Page 1 sur 3

Ma nouvelle oeuvre : Contes en Absurdie !

Posté : lun. févr. 02, 2026 14:42 pm
par Judex
Delphin Bournot
—
Les Contes Cruels Modernes en Absurdie
Pitch Global
Le Concept : Et si les contes de fées n’étaient pas des histoires pour enfants, mais les premiers faits divers de l’humanité ? Les Contes en Absurdie déshabillent Perrault et Grimm de leur vernis merveilleux pour révéler une matière brute : la prédation, la violence sociale et la survie, le tout passé au mixeur d'un humour noir et burlesque.
Le cadre narratif : Le recueil est orchestré par une émission télévisée en plein naufrage. Charles Perdgros (alias Perrault) tente désespérément de narrer ses récits face à Pierre Jeanaimarre, un chroniqueur « emmerdeur professionnel » dont le seul but est de saboter le programme. Entre les jets de tomates du public et les menaces de la direction, le récit devient une performance métalittéraire où le chaos de la forme répond à la noirceur du fond.
Les récits :
• Barbe Bleue : Un thriller technologique où un ambassadeur protégé par l'immunité diplomatique cache ses crimes derrière une domotique de pointe et une teinture de barbe ratée.
• Le Petit Chaperon Rouge : Une traque rurale où une Anne Red malvoyante et adepte du jiu-jitsu croise la route d'un psychopathe nommé Leloup, sous la direction d'un Grand Danois stupide attiré par l'odeur des billets de banque.
L'univers partagé : L'œuvre culmine dans la création d'un « Mystery Incorporated » décalé, où les rescapés des contes (Thérèse Bart, Anne Red, Hansel et Gretel) s'unissent pour traquer les « loups » bien humains qui se cachent sous les masques de la modernité.
La note de l'auteur : Entre hommage au cartoon classique, satire de la télévision publique et thriller cru, ce recueil est un dynamitage des codes. C’est une œuvre qui refuse le politiquement correct pour explorer une vérité simple : le monstre n'est pas dans la forêt, il est dans le salon, il possède un smartphone, et il est peut-être déjà en train de vous parler.
Présentation de l’auteur
Mon travail s’inscrit dans une démarche volontairement à contre-courant des codes narratifs actuels, tout en restant profondément ancré dans la tradition du conte classique.
Je ne réécris pas les contes pour les moderniser superficiellement, ni pour les détourner par simple provocation. Mon objectif est autre : retirer le vernis merveilleux pour remettre à nu la matière première dont ces récits sont issus : peur, violence sociale, prédation, naïveté, survie. Les contes populaires ont toujours été des faits divers stylisés. Je les traite comme tels.
Positionnement stylistique
• Ossature classique conservée : La structure d’origine (Perrault, Grimm, tradition orale) demeure reconnaissable.
• Transposition réaliste et contemporaine : Le Loup, Barbe Bleue, la forêt ou la maison isolée trouvent tous un équivalent crédible dans notre monde.
• Exposition longue et volontaire : Elle installe le décor social, psychologique et matériel. Sans elle, l’explosion narrative n’aurait ni poids ni sens.
• Principe fondamental : Rien n’est gratuit. Chaque détail, même comique ou absurde en apparence, a une fonction ultérieure.
Nature de l’humour
L’humour n’est pas là pour annuler l’horreur, mais pour créer un déséquilibre. Il s’agit d’un mélange de burlesque hérité du cartoon, de non-sens contrôlé, de jeux de langage et de références culturelles décalées. On peut sourire, parfois rire au mauvais moment. C’est voulu : le rire sert ici de révélateur et rend la violence plus humaine, donc plus dérangeante.









Avant-propos : L'Émission




Charles Perdgros : Mesdames et messieurs, bienvenue dans cette nouvelle émission : « Les Thrillers de Charles Perrault et de Grimm ». Je suis Charles Perrault. Enfin… un homonyme. Je vais vous conter, avec l’aide de mon ami Pierre Jeanaimarre…
Pierre Jeanaimarre : De vous tous surtout !
Charles Perdgros : Merci, Pierre. Je vais vous conter, dis-je, ces terrifiantes histoires modernes…
Pierre Jeanaimarre : Mon c… !
Charles Perdgros : Pas de grossièretés, Pierre, je vous prie ! Vous êtes déjà contre le titre de cette émission…
Pierre Jeanaimarre : Je l’aurais intitulée « Les histoires de Pierre Jeanaimarre ».
Charles Perdgros : Oui, moi aussi, j'en ai marre de vous !
Pierre Jeanaimarre : Je ne vous le fais pas dire !
Charles Perdgros : Ces contes modernes mettent en scène des personnages attachants… À vous, Pierre…
Pierre Jeanaimarre : Moi, j’en ai marre !
Charles Perdgros : Non, Pierre, ils savent déjà tous comment vous vous appelez !
Pierre Jeanaimarre : Non, j’en ai marre de tout ! De vous, du titre à la con, de ce qu’on va raconter… C’est idiot ! Personne n’y croira !
Charles Perdgros : Mais ces histoires sont vraies ! Vous pouvez demander à notre confrère, le scénariste, Wilhelm Grime…
Pierre Jeanaimarre : Tu veux parler du type grimé en clown qui se trémousse sur la scène pour chauffer le public ?
Charles Perdgros : Ben oui, Wilhelm Grime… Pour bien porter son nom. Et le gars qui vient de se pointer sur scène se nomme Anders, c’est ça ?
Pierre Jeanaimarre : Heu, oui, pourquoi ?
Charles Perdgros : Je m’en doutais ! Il fallait cela ! Attendez, je vais être devin : c’est Anders Scène, pas vrai ?
Pierre Jeanaimarre : Heu oui… Mais surtout, vous n’êtes pas un homonyme ! Votre nom n’est même pas Charles Perrault, c’est Charles Perdgros ! Et vous allez en perdre, des auditeurs…
Charles Perdgros : C’est à nous ! On va commencer la première histoire…
Pierre Jeanaimarre : Mon Dieu… Au moins, je n’aurai pas à faire mes courses ce soir. Le public est venu avec des légumes et des tomates…
Charles Perdgros : Vous êtes sous contrat, Pierre ! Ce n’est pas moi qui dois vingt mille euros de dettes à la production !
Pierre Jeanaimarre : Je ne suis plus réellement sous contrat, je suis « contré ». Je suis payé pour vous contrer ! Regardez ma carte professionnelle : Pierre Jeanaimarre, emmerdeur professionnel. Travaille même gratuitement pour le plaisir.
Alexandre Afanassiette (depuis la régie) : Pierre ! Charles ! La présentation est finie, là ! Faut vous magner sur scène !
Charles Perdgros : Vous venez d’entendre notre réalisateur, Alexandre Afanassiette ! Le public nous applaudit ! L’émission commence sa première…
Pierre Jeanaimarre : … et sa dernière. Salut les andouilles ! Vous avez mangé quoi ce midi ?
Public : Des andouilles farcies !
Pierre Jeanaimarre : C’est bien ce que je me disais : des andouilles qui vont être farcies d’histoires à la con.
Charles Perdgros : PIERRE ! Un peu de tenue ! Il était une fois, dis-je, un ambassadeur étranger venu d’un lointain pays jusqu’en France…
Pierre Jeanaimarre : Et il venait d’où, le coco ? On peut savoir ?
Charles Perdgros : On s’en fout ! En tant qu’ambassadeur, il bénéficiait de l’immunité diplomatique…
Pierre Jeanaimarre : Oui, c’est trop facile, ça !
Charles Perdgros : Pierre, le public commence à lever les tomates !
Pierre Jeanaimarre : Tant que c’est vous qu’ils visent… Oups ! Ils ont l’air de me viser aussi. Autant me la fermer. Pour le moment !
Charles Perdgros : Cet homme était riche. Il possédait des châteaux, des drones, des accès à Internet dans toutes ses résidences secondaires, dont une à Saint-Tropez où il invita un jour un certain maréchal des logis-chef Cruchelot à déjeuner…
Pierre Jeanaimarre : Et tant va la cruche à l’eau qu’elle se casse… Ouille ! Gardez vos tomates pour vous !
Charles Perdgros : Ne vous inquiétez pas, cher public ! J'ai toujours deux versions… Vous allez rire et trembler avec ce premier Conte en Absurdie. Je reprends donc du début avec la version B !

Re: Ma nouvelle oeuvre : Contes en Absurdie !

Posté : lun. févr. 02, 2026 14:42 pm
par Judex
Livre premier
CONTE THRILLER EN ABSURDIE 01 : BARBE BLEUE


