient être visiblement tous sous l’emprise de l’alcool car ils auraient vu cette « chose » avec des dents de rats, chauve, squelettique, livide, brumeuse par moments, traverser le mur de la maison abandonnée avec son fardeau en main et ce comme une ombre ou un fantôme.
Plus de 17 témoins auraient été appréhendés ce soir-là pour ivrognerie, faux témoignages et tapage public dont nos cinq témoins en question qui continuaient leurs divagations. Ils disaient e pas avoir bu ou presque rien… Leur état témoigne de l’exact opposer et notre bon commissaire n’a même pas eu besoin de sentir s’ils aveint ou non consommé.
Certains disent avoir vu des rats, des milliers de rats débarquer en ville.
Vu les récentes informations parvenues plus haut, ces cas-là sont désormais relativisés par la sécurité vu le danger de peste annoncé. Il y a effectivement des rats, y compris dans notre salle de rédaction.
Le commissaire Kurtez présente à ses personnes ses plus hautes excuses… Il les a libérés et ils peuvent maintenant retrouver leurs familles.
Cependant, certains ont décidé, malgré l’ordre de quarantaine, d’aller aux bistros encore ouverts ou de s’acheter dans les commerces de quoi « fêter dignement » la chose et « boire un petit coup à la maison »…
Nous vous rappelons que la quarantaine est maintenant acquise. Ne paniquez pas, restez chez vous sauf pour aller chercher de quoi vous alimenter ou boire… mais de préférence « ne pas rouler sous la table » …
D’autres informations paraîtront sur le devenir de la peste dans notre belle ville. Le journal continuera sa publication pour vous informer de manière rationnelle sur les évènements. J’espère que vous trouverez quand même le moyen de vous procurer notre quotidien.
Nous installons en ce moment même un système d’abonnements. Vous pouvez payer notre livreur pour obtenir votre journal du lendemain et lui donner vos coordonnées par écrit. »
Le vieil homme se demanda s’il devait s’abonner ou pas… Si vraiment il y avait la peste, ce serait difficile de sortir même pour faire les courses et encore mieux acheter le journal.
Cependant, il aimait ce banc plus que tout au monde pour y faire sa lecture quotidienne ! Il passait sa vie ! Il y mourrait même un jour, il en était convaincu.
Pendant ce temps, la nuit sembla tomber plus vite que prévu dans la rue arrière d’une certaine maison abandonnée où le vieil homme s’était installé. Le temps devint maussade, la pluie tombait drue…
Quelques minutes plus tard, le crieur public, armé de son tambour et parcourant la ville, lut l’ordre de quarantaine.
La ville était en alerte sanitaire…
Dans Wismar tout entier, la panique la plus totale commença à se faire jour.
Le vieux lecteur sentit une ombre derrière lui.
Un homme s’assis à ses côtés. Il remarqua le journal que tenait encore le vieil homme entre ses mains.
— Nouvelles fraîches ?
— Ils disent qu’il y a la peste…
— Vous y croyez ?
— Moi… Je lis pour lire… Au début, je détestais ce torchon… Mais maintenant, je commence à le lire pour me marrer un coup… Ils en disent des conneries dans leurs recherches de rationnels et d’excuses pour pas expliquer des choses ou pas bosser...
— Je vous crois… Sur tout. C’est d’ailleurs pour cette raison que je me suis installé ici récemment. Depuis Hier, en fait… Hier soir… Je me suis dit, à Wismar, comme on se marre… Et je suis venu à Wismar. Pour m’amuser… et aussi trouver de quoi me nourrir.
— Vous aimez manger chinois ou italien ? Parce que la nourriture d’ici…
— J’aime manger de la viande… Mais il me la faut saignante à souhait.
— De la viande tartare ? Monsieur est un connaisseur…
— Oui, on peut le dire…
Le vieux monsieur regarda son interlocuteur. Il était vêtu de noir mais le costume semblait celui d’un noble.
— Vous êtes de la noblesse ?
— Oui… D’une très très vieille lignée…
— Vous habitez une villa ? Je n’en connais pas à louer. De château non plus… Vous êtes arrivés hier, vous dites, monsieur ; mais vous habitez où ?
— Derrière vous, dans la maison abandonnée…
Le lecteur de la gazette regarda mieux son interlocuteur puis l’article de la gazette qui parlait des hallucinations des ivrognes...
Tout concordait : chauve, squelettique, dents de rats, en partie brumeux… par moments.
Soudain, sans crier gare, l’homme se jeta sur lui.
De la viande… Saignante à souhait !
Le lendemain matin, un corps fut découvert à côté d’un journal « édition spéciale » : un vieil homme qui lisait un certain article sur des ivrognes qui auraient vu une forme étrange justement près de cette maison abandonnée derrière laquelle son corps fut trouvé.
Il était sur son banc. Les gens l’y avaient toujours vu. Certains, et lui aussi aimait à le dire, se doutaient qu’un jour, il mourrait sur ce banc.
Ce vieil homme était déjà au banc de tout : des accusés de n’avoir pas respecté la quarantaine mais aussi et surtout des accusés d’avoir terni la réputation du maire en affichant sa volonté de n’avoir pas voté pour sa personne.
On se doutait qu’il finirait mal, c’était couru. Il était trop différent.
L’examen du cadavre fit remarquer deux traces de morsure sur le cou. Le diagnostic ne faisait aucun doute : l’homme était la première victime de l’épidémie de peste qui venait de se déclarer dans la bonne ville de Wismar. Il dévorait les journaux, il avait été dévoré par la maladie. Il n’y a pas pire prédateur que le bacille de la peste, après tout, quand on vit dans une ville contaminée par les rats… Non ? Si ?
Les litanies, les prières commencèrent dans les chaumières alors que la peur et l’effroi s’installaient.
Le temps de la bonne parole et de la vie éternelle était venu.
Et dans la maison abandonnée, un vampire riait du chaos qu’il avait provoqué alors que trois âmes comprenaient, elles, ce qui se passait : Hutter et Ellen ainsi que Bulwer qui commençait à y voir clair.


Fin de l'acte 4


NOTES EXPLICATIVES

Le texte de la lettre en français correct : « Confie la lettre précédente écrite par monsieur Hutter à un de tes employés, et fais-la lui remettre à la date indiquée. Prépare mon arrivée ! J’arrive ! — Orlok

Re: Roman feuilleton Nosferatu le vampire par Judex6

Posté : lun. déc. 08, 2025 12:26 pm
par Judex
note de l’éditeur
vous vous acharnez sur un film muet de merde inadaptable.
Si on vous as confié cette mission, c’était dans le but que vous compreniez que certaines histoires ne sont bonnes que pour le cinéma.
Voici la seule version narrative publiable a laquelle vous auriez du penser :


Wismar, cité portuaire aux toits polis par le vent et aux places ombragées, baignait dans un matin calme, où le sel et l’humidité flottaient dans l’air. Thomas et Ellen Hutter, unis depuis l’enfance, vivaient dans une rue tranquille.
Le 15 avril 1838, Thomas cueillit des fleurs pour Ellen.
• Ces fleurs, tu les as tuées… C’est un mauvais présage.
Hutter, agent immobilier, reçut une lettre d’un comte qu’il ne connaissait pas. Le comte Orlok de Transylvanie lui demandait de lui vendre une vaste maison abandonnée, afin de s’installer à Wismar. Il décida de préparer les papiers et de se rendre sur place. Laissant Ellen seule et inquiète, il partit.
Le voyage fut ardu : relais lents, neige et marécages créaient une atmosphère inquiétante. Dans les Carpates, Hutter pressa le cocher :
• Hâtez-vous, je dois monter chez le comte avant la nuit !
Les habitants murmuraient « loup-garou », « vampire », reflétant leur peur.
Le 6 mai, à l’auberge, la nuit s’épaississait. Seul, Hutter feuilleta un livre sur les vampires et frissonna devant ces récits vengeurs. Le lendemain, la diligence traversa paysages marécageux et brumeux, corbeaux et ombres donnant l’impression d’un monde mouvant et inquiétant.
À un carrefour, le cocher l’arrêta :
• Nous ne pouvons aller plus loin. Votre correspondant viendra vous chercher… Si j’étais vous, je prierais pour qu’il ne vienne jamais.
Un fiacre noir surgit sans conducteur. Hutter, comme poussé par une force obscure, monta. La forêt se densifiait, les arbres semblaient se refermer derrière eux. Le château d’Orlok, silhouette aiguë, dominait les Carpates sous la lune livide. La grille s’ouvrit d’elle-même, le fiacre disparut. Hutter franchit le seuil, inconscient de ce qui l’attendait.
Dans le hall sombre, Orlok, pâle et silencieux, le guida en tenant une chandelle blafarde. Les portraits semblaient les suivre, les chauves-souris frôlaient les murs. Hutter remarqua l’absence d’ombre du comte, mais attribua cela à la fatigue.
Dans la salle à manger, un repas inexplicablement préparé attendait. Orlok ne mangeait pas mais encouragea :
• Mangez, buvez, cela donne du sang !
Durant le repas, Hutter se coupa. Orlok bondit comme un fauve :
• Vous vous êtes coupé… Votre précieux sang…
Hutter recula, paniqué. Orlok reprit contenance :
• Discutons, mon ami… Le soleil est loin. Je dors profondément le jour.
Hypnotisé par le regard du vampire, Hutter s’endormit dans un fauteuil. Le 8 mai, il se réveilla avec deux marques rouges au cou, croyant à des moustiques. Il découvrit qu’il était prisonnier : tout accès était verrouillé.
La nuit, Orlok examina les plans de la maison à Wismar. Par mégarde, Hutter fit tomber le pendentif contenant le portrait d’Ellen. Orlok, admiratif, déclara :
• Votre femme a un cou splendide ! J’achète la maison.
Sous une impulsion qu’il ne comprenait pas, l’acte fut signé.
Pendant la nuit, Hutter comprit l’horreur : Orlok était un vampire. Il chargea les cercueils de terre sur un chariot fantomatique et quitta le château pour Wismar. Hutter s’échappa en se laissant glisser le long de la muraille.
Le 7 juin, l’Empusa, navire transportant dix cercueils noirs déguisés en caisses, fut retrouvée échouée, sans survivants. Le médecin comprit que les marins avaient succombé à la peste. Les autorités imposèrent la quarantaine.
À Wismar, la ville sombrait dans l’horreur : pluie incessante, enterrements qui s’enchaînaient, croix aux portes, habitants fuyants, certains se suicidant.
Le 15 juin, Hutter et Ellen virent Orlok les épier depuis sa demeure en ruine, ses griffes contre le verre.
Le 19 juin, seule, Ellen découvrit dans le livre ancien le chapitre sur les Nosferatu :
SEULE UNE FEMME CHASTE
QUI AFFRONTERA SANS PEUR
LE VAMPIRE
JUSQU’AU PREMIER CRI DU COQ
POURRA LE DÉTRUIRE
DANS LA LUMIÈRE DE L’AUBE.
Elle comprit sa mission. Déterminée, elle ferma les yeux, revêtue de l’aura d’une sainte.
Elle réveilla Hutter :
• Va vite chercher notre médecin… Je me sens mal…
Guidée par une force invisible, elle fit le signe attendu. Orlok apparut et but le sang chaud d’Ellen. Mais, au premier rayon de soleil et au cri du coq, le vampire fut aveuglé. Il hurla, gesticula et disparut progressivement.
Ellen s’effondra, épuisée mais auréolée de sainteté. Hutter et le médecin la soignèrent.
Le 9 juillet 1838, Wismar se releva : les survivants sortirent, le soleil brillait, la peste et le mal étaient finies. La cité, réduite à trois cents habitants, renaissait.



Vous n'avez donc aucun talent d'écriture.
Vous ne faites que digressions inutiles au lieu d'aller clairement à l'essentiel et vous focaliser sur l'intrigue.
Vous ne pouvez faire parti de notre maison.
Les autres éditeurs vous feront le même reproche : vous refusez obstinément de vous mettre à la place du lecteur afin qu'il vous comprenne aisément.
Vos phrases sont lourdes, inexpressives, vides de sens.
Nous espérions que vous comprendriez.








