Nous reconstruirons Euphor
Posté : dim. sept. 10, 2017 04:40 am
NOUS RECONSTRUIRONS EUPHOR
Première partie
« À présent, nous allons tout pouvoir recommencer. »
Les mots de Phénicia résonnaient encore dans l’esprit d’Actarus au moment où il fit atterrir Goldorak sur ce qui fut autrefois la grand-place de la capitale d’Euphor. L’enthousiasme qu’il éprouvait encore quelques minutes plus tôt avait maintenant fait place à une sourde angoisse qui lui vrillait douloureusement l’estomac. Il ouvrit la verrière du cockpit et sauta sur le sol.
Juste devant lui, s’étalaient les ruines noirâtres du palais royal. Quoique la majeure partie de l’édifice fût effondrée, le grand portique, resté presque intact, rendait le palais aisément reconnaissable. Figée dans un silence écrasant, la demeure de la famille royale d’Euphor avait l’aspect d’un gigantesque cadavre. Submergé par un flux d’émotions qu’il n’essaya même pas de maîtriser, Actarus tomba à genoux et éclata en sanglots, la tête entre les mains. Phénicia se précipita vers lui et l’entoura de ses bras, elle-même au bord des larmes. Elle poussa soudain un cri et tendit un bras en direction du palais.
- Actarus, là, regarde !
Le jeune homme releva la tête et, malgré les larmes qui lui embuaient les yeux, vit un homme aux cheveux blancs sortir des ruines et se diriger lentement vers eux. Actarus se releva d’un bond tandis que sa main, presque par réflexe, se saisissait du pistolet qu’il portait à la ceinture et le pointait vers l’homme.
- N’ayez aucune crainte, Prince, dit celui-ci d’une voix calme. Vous ne me reconnaissez pas ?
Actarus s’essuya les yeux d’un revers de manche, scruta longuement le nouvel arrivant, le pistolet toujours pointé dans sa direction. Les souvenirs de la fausse reine Astrida et du faux roi d’Euphor lui revinrent soudain en force.
- Je comprends très bien votre méfiance, reprit l’homme en souriant. Vous dirais-je que lorsque vous aviez six ou sept ans, lors d’un dîner protocolaire, votre cerf-volant est tombé en plein dans mon assiette et m’a éclaboussé copieusement. J’ajouterai que, malgré son embarras, le Roi n’a pu s’empêcher d’éclater de rire.
- Gélon ! Oui, bien sûr, je… Gélon, quel bonheur de vous retrouver, bredouilla-t-il en lui serrant la main avec empressement.
- Je suis heureux de vous revoir, Prince. Ainsi que vous, Princesse, ajouta-t-il en se tournant vers Phénicia.
- Phénicia, tu ne te souviens sans doute pas de lui car tu étais trop petite. Gélon était le chambellan du palais. C’était aussi le plus proche conseiller de notre père.
- Je suis enchantée de faire votre connaissance. Permettez-moi une question : notre arrivée n’a pas eu l’air de vous surprendre. Vous saviez que nous allions revenir sur Euphor ?
- En vérité, je m’y attendais. Lorsque j’ai appris la défaite des forces de Véga et la mort du grand Stratéguerre, je me suis bien douté que le Prince éprouverait le désir de revoir sa planète natale et qu’il reviendrait. J’ignorais par contre qu’il vous avait retrouvée sur Terre et croyez bien que je suis comblé de vous voir à ses côtés. Et pour tout vous dire, il y a déjà longtemps que je guettais votre arrivée. Je tenais absolument à être le premier à vous accueillir, Prince.
Le silence qui s’en suivit conforta Phénicia dans l’impression que quelque chose n’allait pas. Les deux hommes n’avaient cessé d’échanger des regards en coin, et malgré l’ostensible cordialité de leurs retrouvailles, elle percevait un lourd malaise. Actarus s’approcha de Gélon et s’adressa à lui à mi-voix.
- Est-ce qu’il est toujours là ? lui demanda-t-il.
- Oui, répondit Gélon, qui à présent ne souriait plus du tout.
- Et il est au courant ?
- Oui, dès que j’ai vu Goldorak dans mon télescope, je l’ai prévenu de votre retour. Je pense qu’il serait préférable que vous alliez le voir sans perdre de temps. La nouvelle de votre présence sur Euphor ne va pas tarder à se répandre.
- Vous avez raison. Pouvez-vous me conduire jusqu’à lui ?
- Bien sûr. Il n’est pas loin d’ici. Mais en ce qui concerne la princesse Phénicia…
- Ne vous inquiétez pas, Gélon, je m’en occupe, l’interrompit Actarus.