Chapitre premier : Un homme en quête d’amour et de reconnaissance…


Il était une fois un ambassadeur étranger qui était venu d’un lointain pays jusqu’en France… En tant qu’ambassadeur, il bénéficiait de l’immunité diplomatique… Il était riche : il possédait plusieurs immeubles, châteaux, centres commerciaux, demeures à la campagne. Il avait toujours du matériel de pointe sophistiqué chez lui et les dernières innovations technologiques.
Cet homme s’acheta un jour assez cher un produit de teinture qu’on disait à la mode. Il voulait cacher sa chevelure et sa barbe rousses qu’il n’aimait pas contre une teinture noire. Il arriva qu’après l’avoir essayé, le produit était de mauvaise qualité et qu’il s’était fait avoir ! Il se rasa, se coupa les cheveux. La teinture avait cependant provoqué scientifiquement un désastre. Désormais, même après rasage complet, ils ne repoussaient que d’un bleu plus profond que l’océan. Il en devint fort laid… et assez mécontent : il avait déboursé 50 euros pour une arnaque !
Néanmoins, il n’en laissa rien paraître devant les autres. Il n’en tint pas rigueur à la compagnie « Teintures Mitchell France ». Il s’estimait avoir été assez heureux de n’être pas Anne Shirley au point d’avoir acheté par mégarde une teinture verte : il préférait encore la couleur bleu marine à la couleur algues de l’océan !
Dès lors on lui donna comme surnom Barbe Bleue. Mais étrangement, bien que vexé, c’était la traduction exacte de son nom allemand. Quand on a pour nom véritable Blauer Bart, et que la chose se produit ensuite réellement, c’est qu’il y avait forcément prédestination quelque part.
Il se maria sept fois avec des femmes qui, malheureusement, furent portées disparues. On se demanda pourquoi elles semblaient avoir pris la fuite. Cependant, il fut conclu que les mariages étaient arrangés et que la seule vue de l’homme, horrible, suffisait à repousser les plus vaillantes d’entre elles.
La police fut dépêchée pour disparition au début. Ce fut le mari éploré lui-même qui les appela : il pleurait leurs disparitions. Il pensait que quelque chose était arrivé. Barbe Bleue étant puissant, on rechercha ses compagnes, mais elles avaient disparu de la surface de la Terre. La police conclut à une disparition, puis à une mort à chaque fois. Le pauvre homme semblait éploré car il aimait vraiment ses femmes. Il ne comprenait pas et se demandait ce qui avait pu se passer. On comprit sa douleur.
Certains inspecteurs disaient qu’il avait sans doute quelque chose à cacher. L’immunité diplomatique faisait cependant qu’aucune fouille n’était autorisée par peur d’un incident diplomatique. Barbe Bleue montra cependant la plupart des logis où il avait vécu avec ses épouses. On ne trouva rien. Cependant, il avait tellement de propriétés qu’il aurait fallu plusieurs années pour tout fouiller. On n’insista pas : l’homme faisait preuve de civisme et de coopération active. Il montrait sa peine. On estima qu’il n’avait pas de chance et on le plaignit.
Ces femmes l’avaient épousé pour quelles raisons ? On l’ignorait. Sans doute pour profiter de sa fortune, mais sa trop forte laideur les avait-elles convaincues que la richesse n’implique pas forcément d’épouser un homme aussi horrible de visage. Barbe Bleue savait qu’on se moquait parfois de la couleur de ses cheveux ou de sa barbe mais faisait mine d’ignorer.
Les nouvelles des disparitions des sept femmes quelques mois après chaque mariage firent grand bruit dans la presse et les journaux télévisés. On discuta de chacune pendant plus d’un mois. Surtout au 13 heures de Jean-Pierre Pernaut. Et ce fut comme tout, on oublia.
En 2019, un grand bal fut donné à l’Élysée par le président Macron. Il y avait les meilleures célébrités que l’on puisse trouver en cette fête de la musique : Chloé, Cezaire, Kiddy Smile, Kavinsky et Busy P, qui vinrent mixer pour les prestigieux invités du chef de l’État français. Barbe Bleue s’y trouvait là avec des invités de marque. C’est là qu’il la remarqua.
Il ignorait son nom et vint d’abord discuter. Elle commença par avoir peur car l’homme était effrayant. Physiquement, ce n’était pas Don Juan. Mais le ton de sa voix lui plut.
— Bonjour, madame. La soirée est exceptionnelle, ne trouvez-vous pas, déclara-t-il, son verre de punch à la main.
— Absolument. Notre président n’a pas lésiné sur les moyens.
— Je suis un familier de l’endroit, reprit Barbe Bleue. Pourtant, je ne crois pas vous avoir déjà vue ici. Vous avez été invitée comme moi, et je vous prie d’excuser ma hardiesse. Je me nomme Blauer Bart. Je suis ambassadeur. Cependant, ici, tout le monde me nomme Barbe Bleue.
— C’est étrange mais votre vrai nom…
— Oui, on me l’a déjà dit. J’étais prédestiné. Cependant, ceci est le résultat d’une malencontreuse expérience qui a mal tourné. Une histoire de teinture… — Est-ce que ce serait la fameuse teinture Noir de Rêve ?
— Oui, c’est bien cela. Vous connaissez ?
— Les journaux en ont parlé… Oh, je vous prie d’excuser ma rudesse, monsieur. Je me nomme Thérèse Raquin.
— J’ai déjà entendu parler de ce nom…
— Ma mère dit vous connaître. Vous êtes son voisin à ce qu’elle dit. Vous habitez avenue George V.
— C’est exact, mais je n’habite pas que là, ma chère. J’ai des propriétés à revendre. Par exemple, j’ai des commerces partout, dont un restaurant près de là.
— Monsieur, je suis désolée de vous le demander ainsi, mais ma mère me parle tout le temps de vous. Elle dit qu’en dépit de votre apparence, vous êtes un homme bon et généreux.
— Votre mère a raison. Madame, je dois avouer que j’ai une préférence pour les œuvres caritatives. Aider son prochain, telle est ma devise. Je suis accaparé par de nombreuses affaires mais, si vous le désirez, j’aimerais faire plus amplement connaissance avec vous. Parlez-moi un peu de vous, de vos centres d’intérêt…
— J’aime la littérature classique. Je lis Les Misérables actuellement, j’aime beaucoup l’histoire de Cosette.
— Moi aussi, j’aime beaucoup la causette…
De fil en aiguille, en effet, ils causèrent. Il apprit ainsi bien des choses sur Thérèse. Que sa mère était fort riche, qu’elle avait des actions chez Christian Dior et chez Ubisoft. Barbe Bleue tomba sous le charme de Thérèse. Elle était la compagne idéale. Cependant, elle semblait avoir peur de lui et de sa laideur.
— Madame, je ne sais comment vous remercier de l’excellente soirée que vous venez de me faire passer. J’aimerais vous être redevable de ces instants agréables. Pourquoi ne pas venir dans une de mes propriétés passer un week-end… Tenez, dans une des trois maisons que j’occupe à la villa Montmorency. Vous savez où elle se trouve ?
— Oui, près de la rue Poussin… Le bois de Boulogne et l’hippodrome d’Auteuil sont situés près de là.
— Venez passer le week-end prochain et nous ferons plus ample connaissance tous les deux. Est-ce que vous voulez bien accepter ce rendez-vous ? Vous verrez que rien ne vous sera refusé…
— C’est que… Vous êtes bien gentil, cher monsieur, mais fort laid avec votre barbe.
Elle parut un peu affolée, mais son visage rougit cependant un peu de confusion.
— Hélas, je sais… Je vous fais peur. Je ne vous ferai aucun mal. Si vous avez peur, pourquoi ne pas inviter de bons amis et de bonnes amies à vous pour vous tenir compagnie ? Vous seriez plus rassurée et tout le monde pourrait profiter de la maison sans que rien ne lui soit refusé…
Barbe Bleue se mit presque à genoux, comme pour lui faire une révérence.
— Je peux vraiment…
— Mais oui, chère Thérèse. Me permettez-vous de vous appeler ainsi ?
Elle sourit. Il avait marqué un point. Il savait que la jeune fille, bien qu’intimidée, ne lui serait pas indifférente. Il irait aussi demander sa main à sa mère. Il était un vrai gentilhomme et faisait les choses avec bienséance.
— Oui… Je vous le permets. Et j’accepte l’invitation avec plaisir.
Dès lors, Barbe Bleue, satisfait, demanda à la jeune fille si elle voulait bien danser avec lui cette danse que l’on joua. Elle préférait le twist qui était joué par un musicien nommé Oliver, lui avait-elle dit, mais ce soir-là la soirée était électro. On dansa rythmé par les chansons du groupe Saint Sister…
— Vous savez, Thérèse, la seule chose qui me manque dans ce monde parfait, c’est… la tranquillité, déclara Barbe Bleue.
Thérèse, surprise par cette confession, l’observa d’un regard neuf, un frisson indéfini traversant sa nuque sans raison apparente.
— Qu’entendez-vous par là ? demanda-t-elle, une note d’inquiétude dans sa voix qui perça ses efforts pour paraître à l’aise.
Barbe Bleue esquissa un sourire, mais ses yeux, un instant, semblaient se perdre dans un autre temps, une autre réalité.
— Ah, peu importe… Juste une réflexion sans importance. Le monde est tellement bruyant… Et moi, parfois, je ne trouve plus le silence. C’est aussi la raison pour laquelle, la plupart du temps, je m’installe à la campagne. Je m’y sens à l’aise pour réfléchir et… être moi-même.
Ils se dirent bientôt au revoir. Barbe Bleue était chagrin de devoir rentrer et de la laisser. Mais elle avait décidé de tenir sa promesse : elle irait le voir ce week-end à la villa Montmorency.
La mère de Thérèse fut charmée d’entendre que sa fille avait accepté cette invitation : c’était comme une bénédiction divine tombée du ciel. Elle espérait bien que sa fille convolerait en justes noces avec un si beau parti. Enfin surtout le parti « prestigieux » d’une fortune encore plus élevée dont sa nouvelle position sociale de madame l’ambassadrice lui ferait profiter et des possessions du noble personnage.
Il était dommage que ses frères, Thierry et Marc, fussent en service. Ils étaient lieutenants dans l’armée française. Le travail les forçait donc à attendre le jour où une permission leur serait accordée pour venir à ce genre d’invitation. La mère de Thérèse avait une autre fille : Anne. Elle bossait chez Chanel. Elle espérait que cette dernière irait aussi. Elle espérait que l’homme choisisse entre Thérèse et Anne pour maximiser ses chances d’avoir un si beau parti comme gendre. Elle supplia Thérèse d’emmener avec elle sa sœur chez Barbe Bleue.
Thérèse invita donc plusieurs amis ainsi que sa sœur, Anne, à venir avec elle dans la luxueuse demeure de Barbe Bleue. Du moins celle où ils avaient été invités, dans la villa Montmorency.
Ils sonnèrent à l’interphone et s’annoncèrent. Le propriétaire sortit immédiatement, tout sourire, télécommande en main pour ouvrir le portail grillagé. Il avait préféré accueillir lui-même ses invités et non envoyer un domestique : il avait pour principe, disait-il, de se faire un devoir d’être un hôte respectable et ce dernier ne devait pas envoyer des tierces personnes accueillir ses hôtes.
L’homme les accueillit fort poliment et généreusement. C’était comme un rêve éveillé : il y avait piscine, courts de tennis dans une propriété immense. Des voitures de luxe, voire de course, dernier cri, étaient dans un parking. Barbe Bleue signala que ses autres propriétés en accueillaient également et que toutes avaient aussi un sous-sol où d’autres de ces bolides, parfois même des voitures de collection anciennes, l’attendaient. Quand ils entrèrent dans la villa, ils tombèrent des nues. Tout était en or massif.
— Ouah ! fit l’un des jeunes amis de Thérèse, regardez cela !
— Il y a des écrans géants LCD partout et même des téléviseurs 8 K que l’on commence pourtant à peine à concevoir. Je n’en ai pas vu sur le marché, déclara un autre…
— Ils contiennent déjà les dernières mises à jour de Windows 10. Microsoft les annoncera publiquement demain. J’ai le bonheur d’être l’heureux bénéficiaire de versions d’essai. Comme vous le constatez, ce sont des ordinateurs ultrapuissants ! Ils sont quasi faits pour tourner les programmes les plus puissants qui existent au monde !
— Vous jouez à des jeux, monsieur ?
— Oui. J’aime certains jeux, notamment Grand Theft Auto V ou Assassin’s Creed Odyssey.
— Vous aimez les jeux tirés de mangas, monsieur ?
— Cela dépend. Il faut que ce soit cérébral pour me détendre. J’ai une préférence pour Higurashi no Naku Koro Ni.
— Vous aimez réfléchir et l’action, à ce que je vois…
— En jouant, on peut beaucoup s’instruire. Mon métier m’accapare beaucoup mais il me reste de nombreux loisirs et, vous le voyez, je n’en manque pas.
— Vous avez une bibliothèque aussi, monsieur ?
— Oui. J’en ai à chaque domicile. Je commande énormément, plus que je ne puis en lire. J’aime surtout les polars et les thrillers. Même les classiques que plus personne ne veut lire : Conan Doyle, Gaboriau, Agatha Christie. D’ailleurs, vous allez rire et me prendre pour un enfant, mais je les accumule aussi en BD : Ric Hochet, Death Note, Les Enquêtes du jeune Kindaichi…
— M’sieur, déclara un autre membre du groupe… Je vois que vous aimez passionnément le mystère.
— Cela se révèle instructif… Même de regarder Columbo, surtout Columbo…
— C’est vieux…
— Oui, mais cela apporte un soin à ne pas négliger le petit détail. Le moindre petit détail. Je m’amuse à essayer avant lui de deviner lequel. J’y arrive parfois. Mais là, j’ai fini la série…
Thérèse était fascinée. Elle ne trouvait pas les mots devant tant de splendeur étalée devant ses yeux. Ils traversèrent des pièces immenses, montèrent les six étages du bâtiment pour n’apercevoir que des objets de luxe, statues, peintures d’auteurs véritables et dûment signées de mains de grands maîtres comme Rembrandt, Renoir, Picasso. Il leur montra la bibliothèque, immense, qui couvrait tous les murs d’une pièce entière, avec aussi des éditions de luxe. Et cerise sur le gâteau : il exposa la collection de ses rêves : des illustrations originales de Maurice Toussaint et de Sidney Paget.
Ils dînèrent dans des assiettes en or tandis que de nombreux domestiques s’affairaient autour d’eux à les servir comme des rois au milieu d’un festin pantagruélique. L’homme avait des tournures d’esprit. Il excellait à raconter des histoires et à trouver aussi de bons jeux de mots qui marquaient sa culture et son sens évident de l’humour.
— Quand j’étais adolescent, au collège… Ah, je m’en souviens encore avec émotion… Nous disions entre nous que nous perdions notre temps là, qu’apprendre ne nous servait à rien… Je dois avouer que c’est faux ! Il faut simplement savoir quoi apprendre. Cependant, à l’époque, nous pensions que c’était la vérité et que nos instructeurs étaient des ânes. Une femme nous donna raison sans le vouloir. Elle était professeure de mathématiques : elle était censée nous enseigner les probabilités, les équations à multiples inconnues. Nous ne sûmes même pas comment elle y parvint : elle se nommait Ignore Rante. Cela nous parut invraisemblable qu’une professeure portant ce nom parvînt à nous inculquer quelque chose…
Si on trouva la chose de bon goût pour chacun, ce ne fut pas le cas de tout le monde. Un jeune homme de 24 ans ruminait. Il était professeur de sport et se sentait humilié, voire rabaissé par ses propos. Il n’aima pas l’homme sur ce fait. Il se nommait Hamfoot Bol. De plus, il sentait que quelque chose n’allait pas. C’était trop parfait. Cela clochait. Il y avait anguille sous roche, pensa-t-il.
Hamfoot finit par déclarer à l’oreille de Thérèse :
— Ton ami est trop poli, trop bon, trop luxueux pour être honnête.
Elle était tombée sous le charme de l’homme. Il ne lui faisait plus peur : il était puissant, riche, respecté, admiré par quasi tous. Comment ses femmes avaient-elles pu s’enfuir et disparaître au point de se faire déclarer mortes pour ne plus le revoir ? Cela la dépassait. Cet homme parfois moqué, malheureux en amour, ne méritait pas une telle injustice. Elle ne comprenait pas. Il y avait là un mystère qui avait éveillé son amour et sa curiosité pour ce fascinant personnage. Elle regarda Hamfoot d’un drôle d’air, le foudroyant du regard :
— C’est pour te venger de la pique sur les professeurs, c’est cela ?
— Mais…
— Cet homme est bon et généreux, plein d’esprit et toi… Toi, tu dis du mal de lui pour te venger d’une petite plaisanterie… C’est d’une mesquinerie. Il mérite notre confiance. Après tout, c’est grâce à son invitation que nous sommes ici… Que tu es ici !
— Monsieur, demanda Hamfoot, où en est l’affaire de vos précédentes épouses ? Elles ont été déclarées mortes mais personne ne sait vraiment pourquoi elles ont disparu et personne n’a retrouvé les corps ?
— Oui, les pauvres femmes… Je n’en ai aucune nouvelle. Je crois que la police a raison. Elles semblent s’être vaporisées de la surface de la Terre. Elles ont sans doute changé d’identité afin de ne plus me revoir et de passer inaperçues pour refaire leurs vies…
Barbe Bleue secoua la tête, un sourire figé sur ses lèvres.
— Elles ne comprenaient pas la valeur de ce que je leur offrais, je suppose… Un mariage, c’est tellement plus qu’un simple contrat.
— Et que voulez-vous dire par là ? demanda Hamfoot, n’y comprenant rien. Je croyais qu’elles s’étaient enfuies malgré votre richesse à cause de votre laideur ? Elles auraient pu se réveiller plus tôt, non ?
— Oh, rien… Juste une réflexion sur la nature humaine. Trop de gens veulent partir sans comprendre qu’ils ne peuvent plus revenir. Qu’ils ne veulent même plus revenir. Je ne sais ce qu’il leur a pris. Un coup de folie et pourtant regardez ce que je leur offrais. La richesse, le bonheur et… une éternité de tranquillité… financière et protectrice.
Le silence s’installa un instant entre eux, l’atmosphère s’alourdissant d’un poids invisible.
— Vous êtes bien étrange, monsieur, parfois…
— Je suis un homme de principes, c’est tout. Vous verrez, ma chère Thérèse, vous verrez…
Hamfoot ne trouva plus rien à dire. Il regarda attentivement : cela ne faisait pas trois heures qu’ils étaient arrivés et tout le monde était sous le charme envoûtant de ce personnage pourtant fort laid qu’était leur hôte. Et ils gobaient tout… Mais pas lui. Il ne pouvait pas encadrer ce type, mais décida de le supporter jusqu’au départ pour ne plus froisser ses amis, ses meilleurs amis.
Ils étaient dans une résidence où tout était surveillé par des caméras qui filmaient, selon Barbe Bleue, les intrusions non désirées et des systèmes d’alarmes dernier cri afin de dissuader les voleurs. Le week-end passa comme dans un rêve et personne, absolument personne, ne trouva plus rien à redire sur ce personnage fort chaleureux et sympathique. Quant à Thérèse, son admiration pour lui était sans bornes : elle n’avait jamais vu autant de splendeurs, de richesses, de systèmes de pointe, y compris de surveillances et de défenses pour des propriétés. Et l’homme était, abstraction faite de la couleur de barbe et de cheveux qui l’enlaidissaient, l’homme le plus merveilleux du monde.
Ils se rencontrèrent souvent, dînèrent souvent ensemble, voyagèrent ensemble. Il l’invitait dans de luxueux restaurants dont il était le propriétaire, lui fit voir les hôtels cinq étoiles qu’il possédait, les entreprises nombreuses qu’il possédait, les supermarchés, certains ports et camps de vacances. Il finit par connaître les goûts et les couleurs de Thérèse, la comprendre et lui faire comprendre son importance à ses yeux. La confiance s’était installée entre eux. Une confiance totale, absolue.
Un jour, le 29 octobre 2019, il l’invita au Pavillon Ledoyen, au jardin des Champs-Élysées. Ils y mangèrent des mets succulents : soufflé au fromage sauce au vin jaune, filet de bœuf poché au parfum de feuilles de cerisier, lasagnes vertes à la bolognaise et au parmesan, jus relevé au vin jaune et noix de muscade… L’addition fut assez salée. Le paiement immédiat, bien qu’il exigeât le salaire d’un ministre. Mais Barbe Bleue pouvait payer : ils ne manquaient jamais ni de comptes, ni de cartes bancaires… Ce jour-là, il offrit à Thérèse un magnifique cadeau. Dans un papier cadeau tout serti d’or, elle trouva une boîte en diamant et, à l’intérieur, une riche bague qui, selon l’homme, n’avait coûté qu’une bagatelle : seulement trois millions d’euros.
— Qu’est-ce que…
— Voulez-vous m’épouser, chère amie, chère Thérèse… lui demanda l’homme, sérieux, mais visiblement amoureux de la jolie jeune femme.
Elle rougit, tenta de dissimuler ses sentiments, mais cependant le cri du cœur fut le plus fort :
— Oui, j’accepte, mon très cher ami… Vous me comblez d’aise… Je ne veux rien vous refuser…
— Moi non plus. Peu importe ce que ce sera, vous aurez absolument tout ce qu’il vous faut… Même l’impensable !
Thérèse approcha doucement la main de Barbe Bleue, caressant ses doigts.
— Je n’ai jamais connu une telle passion… Je n’ai jamais rencontré quelqu’un comme vous.
Barbe Bleue la regarda tendrement, mais une fraction de seconde, un éclat d’intensité traversa son regard. Ce n’était pas de l’amour… C’était de l’obsession.
— Je ferai tout pour vous, Thérèse… tout ce que vous voudrez. Tout ce que vous désirerez.
La phrase laissa un léger froid dans l’air, mais elle chassa cette sensation de son esprit, se réconfortant dans l’apparente tendresse de son futur époux.

Re: Ma nouvelle oeuvre : Contes en Absurdie !

Posté : lun. févr. 02, 2026 14:43 pm
par Judex
Chapitre 2 : Une question de confiance