PUTAIN MAIS C4EST UN ARTICLE WIKIPEDIA 9A § BORDEL DE MERDE §

On me demande aussi de ne pas publier les correctifs reçus jusqu'a aujourd'hui ni le texte orignal non "immersif"... On est rendu a presque 500 lecteures pour de "l'impubliable" ! ils ont vu joué ça où... et sur un forum ciblé sur autre chose en plus !

Re: Roman feuilleton Nosferatu le vampire par Judex6

Posté : lun. déc. 08, 2025 21:28 pm
par Judex
Acte 5 : La Chute de Wismar



Le ciel était devenu sombre sur Wismar, il pleuvait souvent sur une ville désormais enfermée et repliée sur elle-même.
La peste était partout.
Les enterrements, au fil des semaines suivantes, se multiplièrent de manière exponentielle.
Des croix étaient marquées sur les maisons.
La peur régnait.
Qui pouvait bien être porteur de la maladie ? Qui pouvait être sain ? L’angoisse était à son paroxysme.
Cela n’inquiéta pas le moins du monde les autorités quand on leur signala des disparus : les hommes, horrifiés par la peur et l’isolement, et la nature pessimiste elle-même qui cachait le soleil, avaient dû s’enfuir.
Les nouveaux suicides ne furent plus attribués aux fanatiques de Knock : selon le maire, dans leur perception des choses, ils avaient voulu échapper à l’épidémie.
Les notables se déchiraient entre eux, s’insultaient sur les mesures à prendre et mouraient soudainement, soit victimes du fléau, soit de règlements de comptes entre eux.
L’appareil judiciaire était sollicité de toutes parts.
Le système économique et institutionnel s’écroula.
Il n’y avait plus que des enterrements, des processions funéraires, le deuil et… une complète anarchie.
Dans le plus imperturbable des chaos urbains qu’on ait jamais vu, des jacqueries éclatèrent et durent être maîtrisées par la force, sous le regard amusé des milliers de corbeaux, de chauves-souris et de rats qui hantaient le paysage.
Au milieu du tumulte, cependant, personne ne fit plus attention au fou, bien que certains prétendirent l’avoir aperçu au coin de la sombre et menaçante ruine crépusculaire qui se dressait au centre-ville, en face de la maison des Hutter.
C’est d’ailleurs dans cette maison qu’eut lieu une étrange discussion.
Hutter, fatigué mais indemne, avait mis quinze jours à se remettre et pouvait parler.
Il fit part de son aventure à Ellen et demanda à voir Bulwer, malgré son nouveau statut de paria le reléguant à… plus rien !
Il demanda à Ellen d’aller dans sa chambre, car il ne voulait plus lui faire peur avec cette histoire, mais il devait en parler au docteur Bulwer, même si l’homme pouvait le prendre pour un fou dangereux.
Le médecin écouta le jeune agent immobilier lui raconter son histoire tandis que Hutter le suppliait de le croire.
— Ce n’est pas la peine de me supplier de vous croire, fit Bulwer. Votre comte est un authentique vampire… Et selon mes propres observations sur l’Empusa, le carnet de bord trouvé dont le contenu semblait mi-vrai, mi-grotesque, vos déclarations et ce qui se passe ici, j’ai maintenant une idée précise du pouvoir et de la performance de notre… Comment le qualifier : « artiste » ou « général du mal » ?
Il sortit le livre des vampires de sa poche et consulta quelques pages :
— Notre « ami » se nomme Orlok. D’après le livre, si vous l’aviez lu en entier, il est aussi le vampire Nosferatu, né de Bélial le démon. L’homme fut avant tout un homme de sciences et de guerre. C’était un savant stratège : fin, rusé, sournois, dangereux. Qualités qui semblent lui rester une fois qu'il est devenu non-mort, dirait-on…
— Quelles sont ses tactiques ? Elles y sont inscrites ? demanda Hutter.
— Non, fit Bulwer, mais avec votre récit et mes déductions, voici ce que je peux vous dire. Notre vampire semble avoir élaboré un plan de campagne depuis quarante ans : il connaît Knock depuis au moins quarante ans, et le « fou » parlait dans le journal non de lui-même ou du capitaine, mais bien de lui. Il a donc pu, avec un ou plusieurs complices séduits ou hypnotisés et contrôlés télépathiquement si besoin, connaître le système de la ville, ses habitants et le moment idéal pour frapper.
Hutter comprit alors que Knock manigançait tout depuis le début. Il fulminait d’avoir été complice involontaire de la conspiration de ces déments.
— Il a d’abord mis son projet sur l’individu qui lui fournirait la maison demandée : à savoir peur, intimidation, surprise, comédie macabre pour connaître vos faiblesses, et en a usé. Le monstre sut alors, continua Bulwer, sa voix se faisant plus sombre : sa stratégie est infaillible. Un militaire de terrain sait organiser le chaos et les guerres psychologiques pour faire s’effondrer par eux-mêmes les sociétés et armées ennemies en temps de guerre. Il demeure invisible par diverses strates pendant que ses « ennemis » se terrassent eux-mêmes par leur bêtise, leur rationalité et leur crédulité. Il n’a rien d’autre à faire qu’attendre et sortir se nourrir sans être aperçu.
— C'est… un monstre ! s’indigna Hutter.
— Dans tous les sens du terme, fit Bulwer ! Il n’a juste qu’à développer une psychose et laisser faire : les « caisses pour jardinage » trouvées sur l’Empusa ont déclenché, en plus d’autres ruses que le capitaine n’a pas comprises, le tumulte, la peur et la psychose collective sur un bateau où la rationalité semblait quasi régner… J’ai tout compris en voyant le jeu du capitaine, puis les inepties à moitié vraies du journal de bord… Un coup de maître !
— Et ici ?
— Même chose : des complices, à commencer par celui qui a tout lancé, Knock, et… une simple lettre ont suffi à désorganiser une société déjà gangrenée de l’intérieur par des complices volontaires ou non, mais tous soumis…
— Ellen m’a parlé de suicides dans la presse ? Ce sont bien des vrais ?
— J’en doute fortement… Notre « ami » aime signer ses forfaits, apparemment ! Il a un côté théâtral : il lui faut une signature d’artiste ! Ironique, non : ses messagers corbeaux laissent des plumes partout et ses complices en laissent après leurs forfaits : radical… Tout le monde pense à une secte zoophage et le chaos l’emporte ! Même chose sur l’Empusa, au pied des mâts : j’ai relevé des plumes de corbeaux, mine de rien… Personne ne m’a vu…
— Mais… ce… il… il est fou… balbutia Hutter.
— Oh, non ! Il est même redoutablement intelligent, ce qui en fait un adversaire dangereux. J’ai aussi pu analyser, en observant la scène de l’Empusa et sa technique ici, certaines choses, mais je n’en ai parlé à personne : dès que j’ouvre la bouche, on m’insulte, on m’agresse, on me prive de mes droits à cause de l’incrédulité des habitants de cette idiote de ville. Il contrôle les animaux comme les rats, les chauves-souris et les corbeaux… Il ne peut sortir par temps ensoleillé, mais dès qu’il fait sombre et qu’aucun soleil ne filtre, c’est l’exact opposé. Il pleut depuis des jours, l’astre solaire est caché, je présume donc qu’il a la faculté de contrôler aussi les phénomènes météorologiques. J’inclus aussi ses pouvoirs comme son hypnotisme (un gardien obéissant, la clé « des champs » autour du cou, qui se place à un endroit où un complice pourrait le tuer sans tenir compte de sa bêtise en est la preuve) …
— Il y a… des chances de le vaincre ? demanda Hutter, terrifié.
— J’ignore encore ses autres capacités et le livre, pour le moment, ne me signale que les points faibles que subissent les vampires normaux… Lui, c’est du costaud, du solide… Il résiste à quasi tout d’après le livre. Sauf à l’eau et au soleil… Et encore, il faut des conditions spécifiques réunies… Même pour l’utilisation des crucifix… De plus, les trois femmes que vous avez vues chez lui, en Transylvanie, nous prouve qu’il peut créer des séides à son image.
— Vous voulez dire… qu’il peut faire de ses victimes d’ici ses semblables…
— S’il voulait amplifier le chaos (mais en a-t-il besoin ?) Oui, mais pour le moment, le capitaine de l’Empusa ne s’est jamais relevé de sa tombe et on n’en signale rien… Cependant, il est possible que je me trompe avec les crétins de la mairie et ceux de la gazette… Je crois qu’il préfère les tuer pour de bon afin de ne pas trop avoir de vampires qui viendraient partager ses repas…
Il se leva et prit son chapeau.
— Et… qu’est-ce qui se passe si quelqu’un sait qui il est ?
— Il fera tout pour l’éviter. Le danger, pour lui, c’est d’être reconnu avant sa « touche finale », car cela le retarderait ou l’empêcherait ! L’Empusa, par exemple, servait à tromper les douaniers via le terreau de jardinage, mais aussi les marins… Il n’a qu’un point faible sur terre, par exemple, mais si on jetait son cercueil à la mer pendant qu’il y repose, sans avoir eu le temps de soulever brumes ou tempêtes, il en serait fini de lui. Par voie de terre, il pourrait régler le problème, vous allez me dire, mais tout le monde se poserait des questions rapidement, alors que personne ne remarque rien quand le chaos est organisé. Et si des questions se posent, soit des gens pensent à un être semblable et peuvent donner l’alerte à une population qui y croit. Dans son périmètre transylvanien, c’est déjà le cas : tout le monde le connaît et évite la région du château la journée.
— Ce qui veut dire ?
— Que si la population avait le radar sur lui, la ville serait déserte et tout serait à recommencer ! Malgré sa rapidité surnaturelle, il lui faudrait élaborer une nouvelle tactique d’approche dans un lieu peuplé, et la stratégie se mûrit dans le temps… Du temps, il en a à revendre !
— La peste ?
— Un écran de fumées ! Les médecins voient des morts, des rats et des morsures, alors c’est la peste ! D’ailleurs, les morsures sont toujours deux traces de piqûres au cou. Les médecins de Transylvanie et notre estimé imbécile de médecin-maire n’y ont rien compris et ont sorti « la peste » après avoir vu ces bestioles pour ne pas paraître idiots. Et cela l’arrange : contrairement aux vampires ordinaires, il peut aller où il veut sans être invité à moins qu’il ne veuille vraiment qu’on l’accepte.
— Tous ces gens cloitrés chez eux à domicile…
— Excepté les rares téméraires (et il s’arrange je ne sais comment pour être à la fois visible et totalement inaperçu d’eux), ce sont tous des réserves de garde-manger à domicile pour lui. C’est bien simple : il n’a plus qu’à aller se servir et le résultat final sera toujours attribué à « la peste » ! Simple… Et si ce n’est pas la peste qui sera pointée du doigt on envisagera suicides, disparition ou bien mes meurtres du fou évadé, son complice, qui devient le véritable émissaire mais aussi bouc-émissaire de son maître. Il l’ignore sans doute, pauvre homme…
— Il m’a envoyé chez ce démon !
— Oui… S’il a été hypnotisé et qu’il devait envoyer quelqu’un, cela aurait pu être un autre sans doute. Mais on ne peut le blâmer : il avait l’ordre d’envoyer quelqu’un et il ne pouvait lutter contre cet ordre. Tout hypnotisé devient l’esclave du vampire et doit lui obéir : il n’a pas le choix.
Il brandit le livre des vampires tandis qu’en face, dans un coin de la maison abandonnée, à travers un interstice, une ombre inquiète et frissonnante semblait voir le livre et le bon Paracelse.
Hutter appela Ellen et cette dernière discuta avec le médecin avant de partir.
— Vous êtes la seule, finit par dire Bulwer, à qui je peux confier quelque chose. Vous avez toujours votre exemplaire du livre que je vous avais interdit de lire ?
— Oui, fit Ellen.
— Lisez-le… Je suis désolé, mais vous êtes une âme au cœur pur, sensible, une sainte presque… Vous êtes la seule qui puisse nous sauver et savoir quoi faire en lisant le livre. Il est… instructif. Si vous avez besoin de moi, vous savez ce que vous devez faire… déclara le médecin avant de s’éloigner.
Le lendemain matin, la Gazette de Wismar titrait :
« 22 mai 1838 : un meurtre horrible chez un Paracelsien gâteux… »
Un homme âgé a été victime d’un assassinat et égorgé impitoyablement devant la maison du docteur Bulwer, déjà célèbre pour ses nombreux dérapages sur le surnaturel.
L’homme, qui s’avéra être le frère jumeau du bon docteur, lui rendait visite quand un individu déclara avoir vu un fou abominable ressemblant étrangement au recherché et dangereux maniaque Zoophage, jamais retrouvé depuis son évasion.
L’homme signa son forfait en laissant une plume de corbeau sur la dépouille de la victime.
Le bon docteur crut comprendre qu’il était la victime visée du dénommé Knock, le maniaque, alors que le crime est sensiblement le fruit du hasard, le fou s’attaquant à toute personne le croisant.
Nous rappelons que l’aliéné est dangereux ! Il est coupable de meurtres, séquestrations, tortures, enlèvements et membre d’une redoutable secte zoophage maintenant quasiment décimée par de nombreux suicides et par la peste…
L’état paranoïaque du docteur Bulwer, suggérant dans sa folie que quelqu’un lui en veut au point d’attenter à sa vie, mérite qu’on s’y intéresse…
Cependant, notre maire est débordé par les événements macabres et seul membre en vie du conseil municipal… Il nous a signalé ne pouvoir encore tester la folie ou la raison du médecin généraliste et paracelsien, aujourd’hui interdit d’exercice médical.
Nous vous tiendrons au courant pour plus amples informations. »
Il allait sans dire que Bulwer était bien la cible : Orlok se servait de Knock pour éliminer un témoin gênant ! Cependant, Knock tua le frère jumeau du docteur qui sortait de chez ce dernier après lui avoir rendu visite. Les deux hommes ayant le même visage, il s’était tout bonnement trompé !
Pour Orlok, ce n’était pas grave : le bon docteur resterait chez lui après avoir compris le message…
Hutter, ce jour-là, avait invité sa sœur et son beau-frère à déjeuner tandis qu’Ellen allait et venait.
Le temps était sans cesse à la pluie et il faisait si sombre qu’ils durent déjeuner aux chandelles en plein midi.
Tout le monde s’amusait et bavardait gaiement.
La discussion allait bon train et Hutter parla d’Orlok à Harding :
— Je t’interdis de dire du mal d’un aristocrate, Thomas, lui déclara son beau-frère. Il n’existe pas de vampires… Si tu continues, tu seras dénoncé par quelqu’un aux autorités comme traitre à l’Empire car personne n’insulte impunément un membre de la noblesse.
— Voyons, tu le sais Alan, les choses vont mal depuis que Knock m’a…
— Le comte dont tu parles n’existe d’ailleurs que dans ta tête ! Tu ne t’es jamais vraiment remis de ta séquestration lors de ton enlèvement pas Knock…
— J’étais en Transylvanie, Ellen peut en témoigner. J’ai fait mes bagages devant elle avec les papiers… Qu’Orlok a signés ! Il habite la maison en face si tu veux savoir…
— La ruine qui va s’effondrer ? Personne de sensé n’y vivrait et surtout pas un noble… D’ailleurs regarde, je vais à ta fenêtre et je fais devant lui, s’il existe, « coucou, monsieur le vampire, venez me chercher ma famille et moi si vous le pouvez » … Hein j’ai raison Anne
Il joignait les actes et les paroles devant la fenêtre donnant sur l’imposante bâtisse délabrée.
Une ombre étrange semblait dégager une lueur spectrale dans la maison abandonnée située en face ce jour-là. Harding crut d’ailleurs la remarquer :
— Tiens… On aurait dit quelqu’un me regardait ! Tes bêtises sont contagieuses, Thomas, pas vrai Anne ?
