Voici donc le grand événement.
***
Vénusia était assise sur un ballon, le dos droit, les mains ouvertes sur ses genoux. La sage-femme, Mai Makura, lui massait les reins.
- C'est le grand jour ? demandai-je, un peu anxieux du déroulement des prochaines heures.
La future maman me tendit la main. J'enlaçai mes doigts aux siens et m'agenouillai devant elle. Je déplaçai une mèche de cheveux qui était collée sur sa joue.
- Comment vas-tu ?
- Les contractions se sont intensifiées et sont régulières. Mai m'a demandé de me détendre mais ce n'est pas facile. Tu veux bien m'aider ?
- Dis-moi ce que je dois faire, chuchotai-je.
- Parle-moi, raconte n'importe quoi pour que mon esprit soit occupé ailleurs lors de la douleur.
Mai intervint. Elle nous parla doucement à voix basse.
- Actarus, asseyez-vous derrière elle et bercez-la en mettant vos mains sur le ventre. Lorsque la contraction arrivera, dirigez vos mains vers le bas pour guider le bébé vers la sortie. Vénusia, vous pouvez chanter ou sortir des sons. Vous êtes seuls ici avec moi et Dame Antonnella. Ne vous préoccupez que du bébé. La contraction est le signe que l'utérus s'ouvre pour laisser le passage au bébé. Accompagnez-le dans son effort.
Vénusia posa sa tête sur mon épaule. Je perdis la notion du temps entre les repos et les contractions. Dame Antonnella nous conduisit dans la baignoire de dilatation. Pour l'heure, malgré mon malaise pour la situation que je maîtrisais mal, j'étais en phase avec ma femme et notre "crevette". J'utilisais mon don de télépathie pour rassurer le bébé dans le travail qu'il faisait pour nous rencontrer. Elle m'envoyait des images d'étoiles de couleurs, plus ou moins vives selon le moment. Je n'aurais jamais cru vivre une expérience aussi intense et épuisante. A côté de cela, les combats contre Véga étaient du gâteau. Enfermés dans notre bulle, nos esprits uniquement dirigés vers le bébé, nous avions mis de côté notre pudeur. Je ne portais qu'un maillot de bain dans la baignoire où je soutenais Vénusia. Elle avait retiré tous ces vêtements pour libérer ses mouvements. Pour l'aider à gérer les contractions, Mai m'avait appris à transposer sa douleur à un autre endroit, en faisant des prolongements*. Soit Vénusia se mettait debout en appui sur le mur et je poussais son bassin en avant tandis qu'elle donnait une pression arrière, soit je pinçais l'intérieur de sa cuisse entre mes doigts et ma paume pendant qu'elle se concentrait sur la douleur ainsi provoquée. Ces gestes permettaient à la contraction de faire son travail sans être gênée par le stress de Vénusia. Je ne savais pas combien d'heures dura le travail. Petit à petit, je sentais le bébé avancer vers la sortie. Les forces de Vénusia décuplaient. C'était très impressionnant. Je devais accentuer la mienne lors des prolongements. La sueur coulait le long de mes tempes.
- Je n'en peux plus, gémit Vénusia à bout de souffle. Ça fait de plus en plus mal.
Elle était allongée sur le côté, la tête sur un bras, l'autre sur son ventre. Une de ses jambes reposait sur un coussin allongé. J'étais moi-même installé sur le lit, face à elle, une de mes mains sur son ventre. La sage-femme lui massait les reins.
- Vous arrivez au bout, la rassura Mai. Je vous propose à nouveau la baignoire pour détendre les muscles, le travail avance bien.
- Combien de temps ça dure ?
- Ne vous préoccupez pas de cela. Tout se déroule normalement. Vous n'avez pas encore perdu les eaux, ce qui facilite beaucoup la descente du petit.
A ce moment-là, Vénusia poussa un cri. Son ventre se tendit et durcit plus fort que les fois précédentes.
- Je veux... je veux... - Elle cherchait ses mots sous la violence de cette contraction. Autrement... Aide-moi.