En avril 2020, le grand évènement eut lieu. Il fut médiatisé à travers tout le pays. Des personnalités importantes se déplacèrent : le président Emmanuel Macron lui-même, la reine Elizabeth II envoya le prince William et sa femme Kate. L’empereur du Japon Naruhito lui-même fit le déplacement.
Des stars renommées : des acteurs comme Kad Merad ou même Keanu Reeves. Des chanteurs comme Justin Bieber ou Angèle. Tous participèrent à l’évènement. Sur TF1, le mariage fut retransmis en direct, ainsi que sur les chaînes publiques. Cela fit la une des journaux télévisés de Jean-Pierre Pernaut et de Marie-Sophie Lacarrau.
Musiques, chansons, danses furent à l’honneur. On dresse la table pour 400 invités. Tout se passa à la place de l’Étoile, au sommet des Champs-Élysées, à l’Arc de triomphe. Non pas que ce fût un déshonneur pour le Soldat inconnu, mais le lieu commandité par Napoléon Iᵉʳ et terminé en 1836 sous Louis-Philippe fut construit en l’honneur d’abord du triomphe de l’Empereur… et terminé pour célébrer celui des rois revenus d’exil pour la Restauration.
Quoi de plus indiqué pour un triomphe sans précédent qui voyait enfin notre pauvre Barbe Bleue épouser celle qui le chérirait et partagerait sans doute cette fois pour la vie sa vie sans s’enfuir à cause de sa laideur ? Il semblait que celle-ci l’aimait vraiment et ne l’épousait pas rien que pour bénéficier de son prestige social avant de se réveiller trop tard de la laideur effective de notre ambassadeur.
Ainsi, Thérèse Raquin devint Thérèse Bart.
Le couple s’installa dans une maison à la campagne assez luxueuse mais isolée quelque peu de l’extérieur. Barbe Bleue y passa un mois, regardant, attendri, sa femme regarder sur les écrans géants du salon ses émissions favorites : Les Feux de l’amour, The Voice : la plus belle voix et Koh-Lanta. Lui, tremblant d’excitation, lui demandait la permission d’aller regarder True Detective sur HBO.
Thérèse remarqua que son mari ne regardait véritablement que des thrillers et du policier à la télévision ou ne lisait que des romans ou nouvelles de ce type. Comme il l’avait signalé à ses amis et à elle lors de leur séjour à la villa Montmorency, il jouait à des jeux célèbres certes mais où l’on tuait beaucoup de monde, ou à des light novels étranges dans lesquels il fallait réfléchir. Sa réponse la fit un peu frémir, elle ne sut pourquoi, quand elle lui demanda pourquoi il était si plongé dans ces activités lorsqu’il n’allait pas à l’ambassade :
— Je ne m’amuse pas, ma chérie, je m’instruis, voyons…
— Et en quoi est-ce instructif ?
— C’est… professionnel. Il ne vaut mieux pas que tu le saches tout de suite. Il faut me prouver que tu me fais confiance et que je peux te faire confiance… C’est simple…
— Si tu le dis, mon chéri…
— Mais bien sûr, ma Thérèse adorée… Tu sais, ce qu’il y a de plus important dans un couple : c’est la confiance !
Elle fut de plus en plus piquée de curiosité à propos de son mari. Comment quelque chose de professionnel pouvait l’absorber dans ces éléments où l’on ne parlait que d’enquêtes et où on tuait des personnes… Et pourquoi regarder du compliqué quand on peut faire simple ? D’accord, elle aimait les classiques, mais comme tout le monde, en abrégé ou ultra abrégé… Elle n’était pas contre les romans modernes : elle en lisait. Du gentil, du sentimental, des romans de drames familiaux. Il fallait être étrange pour se casser la tête sur des choses aussi compliquées que cela.
Elle le vit un jour passer le DVD de Shi-Ki : elle crut qu’il avait changé de registre et s’était mis au fantastique. Elle voulut regarder avec lui : elle n’aimait pas les meurtres mais elle pouvait aimer éprouver un peu de frissons de temps à autre. C’était cérébral, trop pour elle. Elle ne comprenait rien. Il tenta de lui expliquer l’histoire. Elle se demanda comment il pouvait analyser ce genre de choses. La fin la fit vomir : c’était un carnage montrant les humains devenir pires que des bêtes et cela humanisait les monstres vampires ennemis depuis le début de l’histoire. Elle ne put en supporter davantage et se rendit dans la salle de bains rendre son déjeuner.
Son mari lui devint vite inquiétant et étrange. Bizarrement, elle l’aimait davantage et lui, de son côté, avait apprécié que, même si elle n’approuvait pas et ne comprenait pas, elle lui accordait sa confiance en partageant ses passe-temps.
Lors d’un dîner, il plaisanta gaiement. Elle trouva elle aussi les mots justes et il se mit à rire. Puis, son visage se crispa. Un instant, ses yeux semblent se perdre dans un ailleurs inconnu, avant qu’il ne revienne brusquement à la conversation.
— Il faut toujours savoir apprécier la beauté du monde… Et les petits plaisirs de la vie, dit-il, presque solennellement, avant de se ressaisir.
Thérèse l’observa, un frisson parcourant sa colonne vertébrale.
— Qu’est-ce que tu trouves le plus beau ? lui demanda-t-elle, comme si la question pouvait l’enrayer.
— Les mystères… Le mystère me plaît, tu sais. Chaque personne a son propre secret.
Il esquissa un sourire forcé. Thérèse lui avoua :
— Je le sais bien que les mystères te plaisent. Tu passes ton temps à les étudier, à comprendre les mécanismes du tueur et du policier. Comment l’un va tomber et l’autre réussir. Tu vas jusqu’à chercher des détails et explorer la psyché des personnages au milieu d’un océan dans lequel je ne vois rien…
— Il suffit, ma tendre épouse, de réfléchir et de s’en donner la peine. Si tu te donnes la peine d’explorer la psyché humaine, tu sauras comment elle fonctionne et ces histoires te passionneront aussi. Fais l’effort de regarder avec moi des séries policières et tu le sauras. Pourquoi pas Inspecteur Barnaby sur RTL8. Connais-tu cette série : elle est célèbre et diffusée depuis plus de 20 ans.
— Tant que cela ?
Elle réfléchit. La curiosité l’emporta et elle décida de regarder. Bizarrement, contrairement à d’autres passe-temps intellectuels de son mari, elle trouva la série fort simple et divertissante. Et pareil pour Columbo, plus facile à suivre et amusant, qu’elle n’avait jamais vraiment regardé malgré de multiples diffusions. Bientôt, Barbe Bleue fut ravi : sa femme commençait à savoir recouper des indices. Il était fier qu’elle s’intéressât à ses loisirs.
Thérèse ignorait le pourquoi des loisirs de son mari. Elle le trouvait étrange mais pensa que la raison en était que c’était une sorte de génie intellectuel qui ne pouvait se détendre que dans l’activité cérébrale et donc dans le calme. Ah, c’était pour cela qu’il aimait la campagne, alors ! Pour ses loisirs ! Sans doute aussi était-ce la campagne qui avait fait fuir les femmes de cet homme : personne à proximité et lieu luxueux mais désert, excepté les domestiques qui ne parlaient guère ou avec précaution comme s’ils avaient peur d’en dire trop.
La curiosité d’en savoir plus sur son époux la démangeait ! Parfois, elle n’en dormait pas de la nuit. On lui conseilla, pour son bien et ses insomnies, de prendre de l’Imovane. C’était exprès par souci de la santé de sa femme que Barbe Bleue avait appelé le meilleur médecin de la région.
Il y avait cependant une pièce, près des escaliers menant à la cave. Son mari y entrait parfois pour plusieurs heures. Il en ressortait tout étrange, les yeux rouges et brillants, sans doute d’avoir trop pleuré. Elle n’avait pas accès à cette pièce. Barbe Bleue ne voulait que personne n’y entre, pas même les domestiques. Cette situation lui fit redoubler sa curiosité, qui était devenue maladive.
Finalement, un jour, il dut partir pour une affaire urgente. En effet, son métier d’ambassadeur exigeait sa présence pour quelques jours à l’ambassade. Il ne dit mot sur ce que c’était. Il dit à sa Thérèse :
— Ma chère amie, je te confie mes clés et mes passes magnétiques. Tu m’as prouvé que tu me fais confiance. C’est à ton tour de prouver que je peux te faire confiance. Tu peux aller dans la maison où bon te semblera et même à l’extérieur si tu souhaites pratiquer du tennis ou nager dans la piscine, voire jouer sur le parcours de golf.
— Bien, Blauer, dit-elle en l’appelant de son vrai nom.
— Cependant, voici deux choses importantes. Ceci est d’extrême importance. La première carte magnétique coupe le système de sécurité. N’en fais usage que si le besoin s’en fait sentir et que le système prend quelqu’un pour un étranger venu nous cambrioler. Ce ne serait pas la première fois qu’il y a un faux positif. Je n’ai pas envie de revoir débarquer la police à cause d’eux.
— Je ferai ce que tu demandes…
— La seconde est primordiale… Je te confie la clé de la petite pièce que j’ai interdite à tous. Ce n’est pas pour qu’on y entre. Il t’est interdit de l’utiliser, tu as compris ? Ce qu’il faut savoir, c’est que c’est pour ta propre sécurité. Je suis un peu chimiste à mes moments perdus et j’utilise des produits dangereux pour la santé d’autrui à certains moments. Ils sont dans des bocaux et, s’ils sont brisés, ils peuvent être mortels. Ils sont extrêmement volatiles.
— C’est tout ?
— Oui, il y a autre chose, mais si tu me prouvais que tu me fais confiance, que tu me suis en chaque chose sans te poser de questions, alors je te dirai tout sur moi sans rien te cacher car je serais certain que tu me comprendras…
— Tu peux me faire confiance, Blauer…
— Je l’espère, car je saurai si tu me mens et si tu es entrée. Et si jamais tu es entrée… Tu verras bien…
— Qu’est-ce que je verrais ?
— La curiosité est un vilain défaut… et si tu lui obéis, ce défaut peut s’avérer problématique pour la confiance entre nous. Il y a bonne et mauvaise curiosité. Mieux vaut ne pas écouter la version mauvaise conseillère.
— Bien…
— Comme tu resteras seule pendant 5 ou 6 jours, tu pourras faire venir tes amis et même ta sœur et tes frères, du moins s’ils reviennent de permission comme tu me l’as dit.
— Ils viendront me voir dans trois jours… Pas avant… Mais les autres, ils peuvent venir quand ils veulent.
— Tout de suite, si tu le veux… Tu n’as qu’à utiliser ton smartphone. Je ne t’en empêche pas. Et si le correspondant ne décroche pas, envoie-lui un SMS ou sers-toi d’un des PC pour leur envoyer des e-mails.
Et il se rendit dans le garage prendre sa voiture de sport la plus puissante : la Bugatti Chiron Super Sport 300+, qui roulait jusqu’à 490 kilomètres passés à l’heure. Il n’avait peur de rien. Il se lançait seul sur les routes, n’ayant demandé aucun domestique pour l’amener à Paris. Il aimait piloter et surtout ces bolides. Aucun agent ne pouvait l’arrêter pour excès de vitesse grâce à son immunité diplomatique… et il adorait la vitesse. Par chance, il était toujours revenu vivant. Mais Thérèse s’inquiétait. Son mari avait souvent des comportements vraiment étranges, voire singuliers…
Elle appela ses amis. Certains ne répondirent pas par téléphone. Elle utilisa les e-mails. Hamfoot, lui, ne souhaitait être contacté que par Skype. Il n’avait pas de smartphone et n’aimait pas trop recevoir de courriers : sa boîte était constamment inondée de publicité. Il n’en pouvait plus. Sur Skype, il savait au moins qui le contactait sans devoir chercher dans une pollution active.
Tous se retrouvèrent avec Anne, la sœur de Thérèse, et aussi la mère de cette dernière, dans la luxueuse propriété de campagne où vivaient madame Thérèse Bart et son mari. Le coin était étrange car fort éloigné de la ville ou du village le plus proche. Cependant, on y ressentait, malgré les nombreux domestiques qui s’affairaient autour d’eux à nettoyer et les servir, un calme majestueux qui se dégageait des lieux.
— Mon mari a une collection impressionnante de tout, dit Thérèse, ses yeux brillant d’admiration en regardant les objets de luxe autour d’eux.
— C'est un homme de goût, n'est-ce pas ? répondit un des invités.
Thérèse se souvint d’une parole que Barbe Bleue lui avait dite un jour et la répéta mécaniquement, sans comprendre ce qu’elle signifiait :
— Blauer m’a dit un jour que tout est une question de contrôle… Tu comprends, on doit savoir contrôler les détails, les objets et… parfois certaines personnes autour de soi.
Un silence pesant s’installa brièvement dans la conversation avant que tout le monde ne se reprenne. Hamfoot, de plus en plus mal à l’aise, changea rapidement de sujet. Tout le monde connaissait le mépris qu’il avait pour cet homme. Et cette phrase qu’il était censé avoir dite était le pompon, la cerise sur le gâteau. Il ne voulait rien dire aux autres. Cependant, il remarqua que Thérèse était ailleurs, que quelque chose semblait intérieurement la démanger. Il osa lui poser la question et elle lui répondit :
— Ce n’est rien…
— Dis toujours. Tu peux tout me dire…
— Blauer est relativement étrange. Il regarde des séries incompréhensibles pour les gens normaux. Il refuse de voir ce que les autres regardent : les télé-réalités comme L’Île de la tentation, les séries romantiques, les comédies comme Bienvenue chez les Ch’tis… Alors que, normalement, socialement, c’est cela qui doit nous intéresser. Pire : il reste cloîtré ici quand il ne doit pas être appelé d’urgence à l’ambassade et, souvent, il va dans une pièce dans laquelle il passe des heures entières. Personne n’a le droit d’y aller. Pas même moi.
— C’est curieux…
— Je trouve aussi… Je pense que tu avais raison : pas qu’il soit méchant, non… Il est très gentil, mais il est étrange… Là, il m’a confié toutes les clés de la maison… dont celles de la pièce interdite. Je suis curieuse de nature… Je ne peux m’empêcher d’y penser…
— Tu meurs d’envie de t’y rendre, c’est cela… Écoute, Thérèse… Si ton mari cache quelque chose, c’est forcément dans cette pièce. On ne le saura que si tu y vas… Tu devrais laisser agir ta curiosité : c’est un instinct naturel qui te pousse vers la résolution de ton problème. De tous les problèmes. Et puis, comment veux-tu qu’il le sache ?
— Le système de sécurité… Il a un signal relié à son smartphone qui se met en marche si on l’éteint.
— Il t’a interdit de le faire ?
— Sauf si le système se met en marche abusivement. Là, il m’a dit qu’il voulait que je le fasse pour ne pas recevoir la police qui viendrait forcément malgré l’immunité. Il n’a jamais voulu que j’ouvre à des policiers moi-même : quand il les appelait ou qu’ils venaient, c’est exclusivement lui qui leur parlait.
— Bizarre, bizarre…
— Tu as dit bizarre, mon cher ami ?
— Moi, j’ai dit bizarre ? Comme c’est bizarre… Tu n’as qu’à prétexter une panne du système et l’éteindre, et là il n’y verra que du feu. Ensuite, tu rentres ni vu ni connu dans la pièce qu’il a interdite à tout le monde. Il a dit au moins quelque chose dessus ?
— Que c’est plein de produits dangereux volatiles, dans des contenants fragiles, et que je risque ma vie si j’entre parce qu’il fait des expériences…
— Lesquelles ?
— Il ne m’a rien dit dessus. Juste qu’il voulait que je lui prouve ma confiance et qu’ensuite, quand il aura entièrement confiance en moi, il me dirait tout. Cela me donne encore plus envie de rentrer à l’intérieur pour savoir…
— Tu vas faire ce que te dicte ton instinct. Rentre sans que l’on sache. Ensuite, quand tu sauras la vérité, tu me contactes par Skype, ou tu y laisses un message écrit. À mon avis, quand tu sauras tout, je sens que la vérité sera explosive… à tous les niveaux.
— Mon Dieu, j’espère que ce n’est pas ce genre de produit qui fait exploser la maison…
— Allons donc… Je ne pense pas qu’il soit assez fou pour stocker de quoi faire exploser la maison. Je pense à autre chose.
Le soir, excepté sa sœur Anne, tous les invités rentrèrent chez eux. Cependant, malgré une bonne tisane de camomille et son Imovane, Thérèse ne trouva pas le sommeil. La pièce interdite l’obsédait. Et les conseils de Hamfoot ne faisaient qu’accroître cette pression… Elle passa la nuit éveillée.
Puis, au matin, alors que les domestiques étaient tous partis vaquer à leurs occupations habituelles dans les dépendances, et que seuls subsistaient ceux qui faisaient la cuisine et une petite vieille nommée Daisy chargée de s’affairer au ménage des pièces du rez-de-chaussée (les autres nettoyaient les trois étages supérieurs dans l’après-midi), elle passa à l’action.
Personne ne la vit quand elle se rendit à la cave avec la carte magnétique chargée de couper le système de sécurité de la demeure. Quand elle fut sûre et certaine que plus aucune caméra de surveillance ne la filmait, elle prit la clé de la pièce. Elle ouvrit. Une autre porte se dressa devant elle avec une carte magnétique à insérer. Elle batailla dans le nombre de cartes et trouva la bonne. La porte s’ouvrit.
Et alors…

Re: Ma nouvelle oeuvre : Contes en Absurdie !