— Assurément, chéri, Hutter est si puéril quand il s’y met… Il n’a plus toute sa tête depuis cette aventure… C’est comme la peste, des fariboles…
Et Harding ne prêta plus attention à l’ombre qu’il croyait avoir vu dans la maison d’en face car, pour lui, il avait simplement halluciné ce que thomas Hutter voulait lui faire croire sans y parvenir. Il ne faisait d’ailleurs même pas attention à la peste, car il croyait que personne chez lui ne l’attraperait ! Anne était entièrement de son avis, d’ailleurs…
Tout le monde se dit au revoir avec le plaisir certain de se retrouver bientôt en famille malgré la quarantaine que certaines personnes ne voulaient, comme les Harding, respecter !
Le résultat de cette erreur de jugement, de la peur d’un armateur responsable et sensé, fut fatal :
« Gazette de Wismar, 22 mai 1838
Abominable découverte chez les Harding ! La secte zoophage refait surface !
Demandé par sa femme, Anne, d’aller chercher son médecin de famille, le riche armateur Harding vint solliciter humble secours auprès du très affairé et important maire de notre ville, le psychiatre Sievers. Celui-ci, arrivé sur les lieux, découvrit avec l’homme en question un carnage sans précédent :
Les vingt serviteurs, hommes et femmes de tout âge, étaient morts dans la maison, les veines ouvertes pour certains, et une jeune femme retrouvée à côté d’eux présentait des marques sur le cou.
La police, arrivée sur les lieux sur appel du mari de la défunte, demanda à notre estimé maire et médecin légiste d’examiner les corps et de déterminer son diagnostic.
Un attroupement, attiré par les cris, se manifesta dans le parc, devant la porte d’entrée, et certains individus y entraient en dépit de toute mesure élémentaire de protection contre l’épidémie…
Malgré les veines ouvertes et le sang, le constat, partant des marques élémentaires, des morsures et des plumes de corbeaux retrouvées, fut évident : à la grande consternation du mari, qui l’ignorait, sa femme et les serviteurs faisaient secrètement partie de la secte zoophage quasi démantelée, dont nous ignorions qu’il restât jusqu’au moindre mort.
La femme était tombée victime d’une peste foudroyante qui avait sans doute aussi atteint tous les autres sectaires, lesquels se sont ensuite donné la mort ou, selon le bon docteur et maire, étaient victimes de la même sorte de peste foudroyante, faisant éclater les veines, surtout la carotide. On ignore encore par quel processus de mutation abominable.
Certains parmi la foule de curieux rassemblés pensèrent que le fou zoophage en liberté, et qui n’a pas encore été retrouvé, fut l’assassin lui-même, et imaginèrent une mise en scène macabre pour profiter de la maladie et du chaos, et tenter de se débarrasser, via la simulation de la peste ou d’un suicide collectif, des membres compromettants de son organisation sectaire. Ces derniers pouvaient sans aucun doute faire remonter la police jusqu’à sa cachette, qu’ils connaissaient certainement…
Bien que le maire eût raison, du fait de son expérience médicale, les hommes présents ne voulurent rien entendre.
Nous vous rappelons que l’aliéné évadé, Knock, est dangereux et homicide… Ne l’approchez pas seuls !
Une battue a été organisée actuellement, voulue et montée par l’attroupement et rejointe par monsieur Harding, dont la surprise et la révélation de la nature cachée de sa maison ne faisaient aucun doute sur son innocence flagrante.
La battue sera composée d’hommes en colère et déterminés à faire cesser l’agissement de la secte démoniaque à l’origine de la peste et des malheurs de notre ville… Toute personne est invitée à la rejoindre…
Nous vous tiendrons au courant pour plus amples informations.
Nota Bene : Nous apprenons au moment de mettre sous presse que monsieur Thomas Hutter, bien que beau-frère de la défunte et employé de monsieur Knock, ne faisait vraisemblablement pas partie de la secte mais en est une victime. Nous suspectons Knock et la sœur de ce dernier d’avoir monté une conspiration contre lui afin de s’emparer de sa femme, comme en témoignent les propos de l’évadé à la femme de monsieur Hutter, retranscrits dans notre Gazette du 4 mai 1838. »
Pendant ce temps, ayant encaissé l’affreuse nouvelle, Hutter et Ellen furent dévastés par la mort d’Anny. Cependant, elle avisa son mari en montrant la maison abandonnée d’en face, luisante sombrement dans les ténèbres.
Derrière la pénombre d’une vitre brisée, il y avait une ombre et des sortes de griffes étreignaient la fenêtre tandis que deux lueurs spectrales semblaient les admirer :
— Il est là, il nous surveille sans arrêt comme s’il m’épiait. Il veut que je l’accepte, que je le laisse venir à moi : il a tué ou tenté de tuer tous nos amis qu’il a vus entrer ou sortir de chez nous !
— Mais non… Il veut détruire la ville, c’est son intention première ! fit Hutter, tentant de la rassurer…
— Je ne suis pas sûre d’apprécier l’ironie d’être son but secondaire… répondit sa femme, pleurant chaudement.
Il la prit dans ses bras :
— Mais non, il ne veut pas de toi. Ne t’inquiète pas ! Ce démon n’aime que le chaos, se satisfait du malheur des autres et veut nous voir en peine seulement parce qu’il jouit de sa puissance et de sa macabre mise en scène…
Ellen voulut le croire mais ne le pouvait. Hutter la serra tendrement contre lui.
En face, dans la nuit, l’ombre semblait se frotter les mains :
— Bientôt… Ce sera bientôt la fin…, dit-elle de loin, ravie.
Ils regardèrent par la fenêtre et virent une foule monstrueuse amassée devant la maison abandonnée du vampire. Une foule armée jusqu’aux dents de tout ce qui leur tombait sous la main : torches, pierres, pelles, pioches, hache, couteau et même des assiettes, des fourchettes et des cuillères. Certains avaient même des tomates et autres légumes sur eux dans des paniers. Pourtant, ce n’était pas l’heure de faire pique-nique ni d’aller au labourage.
Certains avaient aussi des fusils : la chasse était donc ouverte ? Oui, en quelque sorte ! Une nouvelle chasse sauvage s’engageait !
Hutter regarda en haut près de la cheminée et vit un vieil homme qui ne comprenait pas pourquoi tout ce monde lui en voulait. Il riait, simplement, de sa folie.
— C’est Knock ! Fit Hutter, reconnaissant son patron.
Il ouvrit la fenêtre et entendit :
— Ce sale vampire ! Il a étranglé le gardien !
— Il a tué la femme Harding et ses domestiques !
— Il a tué le frère de Bulwer. D’accord, on n’aime pas Bulwer, mais il ne méritait quand même pas ça !
Les pierres volèrent vers le malheureux homicide fou qui en reçut une presque près de l’arcade sourcilière.
Hutter l’entendit rire et dire :
— Mon Maître n’a plus besoin de moi… Il m’a promis qu’aujourd’hui, j’aurais la vie éternelle !
Les pierres n’arrêtant pas de siffler, Knock bondit comme une panthère sur un autre toit pourtant éloigné ! Il semblait devenu surhumain. Cela contrastait fort avec son apparence de vieillard boiteux et maigrichon. Que lui était-il arrivé ? Était-il encore réellement un être humain ordinaire ?
Knock courut pour sauver sa vie. Il était fou, mais comprit que ces gens-là s’étaient rassemblés pour en finir avec lui. Quelque chose en lui dictait sa survie alors que les ordres du maître étaient clairs : il devait laisser faire ses semblables qui le mèneraient vers une vie tranquille, éternelle de félicité, comme il le lui avait promis quarante années plus tôt.
Hutter suivit la troupe du regard : tous poursuivaient le félin vieillard qui se déplaçait de toit en toit, de ruelles en ruelles, avec la vivacité d’un fauve.
Hutter s’habilla et, mu par la curiosité, suivit de loin la foule, ne voulant se risquer parmi elle.
La poursuite continua dans les champs hors de la ville. Knock s’y dissimulait maintenant, caché derrière des pierres, des recoins, changeant de place tout en regardant autour de lui si ses poursuivants ne le rattrapaient pas.
Une voix cria :
— Je le vois, ce salaud… Venez, il est là !
Knock vit un homme, fusil en main, l’ajuster. Hutter pria que son patron puisse s’enfuir malgré tout ce qu’il lui avait fait. Il savait que Knock l’avait mené exprès chez Orlok et qu’il servait, sans doute inconsciemment via l'hypnose, le vampire. Knock était même son paravent : il payait pour les crimes du Maître, invisible aux yeux de la société qui réclamait un sacrifice expiatoire.
Hutter rentra chez lui, apitoyé par le sort du vieil homme :
— C’est vraiment la fin ! Comment la ville se relèvera-t-elle du chaos que sa bêtise a engendré ? Tout est de la faute de l’esprit étroit de Sievers… Trop aimé pour son physique plutôt que son niveau actuel… Même par ses professeurs, pensa Hutter.
La poursuite reprit de plus belle quand une horde déchaînée fondit sur le vieillard qui hurlait :
— Au secours, Maître, sauvez-moi ! Vous ne m’aviez pas dit que vous me feriez mourir ! Vous m’avez promis la jouissance dans l’éternité par votre évangile si je croyais en vous !
Une voix lui répondit dans sa tête alors que la nuit était venue :
— Il y a deux façons de vivre éternellement ! La tienne, ton utilité étant maintenant outrepassée, se trouve dans le néant de la mort ! Tu m’as bien servi, tu mourras aujourd’hui et de la pire manière qui soit ! Comme le garde hypnotisé qui devait terminer sa vie étranglé par tes soins… J’ai tout prévu, car quiconque croit en moi finira dans la joie de la mort ! Voilà ma bonne parole, voilà mon évangile !
Knock retrouva ses esprits : Il n’était plus sous hypnose. Mais il comprit que personne ne l’écouterait et il courut pour sauver sa vie…
Plus loin, ses poursuivants méprirent même un épouvantail pour lui… Mais ils redoublèrent d’efforts pour en finir rapidement avec le sectaire zoophage pour qui ils le prenaient !
Dans la mairie, Sievers, lui, pensait en regardant ses diplômes de psychiatre et de médecin… Il les avait volés à son université et reproduits en bon faussaire. Il s’en souvenait… Quand il était venu à Wismar avec ses titres et son allure, il avait conscience que les citoyens l’avaient vite pris en affection. Il s’était donc servi de cela pour gravir les échelons.
Il avait le sentiment d’être le seul responsable du chaos ambiant… Il avait un esprit limité mais rationnel. Il avait fait de son mieux. Il ne fallait cependant pas que son véritable niveau et sa responsabilité dans la situation actuelle soient reconnus par Wismar. Cependant, il songea que, sans institutions maintenant, il n’avait plus rien à gouverner ou presque…
— Tout ça, c’est fini, maintenant, se lamenta-t-il.
En effet, la fin approchait et la Gazette de Wismar du 25 mai 1838 contenait un article dans ce sens :
« Plus que 500 survivants de la grande peste dans notre ville !
Fin de la menace de la secte zoophage avec la mort du fou évadé !
Comment en est-on arrivé là alors que Wismar était un port commercial magnifique, de lumière et de richesses… Le lieu le plus paisible du monde est devenu un cauchemar ! Le temps n’a cessé d’être maussade et gris, voire pluvieux, quand ce n’était pas tempête sur tempête et brumes complètement inattendues…
Tout a commencé par un fou dansant et criant dans les rues avec une lettre envoyée par le sombrement connu capitaine de l’Empusa, maître d’une sanglante secte zoophage qui a défrayé la chronique par sa dangerosité et ses frasques.
Le sombre détraqué a provoqué, avec la secte pour laquelle il travaillait, le sabotage et la destruction de la ville : infiltration de l’institution à travers le conseil municipal, dont il a détourné tous les membres aujourd’hui disparus sous le règne de l’ancien maire, et par la suite entreprenant malgré la mort de son maître et prenant sa succession : meurtres, kidnappings, séquestrations arbitraires, tortures, effondrement du système de la ville, corruption des fonctionnaires et même déclenchement de la peste en amenant des rats afin de satisfaire les conditions zoophages de la peste… des animaux malades !
Son dernier forfait, attribué un instant à la peste par notre bon maire, le docteur Sievers, n’est pas resté impuni et la battue organisée ces derniers jours a été fructueuse.
Knock le dérangé fut en effet retrouvé devant la maison abandonnée du centre-ville, le lieu lui servant sans nul doute de quartier général depuis longtemps, la « vente » à un noble étranger inconnu étant une mascarade pour en cacher sa possession !
Caillassé, l’homme tenta de fuir dans les champs et de se camoufler, apeuré, sentant la fin de son règne de terreur proche. Là, il fut à nouveau localisé par nos braves citadins et poursuivi…
Une fois rattrapé, l’homme fut battu, étranglé, frappé d’une balle de révolver en plein front (tirée par Monsieur Harding qui souhaitait venger sa femme, assassinée par le dément) et littéralement dépecé par la vindicte populaire, le maire, nos policiers et magistrats étant malheureusement tous décédés hier au soir de la peste, sans aucune explication. La médaille d’honneur et les clés d’or de la ville furent remises en récompense des hauts faits et du sauvetage de ce qu’il restait de la population.
Le maire nous rassura à travers une interview exclusive :
— Monsieur le maire, demanda Heinz Stockmann, notre correspondant direct, avec la mort du très recherché et dangereux criminel Knock, la secte zoophage qui a détruit notre ville n’existe plus ?
— Je le crois. Knock, le dernier et plus dangereux membre connu vivant, est maintenant hors d’état de nuire. Cependant, sa stratégie diabolique a réussi, qu’il soit devenu fou ou non : la ville n’existe plus que de nom ! Nous n’avons plus ni conseil municipal, ni police, ni institutions publiques, ni commerçants ! Nos maisons sont en ruines… L’économie s’est effondrée… Le temps s’est détraqué.
Mais j’ai l’intuition que la mort de ce dangereux malade mental permettra de rebâtir un monde nouveau si nous arrivons, avant qu’il soit trop tard, à juguler la peste qu’il a apportée…
— Comment pensez-vous y arriver ?
— Je ne sais pas, mais je préviens les habitants : ne sortez plus de vos maisons ! Respectez la quarantaine ! Si nous la respectons, l’épidémie cessera d’elle-même, car elle n’aura plus de vecteurs pour se transmettre. Excusez-moi, je suis très occupé aujourd’hui, un livre important m’attend pour rebâtir la cité…
— Peut-on savoir son titre, monsieur le Maire ?
— Il s’intitule « Les illusions perdues… », comme tout ce qui m’a été enlevé… Mais il permet de prendre conscience de l’importance des jours meilleurs !
Comme vous le voyez, si nous y prenons garde, demain pourrait se révéler le dernier jour de cette abominable épidémie… Nous vous tiendrons au courant pour d’éventuelles informations !
PS : La Gazette d’aujourd’hui ne fait qu’une demi-page en raison du décès de tous nos membres sauf trois la nuit passée, retrouvés pendus à leur domicile. Leur suicide n’est pas expliqué, si ce n’est par leurs derniers mots griffonnés, laissant un message assez bizarre :
— Nous avons obéi… Nous ne sommes plus d’aucune utilité… Nous pouvons disparaître… Que la Gazette nous rende un dernier hommage.
Le lendemain, les trois derniers membres disparurent, emportés par l’épidémie galopante. Sur les toits, les corbeaux riaient : de cette ville, il ne restait plus que quelques miettes avant de la jeter…