Le jeune homme revint vers sa sœur et la prit avec douceur par les épaules.
- Petite sœur, il va falloir que tu me fasses confiance. Je vais te demander de faire ce que je dis, sans discuter et sans poser de questions, promis ? Je vais devoir m’absenter durant quelques heures et tu ne pourras hélas pas m’accompagner. Tu vas remonter à bord de Goldorak, je vais le programmer pour qu’il aille se placer en lieu sûr et tu vas sagement attendre mon retour.
- Mais, Actarus, tu ne peux pas…
- Phénicia, s’il te plaît. Il y va de notre sécurité à tous. Je te demande de me faciliter la tâche en suivant mes instructions et en ne me posant pas de questions.
- C’est entendu, petit frère, je t’obéirai. Mais quoi que tu doives faire, je te supplie de faire attention à toi.
- Sois tranquille, Phénicia, je te le promets, dit-il en l’embrassant.
Après avoir envoyé Goldorak et Phénicia en lieu sûr, Actarus prit place dans la navette de Gélon. L’engin décolla aussitôt.
- Comment a-t-il réagi quand vous lui avez dit que j’étais de retour ? demanda le prince.
- Apparemment bien, répondit Gélon tout en actionnant les commandes de pilotage. Il s’est engagé à être raisonnable et à ne faire aucune difficulté.
- Tant mieux.
- Espérons toutefois qu’il tiendra parole, reprit le chambellan. Venant de lui, un revirement de dernière minute ne me surprendrait pas outre mesure. On ne peut lui faire totalement confiance, vous le savez bien.
Gélon se tourna vers Actarus et le regarda droit dans les yeux.
- Prince, je sais que vous désapprouvez, mais nous aurions pu régler le problème… autrement. Il n’est pas trop tard, il vous suffit de me donner votre feu vert et…
- Gélon, il n’en est pas question ! trancha Actarus d’une voix ferme. C’est horrible ! Jamais je n’autoriserai ce genre de procédés, tenez-vous le pour dit.
- Soit, je n’insiste pas. Nous arrivons, dans quelques minutes, vous vous trouverez en face de lui. Souhaitez-vous que j’assiste à l’entrevue ?
- Je crois qu’il vaut mieux que je le voie seul à seul.
- Comme vous voudrez, Prince. Permettez-moi toutefois de vous recommander d’être prudent.
À SUIVRE
Première partie
« À présent, nous allons tout pouvoir recommencer. »
Les mots de Phénicia résonnaient encore dans l’esprit d’Actarus au moment où il fit atterrir Goldorak sur ce qui fut autrefois la grand-place de la capitale d’Euphor. L’enthousiasme qu’il éprouvait encore quelques minutes plus tôt avait maintenant fait place à une sourde angoisse qui lui vrillait douloureusement l’estomac. Il ouvrit la verrière du cockpit et sauta sur le sol.
Juste devant lui, s’étalaient les ruines noirâtres du palais royal. Quoique la majeure partie de l’édifice fût effondrée, le grand portique, resté presque intact, rendait le palais aisément reconnaissable. Figée dans un silence écrasant, la demeure de la famille royale d’Euphor avait l’aspect d’un gigantesque cadavre. Submergé par un flux d’émotions qu’il n’essaya même pas de maîtriser, Actarus tomba à genoux et éclata en sanglots, la tête entre les mains. Phénicia se précipita vers lui et l’entoura de ses bras, elle-même au bord des larmes. Elle poussa soudain un cri et tendit un bras en direction du palais.
- Actarus, là, regarde !
Le jeune homme releva la tête et, malgré les larmes qui lui embuaient les yeux, vit un homme aux cheveux blancs sortir des ruines et se diriger lentement vers eux. Actarus se releva d’un bond tandis que sa main, presque par réflexe, se saisissait du pistolet qu’il portait à la ceinture et le pointait vers l’homme.
- N’ayez aucune crainte, Prince, dit celui-ci d’une voix calme. Vous ne me reconnaissez pas ?
Actarus s’essuya les yeux d’un revers de manche, scruta longuement le nouvel arrivant, le pistolet toujours pointé dans sa direction. Les souvenirs de la fausse reine Astrida et du faux roi d’Euphor lui revinrent soudain en force.
- Je comprends très bien votre méfiance, reprit l’homme en souriant. Vous dirais-je que lorsque vous aviez six ou sept ans, lors d’un dîner protocolaire, votre cerf-volant est tombé en plein dans mon assiette et m’a éclaboussé copieusement. J’ajouterai que, malgré son embarras, le Roi n’a pu s’empêcher d’éclater de rire.