Posté : lun. févr. 02, 2026 14:43 pm
par Judex
Chapitre 3 : Le jeu de la vérité




Thérèse entra dans la pièce tant désirée : la pièce interdite. C’était bien un laboratoire ! Il y avait des ordinateurs, des éprouvettes, des becs Bunsen, des bocaux remplis de liquides dangereux et mortels, voire inflammables. Le sol était rempli de liquides dont elle ignorait la provenance. Mais le pire : il y avait du sang partout.
Elle leva les yeux et vit l’impensable : les corps de sept femmes (on reconnaissait les robes de luxe qu’elles portaient encore) étaient pendus à des tiges suspendues au plafond. Certaines marques montraient la cause probable de leur mort sur les vêtements que les squelettes (puisque c’est tout ce qu’elles étaient à présent) portaient : sans doute des coups de couteau, des impacts de balles. D’ailleurs, elle vit un mur qui semblait avoir reçu plusieurs impacts de l’autre côté.
Il y avait aussi un écriteau : « Ne jamais oublier le moindre petit détail pour qu’on laisse mon petit coin tranquille… » Et un papier qui contenait un ordre explicite : « Tu avais ma confiance et tu m’as prouvé ta confiance : JE VEUX MA VRAIE COULEUR DE BARBE ET DE CHEVEUX ! Tu as quinze jours ! Passé ce délai… La confiance, c’est important ! »
Ainsi Hamfoot avait raison : Barbe Bleue était trop poli pour être honnête ! Mon Dieu, quelle sotte elle était ! Pourquoi cette horreur ? Pourquoi garder les corps dans cet endroit, sachant les risques que quelqu’un y entre… À moins qu’il n’existât qu’une clé, qu’une passe magnétique pour cette salle et qu’il gardât toujours tout sur lui !
Elle n’en pouvait plus : elle fit un geste de terreur ! Une fiole tomba à terre : c’était de l’acide ! Par mégarde, elle fit tomber la clé et la carte magnétique dedans ! Elle les ramassa presque à temps : le bout était déjà consumé. Il restait des traces. Elle sortit de la pièce et la première porte métallique se ferma ! Une voix artificielle de femme s’exprima :
— Au revoir, Monsieur Blauer Bart, c’était un plaisir de vous revoir.
— Eh bien, ce n’était pas le mien ! Je vais vomir ! hurla Thérèse.
La vieille Daisy, qui s’affairait avec l’aspirateur, arriva dans le couloir :
— Cela ne va pas bien, madame Bart ?
— Si…
— Vous êtes toute pâle… Vous ne mangez sans doute pas assez… Vous savez, je connais un bon endroit où vous pouvez vous retaper… Si vous ne pouvez y aller, ils ont un service à domicile… Vous pouvez commander un hamburger chez McDonald’s ou bien une pizza aux trois fromages chez Pizza Tempo…
— Je vais bien… J’ai envie de…
— Ah, une envie ? Vous êtes enceinte, sans doute ?
— Je n’espère pas ! Mon Dieu, arrêtez, arrêtez… Vous ne savez pas… Vous ignorez… Mon Dieu, la confiance… la CONFIANCE…
— La confiance… ?
— Je n’ai plus confiance ! Mon Dieu, qu’est-ce que j’ai été idiote ! Vite, il me faut un remontant, Daisy, tout de suite !
— Chez McDonald’s ?
— Arrêtez avec votre malbouffe ! Vous ne voyez pas que je vais me trouver mal ? Seigneur ! Vite ! Quelque chose, dans un des bars d’un des salons !
Daisy rapporta ce qu’elle trouva ! Pour se remonter, il fallut à Thérèse avaler du cognac puis un bon verre de whisky… Elle ne buvait jamais. Barbe Bleue, lui, avalait des litres d’alcool sans jamais se sentir saoul ! Bien lui en était ! Elle, elle se sentait maintenant ivre… de malheur.
Daisy retourna à ses affaires, laissant sa maîtresse avec le verre et les deux bouteilles. Thérèse s’installa dans le divan du salon :
— Il faut que je remette vite le système de sécurité en marche, se dit-elle. Maintenant, je suis sans doute ivre, mais plus retapée qu’avant… C’est étrange… Je pensais qu’il fallait s’enivrer pour s’écrouler, mais cela m’a remise de mes émotions ! Pourtant, c’est la première fois que j’avale de l’alcool !
Elle remit vite le système de sécurité en fonction et remonta dans la salle de bain. Elle essaya de faire briller la clé comme un sou neuf mais l’acide l’avait trop endommagée. La carte magnétique était abîmée : cela se voyait légèrement mais bon… Sans doute ne verra-t-il rien, c’était un détail… Sauf qu’il semblait obsédé par le petit détail… Elle avait peur.
Soudain elle réalisa : le petit détail… Columbo, vite ! Apprendre, il avait raison ! Apprendre, c’est important ! Elle avait le temps : combien il y avait d’épisodes ? Elle pouvait tous les regarder, apprendre de la mécanique : comment camoufler un petit détail aux yeux des autres, le détail qui trahit… Elle pourra alors mieux trouver d’excuses pour la clé et la carte !
Dès lors, elle commença à regarder Columbo. Elle se passa trois épisodes. Puis, elle s’enfila Higurashi no Naku Koro ni sur deux jours ! Pas le Sound Novel de Ryukishi07, mais la série animée ! Une cinquantaine d’épisodes de 25 minutes : faisable si elle ne dormait pas et passait au suivant ! Se forcer à réfléchir, recouper les indices, éviter de se faire prendre à cause de ces détails ! Elle était paniquée.
Anne, qui ne l’avait pas vue de la journée et qui se reposait dans une des chambres du troisième étage, descendit la voir et la trouva en pleine contemplation devant la scène où Shion Sonozaki torturait Rika Furude : elle était recroquevillée, livide…
— Mais… Thérèse, pourquoi tu regardes ces horreurs ? Tu les détestais auparavant ?
— C’est… professionnel… Je… Je m’instruis… balbutia-t-elle, paniquée…
— Mais, on croirait entendre ton mari, là ? Tu t’entends ? La folie est contagieuse !
— La folie, non. La panique, oui…
— Ben, t’as peur de ton mari pourtant si doux, tendre et attentionné… et aussi bourré d’humour.
— Son humour… Je crois que je l’ai bien saisi, son humour…
— Ben, t’es toute blanche et tu transpires énormément… Tu ne te sens pas bien ? Et tu grelottes ?
— Laisse-moi m’instruire, par pitié… Je ne veux pas mourir !
— Ben, qu’est-ce que tu racontes ?
— Il faut que je vive… Pour le mener à la justice… Je maudis la loi Badinter sur l’interdiction de la peine de mort ! Il ne mourra pas mais il faut que je trouve un moyen de l’amener en taule et de faire sauter le verrou diplomatique…
— Ben pourquoi ?
— C’est un serial killer ! J’ai épousé un tueur en série et il peut revenir n’importe quand !
— Explique…
Elle lui raconta tout. Anne prévint la police par téléphone. Mais au 17, on lui répondit :
— Comme si on allait vous croire ! Sa femme est devenue folle ? Oui, elle a le droit en tant que madame l’ambassadrice de nous faire venir ! Mais pas pour des stupidités ! Nous connaissons bien monsieur Blauer Bart, c’est un diplomate fort honnête et nous le plaignons sincèrement ! À chaque fois, cela recommence : une de ses femmes hait tellement son apparence qu’elle nous appelle pour meurtre et s’enfuit sans plus donner de nouvelles ! Il est obligé de nous appeler pour ces disparitions et nous enquêtons ! Il collabore même ! C’est la preuve qu’il est au-dessus de tout soupçon ! Allez, je raccroche ! L’affaire est classée ! Je n’ai pas que cela à faire, moi ! Je fais un travail sérieux : je fais du Sudoku, moi !
Anne raccrocha :
— Ils nous prennent toutes les deux pour des marteaux timbrés bonnes pour l’asile !
Regardant maintenant le massacre du village d’Hinamizawa, Anne paniqua encore plus :
— On est mortes… On est mortes… Mon Dieu, vite ! Le détail, le petit détail, c’est important !
Personne ne dormit ce soir-là ! On regarda comment analyser le petit détail ! On arrêta temporairement Higurashi : il fallait étudier Death Note ! Après tout, comment savoir ce qu’il y a dans la tête d’un tueur en série sans en étudier un ? Et Light Yagami, le héros, était un tueur en série ! Ah, si seulement elles avaient un Dieu de la Mort chez elles avec un Death Note ! À la place, elle avait un Ryuk qui prenait les âmes de ses femmes et les exposait comme trophée personnel dans une chambre secrète !
Toutefois, elles comptaient sur une chose : les deux frères, soldats dans l’armée, étaient en permission, et comme Thérèse l’avait signalé à Barbe Bleue, ils venaient la voir demain.
— On avisera quand Thierry et Marc viendront demain ! Comme il n’est pas près de rentrer et que cela fait deux jours qu’il est parti, nous tiendrons un petit conseil de famille… et de guerre… Nous aviserons, déclara Anne.
— On est morts, tous morts…
— Arrête de dire cela et étudie : là, il vient de tenter de butter L avec le cahier, mais ce n’est pas son vrai nom, à ce détective ! Apprends… Comment cacher le petit détail, éviter la confrontation… Une excuse pour ne pas lui donner la clé, dire que tu l’as perdue ou autre chose qu’il gobera…
Le matin du troisième jour, cependant, il se passa un fait nouveau. La porte d’entrée s’ouvrit et Barbe Bleue entra. Il revenait bien avant l’heure. On avait bien entendu un avion survoler la zone mais on le savait dans sa superbe voiture de course.
— C’est moi, ma chérie ! L’affaire pour laquelle je m’étais déplacée a été réglée avant mon arrivée et j’ai eu gain de cause ! Le problème, c’est que quand je suis ressorti, la voiture était en panne et elle a eu un petit accident sur la route : pour la première fois, je me suis pris un arbre en roulant à 300 à l’heure ! Quelle chance de cocu que je n’ai rien eu !
— Je suis contente aussi, mon amour, dit une voix tremblotante qui venait du salon et qui se rapprochait.
— Je voulais revenir ici en train ! Mais, tu sais, pourquoi payer un voyage en SNCF quand on a un jet privé qui peut vous ramener chez soi ? Tu n’as pas entendu l’avion survoler la demeure pour atterrir sur notre aérodrome privé ?
Il était donc dans l’avion qui avait survolé la zone. Ce n’était pas prévu qu’il rentre ainsi et de bonne heure, pensa Thérèse…
— Non, et pourquoi, en effet, payer un train quand on a un avion pour soi… déclara une voix encore plus tremblante.
— Pourquoi ta voix chevrote ainsi, ma Thérèse ? Tu es souffrante, tu veux que j’appelle le docteur Cho Mage ?
— Si encore il ne risquait pas de bientôt s’y trouver, au chômage !
— Ah, toi aussi, tu aimes les petits jeux de mots ! C’est la première fois que je t’entends parler ainsi en te servant des noms des gens ? Je vois que je pouvais faire confiance : tu commences enfin à me saisir et à me connaître…
— Oh, oui… dit-elle à voix basse. Tu ne sais pas à quel point, à présent…
— J’entends le dernier téléviseur LCD à 16 K que j’ai acheté au fabricant il y a quinze jours ! Arrivé de Hong Kong, le meilleur pour moi… J’aime Hong Kong, c’est fou… Qu’est-ce que tu regardes de beau ? Les Feux de l’amour ?
— Death Note.
Elle apparut enfin devant lui.
— Ah, excellent ! Parfait ! Tu t’y es mise ! Tu as compris le mécanisme ?
— Pas complètement ! J’ai regardé Columbo, Higurashi, Death Note… Un peu… Mais j’ai saisi le procédé… Et j’ai également compris pourquoi tu y es aussi intéressé professionnellement… En diplomatie, ça aide à cacher des choses…
— Exact ! Je suis honnête et travailleur, mais en diplomatie, on ne fait pas toujours des choses légales… Il faut parfois faire preuve d’astuce et ces choses m’aident…
— Oui… J’ai compris jusqu’à quel point…
— Pourquoi tu es toute blanche, Thérèse ?
— Un léger malaise…
— Tu sens l’alcool, tu as bu ?
— Oh, trois fois rien…
Il se rendit dans le salon d’où venait le bruit de la télé allumée. Il n’y avait personne car Anne était remontée dans sa chambre au troisième. Barbe Bleue aperçut le bar complètement vide !
— La vache ! Mes vodkas, mon gin, mon whisky ! Mon cognac ! Mon saké…
— Je… savais que tu allais aussi me saquer pour cela…
— Mais tu es folle ? Tu devrais être dans un coma éthylique ! Et tu as eu la force de regarder aussi les animés et les séries cérébrales…
— Oui... Et je pense que j’aurais aimé être dans le coma… Pourtant, j’ai tout suivi…
Barbe Bleue la fit s’allonger. Puis, il demanda :
— J’ai vu sur mon smartphone une alerte ! Tu as dû couper le système de sécurité ?
— Oui, une caméra a mal filmé et le système s’est mis en marche ! Il a signalé Daisy comme intruse ! Cela s’est mis à sonner ! Les policiers ne sont pas venus, comme tu l’as demandé !
— Tu as bien fait de la couper… Je n’aime pas trop savoir la police dans cette maison-ci… En particulier, celle-ci… Ce serait gênant… Au fait, puisque je suis rentré, mon amour, tu peux me rendre les trousseaux de clés et de cartes magnétiques que je t’ai passés avant de partir ?
— Les clés ? Les cartes ?
— Oui… Les clés et les cartes…
Elle se leva, tituba, devint plus blanche.
— Elles sont là-haut, mon amour. Je vais te les chercher…
Elle remonta dans sa chambre et demanda à Anne si le trousseau de clés était là avec celui des cartes magnétiques. Anne lui demanda de retirer la clé et la carte compromettantes :
— Dis que tu les as oubliées ou perdues, il n’y verra que du feu !
En fait de n’y voir que du feu, ce furent les flammes d’un brasier qui surgirent du visage de Barbe Bleue.
— Comment ? Tu as perdu la clé et la carte de la pièce interdite ? Chérie, tu me fends le cœur… Vraiment, tu me fends le cœur.
Il regarda Daisy qui passait un coup de balai !
— À moi, elle me fend le cœur, à vous elle ne vous fait rien ?
Puis se retournant vers Thérèse :
— Je vais te le dire ! Vraiment, tu me fends le cœur ! Ou alors tu te fous de moi ? Va me chercher cette carte et cette clé immédiatement ! Elles sont forcément dans la propriété ! Va jusqu’au terrain de tennis, de golf ou même dans la piscine, je m’en tape, mais il est sept heures du matin ! Si tu ne l’as pas avant midi, je change de crèmerie… C’est comme du Babybel…
— Je vais faire de mon mieux…
— Et dégrouille-toi ! Pas possible d’avoir une femme aussi conne chez soi ! Perdre des clés d’une importance vitale ! Et dire que je faisais confiance ! Mon Dieu, comment je vais faire si quelqu’un entre dans la propriété et qu’il voit mes mignonnes petites expériences alors que je ne fais de mal à personne ? Pourquoi suis-je entouré d’idiotes qui me persécutent ! Et surtout, surtout, que l’on ne me dise pas « la barbe » !
Elle trembla ! Il devenait violent ! Il allait certainement la frapper ou la tuer si elle ne faisait rien ! Il fallait donc qu’elle fasse quelque chose et elle remonta chercher les bonnes clés.
— Ne fais pas cela, je suis sûre qu’il va te tuer ! Utilise ce qu’on a essayé de comprendre hier…
— J’ai trop peur ! Si je ne les lui apporte pas, c’est sûr qu’il va me tuer !
Elle prit enfin la clé et la carte et les apporta à son mari. Il les prit et s’aperçut d’un problème !
— On dirait que la clé a été souillée… Par de l’acide !
— J’ai dû renverser un produit que j’utilise dessus. Tu sais que, parfois, dans certaines peintures…
— Non, c’est de l’acide ! J’utilise souvent l’acide ! Et même l’acide sulfurique ! Et je reconnais de l’acide quand j’en vois.
Il la regarda avec suspicion. Il regarda aussi la carte ! Légèrement abîmée, bizarre. Il alla dans son petit coin secret, la clé ouvrit, mais quand il utilisa la carte :
— Identité non confirmée ! Veuillez utiliser le passe B123 !
La voix artificielle de la femme lui sonna comme un aveu ! La carte ne fonctionnait pas ! Et la clé avait du mal ! Il ne pouvait pas rentrer dans son nid douillet sans défoncer la cloison en métal et il aurait fallu un bazooka pour cela ! Il hurla, trépigna !
— Je le savais ! L’alarme éteinte, l’acide sur la clé, la carte foutue donc acidifiée aussi ! Il n’y a pas d’acide dans vos peintures mais dans la salle interdite, oui… Ainsi tu as tout ?
— Oui… Hélas, cria-t-elle de désespoir.
Il demanda à Daisy de sortir avec les domestiques restants pour aller aux dépendances aider les autres. Vu le ton de leur maître, ils s’en furent illico ! Personne ne voulait rester ! Ils avaient peur ! Ils savaient ce qu’il était capable de faire quand il était en colère. Une fois tous partis, Barbe Bleue se retourna. Il était devenu rouge pivoine.
— Puisque tu as vu et trahi ma confiance par ton excès de curiosité, tu mourras ! Elle, c’était différent… Mais toi… Tu n’avais rien à voir avec elles ! Je me servais de la confiance que j’avais en elles pour prouver une solution à mon problème !
— Ton problème ?
— Ma barbe ! C’est l’accident de teinture ! Tu crois que j’allais rester moche toute ma vie ? Tu crois que cela fait plaisir de se faire traiter de Grand Schtroumpf par les gens parce qu’on a beaucoup de bleu sur son visage même si ce n’est pas la peau ? J’avais besoin d’attirer des femmes scientifiques pour retrouver mon beau roux naturel ou bien passer enfin à un magnifique noir ou du blond ! Je leur ai fait confiance ! La première n’a rien pu faire et je l’ai butée avec mon flingue ! La seconde a vu la première et elle a paniqué comme toi alors que je lui faisais confiance : il a fallu que je l’étrangle ! Les autres pareil, je les ai enfermées et leur ai donné un temps imparti pour trouver une putain de solution et j’ai dû les exterminer par divers moyens ! Elles avaient vu comme toi, mais j’avais besoin de RETROUVER MA TRONCHE ! Tu as vu la gueule que j’ai ? Toi aussi, hein, tu la supportes pas ! Je suis le bleu monstrueux ! Tu t’imagines si cela avait été du vert comme dans Anne et la maison aux pignons verts ?
— Je n’ai guère dit cela, supplia-t-elle. Mon chéri, je t’ai toujours aimé pour ce que tu étais, pas pour ce à quoi tu ressembles…
— Alors, c’est ça, hein ? Toi aussi, tu vas me donner un nom genre Schtroumpfissime ?
— Mais… Mais non !
— Peu importe ! Tu as été assez curieuse pour aller voir ce que je t’ai interdit ! Tu as vu ! Tu les as vues ! Je trouverai un moyen d’y rentrer à nouveau, crois-moi, et de t’y exposer avec elles ! Car il te faut mourir ! Et cela a été dur de te séduire, comme les autres qui ne voyaient en moi que l’horrible Barbe Bleue avant de me trouver parfait ! Ah, je m’en suis donné du mal pour ne pas sauter à la gorge de ces putains et gagner leur confiance pour qu’enfin elles me servent à quelque chose ! Il a fallu les inviter, les courtiser et aussi rentrer dans leur cercle d’amis en jouant les andouilles raffinées pour s’attirer leurs bonnes grâces afin qu’aucun ne fasse capoter le mariage qui scelle pour elles une destinée éternelle ! Et tu me trahis, toi aussi ! J’avais dit que la confiance est importante, sale conne !
— Je ne suis plus ton amour, chéri ?
— Tu n’es qu’une infâme garce, une salope. J’ai honte de t’avoir aimée… Tu as fourré ton nez dans mes affaires ! Mais tu as oublié un détail d’importance ! Le petit détail ! Et c’est cela que j’apprends à ne pas négliger ! C’est toujours comme cela que cela finit : avec un petit détail qui les trahit toutes… Et toi aussi, tu es tombée dans le panneau ! L’importance de la stratégie, de l’analyse, de la compréhension des gens, du fonctionnement social…
— D’où tes goûts étranges et tes explications qui n’étaient pas si mensongères, comprit-elle. Tu voulais devenir un serial killer accompli en travaillant vos défauts et te perfectionner…
— Et je pensais faire confiance à une catin… Si tu avais subi mon influence, nous aurions pu aller loin… Comme complices ! Mais non, tu regardais tes Feux de l’amour et tes télé-réalités ! Certains regardent Cauchemar en cuisine, moi je suis plutôt Cauchemar dans le laboratoire…
— Monseigneur l’ambassadeur, puisque désormais je ne suis à tes yeux qu’une étrangère… Je suis résignée à mourir… Mais j’ai le droit à une dernière volonté, si tu le veux…
— Je suis athée mais je respecte les croyances des autres ! Si tu crois en Dieu, monte et prie ! Je t’accorde cinq minutes ! Si d’ici là tu n’es pas revenue, je prends l’ascenseur et viens te chercher jusqu’au troisième dans ta chambre.
Elle prit l’ascenseur qui menait à sa chambre. Elle ne se le fit pas dire deux fois. En cinq minutes, elle pourrait trouver quelque chose. Anne l’y aiderait, là-haut !