Fin de l'acte 5


NOTE EXPPLICATIVE :
En fait, Orlok avait attaqué la famille Harding. Sentant son approche par une prémonition, croyant avoir eu des hallucinations, Anne Harding avait envoyé son mari chercher Sievers. Puis, prise de panique, elle avait sonné ses domestiques à la rescousse. Excepté un qui dormait, tous vinrent la défendre d’un péril inconnu. Les chandelles s’éteignirent brusquement et Orlok éventra avec ses mains griffues tous les domestiques jusqu’au dernier pour parvenir à sa véritable proie, Anne, qu’il vida de son sang. Avant de partir, il tua le domestique endormi qui était sourd comme un pot et n’aurait même pas entendu un coup de canon à côté de lui.
Lorsque Harding revint avec Sievers (et la presse qui ne quittait plus le maire ainsi qu’une bande de badauds), celui-ci établit le faux diagnostic. Il advint que la foule ne crût pas à ces délires et accusa Knock. Ils avaient, de toute manière, besoin d’un bouc émissaire sur qui rejeter tous leurs problèmes actuels.

Re: Roman feuilleton Nosferatu le vampire par Judex6

Posté : lun. déc. 08, 2025 21:28 pm
par Judex
ACTE 6 : Le Sacrifice de l’Aube.