- Gélon ! Oui, bien sûr, je… Gélon, quel bonheur de vous retrouver, bredouilla-t-il en lui serrant la main avec empressement.
- Je suis heureux de vous revoir, Prince. Ainsi que vous, Princesse, ajouta-t-il en se tournant vers Phénicia.
- Phénicia, tu ne te souviens sans doute pas de lui car tu étais trop petite. Gélon était le chambellan du palais. C’était aussi le plus proche conseiller de notre père.
- Je suis enchantée de faire votre connaissance. Permettez-moi une question : notre arrivée n’a pas eu l’air de vous surprendre. Vous saviez que nous allions revenir sur Euphor ?
- En vérité, je m’y attendais. Lorsque j’ai appris la défaite des forces de Véga et la mort du grand Stratéguerre, je me suis bien douté que le Prince éprouverait le désir de revoir sa planète natale et qu’il reviendrait. J’ignorais par contre qu’il vous avait retrouvée sur Terre et croyez bien que je suis comblé de vous voir à ses côtés. Et pour tout vous dire, il y a déjà longtemps que je guettais votre arrivée. Je tenais absolument à être le premier à vous accueillir, Prince.
Le silence qui s’en suivit conforta Phénicia dans l’impression que quelque chose n’allait pas. Les deux hommes n’avaient cessé d’échanger des regards en coin, et malgré l’ostensible cordialité de leurs retrouvailles, elle percevait un lourd malaise. Actarus s’approcha de Gélon et s’adressa à lui à mi-voix.
- Est-ce qu’il est toujours là ? lui demanda-t-il.
- Oui, répondit Gélon, qui à présent ne souriait plus du tout.
- Et il est au courant ?
- Oui, dès que j’ai vu Goldorak dans mon télescope, je l’ai prévenu de votre retour. Je pense qu’il serait préférable que vous alliez le voir sans perdre de temps. La nouvelle de votre présence sur Euphor ne va pas tarder à se répandre.
- Vous avez raison. Pouvez-vous me conduire jusqu’à lui ?
- Bien sûr. Il n’est pas loin d’ici. Mais en ce qui concerne la princesse Phénicia…
- Ne vous inquiétez pas, Gélon, je m’en occupe, l’interrompit Actarus.
Le jeune homme revint vers sa sœur et la prit avec douceur par les épaules.
- Petite sœur, il va falloir que tu me fasses confiance. Je vais te demander de faire ce que je dis, sans discuter et sans poser de questions, promis ? Je vais devoir m’absenter durant quelques heures et tu ne pourras hélas pas m’accompagner. Tu vas remonter à bord de Goldorak, je vais le programmer pour qu’il aille se placer en lieu sûr et tu vas sagement attendre mon retour.
- Mais, Actarus, tu ne peux pas…
- Phénicia, s’il te plaît. Il y va de notre sécurité à tous. Je te demande de me faciliter la tâche en suivant mes instructions et en ne me posant pas de questions.
- C’est entendu, petit frère, je t’obéirai. Mais quoi que tu doives faire, je te supplie de faire attention à toi.
- Sois tranquille, Phénicia, je te le promets, dit-il en l’embrassant.
Après avoir envoyé Goldorak et Phénicia en lieu sûr, Actarus prit place dans la navette de Gélon. L’engin décolla aussitôt.
- Comment a-t-il réagi quand vous lui avez dit que j’étais de retour ? demanda le prince.
- Apparemment bien, répondit Gélon tout en actionnant les commandes de pilotage. Il s’est engagé à être raisonnable et à ne faire aucune difficulté.
- Tant mieux.
- Espérons toutefois qu’il tiendra parole, reprit le chambellan. Venant de lui, un revirement de dernière minute ne me surprendrait pas outre mesure. On ne peut lui faire totalement confiance, vous le savez bien.
Gélon se tourna vers Actarus et le regarda droit dans les yeux.
- Prince, je sais que vous désapprouvez, mais nous aurions pu régler le problème… autrement. Il n’est pas trop tard, il vous suffit de me donner votre feu vert et…
- Gélon, il n’en est pas question ! trancha Actarus d’une voix ferme. C’est horrible ! Jamais je n’autoriserai ce genre de procédés, tenez-vous le pour dit.
- Soit, je n’insiste pas. Nous arrivons, dans quelques minutes, vous vous trouverez en face de lui. Souhaitez-vous que j’assiste à l’entrevue ?
- Je crois qu’il vaut mieux que je le voie seul à seul.
- Comme vous voudrez, Prince. Permettez-moi toutefois de vous recommander d’être prudent.
À SUIVRE