Re: Ma nouvelle oeuvre : Contes en Absurdie !

Posté : lun. févr. 02, 2026 14:43 pm
par Judex
Chapitre 4 : La fin des fins




Anne revit venir Thérèse dans sa chambre et elle lui demanda :
— Alors ?
— C’est, en fait, non seulement un serial killer mais un vrai malade mental ! Sa condition actuelle de défiguration par les produits chimiques sur sa barbe et ses cheveux l’a rendu complètement dingo ! Il a utilisé ses connaissances policières, ses jeux, ses animés, ses mangas, bref, ses loisirs pour étudier les stratégies, les comportements humains et les méthodes criminelles pour approcher socialement ses victimes sans rien laisser transparaître ! Et ensuite, quand elles échouent ou en voient trop, il les tue sans pitié ! Et pire, cet obsédé du détail les expose dans un labo-trophée ! Et il s’instruit pour parfaire sa carrière criminelle !
— Quoi ? Mais c’est plus qu’un tueur, c’est lui le vrai marteau timbré !
— Et encore, tu l’aurais entendu ! Pas étonnant que les domestiques ne parlent jamais aux gens ou presque, enfin surtout de lui…
— Pourquoi ?
— Il leur fout une trouille bleue ! Ils savaient ! Il se joue même des flics ! Là, j’ai trouvé une excuse bidon pour venir te voir et trouver une solution en vitesse ! J’ai dit que j’allais prier Dieu…
— Mais… Tu n’es jamais allée à la messe.
— Lui non plus ! C’est un athée ! Mais il fallait que je trouve vite une idée à la con et ça a marché ! Nos frères arrivent à quelle heure, ils ont dit ? demanda Thérèse, paniquée, blanche comme un linge.
— Thierry et Marc m’ont dit qu’ils viendraient à huit heures ! Il reste une bonne quinzaine de minutes s’ils n’ont pas de retard sur les routes avec les embouteillages de l'A23.
— Il faut gagner du temps ! Il me donne cinq minutes avant de venir me chercher ! Il veut me tuer ! Me tuer parce que je sais… Je sais tout… Mon Dieu, il voulait avant me manipuler, me modifier l'esprit, ma façon de penser pour que je devienne sa complice… Il est abominable ! Toutes ces scientifiques, mortes ! Moi, je n’en suis pas une… Je suis différente ! Pourquoi moi ? Pourquoi ?
En bas, Barbe Bleue commença à s’impatienter ! Il alla à l’interphone qui contactait la chambre de Thérèse et on l’entendit dans tout le troisième étage hurler :
— Alors, elles sont passées ces cinq minutes ! Depuis longtemps, sale traînée ! Qu’est-ce que tu fiches ? Tu veux que je monte ou quoi ?
Thérèse se servit de l’interphone d’Anne et on entendit sa réponse au rez-de-chaussée :
— Un peu de patience ! Il faut du temps pour se confier à Dieu avant de lui confier aussi son âme !
— Je te donne encore un peu de temps ! Je suis trop bon ! Si dans cinq minutes, tu n’as pas amené ton cul ici, je vais te prendre par les cheveux et te buter avec mon T4E HDR 68 !
Et il saisit son arme, l’embrassa tendrement comme si l’on embrassait une femme et lui dit, un sourire cruel et sardonique aux lèvres :
— Toi, au moins, mon ami, tu ne me trahis jamais ! Tu comprends le sens du détail et de la confiance, pas vrai ?
Thérèse demanda alors, paniquée, à Anne :
— Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?
— Hélas, ma sœur, dit Anne en regardant avec ses jumelles par la fenêtre de la chambre. Je ne vois que l’herbe verte et un ciel orageux… L’orage menace…
Le temps passait et, effectivement, en bas, l’orage ne menaçait plus : il tonnait véritablement ! On hurla dans l’interphone :
— Elles sont longues, ces minutes ! Tu vas prier combien de temps ? T’en as tant que ça à raconter ? Mais, bon sang, qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu pour avoir une femme pareille ?
— Voyons, mon ami, répondit Thérèse en tremblotant, tu es athée ! Et je crois que tu lui en as assez fait pour ne pas poser la question en mentionnant le titre d’un film avec Christian Clavier ?
— Tu vas descendre ou faut-il que je monte te prendre par les cheveux et te tirer une balle devant ta sœur ? De toutes manières, je vais la butter elle aussi ! Pas de témoins gênants ! Je connais le sens du détail, moi… Salope ! Pouffiasse !
— Monsieur, vous êtes un assassin, c’est bien, répliqua Anne. Cela ne vous empêche pas d’éviter d’être grossier ! Vous êtes diplomate, un peu de tenue…
— Je vais te diplomater la tronche, moi ! Je n’ai jamais pu te blairer !
— Mon Dieu, mon Dieu… Il cachait bien son jeu, celui-là ! Quelle grossièreté ! Cela a dû être vraiment dur pour lui de se tenir…
— Attendez encore un court moment, mon cher… J’ai presque fini mon dernier Pater Noster…
— RHAAAA ! Je donne encore deux minutes, mais la gâchette me démange !
On entendit trois coups de feu retentir ! On entendit aussi l’impact des balles sur les murs !
— Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? demanda encore une fois Thérèse qui manquait de défaillir !
— Non, ma sœur ! Rien que l’herbe verte et le ciel où tonne l’orage…
— Pourvu qu’ils viennent ! Ils ont du retard et en bas, on a un vrai tordu qui commence à péter les plombs… C’est plus un orage, c’est devenu une tempête, un cyclone, un ouragan !
— Oui, ce mec est comme un ouragan ! Il aurait dû tenir compagnie à Stéphanie de Monaco : elle chantait ça !
Les deux minutes étaient écoulées.
— Cette fois, j'en ai ras la casquette que je n’ai pas ! Je monte par l’ascenseur ! Et je vais te coller des pruneaux devant ta sœur dont tu me diras des nouvelles !
— Je descends, mon chéri…
— Eh ben, ce n’est pas trop tôt ! J’ai failli attendre ! Je t’avertis que je ne suis pas d’humeur !
— On le sent bien… fit Thérèse, terrifiée…
— Tu as la télécommande de la grille ici ? Tu en as une copie, normalement, pour faire ce que tu veux en son absence. Obligatoire que tu en aies une.
— Oui. Elle est là !
— Dans sa colère, il semble avoir négligé ce détail ! Prends-la avec toi et camoufle-la bien sur toi, qu’il ne la voie surtout pas. Si nos frères arrivent, je mettrai une musique avec le lecteur CD… Tu connais « Ouvrez la cage aux oiseaux » ?
— Pierre Perret ? Oui ?
— Bon.
Elle prit, comme Anne l’avait conseillé, la télécommande d’ouverture des grilles du domaine. Elle la cacha soigneusement dans la poche d’un repli de sa robe, espérant que son mari serait si en colère qu’il ne remarquerait rien. Elle descendit alors par l’ascenseur.
Barbe Bleue exulta de joie ! Ses yeux s’enflammèrent, son visage était pourpre. Tout lui donnait l’air d’un monstre de cauchemar sorti de l’enfer… Surtout avec sa couleur de barbe et de cheveux ! C’était horrible ! Il avait un rictus qui lui défigurait encore plus le visage et un regard haineux. Soudain, on entendit une musique tonitruante sur une chanson quasi gaie :
« Ouvrez, ouvrez la cage aux oiseaux, regardez-les s’envoler, c’est beau… »
— Pourquoi elle met de la musique débile alors que je vais la faire clamser aussi, ta connasse de sœur ?
Il mit la jeune femme en joue et soudain, elle sortit une télécommande… Celle des grilles de la demeure… Elle appuya sur le bouton !
— Merde ! J’avais oublié un petit détail !
— Deux, dit-elle en souriant !
Elle esquiva le premier coup de feu ! Il n’en donna pas un second. La porte vola en éclats, les morceaux volèrent vers le mur et un bolide de course ultrapuissant pénétra dans le hall et s’arrêta net.
Que s’était-il passé durant ces dernières minutes ? Les deux frères d’Anne et Thérèse, Thierry et Marc, fanas de voitures de courses et d’aéroplanes, devaient arriver ce jour-là. Ils avaient eu du retard avec leur voiture : un embouteillage monstre. Mais ils étaient arrivés seulement quelques minutes en retard. Ils étaient devant le grillage de la propriété et avaient sonné. Cependant, il semblait que Barbe Bleue avait désactivé les sonnettes pour être tranquille pendant que Thérèse « priait ».
N’obtenant aucune réponse, Thierry avait pris son smartphone et contacté Anne. N'obtenant pas de réponse à son appel, il avait laissé un message sur Skype. Le PC portable d’Anne était branché, la vidéo disponible, et elle avait expliqué en urgence que le mari de Thérèse était devenu fou et voulait la tuer…
Devant la panique d’Anne, Thierry et Marc surent que c’était vrai. Anne passa alors la chanson de Pierre Perret dont elle avait convenu avec Thérèse. Et cette dernière avait utilisé la télécommande. Thierry reprit le volant de la voiture de course, Marc à ses côtés. Ils étaient des militaires aguerris : ils avaient fait la Syrie sous Sarkozy ! Barbe Bleue allait regretter de s’être frotté à une famille de soldats !
— Je fonce, tiens-toi bien, Marc ! On va défoncer la porte pour surprendre l’ennemi !
Et ils foncèrent en effet jusque dans le hall de la splendide demeure. Ils sortirent avec des HK44[3]. Barbe Bleue, furieux, comprit qu’il était perdu : il allait être arrêté et on trouverait les cadavres à cause de sa femme ! La chienne ! L’immunité diplomatique allait lui être retirée ! Il allait être mis en taule ! Et cela pour deux minuscules détails oubliés alors qu’il avait si longtemps étudié pour ne pas les négliger ? Une télécommande débile et l'arrivée des frères qu'il avait complètement occultée ?
Non, cela ne se peut ! Une chance, vite ! Il devait lui rester encore une chance ! Il avait encore son flingue. Il tira sur le premier frère qui sortait de la voiture, mais le manqua.
— Anne avait raison ! T’es vraiment fêlé, toi ! Et je m’y connais !
Barbe Bleue tira encore deux fois ! Il était enragé et visait mal ! Quand Thierry et Marc se ruèrent sur lui, il sortit une petite boule de sa poche et la jeta ! C’était un fumigène et il s’empressa de s’enfuir pendant que la fumée le dissimulait. Les frères se lancèrent à sa poursuite. Tous sortirent de la demeure.
Barbe Bleue essaya de gagner du temps et appuya sur un bouton de sa montre ! Une voix artificielle gronda dans la maison :
— Système de défense activé !
Pendant ce temps, il atteignit enfin le parking où deux cents voitures de course ultrapuissantes se tenaient. La clé était sur le tableau de bord ! Il l’y laissait toujours ! Il la tourna avec une fureur non contenue. Les frères avaient dû utiliser des drones volants pour tenter de le localiser : l’armée était pratique pour son matériel de pointe. Cependant, des pièges étaient activés : les murs du parking souterrain se rapprochaient, broyant les sublimes voitures de Barbe Bleue qui coûtaient des millions d'euros !
Ils arrivèrent trop tard. À l’extérieur, une voiture de course sortit du parking souterrain et roula à toute allure ! Les deux militaires essayèrent de retourner dans la demeure pour prendre leur propre voiture. Ils arrivèrent juste à temps, manquant d’être tués par le mur mobile. Mais les mitraillettes cachées dans les parois crépitèrent de partout. Thérèse avait profité de la confusion pour retourner à l’étage où le système de défense était inopérant. Elle pleurait dans les bras d’Anne.
Les mitraillettes cessèrent enfin de crépiter… Il n’y avait plus de munitions.
— Système de défense terminé, fit la voix artificielle.
Thierry et Marc réussirent à atteindre leur voiture, sortirent vite de la maison en marche arrière, puis firent demi-tour. Ils foncèrent à toute allure ! Il fallait rattraper ce fou dangereux le plus vite possible. Ils roulèrent à 400 km/h car le fou aimait la vitesse ! Lui s’en moquait, son immunité diplomatique le protégerait ! S’il leur échappait, il jurait de revenir les assassiner ! Il était puissant : il avait tout analysé ! Pourquoi jouer à Assassin’s Creed et apprendre autant sur la furtivité s’il n’y arrivait pas !
Il les vit dans le rétroviseur ! Il accéléra encore : c’est lui qui avait le bolide le plus rapide ! Il passa sa tête par la fenêtre et les nargua :
— Je vous ai eus, bande de cons ! Vous ne m’aurez jamais vivant, mais moi, je reviendrai vous butter dans votre sommeil !
Les frères semblaient lui faire des signes ! Il ne comprit pas, pensa qu’ils le narguaient aussi ! Barbe Bleue lâcha le volant, se tourna par la fenêtre et leur fit, sans ralentir, un bras d’honneur ! Quand il se retourna, il hurla : le vide béant était sous lui !
Il avait oublié un léger détail ! C’est important, le léger détail ! Il avait omis de se souvenir qu’ici, il y avait un gigantesque précipice ! Il était riche, puissant, haut placé… Et il tomba de haut !
Les frères arrêtèrent leur voiture devant le précipice. Un homme était coincé sous son véhicule, le corps transpercé par un débris comme par une épée. Le véhicule prit soudain feu et explosa ! Un seul cri leur parvint juste avant l’explosion :
— Encore un léger détail de raté !
Et ainsi périt Blauer Bart, tueur en série, diplomate, stratège, champion de la confiance et du léger détail. Une seule consolation après son décès : sa barbe n’était plus bleue, ses cheveux non plus ! Il avait réussi : tout était couleur de cendres et voué au néant ! Dommage pour lui : quiconque vit par l’épée périt par l’épée. En l’occurrence, c’était son hubris et la vitesse qui avaient eu raison de lui.

Re: Ma nouvelle oeuvre : Contes en Absurdie !