Sous un ciel sombre et pluvieux, Ellen, depuis sa chambre, observait les enterrements qui se succédaient sans répit.
Des processions interminables.
Un seul prêtre, exténué, accompagnait dix à vingt cercueils par heure, parfois davantage.
Elle frissonna d’horreur, puis tourna les yeux vers la maison abandonnée en face.
Sa chambre donnait sur la salle à manger, et la ruine décrépite de l’autre côté du canal semblait la scruter avec insistance, presque avec anxiété.
Trois maisons plus loin, un homme traça une croix blanche sur une porte. Il passa ensuite à la suivante.
Près de la maison, un autre homme, épuisé, avançait avec une canne, levant parfois les mains au ciel dans un geste de désespoir. Les survivants de la cité ne devaient plus se compter que sur les doigts de quelques mains. Si elle ne tentait rien, les derniers habitants n’auraient plus que quelques jours à vivre.
On était le 2 juin 1838.
Le maire Sievers n’exerçait plus. Il n’avait pas été démis de ses fonctions, tant il demeurait apprécié, et il ne s’était pas enfui.
On l’avait retrouvé mort d’une balle dans la tête, un livre à côté de lui : Les Illusions perdues.
Manifestement, elles l’étaient tout à fait à ses yeux.
Ellen avait appris la nouvelle par Bulwer, venu voir Hutter, qui parvenait enfin à se lever et à marcher. Il s’était installé dans un petit fauteuil de la salle à manger et somnolait.
Elle décida de le laisser se reposer : il avait traversé l’enfer dans la demeure de cet être de cauchemar qui les harcelait, se repaissait de la peur qu’il semait et jouissait du chaos provoqué.
Les corbeaux sinistres et l’ombre qui l’épiaient chaque fois qu’elle revenait de ses excursions — de jour sous les nuages noirs permanents, ou de nuit — hantaient désormais son esprit. Elle ne voulait pas savoir ce que la créature accomplissait entre ses repas, ses manigances, ses meurtres ou les autres actes impies qu’elle soupçonnait.
Elle n’en pouvait plus de vivre dans l’angoisse. Il fallait en finir avec ce monstre qui manipulait le temps même lorsqu’il dormait dans son « terreau de jardinage », comme il l’avait nommé en les embarquant sur l’Empusa.
Le Soleil, seul capable de l’exterminer et d’endiguer le fléau, ne réapparaissait jamais qu’au gré de sa volonté. Et lorsque, par jeu, il concédait quelques minutes d’éclaircie, le temps se dérangeait aussitôt après. Orlok Nosferatu distribuait des espoirs trompeurs pour savourer l’incompréhension et la terreur ; pluie, vent, nuages, tempêtes, orages, brumes : tout alimentait son pouvoir.
Le cauchemar était permanent.
Ellen se savait désormais isolée dans une ville presque détruite, dont les survivants se comptaient à peine.
Même leurs proches n’avaient pas été épargnés.
Harding avait été retrouvé pendu, laissant une lettre affirmant qu’il partait pour un monde meilleur, ayant tout perdu : famille, commerce, argent, et jusqu’à son honneur — bien qu’innocenté dans les « agissements » de son épouse. Elle avait entendu de rares personnes le dire, quand, sortie dans le jardin, elle saisit à travers le bois de l’enclos ces mots prononcés dans la rue.
Hutter et elle n’avaient plus de famille à Wismar, plus d’amis, sinon un seul.
Il y avait aussi la famine qui grandissait : sans commerce, plus de victuailles, et la possibilité que l’esprit dément de la maison en ruine contamine l’eau des puits, la rendant impropre et dangereuse.
Il ne restait que Bulwer, réfugié chez lui, ne sortant presque plus sauf pour s’occuper du rétablissement final de Thomas, mais avec une inquiétude profonde en passant devant la maison abandonnée.
Pourtant, Bulwer lui avait dit de reprendre les ouvrages qu’il lui avait autrefois interdits lorsqu’il tentait de la guérir de sa mélancolie. Il ajouta qu’elle seule pouvait vaincre la créature infernale.
Elle détourna le regard de la maison et des processions. Leur contemplation prolongée la laissait au bord de l’évanouissement.
Elle se rendit à son placard, en sortit une petite boîte dans laquelle elle avait rangé, des mois plus tôt, ses livres de superstitions.
Elle trouva celui que Bulwer lui avait demandé de relire : Le Livre des Vampires, ancien, doré.
Lumineuse, presque transfigurée, elle s’installa sur un fauteuil, posa l’ouvrage sur ses genoux et en tourna les pages qu’elle considérait désormais comme salvatrices.
Elle trouva enfin le chapitre consacré aux Nosferatu, race de vampires à laquelle Orlok appartenait : des humains nés du démon Bélial, devenant à leur mort des créatures redoutables, presque dépourvues de faiblesses.
L’épouse de Hutter découvrit alors ce qu’elle cherchait : le talon d’Achille de leur adversaire.
Elle lut silencieusement :
SEULE UNE FEMME CHASTE QUI AFFRONTERA SANS PEUR LE VAMPIRE JUSQU’AU PREMIER CRI DU COQ POURRA LE DÉTRUIRE. DANS LA LUMIÈRE DE L’AUBE.
Ellen releva lentement la tête.
Son regard, vide et illuminé, fixait un point invisible.
Elle comprit.
Déterminée, elle ferma les yeux.
Elle avait l’apparence d’une sainte.
La nuit était encore plus noire que les journées. On ne voyait cependant plus la différence à Wismar.
Le pauvre curé de la paroisse était extrêmement fatigué par les enterrements nombreux de la journée. Il était las de la douleur et de la misère : les enfants qui vivaient encore pleuraient et criaient famine, personne ne pouvait plus manger ou boire.
Les morts s’étaient, ces dernières semaines, succédé à un rythme infernal.
Il s’était assis sur un banc pour enfin se reposer un peu et dormir.
Il se sentait en paix avec lui-même dans le saint lieu illuminé et rempli d’objets sacrés luminescents.
Le brave homme d’Église s’interrogea sur l’ombre qu’il voyait dans le confessionnal.
Un pénitent survivant venait sûrement le prier de lui accorder confession, repentance puis pardon.
Il décida de s’approcher et entra dans la partie du confessionnal traditionnellement réservée au prêtre.
Il prit la parole après avoir pris une inspiration profonde :
— Oui, mon fils ? demanda l’homme de bien.
— Pardonnez-moi, mon père, car j’ai péché… Voyez-vous, je me suis servi de mes talents d’artiste souvent par le passé, et c’est mon péché mignon…
— Je dois reconnaître, mon fils, qu’il n’y a pas là matière à confesse ni à pardon : il n’est point péché d’exercer le talent que Dieu a bien voulu vous donner…
— Au début, je voulais me servir de mes dons pour m’amuser et rendre service en accordant moi aussi un salut méritoire à des âmes en peine…
— Rien de mal à divertir les gens et s’amuser soi-même…
— Oh, pour cela, ils ont été divertis, croyez-moi… et je suis un peu coupable de cette sorte de divertissement. Je voulais tellement avoir des gens qui apprécient mon génie, mes techniques, mon génie… Une ville chaude, grouillante et pleine de vie pour apaiser mes tourments. Et, maintenant que le rideau va s’abaisser aussi sur l’humble prestation que je vous ai accordée depuis un mois, je viens demander votre absolution…
— Vous êtes un des Tziganes comédiens qui sont aux abords de la ville ! Ils ont eu de la chance, eux… Ils ne semblent pas affectés par la peste…
— Non, je ne suis pas exactement l’un des leurs, mais je suis en quelque sorte leur « guide », moi aussi. Et je jouis d’un certain intellect que je me plais à préserver et à m’en servir dès qu’une occasion se présente.
— Vos amis ? Vous devez les aimer pour les protéger comme cela !
— Pas vraiment, mais ils me sont encore utiles pour vivre de mon art…
— Et quel est votre art ?
— Oh, j’adore pratiquer l’analyse : situations, imprévus possibles, logistiques, comportements. J’explore la psyché humaine.
— Un peu comme un psychologue ou un commandant d’armée sur le terrain…
— Voilà… Ensuite, je me sers de mes observations dans la pratique… J’envoie des gens former des pions dans un certain échiquier pour flairer le terrain et le préparer, puis je m’arrange pour venir légalement et je teste les environnements avant ! J’aime avoir des coups d’avance…
— Là, je ne vous suis pas, mon fils… Je ne comprends rien…
— Si je vous dis que tout a commencé ici par un fou et une lettre, par un bateau sans équipage et une maison abandonnée…
Le prêtre pâlit davantage que les statues célestes qui trônaient, splendides, dans l’église où ils se trouvaient…
— Vous vous êtes inventé une peste, une secte zoophage, alors que je suis l’esprit brillant qui vous a dressés les uns contre les autres pour me nourrir parmi vous, invisible. Si je vous dis cela, mon père, c’est parce que la fin va se jouer ce soir ou demain…
L’ombre sembla sortir du confessionnal à une vitesse surnaturelle.
Le rideau du confessionnal s’ouvrit devant le prêtre et une voix dit :
— Après vous, il me restera une personne à voir… Elle est mûre et m’appartiendra juste avant que je quitte la ville ! Elle devra me recevoir elle-même pour que s’accomplisse son destin !
Le prêtre vit un monstre hideux, une vision de l’enfer incarnée sur terre et debout dans un lieu où jamais il n’aurait dû mettre les pieds… Du moins pour un membre normal de son espèce qui ne pouvait supporter la sainteté.
Il vieillit encore plus précocement que son âge ne le permettait tandis que des dents de rat entraient dans son cou…
La sombre figure spectrale traversa un lieu saint devenu aussi noir que les ténèbres, comme si le vent s’y était engouffré pour y souffler les chandelles.
Il réfléchit, retourna sur les lieux de son forfait, puis déposa une plume de corbeau sur le cadavre :
— J’allais oublier le principal… Un artiste se doit de toujours signer son œuvre !
Quand il sortit, il s’était confessé de ses crimes avec franchise, mais son talent d’artiste devant s’exprimer violemment, c’était le prêtre qui, dans la mort, avait trouvé son pardon et son absolution…
Cela fait, le monstre retourna dans la maison abandonnée pour surveiller la dernière proie qui lui tenait tant à cœur. Celle qu’il avait vue sur le portrait que le jeune homme (quel idiot celui-là, pensa-t-il) lui avait accidentellement montré.
Elle savait qu’elle était seule, elle savait qui il était et ce qu’il faisait !
Elle devait craquer ce soir ! Il le savait : il l’avait profondément étudiée.
Ellen priait mais n’y arrivait pas : les yeux luisants de la maison d’en face la regardaient attentivement.
Le monstre inhumain lui en voulait presque personnellement : elle le savait depuis qu’elle avait eu la vision de son mari en danger, face à cette créature démoniaque.
La mort, le chaos, les souffrances qu’il engendrait faisaient qu’elle ne pouvait plus le supporter.
Seule, isolée, consciente du mal autour d’elle et de la ville qui menaçait de disparaître, si ce n’était déjà fait institutionnellement parlant, elle était à bout.
Il lui sembla que, depuis le jour où elle avait eu ce cauchemar, elle était en contact psychique avec la créature.
Elle se souvint quand, triste, seule, assise sur un banc au milieu de ce cimetière de la ville, constellé de tombes blanchâtres et devant la mer azurée et clairvoyante, elle sentait déjà que c’était par-là que le monstre arriverait.
Et en effet, ce fut là que le sombre navire sans équipage débarqua avec le vampire.
Quand elle avait reçu de la part de Knock une lettre comme quoi Hutter resterait un mois chez le comte car il s’y plaisait, elle trouvait cela étrange, mais cela lui semblait logique, sans faire attention à la date.
Cependant, quelque chose n’allait pas et elle restait toujours, pleurante et solitaire, sur le banc du cimetière.
Ce fut là qu'Alan Harding et Anne, interrompant le jeu de croquet auquel elle les avait laissés dans leur résidence, lui apportèrent une autre lettre de son mari, datée d’avant le précédent courrier mais amenée quelques semaines après.
Sur le coup, avide d’avoir des nouvelles mais stressée et effrayée à la fois, elle n’arrivait pas à ouvrir l’enveloppe. Quand ce fut Anne qui l’ouvrit et la lui donna, elle eut une syncope, car les « piqûres au cou de moustiques » qui y étaient mentionnées lui rappelaient son cauchemar… Sur le coup, elle s’était évanouie.
Elle fit le recoupement avec la lettre précédente, envoyée à Knock par Hutter. La date était plus récente d’un jour que le courrier arrivé ensuite.
Elle voulut demander alors des explications à Knock, mais celui-ci avait été interné dans un asile psychiatrique et défaillait, selon la chronique… qui, elle, déraillait complètement !
Ses paroles et ses explications étaient obscures, mais elle comprit le système et la signification du « Maître ».
La lettre qui s’était envolée était parvenue à elle de manière surnaturelle par les messagers corbeaux avec lesquels le vampire envoyait ses missives à ses complices.
Elle soupçonnait l’existence d’un être fantastique qui mettait son mari en danger depuis sa vision, mais là, elle en était certaine.
La nuit de l’arrivée de la créature, celle du 4 mai 1838, elle sut également qu’elle partageait un lien psychique avec lui.
Elle se revit s’éveillant et se promenant sur le toit de la résidence de sa belle-famille, comme somnambule.
Elle se revit sous la tempête alors que le vent violent menaçait de faire plier et rompre des arbres, au milieu de la pluie et des éclairs. Elle était glacée, frigorifiée, mais elle marchait, s’entendant appeler comme si une voix inconnue savait exactement qui elle était et avait appris son nom.
Anne, qui, se réveillant, ne l’avait pas trouvée dans sa chambre mais l’avait remarquée sur le toit, s’était précipitée pour la prendre dans ses bras.
— Il vient… Il vient… avait-elle crié. Je dois aller le recevoir ; il vient enfin pour moi !
Et, se dégageant des bras de sa belle-sœur, elle s’était mise à courir en redescendant dans la maison, dévalant les escaliers. Une fois dans le jardin, elle ne pensait plus qu’à rejoindre celui qui l’appelait mentalement.
Elle voyait une forme qui sortait d’une cale d’un bateau pendant que des rats venus du navire dévalaient en ville.
Elle voyait le monstre sous une forme obscure et le dernier cercueil sous le bras traverser la ville.
Puis, le contact se rompit et, ne sachant plus ce qu’elle faisait dans la rue, elle était retournée chez les Harding qui firent à ce moment appeler Sievers.
Ce dernier était déjà maire et « occupé dans ses fonctions », mais il avait diagnostiqué à la malade :
— Une forme de folie passagère due à un surmenage intensif.
— Mais, avait répliqué Anne, elle est toujours assise sur un banc en train de pleurer…
— Surmenage et repos, mais cela entraîne une dépression nerveuse… Le départ de son mari pour une raison que je ne m’explique pas a dû la traumatiser… Beaucoup de soins et de repos…