Je lui pris les avant-bras pour l'asseoir. Elle se courba en se levant et se mit sur les genoux, les mains posées au sol devant elle. Je m'accroupis devant elle.
- C'est trop fort, je dois..., elle s'interrompit et haleta.
J'étais démuni face à la souffrance qu'elle vivait. Ses doigts reliés aux miens me broyaient les phalanges. Je commençais à lui chanter une berceuse. Mai se mit derrière elle et l'encouragea.
- Allez-y, il est bientôt là. Vous pouvez pousser. Là, doucement. Oui, reprenez votre souffle. Bravo. Encore une fois.
J'entendis de l'eau jeté au sol. Vénusia leva les yeux vers moi, implorante. Je me penchai pour boire les larmes qui coulaient sur ses joues.
- Je suis fier de toi. Continue, ma douce. Notre "crevette" sera bientôt là. Tu peux être fière du travail que tu accomplies.
Elle resserra ses doigts, puis expira doucement en reculant légèrement.
- Je vois les cheveux, annonça Mai. Encore deux poussées et il sera là.
Enfin, Vénusia poussa un long gémissement. Elle relâcha son étreinte et posa le haut de sa tête sur ma poitrine. Je regardai au-dessus de son dos et vis Mai soulever le bébé. Vénusia se retourna pour s'asseoir et tendit les mains pour le prendre contre elle. Je l'entourai de mes bras pour la bercer et repoussai ses cheveux collés par la transpiration. Le bébé avait ses yeux ouverts et nous dévisageait fixement. Nous lui murmurions des mots d'accueil, nos deux mains posées sur son dos. Dame Antonella qui s'était approchée déposa une couverture douce sur lui et aida ensuite Vénusia à se lever pour l'installer sur le lit. Mai me présenta une paire de ciseaux. Je l'interrogeai du regard.
- Il est de tradition, mon Prince, intervint ma gouvernante, que le père coupe le lien physique entre la mère et l'enfant.
Je pris l'objet et suivis les indications de la sage-femme. Je revins ensuite enlacer ma famille. Le bébé cherchait déjà le sein que Vénusia lui présentait en souriant. Des gouttes de lait perlaient déjà. Je caressais le dos du petit. Il était tout gluant sous les doigts. Sa peau était recouverte d'une couche crémeuse qui disparut en quelques minutes. Son corps devint alors doux. Il avait du duvet sur les tempes et ses cheveux étaient foncés comme ceux de sa mère.
- Merci Vénusia. C'est le plus beau cadeau que j'ai reçu, lui dis-je en l'embrassant sur les cheveux. Qu'est-ce qu'elle est belle !
- Je suis épuisée mais heureuse. Merci à toi aussi d'avoir été présent tout du long. Je n'aurais pas eu la force sans toi. C'est si petit mais regarde comme elle se débrouille bien.
- Oui, elle est née sous de bons augures.
Un silence contemplatif s'établit entre nous.
- Actarus, l'interrompit Vénusia. Depuis que le bébé est sorti, je lui parle comme si c'était une fille. As-tu vérifié si...
- Moi aussi, j'ai utilisé le pronom féminin. On vérifie si ton intuition est correcte ?
Elle hocha la tête. Je soulevai un coin de la couverture, écartai sa petite jambe.
- Bienvenue sur Terre, Kawa-Hoshi, l'accueillis-je en déposant un baiser sur ses cheveux.
Notre petite fille téta goulument pendant une heure tandis que la sage-femme s'occupait des soins postnataux de Vénusia. Je pris ensuite le bébé dans mes bras pour la laisser se reposer. Je l'embrassai sur la bouche avant qu'elle s'endorme. Dame Antonnella entreprit d'emmallioter Kawa-Hoshi puis elle la déposa dans le berceau en bois conçu par Riguel à la naissance de Vénusia.
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http://lesdecouvertesdeflo.wordpress.com/mes-pages/" onclick="window.open(this.href);return false; (dans le menu, vous trouverez les récits de naissance sur lequel j'ai fait un mix)