Posté : lun. févr. 02, 2026 14:44 pm
par Judex
Épilogue



Finalement, lorsque Thérèse téléphona pour annoncer la mort de Blauer Bart, la police vint sur les lieux pour l’arrêter : on pensait qu’elle avait tué son mari. Cependant, elle mentionna la pièce cachée. La police essaya d’y entrer mais il n’y avait plus ni clé ni carte magnétique : Barbe Bleue avait emmené tout le trousseau en Enfer avec lui. À moins d’aller rendre visite au dieu Hadès et de traverser le Styx en demandant passage à Charon, on était coincé.
Thierry décida d’utiliser un bazooka et demanda à tous de s’éloigner ! Lui-même avait revêtu une armure digne d’un chevalier pour se protéger du choc, mais il fallut encaisser le tir de deux roquettes pour que les deux portes cèdent. On trouva les cadavres et le labo clandestin. En plus de faire des recherches sur le retour à la normale de sa barbe, l’homme fabriquait également de la cocaïne et de la marijuana qu’il vendait sur le marché clandestinement. Il héritait de ses femmes, accroissant sa fortune.
Ils trouvèrent dans un tiroir de son bureau, qu’ils fracassèrent car on n’en avait pas le code, une note : « Dresser la pauvre conne ! Elle m’amènera des riches abruties qui signeront un testament en ma faveur, me léguant une partie de leurs biens ! Elles seront sous contrôle et après, je les butterai pour hériter ! Le petit détail… Ne pas négliger le petit détail pour ne pas se faire avoir par les poulets ! PS : Ne pas oublier de m’acheter un coq, car ça n’aime pas le poulet ! »
— Madame, dit un policier à Thérèse, nous vous remercions pour tout. L’homme était non seulement un serial killer, mais aussi un trafiquant de drogue et un escroc. Et dire qu’on le prenait pour un honnête homme ! Cela n’empêche pas que vous l’ayez tué…
— Absolument pas, fit Thierry. On l’a poursuivi avec notre voiture pour arrêter ce fou ! Il roulait vite…
— Oui, il avait la fâcheuse habitude de rouler ainsi… Mais avec son statut diplomatique, on ne pouvait rien faire…
— La route l’a fait à votre place, fit Marc ! Un policier nommé « Précipice » a eu raison de lui : l’homme ne faisait pas attention à la vitesse à laquelle il roulait et a foncé dedans.
On alla sur les lieux, on constata. Cela devait arriver quand on ne fait pas attention devant soi et même quand on n’attache pas sa ceinture de sécurité : Barbe Bleue avait tellement de défauts !
— Ah, la barbe, fit un policier, assez parlé de lui ! Viens, Freddy, c’est l’heure de rentrer. Je dois aller emmener ma fille à la fête foraine…
— Elle va s’amuser…
— Oui, tu peux en être sûr. Il y a une excellente barbe à papa là-bas… Elle est bleue, tu y as goûté ?
Barbe Bleue était mort sans enfants. Thérèse devint l’unique héritière de sa fortune gigantesque. Un véritable empire industriel qui la mettait hors du besoin. Néanmoins, on la trouva bizarre. Elle ne regardait plus Les Feux de l’Amour, ni Koh Lanta, ni même Jean-Pierre Pernaut. Elle aimait les jeux de stratégie comme Romance of the Three Kingdoms, ou bien se faisait parvenir le dernier exemplaire de la série Super Robot Taisen. Elle regarda des DVD du commissaire Maigret avec Bruno Cremer, continua Columbo, Death Note, Higurashi, New York Police Judiciaire et d’autres passe-temps de son mari comme Shiki.
On eut peur. On lui demanda pourquoi elle regardait ces trucs compliqués comme le fou. On paniqua lorsqu’elle indiqua :
— C’est professionnel… Je recherche le petit détail, la compréhension du comportement humain, la stratégie, l’invisibilité totale… Je veux comprendre…
On crut qu’elle se préparait à un métier de tueuse… On pensait que Blauer avait déteint sur elle et que, maintenant, elle était le danger. On alla prévenir un psychiatre : la folie l’avait-elle gagnée suite à l’horrible aventure qu’elle avait vécue ? On retrouva plus tard un écriteau sur la nouvelle propriété qu’elle habitait (l’ancienne à la campagne ayant été vendue) :
Thérèse Bart, profileuse. Hamfoot Ball, détective.
— Pourquoi ? demanda Anne à sa sœur.
— Hamfoot avait raison sur tout. Il a l’intuition et surtout la logique et la déduction d’un bon détective !
— Mais toi, toi, pourquoi ?
— Pour que les femmes ne subissent plus ce genre d’enfoiré ! Je les traquerai, ces fumiers !
— Ces jeux, séries, animés, livres, mangas, c’était…
— Pour cela ! Pour combattre ces fumiers, il faut les connaître et passer inaperçue auprès d’eux ! Il faut les analyser, les trouver, les arrêter et on ne peut le faire que grâce à une seule chose que Blauer, cette ordure, m’a apprise…
— Laquelle, Thérèse ?
— Le détail… Le tout petit détail jugé sans importance… Même le plus rusé des criminels qui tente de couper court et étudie pour ne pas commettre cette erreur la commet toujours, et parfois en cascade, en oubliant un tas de petits détails jugés sans importance, dont la confiance mal placée en prime… Le tout petit détail sans importance !













PROCHAINEMENT : LE PETIT CHAPERON ROUGE

Re: Ma nouvelle oeuvre : Contes en Absurdie !

Posté : lun. févr. 02, 2026 14:59 pm
par Monsieur Vilak
Bravo bravo!!!!!!!!!!!

Re: Ma nouvelle oeuvre : Contes en Absurdie !

Posté : mar. févr. 03, 2026 00:36 am
par Stéphane Dumas
Parlant du Petit Chaperon Rouge, le groupe d'humoristes québécois Les Cyniques avait fait une version revue et corrigé dans l'émission spéciale de fin d'année Bye Bye en 1971. Ça débute à 22:18 dans ce clip.


Re: Ma nouvelle oeuvre : Contes en Absurdie !

Posté : mar. févr. 03, 2026 06:50 am
par LVD
Arriver a placer Super Robot Taisen dans un conte populaire, c'est tres fort, j'applaudis.

Une seule critique, dans la premiere moitie du chapitre 2, a partir du moment ou ils sont maries. Ils se vouvoient puis se tutoient puis se vouvoient a nouveau... Il faut uniformiser! A partir du moment ou Barbe-Bleue decouvre la trahison de sa femme et qu'il la tutoie ok, mais avant, decide ou du tutoiement ou du vouvoiement et tiens toi-y.

Re: Ma nouvelle oeuvre : Contes en Absurdie !

Posté : mar. févr. 03, 2026 13:23 pm
par Judex
LVD a écrit : ↑mar. févr. 03, 2026 06:50 am Arriver a placer Super Robot Taisen dans un conte populaire, c'est tres fort, j'applaudis.

Une seule critique, dans la premiere moitie du chapitre 2, a partir du moment ou ils sont maries. Ils se vouvoient puis se tutoient puis se vouvoient a nouveau... Il faut uniformiser! A partir du moment ou Barbe-Bleue decouvre la trahison de sa femme et qu'il la tutoie ok, mais avant, decide ou du tutoiement ou du vouvoiement et tiens toi-y.
Merci... Mais comme tu sais, j'ai beaucoup de mal à taper et a relire... Mais je vais faire un effort... Tu me diras ce que tu penses de ce conte

Re: Ma nouvelle oeuvre : Contes en Absurdie !

Posté : mer. févr. 04, 2026 01:30 am
par LVD
Ah mais c'est tres bien, je trouve la modernisation tres bonne, meme s'il y a peut-etre un peu trop de references a la pop-culture. J'ai bien aime les differents passages humoristiques aussi.

Du coup je suis tres curieux de voir ce que va donner une version remise au gout du jour du Petit Chaperon Rouge.

Re: Ma nouvelle oeuvre : Contes en Absurdie !

Posté : mer. févr. 04, 2026 20:58 pm
par Judex
Barbe Bleue a été repmplacé par une version normalement entièrement corrigée et un avant propos qui aura des repercussions parfois au cours de l'eouvre : Maintenat


Je passe au Petit Chaperon Rouge ou d'abord ========

INTERLUDE 01 : Qu’est-ce qu’un conte ? Qu’est-ce que ce foutoir ?

Spectateur 1 : Ouah, c’était Barbe Bleue ?!
Spectateur 2 : Je n’ai jamais entendu raconter cela comme ça, c’est nouveau…
Pierre Jeanaimarre : C’est le moins que je puisse dire… Surprenant est même le mot juste !
Charles Perdgros : C’est délicieux, pas vrai ? Vous ne vous attendiez pas à cette modernisation ?
Spectateur 3 : T’as compris quelque chose, toi ?
Spectateur 4 : Que dalle… On va attendre la fin des contes… Y en a combien selon le programme ?
Spectateur 3 : Quatre à mon avis… Enfin, si on laisse faire car c’est vraiment nawak !
Spectateur 5 : Dis, c’est quoi Higurashi no Naku Koro Ni ?
Spectateur 3 : Ben je vais lui demander ? Monsieur, c’est quoi, Higurashi ?
Charles Perdgros : Un jeu à texte japonais qui a donné un dessin animé célèbre au Japon. Il y a des meurtres dans un village qu’on met sur le dos d’une malédiction. Un groupe de jeunes (des filles et un garçon) sont à la fois les témoins et les victimes. On suit une espèce de boucle temporelle, mais en fait, c’est l’âme d’une des héroïnes qui rentre dans le corps de son double dans une autre dimension, un « kakera » comme elle dit. L’animé est très compliqué : il est bourré de fausses pistes et l’histoire recommence avec les mêmes meurtres près de la même date par arcs. Mais il faut quand même démêler le vrai du faux…
Spectateur 3 : Faut faire travailler sa tête et réfléchir, quoi ?
Charles Perdgros : Exactement comme dans les récits que je vous livre !
Spectateur 3 : Oh, la vache, faire travailler sa tête, réfléchir… Déjà qu'il faut réfléchir en maths à l’école, alors bonjour la surcharge cognitive…
Charles Perdgros : T’as quel âge, toi ?
Spectateur 3 : Dix ans, M’sieur Perrault !
Charles Perdgros : Tu sais que les contes ne sont pas faits pour les gosses, à l’origine ? Qu’ils sont basés sur des faits divers terrifiants pour certains ? Pour d’autres, inventés avec une ossature digne de thriller ?
Spectateur 3 : Mon c… M’sieur, je sais que c’est fait pour les gamins !
Charles Perdgros : T’as raison ! Les gosses s’éclatent toujours quand on voit un serial killer en Barbe Bleue pendre le corps de ses femmes en sang sur des crocs de boucher dans un cabinet noir… ou de voir comment un loup bouffe une petite fille sans qu’elle revienne à la vie chez Perrault !
Spectateur 3 : Chez Grimm, elle et sa grand-mère sont sauvées…
Charles Perdgros : Certes, oui… Mais la chose est identique excepté la Happy End… enfin, pas pour le loup qui claque comme un chien, le ventre recousu et bardé de cailloux, noyé dans une rivière…
Spectateur 3 : Oh, la vache ! C’est si terrifiant que ça, les contes ?
Charles Perdgros : J’aborde justement le conte qui nous intéresse et dont je viens de parler… dans une modernisation explosive ! Veuillez m’écouter sans m’interrompre et vous aussi, Pierre Jeanaimarre, je vous prie…

Re: Ma nouvelle oeuvre : Contes en Absurdie !

Posté : mer. févr. 04, 2026 20:58 pm
par Judex
LIVRE SECOND : THRILLER EN ABSURDIE 02
LE PETIT CHAPERON ROUGE