Peu avant, hutter était revenu à Wismar, chez les Harding, l’après-midi du 3 mai (peu avant sa crise dans la nuit amenant le navire désert qui fut découvert le matin et avec lequel le monstre Orlok était arrivé dans la ville), dans un état d’épuisement extrême.
Lorsqu’il récupéra ses forces et put enfin parler, il lui avait expliqué l’histoire et comment, de relais en relais, de diligences en diligences, d’incidents en accident, il tentait de revenir en vitesse à Wismar avant le monstre, mais il ne savait comment faire pour la protéger.
Parfois, elle voyait la nuit comme le jour des scènes de meurtres qu’elle croyait imaginer… Elle voyait des ombres se profiler chez elle… Des objets, des meubles semblaient se déformer ou bouger, des portraits la regardaient…
Le monstre était mentalement connecté à elle et lui envoyait des images qui déformaient la réalité dans les endroits qu’il voulait de la maison…
Il n’avait pas besoin d’être présent pour la tourmenter.
Il était amoureux d’elle, pensa-t-elle, mais même cet amour était épouvantablement traité avec noirceur.
Le vampire voulait qu’elle l’accepte et non la prendre de force : il semblait y avoir renoncé.
Mais d’une certaine manière, même cette acceptation était exercée sous la contrainte : il avait détruit son entourage et littéralement vampirisé son existence.
Il avait aussi vampirisé la ville de sa substance, de son existence comme il le faisait mentalement et physiquement avec ses habitants, ne laissant derrière lui que des ruines.
Elle devait sauver ceux qui restaient : elle seule était en mesure de le faire.
Elle manqua défaillir cependant et prit une décision. Elle réveilla Thomas.
Hutter se reposait dans le petit fauteuil de la salle à manger quand il la vit apparaître, pâle et tremblante. Le réveillant, elle lui déclara sur un ton alarmé :
— Vite, mon chéri… Je ne me sens pas bien… Je crois que je vais aussi me trouver mal… Va vite chercher le docteur Bulwer.
Sentant que la vie de sa femme était peut-être en jeu, il se leva rapidement et courut mettre sa veste.
Il n’oublia pas d’embrasser sa femme avant d’ouvrir la porte de sa maison et de s’engouffrer à l’extérieur sous la nuit noire.
Elle savait que le démon ne le trouverait pas : c’était elle qu’il voulait !
Guidée par une force invisible, déterminée, elle ouvrit la fenêtre, après avoir attendu que son mari fût hors d’atteinte des griffes du comte machiavélique. Elle fit enfin le signe qu’il attendait. Elle ouvrit la fenêtre de sa chambre et fit en sorte qu’il comprenne.
Ellen chancela, secouée de terreur, luttant contre elle-même. Deux fois ses mains se levèrent, deux fois elles retombèrent.
Dans le recoin sombre de sa demeure en ruine, Orlok la vit enfin et sourit sadiquement : la tendre créature qu’il voulait pour lui avait cédé et avait compris qu’elle était son amour et son centre d’intérêt ! Elle avait vu le meilleur artiste du monde au travail dans sa passion dévorante pour le spectacle bien orchestré.
Levant les bras, le vieil aristocrate démoniaque se décida et quitta sa fenêtre.
Il savait où Hutter était parti et qui il devait aller chercher.
Mais il avait pensé à tout : il avait encore des pions à sa disposition pour empêcher les deux gêneurs de revenir lui gâcher le bouquet final avant son départ. Il ne tenait pas à voir sa dernière proie, enfin consentante comme il le voulait, échapper à son amour et son étreinte mortelle.
Les portes de la maison abandonnée s’ouvrirent toutes seules et le mal incarné, imperturbable, souriant, hideux, en sortit tout en psalmodiant certains ordres que seuls des esprits lointains semblaient entendre.
La rue, sinistre dans la nuit noire, voit, sous sans doute les lampadaires à gaz, les ombres danser, les immeubles bouger tout seuls, les portes des maisons, désertes ou non, claquer soudainement.
On était début juin et le temps se mit à geler comme si l’hiver s’installait déjà.
Le monstre avançait pendant que tout autour de lui, la nature s’étiolait définitivement.
Il finissait son œuvre mortelle, car il avait laissé jusqu’là la nature tranquille, mais un artiste se doit toujours de réserver le plus beau morceau pour le final de sa partition : une symphonie de l’horreur !
La porte de la maison Hutter s’ouvrit d’elle-même : le mental du monstre contrôlait tout ! Il n’avait que très peu à faire : son esprit exceptionnel pouvait contrôler le monde comme des pantins !
Il pouvait tout faire !
S’il lui avait plu de coloniser seulement l’endroit avec des êtres de sa race, de ne tuer véritablement personne et de les transformer en non-morts, il aurait aussi aisément dominé l’endroit comme si la ville entière était un enfant à conquérir !
Son esprit diabolique conçut ce soir un nouveau plan génial qu’il mettrait au point dès son départ actualisé. Il y avait réfléchi : sa plus grande œuvre serait soit de faire se détruire ce monde entièrement, ou bien d’en faire une colonie entière de vampires…
L’humain rationnel n’y verrait que du feu… Enfermé dans ses préjugés, il se serait laissé envahir au milieu du chaos ambiant sans rien apercevoir…
L’escalier du dehors menait à la porte ouverte et dans la maison. Alors qu’il grimpait les marches, lentement, inexorablement, les escaliers en bois craquèrent, les ombres se tordaient en dehors et au-dehors de la maison.
Il ne pouvait supporter le soleil, il le savait ! Pourtant, pour la première fois, il avait chaud au cœur : quelqu’un l’avait aimée et reconnu son immense talent ! Il était accepté pour le stratège exceptionnel qu’il était ! Il était reconnu à sa juste valeur !
Les corbeaux effrayants quittèrent le toit de la maison abandonnée et vinrent se placer telles des gargouilles immondes sur le toit de chez les Hutter.
Des chauves-souris venues de nulle part virevoltaient autour du maître.
Des loups hurlèrent soudainement, on ne sait d’où, alors que la ville n’était point leur terrain habituel.
Ellen, effrayée, mais consciente du devoir, s’était allongée dans son lit et feignait de dormir.
Elle entendait les escaliers craquer, le parfum de la mort pourrie monter soudainement…
Elle trembla quand la porte de sa chambre s’ouvrit seule dans un grincement sinistre, sans même qu'elle entende le loquet être manipulé.
Le monstrueux noble vampire apparut enfin, effrayant avec sa silhouette maigre, son visage décrépit de vieillard squelettique, ses dents de rats et ses mains décharnées aux longues griffes tendues vers elle.
Ellen tenta de ne pas reculer, mais elle le fit inconsciemment. Elle tremblait de peur mais devait conserver sa force et son courage afin de sauver le peu qu’il restait à sauver : son mari, Bulwer et les rares survivants de ce massacre organisé, car il n’y avait pas d’autres mots à mettre sur la tragédie de Wismar.
Orlok la regardait, fasciné : elle ne faisait pas partie de ses projets au début. Mais Knock lui avait écrit qu’il existait dans cette ville corrompue une femme qui lui plairait : belle, sensible, intelligente. Il lui avait expliqué ce qui lui plairait et pourquoi en faire une femme vampire était une idée séduisante, car il aurait là pour l’éternité une meilleure compagne que les trois « épouses » qu’il avait au château, en Transylvanie.
Inconsciemment, Ellen chercha son cœur et son souffle se brisa.
Le vampire ne s’en rendit pas compte.
Il se mit à genoux et, comme une prière, lui susurra des mots d’amour et lui demanda :
— Je pense que vous voyez que mon amour pour vous est sincère… Mon spectacle vous a touchée et j’en suis conscient… Passez l’éternité à mes côtés.
Elle fit celle qui se réveilla et vit Orlok.
Elle tremblait mais ne montra point combien ce fou, ce criminel dangereux, l’écœurait de par son existence même. Il était le diable lui-même qu’elle devait affronter de sa sainteté déterminée, l’archange destinée à l’affronter
Car seule la force de l’amour pouvait triompher du mal.
Elle le serra dans ses bras, attendrissante, et lui, charmé, conquis, la serra aussi…
Elle l’acceptait vraiment, ô joie extrême !
La chaleur envahit son cœur froid !
Elle allait le rejoindre dans cette merveilleuse non-vie et deviendrait une reine…
Il la mordit passionnément à la carotide et commença à lui sucer le sang sans plus faire attention à rien. Il goûtait le plaisir du sang innocent qu’il croyait corrompre et charmer.
Hutter avait rejoint la maison de Bulwer et frappa à la porte.
Le vieux médecin, qui était allongé dans son lit, s’habilla en hâte et vint ouvrir devant les nombreux coups désespérés portés à la porte.
Il demanda qui était là à cette heure car il était déjà plus de minuit.
— C’est moi, professeur, Thomas Hutter !
Le vieil homme ouvrit, finissant d’ajuster ses lunettes :
— C’est Ellen ? demanda-t-il.
— Oui, venez vite, Docteur, elle se sent mal… Elle va tomber malade… Elle risque de se trouver mal…
Bulwer sut instinctivement ce qui se passait : Ellen affrontait Orlok ! Elle se sacrifiait pour détruire la maléfique créature et sauver les vies qui restaient dans la ville condamnée.
Il dit à Hutter :
— Je vous suis…
Le vieil homme marchait lentement et Hutter se désespérait : il fallait se hâter pour sauver sa femme.
Bulwer décida de ne pas dire que la jeune femme n’était pas malade à son mari. Elle avait éloigné le jeune homme afin qu’il n’empêche pas son valeureux sacrifice pour le bien commun. Elle voulait aussi qu’il restât hors de portée d’Orlok pour éviter que ce dernier, une fois entré, ne le tuât pour approcher la sainte femme. Elle mettait la vie des autres au-dessus de la sienne… Une femme exemplaire, pure de tous péchés…
Il ne savait encore comment faire pour détourner Hutter du chemin sans éveiller les soupçons de ce dernier : il fallait que rien n’entravât la sainte action en cours.
Un miracle se produisit.
Le pont entre la maison abandonnée et la demeure Hutter était maintenant occupé par tous les Tziganes au service du démon.
C’étaient à eux que les ordres psalmodiés d’Orlok s’étaient adressés et eux qui les avaient mentalement reçus.
Ils étaient les derniers pions vivants du dément : ils devaient monter la garde et tuer les deux hommes si jamais ils revenaient afin d’empêcher qu’ils ne gâchent sa rencontre amoureusement macabre.
Ils étaient encore en vie dans ce dernier but.
Les Tziganes étaient sur le qui-vive à la moindre alerte. Ils étaient méfiants, anxieux, bien et lourdement armés et imprévisibles. Des marionnettes obéissantes aux ordres du Maître sans se poser la moindre question.
Bulwer stoppa Hutter et tous deux se camouflèrent derrière la maison abandonnée sans se faire remarquer, à leur grand soulagement. Ils s’étaient arrêtés à temps.
Ils décidèrent d’attendre, Bulwer lui disant que, peut-être, lassés, ils s’en iraient.
Le temps passa aussi vite que les aiguilles d’une horloge ne pouvaient le permettre : il sembla que ce fut une éternité. Et alors :
— Le chemin est gardé, dit Hutter… Et il est déjà deux heures du matin ! Comment allons-nous passer ?
— Je pense qu’ils ne nous laisseront jamais passer… Ce sont des pions contrôlés, ils peuvent attendre indéfiniment… S’ils nous voient, ils nous tueront, c’est certain…
— Mais enfin, qu’est-ce qu’ils font là ?
— C’est maintenant que tu me poses la question ? Mais c’est évident ! Orlok est chez toi !
— Il faut foncer dans le tas.
— Réfléchis, tu vas te faire assassiner avant même de faire un pas sur le pont… Comment la sauveras-tu si tu meurs avant même de mettre le pied chez toi ?
— Comment faire, alors ?
— Trouver un autre chemin pour rentrer et cela peut prendre des heures…
— Mais il va la tuer !
— Est-ce qu’on a le choix ?
Finalement, décision fut prise de trouver un autre chemin plus sécuritaire, car Bulwer connaissait la ville encore mieux que Hutter. Thomas le savait et laissa faire le bon médecin.
Déterminé à laisser Ellen se sacrifier sans que l’on interrompe le rituel, Bulwer décida de gagner du temps : Orlok croyait maîtriser la situation mais servait en fait ses plans à lui et ceux d’Ellen.
Dans la maison, Nosferatu le vampire, Orlok le maléfique, continuait, ivre de plaisir, de boire le sang chaud de celle qu’il désirait…
Autour de lui, et malgré la nuit noire et l’odeur pestilentielle qui se dégageait maintenant, tout s’était arrêté.
Le temps suivait son cours normal, les dérèglements météorologiques n’avaient plus cours à l’extérieur…
Les objets de la maison, les meubles, la rue étaient normaux… Le jeu de tremblements et de perceptions faussées s'était arrêté.
C’était un peu comme si le vampire, tout à sa satisfaction et son plaisir, en oubliait ses capacités, ses pouvoirs et même le temps…
Il n’était pas encore l’aube…
Ellen priait pour que tout ne se terminât pas déjà, laissant le monstre gagner !
Une peur sacrée d’échouer l’envahit soudainement. Elle devait le retenir et l’empêcher, en le distrayant ainsi, de retrouver l’usage de ses pouvoirs et facultés avant qu’il ne se rendît compte du piège.
Elle le serra plus fortement dans ses bras, l’enlaçant encore plus.
Le vampire ne résistait déjà plus, ivre de bonheur : il avait la satisfaction des grands artistes, des stratèges de génie et de l’amoureux comblé.
L’amour d’Ellen affrontait en fait un mal incarné : qui allait l’emporter ?
La femme pleine de tendresse qui aimait les hommes et essayait de les sauver en montrant de quel amour elle était capable envers ce criminel endurci, ce démon ? Elle ne le détestait plus, car les anges devaient montrer la compassion et la pitié même aux créatures les plus démoniaques.
Il était absorbé littéralement par cette vie même qu’il prenait. Son temps si précieux, son contrôle, sa raison avaient été engloutis, comme vampirisés par la sainte femme.
Il était tellement heureux de ce qu’il faisait, de ce qui lui arrivait, tellement perdu dans ce nouvel univers où il se sentait si bien, goûtant au sang frais et chaud d’une sainte, qu’il ne remarqua pas les faibles lueurs naissantes qui commençaient à poindre.
Le soleil commença à monter dans le ciel de Wismar sans que le vampire, dont l’esprit était entièrement tourné vers Ellen, ne le remarquât.
Le premier rayon de soleil fit apparition sur le lit.
Dehors, quelque part, un coq s’aperçut de la divine et lumineuse présence de l’astre du jour dont l’aube magique commençait à englober la ville entière.
Le volatile grimpa sur une barrière et son cri retentit, majestueux.
Ellen l’entendit avec émerveillement et soulagement tandis que le vampire tressaillit.
Il tourna lentement son visage, surpris, vers la fenêtre et poussa un cri.
Son regard maléfique croisa le soleil…
Il se leva précipitamment et essaya de reprendre le contrôle du temps, mais la vision, infernale pour lui, divine pour Ellen, de l’astre du jour le privait de quasiment tous ses pouvoirs.
Il contrôlait tout sans problème jusque-là… À présent, il ne contrôlait plus rien !
Dehors, les Tziganes, soudain libérés de l’emprise démoniaque, se demandèrent ce qu’ils faisaient là, en dehors de leur pays, en territoire inconnu.
Ils ne se souvenaient plus de rien des trente dernières années pour les plus vieux d’entre eux… Parfois depuis la naissance, pour d’autres, plus jeunes…
Pourquoi gardaient-ils ce pont, en fait ?
Qu’y faisaient-ils ?
Ils étaient armés jusqu’aux dents ! Pourquoi ? Y avait-il eu une guerre ?
Ils se regardaient, stupéfaits.
Un des vieillards les plus écoutés et le plus sage parmi eux ne donna qu’un seul conseil, simple, que l’on considéra juste :
— Rentrons chez nous…
Ce fut fait : ils rangèrent leurs armes et repartirent, non sans chercher où était le camp dans cette ville inconnue.
Lorsqu’ils le retrouvèrent, ils s’en allèrent définitivement…
Le contrôle d’Orlok le Nosferatu sur ses derniers pions avait cessé.
De même, les corbeaux qui hantaient le toit de la maison Hutter s’envolèrent à tire d’ailes comme si quelque chose leur signalait que leur œuvre était terminée.
Au même moment, Bulwer et Hutter, qui avaient fait détour sur détour, arrivèrent enfin à la demeure et, le soleil déjà bien luisant, entrèrent dans la demeure éclairée du jeune homme.
Le démon infernal, que le soleil consumait déjà sans qu’il ne pût rien y faire, les entendit…
Il reconnut la voix de Hutter et se dit que le jeune homme allait lui servir ! Il avait mordu ce dernier et c’était tout ce dont il avait besoin : d’une de ses si rares victimes encore en vie, ayant un lien avec lui, pour réussir son entreprise… Hutter avait de la chance de s’en être tiré et même de s’être enfui de son château ! Autrement, rien de ce qu’il devait faire à présent n’aurait pu être possible.
Il avait encore une chance et malgré la douleur intense, il fallait qu’il trouvât le moyen d’utiliser sa dernière carte !
Il fallait faire vite !
Cinq secondes plus tard, il chancela, son corps disparaissant comme celui de la simple ombre qu’il était… L’ombre d’un stratège sanglant qui semblait tout prévoir sauf deux imprévus : La sainte qu’il aimait était un piège mortel qu’il n’avait pas calculé dans ses variables assez judicieusement. Ses derniers pions, qui devaient empêcher des gêneurs de l’interrompre, servaient justement d’excuse pour permettre à la divine femme de terminer son œuvre.
Ironiquement, il pensa à saluer la stratégie de la jeune femme : il savait reconnaître les prestations d’artistes talentueux et elle avait délivré une sacrée performance.
Il venait détruire, il fut détruit !
Il venait conquérir, il fut conquis :
Il vampirisait tout, il se fit vampiriser par une simple humaine !
Avant de disparaître définitivement dans l’éternité, avant de s’effacer à jamais du monde réel, le fantôme transparent qu’il devint ne put prononcer qu’une seule phrase, montrant une certaine tristesse quant à sa déception :
— Il manque… la signature… de l’artiste !
Il n’y eut plus qu’un tas de particules fines dans la pièce qui s’effaça aussitôt. Il avait disparu comme l’ombre qu’il était : celle dont personne ne se souviendra car c’est bien connu, les véritables grands hommes ne peuvent gouverner que dans l’ombre sans jamais avoir leurs noms dans les livres d’Histoire et pourtant ce sont eux qui ont façonné le monde.
Le maître du mal, Orlok, Nosferatu le Vampire, avait été vaincu et les forces du bien triomphaient encore avec l’aide de la lumière divine.
Transportée de joie, heureuse d’avoir pu sauver ce qu’il restait de vie dans Wismar, Ellen, les mains jointes pour remercier le Seigneur, n’eut qu’une pensée quand elle vit soudain son mari et Bulwer ouvrir la porte ! Elle l’accueillit les bras ouverts en prononçant le nom chéri.
— Hutter…
Et elle expira quasiment aussitôt, retombant inerte, blanche et d’une certaine odeur de sainteté sur le lit.
Hutter hurla, pleura.
Il vit Bulwer prendre son sac : allait-il la ranimer…
— Sors pendant que je m’occupe d’elle… dit le médecin.
Hutter obéit mais il entendit d’étranges bruits et quand il revint dans la chambre de la divine morte, elle avait un pieu dans le cœur et Bulwer était là, les mains ensanglantées, un marteau à la main couvert du liquide rougeâtre.
Il hurla à nouveau si fort que son cri traversa toute la ville devant l’horreur commise par ce fou qu’il croyait être son ami et celui de la défunte.
Alors que le soleil brillait sur Wismar, que les rues retrouvaient leur splendeur d’autrefois, qu’enfin le temps redevenait clément, les habitants découvrirent que leurs malades étaient guéris, que les rats et les Tziganes avaient quitté la ville.
Les survivants n’étaient plus que 300.
Ils étaient dans une ville quasi morte mais délivrée du mal qui les rongeait.
Ils étaient heureux et voulaient fêter l’événement de la fin de l’épidémie sous le ciel bleu lumineux d’une paix retrouvée et d’une prospérité qu’ils avaient l’intention de retrouver.
Ils savaient qu’en attirant du monde, en se remettant au travail, avec un meilleur gouvernement que celui qui avait si catastrophiquement géré l’épidémie, ils réussiraient à retrouver leur grandeur d’autrefois.
Ils étaient prêts à faire la fête afin de célébrer la nouvelle ère qui s’ouvrait quand ils entendirent un cri déchirant :
— Au secours ! Au meurtre ! Au fou !
À la fois consternés par cet appel qui portait ombrage à leur joie retrouvée mais aussi curieux et conscients qu’il ne fallait pas laisser ignorer un cri déchirant appelant à l'aide, ils accoururent dans la maison d’où venaient les hurlements.
C’était dans la maison des Hutter, dont la porte d’entrée était ouverte.
Ils y montèrent, entrèrent et se rendirent dans la chambre où dormait de son éternel sommeil la jeune sacrifiée.
Et là, leur abominable vision : ils virent le meurtre inexplicable : la jeune femme un pieu enfoncé dans la poitrine et un homme, le fou, le meurtrier, couvert de sang et l’objet qui servit au délit dans la main.
Il balbutiait, incohérent, des propos démentiels au jeune Thomas Hutter, qui, alarmé, tremblait :
— Je n’avais pas le choix… Il pouvait la transformer… Il le voulait… Elle s’est sacrifiée pour nous… Je ne peux la laisser devenir comme lui… Étant une victime descendante voulue, elle serait comme lui… Mais contrairement à lui, elle a les points faibles du vampire traditionnel… Comprends-moi, autrement tout aurait été fait en vain…
On constata que l’homme était en pleine paranoïa et folie meurtrière. On pensa rapidement que c’étaient ses lectures et ses croyances qui, tel un Don Quichotte moderne se prenant pour un chevalier, l’avait transformé en un monstrueux et sanguinaire chasseur de vampires là ou tout bon croyant réaliste sait que ces créatures ne sont que pures fantasmagories.
Bulwer avait déjà défrayé les Gazettes de Wismar avec ses agissements et ses croyances abominables et indignes d’un scientifique… Il était sûr qu’il deviendrait dangereux, et ce qui restait de Wismar regrettait que personne dans l’ancienne administration n’ait pris à temps les mesures adéquates contre le damné assassin qu’il pouvait être à tout moment…
On se jeta sur le fou… On le ligota solidement.
Qu’en faire, le tuer comme il avait été fait pour Knock ?
Cela aurait été le châtiment le plus sûr pour les habitants, et Hutter ne pouvait nier qu’il pensait pareil de l’homme qu’il avait cru être savant et ami.
Il fut décidé que la police n’étant plus, les institutions dont l’asile n’existait plus, personne ne pouvait faire autrement que de tuer le criminel…
Mais cela aurait gâché complètement la journée de la Libération : on avait quand même vaincu la secte zoophage et l’épidémie de peste, et on ne voulait pas ternir la journée davantage en répondant à un meurtre par un nouveau meurtre.
On enleva au docteur la corde qui l’entourait, on lui donna le cheval le plus rapide et on lui demanda, s’il tenait à la vie, de quitter immédiatement la ville le plus vite possible et de ne surtout n’y jamais revenir.
L’individu en question enfourcha la bête et après avoir lancé un sombre juron s’en fut à triple galop sous la vindicte populaire d’un peuple qui se jugeait triomphant des dangereuses situations dans laquelle elle s’était trouvée.
En effet, chaque citoyen survivant de Wismar pensait que, grâce à leurs seuls efforts, auxquelles ni Bulwer, ni Hutter, ni cette pauvre Ellen n’avaient contribués dans leurs délires chacun différent, ils avaient vaincu la peste, la secte zoophage et leur dangereux représentant, le fourbe Knock, responsable de tous leurs mots maladies comme assassinats.
L’heure était à la reconstruction et à la joie.
Tout le mérite, selon eux, en revannait au glorieux médecin et maire Sievers, qui, malgré son suicide, fut glorifié dans les livres d’histoires comme le maire ayant sauvé la ville de la plus grande catastrophe qu’elle ait jamais vécue. Ils étaient heureux et fiers d’avoir voté cet homme si compétent alors que le moment allait devenir si critique pour la cité.
On décida de faire la fête, on joua de la musique, on dansa dans les rues pour fêter l’heureux évènement ce jour de la libération et de la fin de la quarantaine.
Hutter était resté au chevet du corps d’Ellen : il pleurait sa perte. Les cris de joies et la musique à l’extérieure lui perçaient le cœur comme des coups de poignards. Lui ne voyait plus que ceci : en acceptant cette mission, il n’avait eu ni commission ni rien, sauf des ennuis, et il avait attiré le malheur sur le monde qu’il aimait. Il avait perdu son travail, ses amis, et sa femme ! Tout !
Il releva la tête : son visage était émacié et bien qu’il fût Hutter, il avait l’apparence de quelqu’un d’autre déjà ! Le chagrin changeait si vite les visages humains.
Il sourit : non, il n’avait pas tout perdu ! Il avait réussi malgré l’échec qu’il avait ressenti lorsqu’il avait perdu sa femme !
Tout allait pour le mieux ! Ou presque…
Hutter semblait confus… Il ne savait plus qui il était ni ce qu’il devait faire. Ses pensées étaient contradictoires comme si quelqu’un d’autre essayait d’imposer sa volonté sur la sienne. Il ignorait s’il devait rire de la situation ou bien en pleurer.
Le soleil semblait le brûler lentement. Il remarqua sa douleur, vit la paume de sa main rougeoyer, et chercha rapidement un petit coin d’ombre permanent dans la maison. Son instinct et une petite voix intérieure, celle qui tentait de prendre le dessus sur lui, lui demandait d’aller se réfugier dans la pénombre afin de sauver ce qu’il pouvait de lui-même, d’assurer sa sécurité avant tout. Il rejoignit rapidement la cave.
Hutter resta là jusqu’à la nuit tombée.
Puis, profitant de l’obscurité, il prit dans les affaires de la maison seulement sa veste, son bonnet, une feuille de papier, deux clous et un marteau ainsi qu’un pot de peinture blanche.
Puis il hésita à mettre le pied dehors et vit que, finalement, il n’avait plus rien à craindre.
Les gens qui le croisèrent et le virent habillé comme pour un départ furent surpris : il avait changé en une nuit et ressemblait à présent à un homme vieilli avec des mains étranges, squelettiques, comme décharnées. Ils crurent aussi halluciner en lui voyant… des dents de rats !
Il entra dans la maison abandonnée et siffla : un fiacre noir mené par quatre chevaux apparurent de nulle part. IL inscrivit dessus avec la peinture blanche « Entreprise de pompes funèbres Leymann ». Puis, il y installa le cercueil d’Orlok, prit place sur le siège du conducteur et commença à mener le fiacre tout doucement, histoire de ne pas attirer l’œil sur lui.
Hutter s’arrêta devant l’écriteau indiquant la sortie de la ville. Il fit un geste et une nouvelle nuée de corbeaux vint de tous les horizons et se courbèrent devant lui…
Hutter ne pensait déjà plus comme pensait Hutter. Durant la journée, la voix intérieure avait gagné le conflit entre les deux consciences qui luttait pour la suprématie du cerveau de ce corps.
Il descendit à terre, profitant que personne ne le voyait, que tous étaient partis se coucher, prit une plume, la trempa dans son sang, écrivit sur le papier et cloua la feuille avec le marteau sur l’écriteau. Puis il mit la plume de corbeau sur son bonnet et les plaça aussi dessus.
Il reprit à nouveau place sur le siège du conducteur, rictus aux lèvres. Le fiacre s’en alla à une vitesse inhumaine car « les morts voyagent vite ».
Il était heureux : il était dans ce nouveau corps, il avait réussi à jouer sa dernière carte…
Cela ouvrait des perspectives fascinantes qu’il ne pouvait mettre en pratique ici : il y avait peu de survivants et il serait démasqué tôt ou tard !
Il n’avait pu prendre la femme, mais il avait réussi à transférer son âme dans celui du mari : il aurait un souvenir de celle qui l’avait vaincu une fois… Il l’en aimait davantage ! Quelle femme elle aurait été si elle avait été à ses côtés.
Il sourit : le plan avait fonctionné à merveille.
Il devait l’appliquer à plus grande échelle.
Hutter hésita, mais il n’était pas ou plus Hutter à présent. Il n’en avait pris que le corps et les souvenirs, l’être entier du jeune homme avait disparu.
Et s’il colonisait le monde entier avec des semblables qu’il créerait ou le détruirait selon le chaos qu’il aimait apporter ? Il hésitait entre les deux choix.
Il avait tout le temps d’y réfléchir et, quoi qu’il eût l’éternité devant lui.
Il devait rentrer chez lui. Trois épouses de charme l’y attendaient depuis quelques mois.
Pour le moment, il devait trouver un port pour rentrer chez lui et éviter les douaniers trop curieux… Il avait une idée pour cela.
Le lendemain, sous le soleil lumineux de Wismar, là où un écriteau indiquait le nom de l’endroit, il y avait une plume de corbeau sur un bonnet et sur le papier cloué sur le bois était inscrit, rouge du sang du monstre, ce texte :
« Les habitants de Wismar doivent savoir qu’ils ont été les acteurs d’une pièce symphonique magistrale et orchestrée avec talent par le plus grand artiste stratégique et compositeur au monde, le comte Orlok… Le titre de la mélodie jouée lors du spectacle flamboyant était : Nosferatu, une symphonie de l’horreur !
Oui, décidément, il fallait toujours la signature de l’artiste !