Chapitre premier : Rencontre prédestinée…



Ah ! Que c’est beau, la Provence ! Ces arbres, ce ciel magnifique quand, en été, on entend le doux chant des cigales quand elles pleurent, le parfum des herbes…
C’est Marseille, c’est l’odeur du port où pleurent les mouettes et les goélands… Eh, les goélands ? Mince, ami lecteur, je m’emporte gratuitement…
En bref, c’est le beau pays de Marcel Pagnol et de Fernandel. Mais c’est aussi devenu la ville des truands, des mafieux et surtout d’assassins en puissance !
C’est ici que sort de prison un certain individu. Retenez son nom : Claude Leloup ! L’homme est un habitué des lieux, même un parfait abonné, à tel point qu’on lui fait souvent des réductions… de peine !
Il faut dire que les prisons sont surpeuplées. Il faut bien libérer de l’ancien pour y mettre du nouveau. Claude avait un surnom : Claude le Louche. Pour être louche, on n’en est pas moins loup. Et comme bête sauvage, il n’y avait pas mieux. Comme dirait Wolverine, il était le meilleur dans son boulot et ce n’était pas beau à voir : voleur, assassin, maître-chanteur, violeur, maquereau et multirécidiviste.
— Et qu’on ne te revoie plus, l’abonné de la ligne U, lui conseilla un gardien avant qu’il franchît la porte qui le menait droit vers ce que l’on savait être, dans le futur, une case retour. Il faut dire que lorsqu’on passe par la case prison au Monopoly, on y devient accro.
— Je ne suis pas prêt d’y revenir… Cinq ans de taule…
— Tu n’avais qu’à pas t’introduire par la cheminée des trois frères Jambon… Tu voulais les tuer et les voler ?
— Et aussi les bouffer, oui…
Nous avions oublié que l’homme était un adepte d’Hannibal Lecter. Il était aussi cannibale.
— Dommage qu’ils aient allumé un feu car leur chauffage central était en panne !
— Je m’en rappellerai toujours ! Je ne sais pas comment je m’en suis tiré, mais les poulets m’ont ramassé alors que j’éteignais le feu que j’avais au cul dans la rivière à côté de chez eux.
— Je me rappelle quand on t’a ramené ici… Tu ne pouvais même plus t’asseoir sans gueuler. Je ne parle même pas de te coucher…
— Oh, ta gueule, le garde-chiourme ! Je ne suis pas prêt de refaire deux fois la même connerie, tu verras !
— Moi, je ne te dis qu’une chose : à la prochaine !
Et Leloup s’en alla à la campagne. Là-bas, il serait sûr d’être plus tranquille pour faire ses coups. Quelques jours plus tard, dans le village d’Oppède-le-Vieux, un lieu assez bucolique et médiéval encore aujourd’hui, et où l’on trouve de magnifiques zones boisées, un événement dont on parlerait autant que de l’affaire Xavier Dupont de Ligonnès allait se produire.
Dans ce magnifique village vivait encore chez sa mère une belle jeune fille de dix-neuf ans qui avait pour nom Anne Red. Cette fille était atrocement belle malgré le port de lunettes de correction. Sans elles, par contre, elle s’avérait aussi myope que Velma Dinkley, dont elle avait repris la célèbre formulation américaine « Jinkies » pour elle-même.
Souvent, elle était habillée en tailleur ou en sweat rouge et portait un petit chaperon de la même couleur. Comme on ne la voyait guère sans cela, on la surnommait « le Petit Chaperon rouge » en référence au conte de fées (peu importe que ce fût celui de Grimm ou de Perrault).
Elle était aimée de tous : elle était actuelle et très branchée. Elle adorait aller en boîte de nuit, regardait à la télé « Les Contes de Grimm » et s’était désolée que l’on ne rediffusât plus cette série et même que l’on eût arrêté la traduction de nouveaux épisodes. À la place, elle s’était mise en tête de regarder « Plus belle la vie ». Et on doit le dire, sa vie était aussi belle que celle d’un conte… Sauf que tout arrive dans les contes de fées, et pas pour le meilleur.
Sa mère la prévint : sa grand-mère avait appelé. Elle ne pouvait plus bouger du lit, mais avait son portable avec elle pour prévenir. Elle voulait que sa petite-fille vînt la voir en attendant le médecin qui ne pouvait se déplacer avant 18 heures. Il fallait comprendre ce dernier : le fait que peu de médecins retraités soient remplacés faisait que les autres étaient débordés au cabinet et, souvent, abandonnaient même les visites à domicile. Elle vivait seule, dans une petite maison pas loin d’une des régions boisées de ce beau pays.
— Jinkies ! s’étonna Anne Red. Il faut que j’aille voir mémé tout de suite ! Mais je ne peux y aller les mains vides… Qu’est-ce que je peux lui apporter ?
Madame Red répondit sérieusement à sa fille après avoir mûrement réfléchi :
— J’avais déjà commandé pour nous un panier garni féerique : boîte de mignardises "Une Petite Douceur", infusion mandarine-fleur d'oranger (25 cl), caramel au beurre salé (50 g), miel toutes fleurs (50 g), pâte à tartiner chocolat noisettes (50 g), marmelade d'oranges à l'ancienne (28 g), sachet de thé noir BIO (50 g), infuseur à thé, Niniche feuilletée praliné (30 g), papillote festive noisette caramel, gaufre gourmande (35 g), trio de truffes fondantes au chocolat et un sachet de bonbons saveurs de fruits (75 g).
— Ouaah ! Elle va se régaler : c’est encore meilleur qu’un petit pot de beurre et une galette !
— Oui, prends ta corbeille et ton vélo électrique et apporte-les-lui.
— Je n’ai pas fait mon footing ce matin ! Je vais marcher, cela me fera du bien. En plus, cela me fortifiera davantage.
— Attention, Anne. C’est lourd. Ne présume pas de tes forces. Je sais que tu es une Hercule moderne et que tu fais du jiu-jitsu, mais…
— Ne te fais pas de bile, maman.
— Et fais attention, ce qu’il y a dedans peut intéresser des voleurs gourmands… Il y en a pour plus de 45 euros, quand même.
— Je ferai attention…
— Et à toi aussi. Et fais attention à tes lunettes, tu les perds souvent. N’oublie pas que tu es une taupe sans elles.
— Jinkies… J’ai encore perdu mes lunettes, maman ! Elles sont tombées…
La jeune fille essaya de les retrouver en se mettant à genoux, sa main tâtonnant sur le sol. Ce fut sa mère qui trouva la divine et miraculeuse paire de lunettes et la lui remit sur le nez !
— Tu vois…
— Elles glissent toutes seules… Ce n’est pas de ma faute !
— Si tu les perds au milieu d’un champ, tu ne les retrouveras plus. Essaie de faire attention, quand même… Cela ne se commande pas sur Amazon.
La jeune fille prit le lourd panier et passa devant la niche de son chien. Un grand Danois.
— Reste sage, Scooby-Doo, maman revient ! Elle va chez mémé.
Il faut avouer que si le chien n’était pas aussi froussard que celui de la télé, il avait en réalité le cerveau de Rantanplan. Lorsqu’il bondit sur elle pour la lécher, il pensait en fait :
— Chic ! Un sucre d’orge rouge ! J’adore le sucre d’orge !
Non, ami lecteur, reste, ce ne sont pas des digressions. Ce brave chien aura plus tard un rôle important. Mais, chut, je ne vous dis pas lequel. Comment cela, pourquoi ? Vous voudriez vous gâcher la surprise et qu’on vous spoile la suite ? Il y a déjà eu des meurtres pour ça… Il suffit d’un rien pour qu’on vous tue aujourd'hui. Prévenez que vous faites de la musique pour un anniversaire et mettez-vous à l’œuvre : il devient de plus en plus certain qu’un fou du voisinage proche surgira avec un vieux tromblon dans la main !
Et le Petit Chaperon rouge, Anne Red, s’avança dans les rues. On la salua. On l’aimait beaucoup.
— Fais attention, lui dit le charcutier… Il paraît que depuis quelque temps, il y a des vols, des meurtres… Il paraît que cela a à voir avec un des cinq étrangers récemment venus ici, mais on ignore qui… Il y a un vrai loup qui se cache parmi nous ! Le village est terrorisé.
— Ne vous en faites pas, monsieur Lebœuf… Je ferai bien gaffe. Et passez bien le bonjour à la vendeuse, Madame Rosette.
Quelque part dans le coin, il y avait un bistro qui se nommait « Du Bois Joli » et dont le patron se nommait Pollux. Pollux avait un employé : Zébulon Hipocrite. Cet homme s’était acoquiné avec un individu que tout le monde trouvait louche et qui était arrivé huit jours auparavant, peu avant que des vols et des meurtres inhabituels et mystérieux ne fussent commis dans le petit village, d’ordinaire sans histoire. Il jouait au billard justement avec cet homme. Et cet homme, c’était Claude Leloup.
— Et t’as fait cinq piges au mitard ? demanda Zébulon. Pourtant, comme ça, on dirait pas, t’as l’air de ressembler à Casimir, c’était le monstre de mon enfance…
— Ouais, mais Casimir, il était gentil, tout orange. Moi, je ne le suis pas, et à l’intérieur je suis rouge sang, Hippolyte.
— Non, mon nom de famille c’est Hipocrite.
Leloup joua. Trois boules furent expédiées. Il se mit à sourire : c’était un vrai rictus. La joie déformait son visage !
— Trois d’un coup ! déclara Leloup en vidant sa chope de bière. Hé, Ranma, c’était bien un demi que j’avais commandé ?
— Oui, fit la serveuse. Vous en voulez un autre ?
— Apporte-en deux, une pour moi et l’autre pour Hippocrate !
— Hipocrite ! cria le concerné.
— C’est pareil ! rétorqua Leloup. Bon, ce soir, tu m’accompagnes ? Tu t’en es mis plein les fouilles grâce à moi, non ?
— Ben, je sais pas ! On ne risque pas un peu de se faire gauler ? Et si on se faisait plutôt passer pour des handicapés pour escroquer les abrutis ? Moi je pourrais jouer les aveugles et toi faire semblant d’avoir la patte folle ?
— Tu crois qu’on est dans Pinocchio ? Et puis on est où ici : DuBois Joli, ton patron s’appelle Pollux et toi, Zébulon, c’est ça ?
— Ben, oui…
— C’est le Manège Enchanté, c’est ça ? Ben, si c’est ça, il doit y en avoir du pognon dans les caisses !
— Tu sais, avec tout le monde qui paie par carte bancaire… Et surtout en sans contact.
— Putain de technologies ! Et dire que pour survivre, il faut apprendre à pirater les données des banques ! Il n’a pas de valeur camouflée, ton boss ?
— Ben, paraît que sa femme, Margote, a des colliers de perles qui valent cher…
— Je savais que c’était le Manège Enchanté ! Il y a même des choses qui vont m’enchanter ! Cette nuit, on les butte et on les vole, fit Leloup dans l’oreille de l’autre.
Zébulon éclata de rire : il était comme monté sur ressort tellement il bondissait intérieurement de joie. Il n’aimait pas son patron : il adorait trop le sucre ! Mais lui, il allait se sucrer avec un des colliers de la femme grâce à son pote. Le regard de Zébulon passa par la fenêtre !
— Leloup, cria-t-il, vise un peu le canon qui passe !
Leloup regarda, distrait ! Puis ses yeux sortirent de leurs orbites, son visage fut comme un museau qui s’allongeait démesurément, ses cheveux virèrent en boucles naturellement. Il se frappa la tête avec sa queue de billard à plusieurs reprises comme s’il était devenu fou. Enfin, il poussa un hurlement strident semblable à celui d’un loup qui fit se retourner tous les clients du bistro.
Zébulon le regardait aussi, ahuri : il croyait se trouver dans un slapstick ancien, ou bien dans un des cartoons de Tex Avery que Patrick Brion diffusait parfois dans le « Cinéma de minuit » sur France 3. Il avait un peu honte.
— Ouaaaaaaah ! Le canon ! Et ses deux obus prêts à tirer ! Il me la faut, Hipocrite ! Il faut que je me la fasse ! Et regarde le panier, il y a de quoi bouffer en plus ! Je vais me régaler, dans tous les sens du terme.
— Claude, mais… Qu’est-ce qu’il t’arrive ?
Leloup sortit du Bois Joli en toute hâte. Il regarda devant lui : le canon de beauté était là ! Tout en sweat rouge avec un chaperon ! Un corps fin, deux supernibards ! Un canon d’environ dix-neuf ans. Bon, il n’aimait pas les lunettes, mais sans elles, elle était… à croquer !

Re: Ma nouvelle oeuvre : Contes en Absurdie !

Posté : mer. févr. 04, 2026 20:59 pm
par Judex
Chapitre 2 : Leloup rôde autour de la belle



Leloup avait vu Anne Red. Le Petit Chaperon rouge, comme on la nommait souvent.
Elle, elle l’ignorait.
Leloup, lui, n’avait qu’une envie : draguer la belle pour l’amener dans un coin discret où il en disposerait ! De plus, il pourrait disposer du panier gourmand et de la jolie petite bague à son doigt. Il s’occuperait aussi du smartphone qui dépassait de la poche du joli et mignon petit postérieur de la jeune fille.
Il avait déjà copieusement dîné en avalant six chevreaux d’un coup, mais il avait dû laisser le septième reposer : il était trop chaud. C’est pour cela qu’il avait fait une pause au billard et qu’il avait réclamé à Ranma un demi de bière bien fraîche pour aider à digérer.
Mais là, il avait de nouveau l’estomac dans les talons, mais pas que…
Il se sentait à nouveau un chasseur de ville, un City Hunter, un Ryo Saeba en puissance du mauvais côté de la barrière. Il entendait déjà le refrain de Jean-Paul Césari lui revenir en mémoire : « Une ombre file dans la nuit, le crime restera impuni… Nicky Larson ! ». Il espérait bien que, cette fois, son crime resterait encore impuni comme ceux qu’il avait déjà perpétrés depuis sa sortie de cabane.
Oui, c’était lui qui avait zigouillé le petit Joe Star… Il l’avait poignardé de dix-neuf coups de couteau. Le gamin l’avait vu alors qu’il se dissimulait dans la pénombre d’une ruelle, la nuit, profitant qu’on éteignait les lampadaires pour éviter de gaspiller l’électricité ! Le village voulait faire baisser la facture exorbitante en ce mois de juin 2022. Avec la guerre en Russie, les prix avaient grimpé. Cela leur apprendrait à se baser sur les coûts du gaz ; du coup, c’était pour les criminels comme lui que ça gazait !
Il voulait juste entrer, tuer et avaler ce fils de laboureur nommé Tom Pouce après avoir buté ses parents ! Et voilà ce gosse qui hurle : « Au loup ! Au loup ! »
Dans le village, tout le monde savait qu’il gueulait cela pour s’amuser… Il l’a buté quand même par peur, s’est acharné dessus ! Personne n’a bougé car ils avaient l’habitude d’entendre ces conneries, mais sur le coup, il avait eu peur. Heureusement qu’il n’y avait pas de caméras et surtout pas d'infrarouges ! Après tout, dans ce lieu si tranquille, pourquoi, mon Dieu ?
Il ne pouvait laisser la jeune fille s’en aller ! Il fallait qu’il la rattrapât ! Bon sang, c’était vital pour lui ! Il se plaqua les cheveux en arrière, prit une allure de gentleman comme il put et courut l’aborder. Il arriva à sa hauteur devant des passants ébahis de sa témérité :
— Bonjour, ma chère madame, il fait beau aujourd’hui, pas vrai…
— Je ne veux pas vous parler. Je ne dois pas parler aux inconnus.
— Mais je ne suis plus un inconnu dans ce village, douce jeune fille ! Je m’appelle Claude, Claude Leloup, à votre service, gente damoiselle !
— Monsieur Leloup, vous êtes fort poli, mais je dois insister !
— Mais, chère et douce amie, je suis votre obligé… Vous m’avez séduite sur le coup… J’en suis encore ébloui… Votre beauté est si sublime… Je suis prêt à tout pour vous !
Le boulanger, Jean Pavot, fut le premier à en rire :
— Tu as fait une touche, Petit Chaperon rouge ! Je savais que tu finirais par croiser quelqu’un qui tomberait fou de toi… Et il a l’air d’un vrai gentleman avec sa… queue de billard !
Leloup regarda sa main : il avait oublié de jeter cet ustensile ! Il rougit de honte : il avait maintenant l’air, non d’un Don Juan, mais d’un abruti total digne du Moriarty du dessin animé de Miyazaki et des Pagot ! Il s’excusa tendrement :
— Veuillez m’excuser, mais votre vue m’a tant ébloui que j’ai omis de laisser ceci là où cela devait rester. Mais je vois, mon doux miel, que vous allez à pied ? Vous revenez d’Aldi avec vos emplettes ? Ça doit être lourd ! Je vais chercher de ce pas ma voiture pour vous escorter jusque chez vous.
Il n’attendit pas la réponse et fonça dans sa voiture, garée au coin de la rue. C’était une 206 Peugeot, facilement reconnaissable avec une drôle de plaque d’immatriculation : LL – 666 – OGRE. Il la fit démarrer et aborda le canon de ses rêves !
— Tenez, tendre fée… La voiture de ma gente damoiselle est avancée…
— Jinkies ! fit Anne, surprise devant la hardiesse de cet animal. Monsieur, est-ce du harcèlement ?
— Que nenni ! J’aimerais apprendre à vous connaître plus amplement, douce dulcinée ! Je veux vous montrer ma plus ample, ma plus profonde gentillesse…
— Vous êtes bien gentil, mais je préfère la marche.
— Ah ? Bien !
Il gara rapidement le véhicule sur la première place possible en faisant attention de bien voir où elle allait. C’était cependant une place pour handicapés.
Georges Bûcheron était flic, et bon flic. Il était venu de la ville car ses services lui avaient signalé des choses pas claires : vols, meurtres… et la présence d’un dangereux individu dans ce petit bled d’Oppède-le-Vieux. Soudain, il vit la voiture en infraction et un homme qu’il n’arriva pas à identifier, qui semblait vouloir rattraper une jeune femme en rouge se dirigeant vers la sortie du village.
Il tenta d'héler l’animal qui avait osé garer sa caisse en cet endroit. Mais l’autre avait filé on ne sait où. Il lui colla une amende sur le pare-brise. Il avait d’autres chats à fouetter : il y avait des meurtres et des vols. Il fallait commencer l’enquête et se renseigner sur le mystérieux coco qui avait été aperçu quelques jours plus tôt et qui allait dans cette direction : un certain Claude Leloup.
Il se rendit au bistro DuBois Joli où Pollux déclara :
— Claude ? Pourquoi le recherchez-vous ? C’est un brave gars ! Il est l’ami de Zébulon ! De plus, ma femme Margote l’apprécie : il lui dit souvent qu’elle est belle à croquer !
— Il est connu de nos services pour divers crimes : vols, meurtres, cannibalisme. On l’a repéré près d’ici. On m’a envoyé une photo mais je ne vois pas bien les gens de loin.
— Comment, Claude aurait fait cela ? Mais, inspecteur, il est tout gentil, poli, serviable. Un peu gourmand, cependant… Il a quand même avalé six chevreaux : moi, j’aurais eu des maux d’estomac et encore, je n’en aurais même pas eu la force !
Georges Bûcheron soupira :
— Il n’est peut-être pas le coupable des vols et meurtres ! Sans doute s’est-il enfin casé mais, peu importe, je dois l’interroger au vu de son passif. Il peut avoir vu quelque chose, être témoin d’événements… L’avez-vous vu ces derniers temps ?
— Il n’y a pas deux minutes. Il jouait au billard avec Zébulon ! Soudain, il a piqué une crise. On se serait cru dans une comédie de Charles Chaplin… Puis, il est sorti en trombe pour aller rencontrer une fille qu’on connaît tous bien…
— Je viens de la ville pour enquêter ici, je ne connais pas bien les gens… Quel nom a-t-elle ?
— Anne Red ! Mais elle porte toujours du rouge et surtout un chaperon de cette couleur… On la surnomme le Petit Chaperon rouge… Rapport au conte…
— Et où habite-t-elle, cette Anne Red ?
— Oh, à l’autre bout de la rue, chez sa mère, Mathilda Red… Venez, ce n’est pas loin, je vais vous montrer, inspecteur…
Pendant que Georges Bûcheron menait son enquête, Leloup entrait dans une zone boisée où il retrouva Anne. En fait, il suivait sa trace quasi à l’odeur ! Il avait du nez ! Le nez d’un loup affamé ! Il n’est nul besoin de placer un mouchard sur quelqu’un quand on a l’odorat aiguisé, surtout en ce qui concerne les jolies jeunes femmes qui mettent du parfum, même bon marché.
Il la retrouva au centre du petit bois, dans un cadre bucolique où l’herbe et les bois laissaient flotter un parfum suave, mais que Leloup ignorait totalement car il en suivait un autre.
— Me revoilà, ma toute belle…
— Jinkies ! fit-elle, surprise, encore vous, monsieur Leloup ?!
— Il est bien rempli de provisions, ton joli panier… Tu vas loin comme cela ?
— Chez ma mémé Gertrude, dans la maison de campagne à la sortie du bois…
— Celle proche du Chemin du Paty ?
— Oui, monsieur…
— Je peux voir ce que tu lui apportes de bon ?
Elle le lui montra. Il voulut toucher. Cependant, il se retrouva propulsé dans les airs par une force gigantesque. Son bras était endolori, son dos aussi, car il avait cogné contre un arbre. Son magnifique habit, qu’il avait si chèrement volé dans un magasin sur le chemin après avoir désactivé son système de sécurité, était sali par la terre.
— Qu’est-ce qu’il s’est passé ? demanda-t-il, complètement groggy et halluciné. Ai-je été renversé par un camion de marchandises ?
— Vous alliez toucher quelque chose qui n’est pas à vous, monsieur. Sachez que je suis une championne de jiu-jitsu et que j’ai une force herculéenne. Je veux bien vous parler, finalement, à condition que vous ne recommenciez pas.
— Je voulais juste voir… J’étais curieux, fit Leloup en se relevant avec précaution.
Son cul lui faisait mal. Dire qu’il avait mis des années à cicatriser des flammes de l’incident avec les frères Jambon.
— Vous savez, ma gente et tendre amie, il est dangereux d’avoir sur soi tant de richesses. Vous pourriez rencontrer un fort mauvais plaisant et, de surcroît, armé… Le jiu-jitsu, alors, ne vous serait d’aucune utilité…
Il avait heureusement bien dissimulé son flingue dans ses affaires. On ne le voyait même pas. Heureusement qu’il portait toujours sa pétoire dans sa sacoche… Cela faisait illusion.
— Vous avez raison… Hélas !
Leloup pensa profiter de la situation et sortir son flingue. Cependant, la forêt était remplie de promeneurs. Et même d’abrutis en scooters et trottinettes électriques. Bordel, qu’il était loin le fameux temps des cerises, où il faisait bon pour un animal prédateur de se retrouver seul dans une forêt avec une proie, qu'elle fût animale, fillette ou jeune femme !
Pourquoi fallait-il, bon sang, qu’il y eût autant de témoins dans des lieux autrefois déserts, occupés à cueillir aussi des noisettes et des marrons ? Il fallait trouver autre chose. Il eut une idée…
— Dis-moi, tu sais, il y a aussi autre chose que mémé Gertrude aimerait bien, en plus du panier de chez Amazon, car je suppose que c’est là que tu l’as commandé, ma douce colombe ?
— Ma mère, oui… C’est elle qui m’a demandé de lui apporter ce panier. Mémé est malade, monsieur… Elle attend le médecin, mais avec le désert médical, ils sont si occupés que ceux qui se déplacent encore ne peuvent parfois venir que tardivement dans la journée, et encore…
— Elle est malade ?
— Oui, elle ne peut plus sortir du lit !
Il tenait sa chance !
— Mon petit sucre d’orge, déclara Claude Leloup. Tu sais ce que je vais faire ? On va jouer ensemble à trouver ce qui fera en plus plaisir à mémé Gertrude…
— Gertrude…
— Oui, mémé Jintruse…
— Gertrude…
— Oui, enfin à mémé… Tu passes par ce chemin et tu lui cueilles de jolies fleurs des champs. Un bouquet remonte toujours le moral aux malades… Et moi, de mon côté, je vais lui chercher un autre cadeau pour cette pauvre femme… Je suis sûr que vu le nombre de cadeaux, elle reprendra des couleurs…
— Un cadeau…
— Oui, j’ai dans ma sacoche plusieurs sachets de pruneaux que je compte bien lui distribuer… Elle aime les pruneaux, mémé Mertruse ?
— Gertrude… Oui, les pruneaux d’Agen…
— Ne t’inquiète pas, ma gente dame… Mémé recevra ses pruneaux, mais elle restera quand même… à jeun…
— Vous êtes gentil, monsieur. Je m’étais trompée sur votre compte. Jinkies ! Vous êtes un type bien ! Je suis bien contente de vous avoir rencontré. Je vais pouvoir faire plaisir encore plus à mémé… J’espère que je ne perdrai pas mes lunettes ni ne les casserai comme à chaque fois…
— Pourquoi ?
— Je peux bien vous le dire, à vous qui êtes si bon pour moi : sans elles, je suis myope comme une taupe !
— Ma pauvre enfant, espérons que non (il pensait au contraire : « Quel pot ! Espérons que tu les perdes ou les casses au contraire »).
— Vous êtes vraiment l’homme le plus charmant que je connaisse, monsieur Leloup.
— Je suis bien content que tu voies enfin à quel point je tiens à toi, à ton bien-être et à celui de ta grand-mère… Allez, cueille ton bouquet, ma douce ! Je te retrouve chez mémé Jairuse. Je vais aller la voir pour lui distribuer des pruneaux… à jeun…
Et dès lors, ils se séparèrent ! Claude Leloup prit le chemin de droite, en fait le plus court pour aller chez mémé Gertrude. Anne, elle, suivit le chemin de gauche où un magnifique champ de fleurs trônait dans un cadre bucolique, mais qui se révélait être le plus long pour se rendre chez la vieille femme.