Épilogue


1970.
Un paquebot arriva à New-York en pleine nuit.
Un homme émacié, squelettique, aux dents de rats en descendit, seul.
Il avait conçu un nouveau plan. Une petite ville isolée d'Amérique, d'une tranquillité désespérante, était mûre pour sa nouvelle conquête. Une conquête différente.
Il avait un nouveau serviteur qui allait prendre soin de ses affaires et veiller sur lui maintenant qu’il avait plus de points faibles : un humain, trouvé et arrangé pour l'attendre à quai.
Orlok, parasitant maintenant à jamais le corps de Hutter, sourit. Il repartait à zéro, avec de nouvelles chaînes, mais avec l'expérience d'un général.
Le monde était vaste, et les villes, même les plus petites, offraient toujours de nouvelles symphonies à orchestrer.

Re: Roman feuilleton Nosferatu le vampire par Judex6

Posté : lun. déc. 08, 2025 23:47 pm
par LVD
Faut que je trouve le temps de lire le reste mais la en ce moment, c'est juste pas possible. Peut-etre ce week-end...

Re: Roman feuilleton Nosferatu le vampire par Judex6

Posté : mar. déc. 09, 2025 11:25 am
par Judex
j'ai pas demandé de lire tout d'unc oup.... hier mon etat a empire puis sésmpiré aujourd'hui... Comme je ne savais pas si ça allait desmpirer ou pas, j'ai pris mes precautions en postant la fin...

Re: Roman feuilleton Nosferatu le vampire par Judex6

Posté : mer. déc. 10, 2025 10:54 am
par Super Shogun
Image

Re: Roman feuilleton Nosferatu le vampire par Judex6

Posté : mer. déc. 10, 2025 11:09 am
par LVD
acte 4


>fut remise ensuite par Knock à Ellen avant qu’il n’ouvre son enveloppe qui lui était purement destiné
destinéE

> tel qu’Orlok, une fois arrivé, serait invisible aux yeux de tous et om il pourrait apaiser sa soif de sang en conquérant un territoire déliquescent.
pas compris


> Tout le monde était resté chez soi à cause d e la tempête
de la

>On a retrouvé, sur la rive du cimetière de Wismar, un voilier échoué à cause, semble-t-il, de la tempête.
Personne ne semblait en descendre.
Pas une faute mais tu utilises deux fois le verbe "sembler" a la suite. Cherche un synonyme



acte 5


>Dans le plus imperturbable des chaos urbains qu’on ait jamais vus
J'ai un doute... Perso je ne mettrai pas de S a vu, mais je me trompe peut-etre

>membre d’une redoutable secte zoophile
zoophage plutot :D

> sa femme et les serviteurs faisaient secrètement partie de la secte zoophile quasi démantelée
idem

>Fin de la menace de la secte zoophile avec la mort du fou évadé !
idem

> la secte zoophile qui a détruit notre ville n’existe plus ?
idem

Re: Roman feuilleton Nosferatu le vampire par Judex6

Posté : ven. déc. 12, 2025 10:08 am
par Judex
corrections appliquées....

Re: Roman feuilleton Nosferatu le vampire par Judex6

Posté : dim. déc. 14, 2025 01:49 am
par LVD
Acte final
Il y a enormememt de fautes d'inattention.


>Seule, isolée, conscient du mal autour d’elle t de la ville
et de la ville


> elle sentait déjà que ce n’était pas là que le monstre arriverait.
pas par là


>interrompant le jeu de croquet auquel elle els avait laissé dans leur résidence, lui apportèrent une autre lettre d’e son mari
elle les avait


>Anne qui l’ouvrit et la lui dona
donna


>La lettre qui ‘s’était envolée
enlever le ' avant le s


>La nuit de l’arrivé de la créature
arrivéE


>Elle se revoit sous la tempête alors que le vent violant
violent


>Puis, le contact se rompit et, ne sachant plus ce qu’el faisait dans la rue, elle était retournée chez les Harding qui firent ç ce moment rappeler Sievers.
qu'elle faisait ... à ce moment


>- Une forme de folie passagère du a un surmenage intensif
dûe à


>orsqu’il récupéra ses forces, il lui avait expliqué l’histoire et comment, de relais en relais, de diligences en diligences, d’incidents en accident, il tentait de revenir en vitesse à Wismar avant le monstre mais, ne sachant comment faire pour la protéger.
lorsqu'il ... d'incidents en accidents ... pas de virgule apres le mais


>Le monstre était mentalement connecté à elle et lui envoyait des image sou déformait la réalité dans les endroits qu’il voulait de la maison…
des images ou


>Le vampire voulait qu’elle l’accepte et non la prendre de force : il semblait y avoi renoncé.
avoir


> il avait encore des pions n à sa disposition
pions à sa


> il ne tenait pas à voir sa dernière proie, enfin consentante comme il le volait
voulait


>Il n’avait que très eu à faire
peu


>Ellen tenta de ne pas reculait
reculer


> Il li avait expliqué
Il lui avait


> Mon spectacle vous a touchée et j’en sis conscient
j'en suis


>Elle le serra dans ses bras, attendrissante et li, charmé,
et lui


>Il al mordit passionnément
Il la mordit


>Même le Vampire avait même contrôlé les journalistes
Un meme de trop


>Les « pesteux » victimes de marques étaient les selles vrais victimes du monstre
les seules


>- C’st maintenant que tu me poses la question ?
C'est


>Comment la sauveras-tu si tu meurs avant même de mettre le pied chez Toi ?
toi sans majuscule


>Finalement décision fut prise de trouver un autre chemin plus sécuritaire § Bulwer connaissait la ville encore mieux que Hutter.
§ remplacer par car peut-etre?


>Elle ne le détestait plus car ls anges doivent montrer la compassion
les anges


>il était tellement heureux de ce qu’il faisait, de ce qui li arrivait
lui arrivait


>Ironiquement, il pensa à saluer la stratégie de la jaune femme
la jeune, pas la jaune! :D


>Il vampiriser tout,
vampirisait


>Il n’y eut plus qu’n tas de particules fines dans la pièce qui s’effaça aussitôt.
un tas


>devant l’horreur commise par ce fou qu’l croyait être son ami et celui de la défunte.
qu'il


>Les survivants étaient heureux et volaient fêter l’évènement
voulaient


>A la fois consternées par cet appel
masculin, pas feminin


>Et là, $on abominable vision
son sans majuscule


>Il balbutiait, incohérent, de propos démentiels au jeune Thomas Hutter, qi, alarmé, tremblait
qui


>Il fut décidé que la police n’etant plus
étant


>ni rien sauf des ennuis et attié le malheur
attiré


>Il s relava la tête
Il releva


> il avait réussi à houer sa dernière carte…
jouer


> i aurait un souvenir de celle
il


>IL sourit : le plan avait fonctionné à merveille.
Il


>partit au grand galop, a une vitesse hallucinante
à


>sans crainte d douaniers
de


>Sous le soleil lumineux de Wismar, là ou un écriteau indiquait le nom de l’endroit, il y avait un plume de corbeau
là où


>qu’ils ont été les acteurs d’un pièce symphonique
une pièce

Re: Roman feuilleton Nosferatu le vampire par Judex6

Posté : dim. déc. 14, 2025 18:14 pm
par Judex
acte final corrigé
Globalement, que vaut l'histoire ?

Re: Roman feuilleton Nosferatu le vampire par Judex6

Posté : dim. déc. 14, 2025 18:36 pm
par Judex
tous les actes sont a present corrigé de ce qui m'a été signalé. Si vous trouvez d'autres errurs...