Re: Ma nouvelle oeuvre : Contes en Absurdie !

Posté : mer. févr. 04, 2026 20:59 pm
par Judex
Chapitre 3 : Qui a peur ?



Georges Bûcheron interrogea Mathilda Red. Cette dernière lui remit une photo d'Anne. Il reconnut alors les vêtements de la jeune femme et manqua défaillir. Il avait laissé passer, agir, un monstre sanguinaire, une bête monstrueuse… Il fallait qu’il devînt maintenant le chasseur de monstres…
— Votre fille est actuellement suivie, voire poursuivie, par un homme extrêmement dangereux et, sans doute, responsable des événements mystérieux qui se produisent à Oppède-le-Vieux. Un certain Claude Leloup, surnommé « le Louche », car il est même plus que louche : violeur, voleur, assassin, cannibale et j’en passe. Un abonné du mitard : c’est simple, il y a passé quasi la moitié de sa vie. Cinquante ans, il se donne les allures d’un gentleman pour séduire ses victimes, mais peut user d’une violence extrême, ce qu’il adore faire en toutes circonstances. C’est bien simple : il fait comme le Joker dans Batman. Il tue comme il respire avec ce qu’il a sous la main comme arme.
— Mon Dieu… Anne… Je le savais, ils veulent lui voler le panier garni pour sa grand-mère qu’on a acheté sur Amazon…
Mathilda Red avait pâli. Elle manqua s’évanouir de frayeur. Mon Dieu, son enfant ! Sa fille unique !
— Sans doute, mais avec Leloup, tout est bon… Même votre fille, dans tous les sens du terme, lui répondit Georges Bûcheron. Il faut que je sache où habite cette grand-mère.
— Vous ne connaissez pas les lieux, je suppose ?
— Non, je suis arrivé hier soir. Même si vous m’indiquez le nom de la rue, je ne pourrai y aller comme cela. Mon GPS est en panne : chaque fois que je me sers de cette excentricité, il me conduit ailleurs.
— Je vais devoir vous confier Scooby-Doo…
— Qui ? s’étonna Georges.
— Un Grand Danois que ma fille s’est offert. Il est le seul à connaître le chemin avec elle… En fait, c’est bien la seule chose au monde que ce chien sache faire : aller chez ma mère.
— Pourquoi la seule ?
— Vous le verrez bien quand je vous le confierai…
Elle le mena à la niche du chien et lui mit sa laisse. Scooby-Doo s’accrocha vite à la terre, refusant de suivre Georges qui le traînait. Le chien hurlait à la mort ! Mais que disait-il en son langage ? Traduisons…
— Au secours ! C’est un dognapping ! Je suis volé par un criminel en puissance ! Appelez la police ! Je ne veux pas mourir, je suis trop jeune !
On lui donna une friandise. Il n’en voulut pas et regarda le policier. « On veut m’empoisonner avec de la marmelade d’orange ? C’est ça, hein ? », pensa la pauvre bête…
Georges dut se rendre à l’évidence :
— Mais… mais il est con, votre clébard !
— Hélas, fit Mathilda en larmes… Oui…
Georges dut traîner la bête pour se diriger vers la forêt. On perdait du temps, un temps fou ! Le chien allait en sens inverse du policier, tirant sur sa laisse comme un fou, semblant supplier sa maîtresse de le sauver de l’odieux criminel qui le ravissait ainsi à son doux foyer…
— Bordel, fit Georges… Avec un abruti comme toi, je ne suis pas près de me rendre chez cette pauvre femme en danger, ou de sauver sa petite-fille sur le chemin… J’aurais dû faire ce que le commissaire Kurtez m’avait dit : faire réparer mon putain de GPS… J’ai eu peur de claquer du blé, et maintenant, une pauvre fille et une vieille dame risquent de le regretter… Quel temps on va perdre !
Laissons Georges et Scooby-Doo se battre entre eux pour suivre un certain chemin et retournons voir le Petit Chaperon rouge.
Anne s’amusait à cueillir, dans le champ féerique, des violettes, des primevères et des coquelicots jolis pour en faire un bouquet qu’elle mit dans le sac qu’elle conservait dans le panier garni. Elle espérait que le bouquet tiendrait bon jusque chez sa Mère-Grand.
Cependant, elle se retrouvait maintenant dans une grande merde : elle voyait flou. Voire quasi rien… Elle se demanda pourquoi. Puis, elle constata qu’elle ne les sentait plus sur son nez… Oui, ses lunettes de vue.
— Jinkies ! Mes lunettes…
Elle tâtonna, se baissa, chercha, se releva, posa son pied sur quelque chose qui lui sembla un objet un peu dur et… entendit un bruit de verre. Elle se baissa et tâtonna sous ses pieds. Bonne nouvelle : elle avait retrouvé ses lunettes. Mauvaise nouvelle : elles étaient inutilisables à présent. Les deux verres étaient en morceaux, sans compter les branches…
— Jinkies ! s’écria-t-elle… Comment je vais faire ? Je suis une taupe sans elles… Heureusement que je connais le coin par cœur et que ce n’est pas la première fois que cela m’arrive. Avec Norville, mon ami d’enfance, elles cassaient à chaque fois… J’ai fini par savoir comment me rendre quand même chez mémé…
Elle avança, non sans manquer toutefois de culbuter sur chaque pierre et de se retenir à chaque arbre… Intérieurement, elle priait pour arriver en un seul morceau chez mémé Gertrude.
Claude Leloup, lui, arrivait enfin devant une maison de campagne. Il frappa à la porte et la voix d’une vieille dame répondit :
— Qui est là ?
Leloup tenta de cacher sa voix caverneuse pour imiter celle de la jeune fille.
— C’est moi, Anne, le Petit Chaperon rouge, qui viens exprès pour vous amener un panier garni acheté sur Amazon, mémé…
— Ma petite-fille ne me tutoie jamais ! Qui êtes-vous ?
« Merde ! », pensa Leloup. « J’ai fait une grosse bourde. »
Il attendit dix minutes, espérant qu’Anne ne viendrait pas tout de suite et qu’elle perdait toujours un temps fou à confectionner son bouquet de fleurs idiot. Il eut une idée. Il connaissait le seul docteur qui bossait dans ce patelin de merde. Il savait aussi l’imiter. La vieille était souffrante et c’était la seule excuse possible pour entrer. Puis, il tapa à nouveau à la porte :
— Qui est là ?
— Je suis le docteur Dubois, madame. Je devais venir plus tard, mais j’ai eu une modification de dernière minute. Je sais qu’il n’est que 15 heures, mais…
— Appuyez sur la sonnette comme si vous tiriez sur une bobinette, docteur, et la porte s’ouvrira. Elle « cherra », comme on disait dans le temps. Mais vous savez, j’ai dû appeler le CHU, car je suis atrocement souffrante…
Du côté opposé par où il était venu, Leloup entendit soudain une sirène, celle d’une ambulance du SAMU. Elle s’arrêta devant le logis. Des infirmiers en descendirent.
— Bonjour, monsieur… Vous venez voir la malade ? dit l’un d’eux.
— Heu… Oui, elle souffre et je venais lui amener des pruneaux parce qu’elle les adore !
Leloup trépignait ! Putain, il était dans un bled paumé où tout était plus tranquille qu’en ville et, aujourd’hui qu’il avait mis la main sur un gros jackpot qu’il comptait bien s’enfiler, absolument tout le monde semblait s’être mis d’accord pour l’emmerder ! Putain ! Les villages, ce n’était vraiment plus comme autrefois ! Des lieux déserts, paumés, sans vie… Aujourd’hui, il y avait le portable, Internet, Skype et les cartes bancaires ! Quelle chienne de vie pour un Leloup quand on est bandit et qu’on veut se faire un ou deux cadavres et un vol dans un bled tranquille !
— Des pruneaux ? Surtout pas, malheureux ! Madame Red nous a bien donné la description de ses symptômes au téléphone et cela ressemble à un empoisonnement par la salmonelle !
Il porta la main à sa sacoche ! L’envie le démangeait de sortir « Bébé La Prune », son flingue chéri à qui il avait donné ce tendre surnom ! Il réfléchit : il aurait pu mettre son silencieux, tranquille, en entrant dans la baraque ! Mais devant les infirmiers, pas le temps… Le bruit pouvait attirer du monde… Et même Anne pouvait l’entendre : cette petite dinde était myope… mais pas sourde comme un pot !
Il aurait bien pu dire qu’il avait entendu des chasseurs. Sauf que l’ouverture de la chasse était encore loin… Évidemment, Leloup avait des chasseurs au cul, qui lui rappelaient de temps en temps ce que c’était que de sentir le roussi, mais ces chasseurs étaient d’un autre genre, et lui était un gibier de premier choix.
— Vous êtes un parent ?
— Un… ami de sa petite-fille…
— Alors, si vous voulez bien vous pousser et nous laisser faire notre job…
— Ouais, on doit la mener rapidos au CHU.
Ils entrèrent, posèrent des questions à la vieille dame, lui prirent sa tension et l’emmenèrent. Cependant, voyant Leloup, la vieille dame, qui ne voyait que des ombres, crut que c’était le médecin.
— Docteur, je vous confie mes clés… Vous les remettrez à Anne pour qu’elle s’occupe de Nestor, mon poisson rouge… Vous savez où elle habite…
— Oui, madame Red. Vous pouvez me faire confiance.
On l’installa dans l’ambulance, sur un brancard. On ferma les portes du véhicule. Dehors, l’un des deux infirmiers, qui avait entendu la vieille dame, se tourna vers Leloup et demanda :
— Vous êtes médecin ?
— Oui, mais pas d’ici, de Marseille…
— Ah, bon… Dans ce cas, vous pouvez nous laisser votre numéro de téléphone, on vous tiendra au courant de l’état de la patiente !
Leloup réfléchit à vitesse supersonique. Il fallait vraiment que ces emmerdeurs se décidassent à dégager ! Il avait les clés de la vieille conne, c’était déjà ça ! Et c’est elle-même qui les lui avait refilées. Cela aidait son projet.
— Mon portable, c’est le 06 87 39 43 23.
— Merci, euh, docteur comment ?
— Lelouche, Claude Lelouche…
— Merci, monsieur Lelouche, et au revoir.
Il monta côté passager et le chauffeur, qui l’attendait, démarra avec ses sirènes.
— Bordel ! Quel boucan ! Mon Dieu, qu’elle n’ait pas entendu ces sirènes ! J’espère que ces demeurés ne vont pas tout faire foirer…
Il entra dans la maison, laissée ouverte. Vite, se faire passer pour mémé ! Il fouilla et trouva une robe de chambre !
— Quel goût de chiotte, la vieille ! Du mauve !
Il se trouva un bonnet, se regarda dans le miroir du salon.
— Putain ! J’ai l’air d’une cloche, pas de la vieille ! Faut que je fouille pour trouver quelque chose pour qu'elle ne me reconnaisse pas tout de suite !
Il fouilla, trouva un masque à l’ancienne. Une tronche de robot avec des cornes !
— Goldorak ! Elle a un masque Goldorak, mémé ? Putain, ça date de près de 45 piges ! Tant pis, il n’y a rien d’autre pour se cacher la tronche ! Je vais le mettre et me camoufler sous les draps au cas où elle aurait encore ses fichues lunettes, cette salope de Chaperon rouge…
Ainsi fut fait. Leloup était devenu le substitut de Mère-Grand. Pendant ce temps :
— Putain de clébard ! On a perdu au moins deux heures à se battre pour parvenir jusqu’à cette putain de zone boisée !
Georges Bûcheron avait enfin fini de se battre avec Scooby-Doo. Ils étaient arrivés à un endroit où, enfin, le chien semblait aller de l’avant. Mais pour quelle raison ? Explorons les pensées du Grand Danois, et nous le saurons : « On va chez McDonald’s ! C’est une gentille dame qui me donne toujours des mille-feuilles à manger… »
En fait, le chien était attiré par l’odeur de l’argent de mémé. Le chien était le cauchemar permanent de la vieille : il lui bouffait ses biftons. Un con, ça ose tout et c’est à cela qu’on les reconnaît. Surtout ce chien ! Après quinze visites et l’équivalent de mille euros de billets en tout, la vieille avait déclaré à Anne que le « monstre » resterait chez elle. C’était il y a un mois. Le chien avait fugué une fois de la maison : on l’avait retrouvé chez mémé Gertrude et il était entré par une fenêtre ouverte car il faisait chaud. La vieille dame se croyait tranquille : elle aperçut en se levant que le chien se tenait devant son portefeuille presque entièrement bouffé avec les billets verts ! Scooby-Doo appelait cela des mille-feuilles ou bien des épinards selon ses envies. C’était pour cette raison, la seule, qu’il connaissait le chemin menant chez Mère-Grand.